L’art subtil de s’en foutre

Par Camille - mercredi 8 novembre 2017 - Temps de lecture: 4 minutes et 52 secondes -

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Kaspars Grinvalds/123RF
Kaspars Grinvalds/123RF

L’art subtil de s’en foutre

L’insolente sagesse de Mark Manson

Quand on parle de bien-être et de mieux-vivre, on se retrouve face à deux discours. « Sois plus beau, plus riche, plus heureux » et « sois ce que tu es », ils sont en apparence proches, mais on sent quand même une subtilité. Le premier met la pression, car il nous pousse à la perfection. Le second sous-entend que même les défauts, physiques ou de caractères, ont leur place. Voilà le constat de Mark Manson. Peu connu chez nous, ce bloggeur Américain d’une trentaine d’années, est suivi par près de 2 millions de personnes. Sa marque de fabrique est de traiter les questions du développement personnel sans chichi et avec humour, comme il le fait dans son livre au titre évocateur « L’art subtil de s’en foutre ». Voici quatre des subtilités sur lesquelles repose ce noble art pour être pleinement soi même, sans scrupules !

Subtilité numéro 1 : S’en foutre ne signifie pas être indifférent

S’en foutre, ce n’est donc pas être indifférent. Ceux-là, Mark Manson ne les portent pas d’ailleurs en haute estime :

« Les gens indifférents ont une peur bleue de leur environnement et des répercussions de leurs choix. Ils n’opèrent donc aucun choix important, se réfugiant dans une zone grise aseptisée où ils s’apitoient complaisamment sur leur propre sort, se dispensant de l’activité tellement chronophage, énergivore et contrariante qu’on appelle vivre ».

La messe est dite, les gens indifférents sont des trouillards. Leur peur de vivre revient à leur peur de se planter dans leurs choix, ou de perdre quelque chose en assumant ces choix. Qu’est-ce qu’ils redoutent tant de perdre ? D’abîmer l’image qu’ont leurs proches et leurs connaissances d’eux-mêmes, ou qu’ils pensent que leur entourage a d’eux-mêmes (car tous ne sont pas aveugles) ? Pour le dire plus simplement, ce qu’ils redoutent c’est de froisser leur ego.

Subtilité numéro 2 : S’en foutre, c’est tenir son ego

L’art de s’en foutre, vous l’aurez deviné, c’est le lâcher prise. Or celui qui nous en empêche dans les ¾ du temps, c’est notre ego mal placé. On s’accroche à promouvoir une image déformée, pour être aimé et reconnu. Et comme notre ego ne semble jamais avoir été aussi sollicité qu’aujourd’hui, nombreux sont ceux qui tombent dans ses filets. Vous le voyez beaucoup dans les disputes, quand l’enjeu tourne autour de savoir qui a raison, et qui a tort. Ici, Mark Manson rappelle une vérité qui nous vient des Grecs :

« Plus tu recherches la certitude à propos de quelque chose, plus tu renforces en toi le sentiment d’incertitude et d’insécurité. Mais l’inverse est aussi vrai : plus tu consens à l’état d’incertitude, plus tu apprécieras le fait de progresser dans la connaissance de ce que tu ignores. L’incertitude désamorce les stéréotypes et les préjugés […] y compris sur soi-même. […] L’incertitude est la base du progrès et de la croissance. Qui croit tout savoir, n’apprend rien ».

Pour le dire autrement : « je sais que je ne sais rien », dixit Socrate.

Recadrer notre ego, se remettre en question, n’est pas une activité que faisons le plus naturellement du monde. Mais bien souvent la vie nous envoie des épreuves, les expériences négatives, qui calment cet ego impétueux.

