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Jean-Daniel Berclaz : A quoi sert l’art ?

  • mercredi 13 mars 2019
  • 7 Min de Lecture

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Jean-Daniel Berclaz, l’artiste qui recrée du lien

Ce réel que l’on ne voit plus

Nous sommes dans un siècle de l’image pour le bien comme pour le mal, nous subissons plus que jamais l’action de l’imageBachelard

Mais qu’en est-il de l’image que l’on ignore, celle que l’on range dans le tiroir du banal parce qu’elle ne nous surprend plus ? Cette image à la dérive peut-être un paysage, un ciel que vous ne regardez plus, elle peut être également composée de femmes et d’hommes que vous croisez tous les jours sans même vous en rendre compte.

L’art ou le réel sublimé pour le redécouvrir

Sanctuaire de l’image, la galerie d’art devrait pouvoir donner au regardeur ces jumelles du réel, cette possibilité de rentrer en contact avec ce qui nous entoure. Certes, ce lieu d’art peut parfois pousser à la conversion du regard, mais ne peut déclencher la rencontre…

Présentation de l’artiste

L’ambition de Jean-Daniel Berclaz : la vie sublimée par l’art

L’artiste suisse que je vous présente aujourd’hui se nomme Jean-Daniel Berclaz. C’est un drôle de monsieur rieur, enthousiaste et au détour de ses histoires il nous raconte sa vision de l’art. Suivant une logique « duchampienne », celui-ci détourne l’objet d’art. Il se joue ainsi du regardeur, mais seulement pour mieux le servir en lui permettant de découvrir son réel et de changer de point de vue. Son art, c’est vous chers lecteurs qui serez peut-être les prochains acteurs de ses fameux vernissages donnés dans les lieux souvent très insolites.

Les débuts de Jean-Daniel Berclaz

Pouvez-vous nous raconter la naissance de ces performances ? (Vernissage de Point de vue)

J.D.B : En 1999 la ville de Marseille m’a invité pour un projet dans les quartiers nord avec le Centre National des arts de la rue. Il s’avère que ces lieux étaient une aberration pour moi, car il y avait une aire de repos neuve sur l’autoroute A55 qui ne fonctionnait pas et sur laquelle était écrit en gros « ville de Marseille ».

Cette aire « Saint Henri A55 Marseille » était à l’abandon. J’ai trouvé cela génial et je me suis amusé à louer symboliquement ce bâtiment. Là-bas, j’ai monté un musée appelé « musée du Point de vue ».

Il y avait parfois 200 personnes par jour, c’était dingue ! Il y avait une bibliothèque, un centre de communication, un restaurant, des conférences enfin toute la logistique d’un musée ! J’avais ébranlé toute la ville parce que l’astuce était de faire une structure artistique et non pas une œuvre en tant que plasticien. Pour moi, la plasticité c’était l’objet même de cette aire de repos d’autoroute. La vue imprenable sur la mer était plus belle que n’importe quel tableau donc il n’y avait pas besoin d’en faire plus.

Quel était le « médium » avec lequel vous avez commencé à travailler en tant qu’artiste ?

J.D.B : Je sors des Beaux-Arts en tant que peintre. Après cela, j’ai fait plein de choses en sculpture, en performance et j’ai touché à pas mal d’autres domaines artistiques. Je ne sais pas si l’art en est content, mais moi oui ! Et pour vous donner une idée, ce projet a été tellement loin, qu’après, j’ai voulu l’institutionnaliser. J’ai finalement quitté Marseille. À la suite de cela, la ville de Berlin m’a appelé pour faire un projet similaire. Par manque de moyens, j’ai dû inventer quelque chose de compact et de plus facile.

Et cela s’est transformé en un vernissage ?

J.D.B : Oui j’arrive avec ma valise, une table minimum de 10 mètres de long, des buffets, des nappes en tissus etc. Cela dure le temps d’un vernissage et puis l’on s’en va, comme un artiste traiteur ! 

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Le concept des « musée du Point de vue »

Vous avez comparé votre œuvre à de l’art « ready made ». Est-ce là alors l’œuvre (ici la nature) qui fait le regardeur ou le contraire ?

