Secrets d’Histoire : Les végétariens

Par Amal H - mercredi 19 juillet 2017 - Temps de lecture: 4 minutes et 10 secondes -

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TETYANA KULIKOVA/123RF
TETYANA KULIKOVA/123RF

Secrets d’Histoire : Les végétariens

De la Grèce Antique au XIXème siècle

Contrairement à ce que l’on croit, le végétarisme n’a rien d’une mode récente, c’est même tout le contraire ! Les premières joutes verbales entre carnivores et végétariens remontent au temps de la Grèce Antique, berceau de notre civilisation occidentale, pour continuer encore aujourd’hui !

La diète végétarienne ou le régime de Pythagore

Le mathématicien et philosophe Pythagore prônait une école de la pensée reposant sur la douceur et le respect de toute forme de vie. En ce sens, il a été l’un des tous premiers à faire la promotion d’un régime végétarien, voir vegan. Il était connu pour désapprouver la chasse et la pêche et intervenait quand il voyait un chien se faire battre par son maître.

Etrange choix tout de même de la part de Pythagore, surtout à une époque où les rituels religieux, politiques et sociaux qui rythmaient la vie de la Cité, reposaient en grande partie sur le sacrifice animal et le fait de manger de la viande.

Alors pourquoi ce choix ? C’était un comportement qui lui permettait de remettre en question la place des dieux et leurs douteuses générosités à l’égard des hommes. De plus, ce choix amenait à s’interroger sur la place de l’homme dans le monde et ses devoirs et responsabilités sur le monde vivant. Une autre réflexion voulait que selon son métier, on suive un régime alimentaire approprié. Les ouvriers et soldats qui exercent une activité physique intense justifient leur consommation de viande par leur besoin en protéines. Mais les philosophes et les prêtres, dont l’activité est essentiellement intellectuelle et spirituelle, ne devraient-ils pas consommer seulement des aliments « purs », à savoir les légumes et les fruits ?

Evidemment, Pythagore et ses soutiens restaient des marginaux. Pour beaucoup de ses contemporains, si les animaux sont là, c’est parce que les dieux nous les ont offerts et entendent que nous en profitions, au risque de leur manquer de respect. Ceux qui n’adhéraient pas à cette vision du monde et suivaient l’école de Pythagore étaient jugés comme des rabats joies, des hommes à la virilité défaillante, ou encore des avares qui cachent leur travers, sous couvert de respect aux animaux !

Jésus-Christ mangeait de la viande et du poisson, les fidèles en feront autant !

Ce débat des Anciens est entériné par le triomphe du Christianisme et de l’Eglise, qui va s’occuper de régler la question en imposant son propre régime alimentaire. Si Jésus-Christ s’est sacrifié, c’est pour sauver l’homme, non l’animal. D’ailleurs, le Christ mangeait viandes et poissons, et n’a jamais manifesté dans les textes une quelconque douceur envers les animaux. En revanche, il a connu des moments de jeûne, que l’Eglise entend faire suivre aux fidèles, notamment le vendredi saint ou pendant le carême. Ainsi, se passer de viande revenait à faire un sacrifice de sa personne, on se privait d’un plaisir de la chair pour mieux la dompter et la rendre imperméable aux autres tentations du monde. Par contre, se priver de viande dans une autre optique, comme celle de l’amour des animaux, était jugé comme hérétique. Le seul amour autorisé du Moyen-Âge était celui pour Jésus-Christ (et évidemment les saints et la Vierge Marie).

Les Lumières contre les « mangeurs de cadavres »

Au XVIIIème siècle, les Lumières avancent, l’Eglise recule, et les adeptes du régime de Pythagore réapparaissent ! Ainsi, les philosophes des Lumières s’interrogent, les animaux n’auraient-ils aucun droit ? Doivent-ils être mutilés, exploités, tués sans que l’homme honnête n’en dise rien ?

Voltaire, qui ne supportait plus de voir les étals des bouchers pleins de « cadavres », défendra la cause animale et le régime de Pythagore. Rousseau reste, cependant, le plus engagé des philosophes dans la question animale. Pour lui, manger de la viande serait contre nature. Le philosophe tient pour preuve le désintérêt naturel des enfants pour la viande, préférant les fruits, les laitages et autres aliments doux et sucrés. S’inspirant des travaux du médecin Philippe Hecquet qui disait que les fruits, les légumes et les céréales étaient meilleurs pour la santé que la viande, Rousseau fait un lien entre nos humeurs et notre régime alimentaire. Nous sommes ce que nous mangeons.

Si nous consommons des animaux agressifs et féroces, nous le deviendrons à notre tour.

Nous en passer, c’est nous assurer un caractère agréable et doux. Mais la reconnaissance du végétarisme devra attendre un siècle de plus !

L’Angleterre victorienne et la naissance du végétarisme

C’est donc au XIXème siècle, dans l’Angleterre victorienne, que s’épanouit le végétarisme, à partir d’un cercle intitulé la Vegetarian Society, créée en 1847. Leur régime alimentaire tolère le lait, le miel et les œufs, mais bannit la viande et le poisson. Ce cercle s’agrandira, sous l’influence des époux Shelley, dont les publications (A Vindication of Naturel Diet de Percy Shelly) attireront des personnalités comme l’écrivain Henry Salt, la militante féministe Anna Kingsford, George Bernard Shaw et le Mahatma Gandhi.

Aller plus loin que le végétarisme : la naissance du végétalisme et de la Vegan Society

Qu’en est-il du végétalisme et du mouvement vegan ? Le premier apparait en France, dans le courant anarchiste français du XIXème siècle. Ces penseurs estiment que les végétariens ne sont pas allés assez loin, car manger des œufs, du miel et du lait, c’est encore vivre et se nourrir grâce à la souffrance animale. Les abus propres à l’exploitation des animaux d’élevage sont dénoncés. Depuis, ce terme a perdu sa coloration politique, pour désigner un régime alimentaire exclusivement végétal, bon pour notre santé et notre environnement.

Ce qui se passe en France avec le végétalisme, se retrouve en Angleterre avec la fondation de Vegan Society, qui est née à la suite de débats internes houleux au sein de la Vegetarian Society. La question reste la même : peut-on exploiter les animaux pour leur fromage, leur lait ou leur miel ? Le débat ne se tranchera pas et sous l’impulsion d’un jeune professeur de charpenterie, Donald Watson, la Vegan Society est créée. Son projet est simple, c’est l’abolition de l’exploitation des animaux, car il est injuste d’infliger des souffrances psychologiques ou physiques de toutes sortes, à quiconque !

Aujourd’hui, les régimes végétariens et vegan, bien qu’encore minoritaires, connaissent pourtant une croissance indéniable. Leur succès repose sur deux piliers. La reconnaissance de nos sentiments et affections pour les animaux (domestiques, mais aussi sauvage et d’élevage), et la raison. Celle-ci repose sur les enjeux environnementaux et sanitaires, qui nous enjoignent à abandonner le régime alimentaire carnivore. Pour l’heure, le régime végétarien semble promis à un bel avenir !

Source : Le végétarisme et ses ennemis. Vingt-cinq siècles de débats, Renan Larue, PUF, 2015

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