Subtilité numéro 3 : S’en foutre, ce n’est pas se cacher des expériences négatives, mais passer outre ses réticences à les vivre

Beaucoup de gens s’accommodent de vivre dans le déni, quand ils sont confrontés à une difficulté ou à une réalité qui les met mal à l’aise. Malheureusement, la politique d’autruche n’est qu’une politique de bombe à retardement. Laisser trainer les problèmes et les difficultés, ce n’est pas les faire disparaitre. Or beaucoup ne veulent pas en entendre parler, se renferment sur eux-mêmes, et les maladies comme l’Alzheimer les guettent. Les plus jeunes, en ce qui les concernent, multiplient les expériences positives (la fête, la boisson, les coucheries d’une nuit) pour oublier ou pour ne pas avoir à en vivre. Or selon Mark Manson :

« plus tu cherches à te sentir bien, moins tu te sens bien. [C’est la loi de l’effort inverse]. Et paradoxalement, consentir à vivre les expériences négatives qui se présentent ou s’imposent à toi constitue en soi une expérience positive. »

Il va même plus loin, les expériences négatives et leur lot de souffrance sont nécessaires :

« On a besoin de crises existentielles, sous une forme ou sous une autre, pour considérer en toute objectivité ce qui fait sens dans notre vie et éventuellement envisager de changer de direction. »

Voilà pourquoi s’en foutre, c’est n’est pas se cacher ou fuir les souffrances ou les soucis, mais les regarder, même les plus gros, et y aller quand même. De toute façon,

« où que tu ailles, il y a des emmerdes qui t’attendent. Et c’est génial. Le truc, ce n’est pas de les fuir, c’est d’identifier les emmerdes motrices, celles qui t’insufflent l’envie de foncer ».

Ces emmerdes motrices, ne sont ni plus ni moins que des défis, il faut les voir comme tels. Car elles reposent sur un cap, un sens, qui sera plus important que toutes les difficultés ou adversités rencontrées, et ça instinctivement, vous le savez. Prenez les pertes de boulot, de santé, ou pire les deuils, ces expériences nous appauvrissent (car nous avons perdu quelque chose, on ne va pas le nier), mais nous enrichissent autant en maturité, en réflexion et en empathie. J’ai tout perdu, ou j’ai l’impression d’avoir tout perdu, et maintenant ? C’est ce « maintenant », qui vous fait prendre conscience qu’il y a beaucoup de choses sur lesquels vous vous preniez la tête pour rien, et vous fait voir ce qui est vraiment important.

En résumé, on maitrise l’art subtil de s’en foutre quand on sait qui on est, et où l’on va. Cela ne doit pas vous étonner, Mark Manson, qui a la jeune trentaine évoque sa propre expérience de jeune homme paumé et mal dans sa peau. Ce qui me donne envie de faire une dédicace aux plus jeunes !

Dédicace aux plus jeunes : tu maîtrises l’art subtil de t’en foutre quand tu sais que tu n’as rien d’extraordinaire

Un petit tour sur Facebook ou Instagram nous en dit long sur cette soif de reconnaissance publique : « Regardez tous comme ma vie est merveilleuse ! », c’est une conséquence directe du message « sois plus beau, plus heureux, bref sois extraordinaire ». Mark Manson y voit comme un hic : « si tu pars du principe qu’une vie ne vaut la peine d’être vécue que si elle est grandiose et exceptionnelle, tu cautionnes l’idée craignos selon laquelle l’existence de la plus grande partie de la population humaine (y compris toi) est dépourvue de valeur ». Echec et mat.

Les gens qui sont exceptionnels ou mènent des vies exceptionnelles, ont bossé pour ça. On n’a rien en claquant des doigts. Ce discours bien occidental où le talent est sans cesse mis en valeur, où l’on sous-entend que tout le monde en a un, n’est pas vrai partout. Au Japon, par exemple, on se moque que vous soyez talentueux ou non, ce qui les intéresse pour vous jauger, c’est votre capacité à travailler, à vous donner. Du reste, on s’en fiche. Allez jeter par curiosité un coup d’œil dans les mangas ou les animés Japonais, le héros n’est jamais le plus talentueux, c’est celui qui est le plus acharné à s’améliorer, quoiqu’il en coûte. Tous les génies le disent, le talent c’est 1% du succès, le reste c’est du travail. On devient forgeron, en forgeant, c’est tout simple. Vous le voyez en méditation, vous le voyez dans une activité sportive ou artistique, vous le voyez partout.

Si vous avez un adolescent qui semble un peu paumé, et ne comprend rien au discours de Platon, de Spinoza ou des autres, on vous conseille de lui offrir ce brillant bouquin de Mark Manson, qui parlera sa langue et l’aidera à se poser les bonnes questions.

Source : « L’Art subtil de s’en foutre », Mark Manson, Eyrolles, 2017 

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