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Comment l’argent influence notre comportement?

  • jeudi 3 mai 2018
  • 5 Min de Lecture

Les limites de la loi du « bâton et de la carotte » 

L’argent, nerf de la guerre. C’est aussi le nerf de notre société néolibérale où le capital est justement capital ; ce qui n’est pas sans conséquence sur notre rapport à l’argent, comme nous l’avions vu précédemment dans ce que dit l’argent de vous. L’argent est devenu une grande source de motivation pour la plupart d’entre nous. Réussir sa vie, c’est la gagner, et on la gagne en monnaie sonnante et trébuchante, quitte à garder un boulot qui nous rend malades mais nous assure un juteux salaire. Est-ce que l’argent est pour autant une source de motivation assez efficace, assez puissante pour nous faire déplacer des montagnes ? Professeur de psychologie à l’université de Rochester aux USA, Edward Deci s’est intéressé de près à cette question et sa réponse ressemblerait à un « oui mais non. »

Motiver par l’argent (ou la récompense), une stratégie court-termiste

Dans les années 1960-1970, il y a eu dans les courants de la sociologie la théorie du comportementalisme, qui refusait à l’humain toute motivation naturelle. La récompense était vue comme la clé pour comprendre les agissements des individus. Cette idée était très proche de la pensée philosophique de l’Américain Barry Schwartz, dont la vision de l’humanité était que tous autant que nous sommes, notre nature est marquée par le sceau de la passivité. Nous n’agirions que sous l’impulsion de l’environnement en étant tentés par une carotte ou contraints par un bâton. Une trentaine d’années plus tard, nous sommes revenus des idées de Barry Schwartz et du dogme comportementaliste.

Parmi ses nombreuses expériences sur la motivation, Edward Deci en a réalisé une avec ses étudiants autour de la réalisation de casse-têtes. Après les avoir séparés en deux groupes, A et B, Deci distribue les jeux. Dans le groupe A, aucune consigne particulière n’est donnée : « Voici des casse-têtes, amusez-vous ! ». Au groupe B, en revanche, Deci précise que chaque casse-tête résolu sera récompensé financièrement. Les étudiants du groupe B ont vite vu dans les casse-têtes une activité financière et le plaisir de jouer s’est envolé, contrairement au groupe A.

« L’introduction des récompenses financières semblait rapidement avoir rendu ces étudiants dépendants de ces récompenses, transformant leur vision du casse-tête comme une activité satisfaisante en tant que telle, en une activité qui n’était qu’un moyen d’obtenir des récompenses. »

S’intéressant à la question de la performance dans la résolution des casse-têtes de l’ensemble des étudiants, Deci en a tiré une conclusion intéressante : « Dès que les individus commençaient à être payés, ils perdaient leur intérêt envers l’activité. Par la suite, lorsque les récompenses s’arrêtaient, ils n’étaient plus aussi performants. » Cette expérience a été répliquée par la suite, et toutes les conclusions étaient les mêmes : l’introduction d’une récompense financière altère la motivation intrinsèque. Ici, celle de prendre du plaisir.

La motivation par la carotte argentée a donc ses limites : elle n’est efficace que le temps qu’existe et dure la récompense. De plus, elle zappe l’enthousiasme et la vitalité naturelle. Autrement dit, à long terme, la stratégie par la récompense ne tient pas. Et à titre individuel, être obsédé par l’appât de la carotte (ou la fuite du bâton), c’est perdre ses priorités et une part de soi-même. On en devient aliéné. Accepter des tâches supplémentaires avec leur supplément de stress pour une prime rondelette ou s’enfoncer dans les jeux d’argent, est le plus sûr moyen de se carotter tout seul à long terme.

Quid des enfants ?

Instinctivement, on pouvait sentir que faire les choses pour l’argent a quelque chose de triste et de stérile. Le cas des enfants est parlant à ce titre. E. Deci s’interroge sur un fait dont nous sommes tous témoins aux USA comme en France : le désintérêt des enfants pour l’école. Quand vous poussez la porte d’une classe de maternelle, vous êtes entouré de petits curieux, avides d’explorer leur environnement pour pouvoir mieux l’appréhender et y vivre. Passez la porte d’une classe de CM2, et les choses se dégradent déjà. Pourquoi y a-t-il ce fossé entre l’enthousiasme des petits de la maternelle et le désintérêt saupoudré de nonchalance des pré-ados ou adolescents ? Quelle est l’origine de cette démotivation pour l’école ? La récompense sous quelques formes que ce soit. Les bonbons, l’argent de poche, les images, les notes. Comme au niveau des adultes, l’existence d’une récompense a détourné leur attention vers elle et a nui à leur motivation naturelle : la soif d’apprendre pour comprendre.

Mais pourquoi l’argent ou la récompense nuisent-ils à notre plaisir naturel d’apprendre et de faire ?

Pourquoi la récompense nuit-elle à notre plaisir ?

Nous avons déjà une première explication avec Richard de Charms, théoricien de la psychologie des années 1970, avec ce qu’il appelle la causalité personnelle. Je fais les choses parce que je veux les faire pour moi, « à cause de moi et pas d’autre chose ». Ainsi, la motivation intrinsèque, c’est la conscience et l’envie d’être à l’origine de ces actes. On est acteur et créateur. Or les récompenses venues de l’extérieur nous enlèvent ce statut. Nous ne faisons plus les choses pour nous, nous devenons des pions qui répondent à la volonté d’un autre.

Les récompenses transforment l’acte de jouer en quelque chose de contrôlé et d’extérieur. Voilà pourquoi la récompense nuit à notre plaisir.

La récompense ou la recherche de tout résultat d’ailleurs. Edward Deci rapporte les propos de Robert Henri, grand enseignant d’art américain du XXème siècle, pour décrire ce qui se passe en nous quand notre motivation est intrinsèque. En évoquant celle d’un peintre, R. Henri précise que : « le but de peindre n’est pas de réaliser un tableau, aussi insensé que cela puisse paraître. Le tableau, si tant est que la peinture aboutisse, est un bénéfice secondaire. Le tableau peut être utile, précieux, et intéressant comme symbole de ce qui s’est produit. Mais le but, ce qui sous-tend tout véritable ouvrage d’art, c’est l’atteinte d’un état, un état de fonctionnement supérieur, un moment d’existence au-delà de l’ordinaire ».

Ce moment d’existence au-delà de l’ordinaire, c’est un moment de grâce où nous sommes pleinement concentrés et dans l’instant présent. Un moment que nous ne pouvons pas vivre quand nous sommes dans la recherche d’une récompense, par essence future.

Les conclusions d’Edward Deci et de Richard deCharms semblent rejoindre celle d’un autre chercheur, Robert Lustig, le médecin qui nous avait prévenu des dangers du sucre. Récemment interviewé, le Dr Lustig avait révélé au grand public que la dopamine, la molécule à l’origine du plaisir, et la sérotonine, la molécule à l’origine du bonheur, étaient des molécules rivales. L’une repoussant l’autre. Or, il est évident que les récompenses financières s’inscrivent dans une quête du plaisir, et la motivation intrinsèque dans une quête du bonheur.

Pour aller plus loin : Edward L. Deci, Richard Flaste, “Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ?”, Interéditions, 2018
écrit par

Camille

Mieux-être & Réussite

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