J.D.B : Dans le « ready made », on assiste à une transformation de l’objet. En le déplaçant dans un contexte artistique, il devient une œuvre d’art (exemple : l’urinoir de Duchamp). La question du ready made chez moi est simplement la question du regard. C’est-à-dire que si je fais venir des personnes dans la nature (où je n’ai absolument aucune intervention à faire à part les inciter à venir) en leur promettant un goûter un dimanche après-midi, ils n’auront pas vu un paysage, mais une réunion entre amis ! Au contraire, si je leur propose de venir à un vernissage qui est lui-même codé artistiquement, je les invite sous le label du Musée du Point de vue et c’est là que l’on rentre dans ce que l’on appelle un objet artistique.

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  • Le Musée du Point de vue expliqué

Le musée du Point de vue est un musée sans murs ni œuvres, parce que le point de vue n’a pas besoin de cimaises. La question est donc inversée. Le protocole change parce que c’est la structure même et le protocole du musée qui se déplacent : plutôt que d’aller dans un musée, c’est le musée qui vient dans l’oeuvre. On inverse les choses, un musée, c’est des cimaises sur lesquelles on va mettre de l’histoire. On fabrique de l’horizon. En un sens, nous sommes toujours dans une situation théâtrale parce que c’est un site artificiel dans lequel on met des choses aussi artificielles qui donnent cette illusion. J’inverse les choses, au lieu d’avoir des murs, je prends l’horizon comme ligne de cimaise. C’est simplement la limite de visibilité qui devient le cadre.

Que recherchez-vous à travers ces vernissages ?

J.D.B : Je ne suis pas un artiste décorateur, ce n’est pas du papier peint que je propose ! Les endroits que je choisis sont très souvent emblématiques. J’ai eu des tas de problèmes politiques et des vernissages qui ont été interdits.

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Pourquoi ?

J.D.B : Parce que mon intérêt n’est pas de choisir le beau ou le vilain, mais de montrer quelque chose que l’on n’avait pas vu. C’est à ce moment-là que je peux me retrouver dans des situations dites « emblématiques ». J’ai fait un vernissage de Point de vue à la Biennale de photographie de Vevey en Suisse en 2012. Je parlais avec le directeur qui me confiait en avoir assez des « politiques qui ne prenaient pas de risque. « Toi » me dit-il, « tu as fait plus de 80 vernissages de Points de vue, il faut faire chez moi quelque chose que tu n’as jamais fait auparavant ! » Je lui ai répondu : « Formidable ! ». C’est donc comme ça que j’ai fait un vernissage dans le lac. Pour y accéder, vous deviez vous immerger partiellement dans l’eau : c’est ainsi que le public s’est retrouvé en caleçon/chaussettes au milieu d’un lac.

Les « musées de Points de vue » sont-ils toujours en extérieur ?

J.D.B : Oui en général mais pas forcément. J’en ai fait à Paris par exemple au centre culturel suisse. C’était un projet très amusant à travers lequel on pouvait y voir le même soir à la même heure douze vernissages en intérieur de « Points de vue » dans douze lieux parisiens différents. Le principe était de reprendre les douze mois de l’année et les douze signes du zodiaque.

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Pour participer à l’événement, il suffisait de réserver sa place en appelant le Centre culturel suisse. Celui-ci pouvait vous demander votre signe astrologique et celui de votre conjoint, qui devait alors se rendre rue des Batignolles et vous rue de Clichy ! Les douze endroits étaient liés aux signes du zodiaque. Le public était réparti et séparé selon son signe.

Devant chaque lieu, il y avait un portier (étudiant des Beaux-Arts) qui avait la liste de toutes les réservations : on ne pouvait y accéder que si l’on était sur la liste. Celle-ci était donnée au propriétaire du lieu, comme ça il savait qui allait arriver chez lui. Certains sont arrivés dans un hôtel particulier, d’autres dans un squat, chez un artiste connu, un politicien ou encore un étudiant. L’astuce était de montrer ce qu’était une ville : dans ce cas-là je la représentais par 12 personnes différentes nous ouvrant les portes de leur quotidien.

L’art au service du vivre ensemble

On retrouve souvent cette dimension de rassemblement dans vos performances…

J.DB : Ce n’est que cela ! Je suis devenu comme un curateur et le public quant à lui est devenu artiste, car c’est à lui de déterminer l’œuvre d’art.

Certaines personnes sont-elles venues vers vous pour vous témoigner leur expérience lors de vos vernissages ?

J.D.B : Oui j’en ai fait une centaine donc il y a beaucoup de témoignages. Ce que je trouve extraordinaire c’est que je ne peux pas me rater ! Au départ, il y a une sorte de surprise parce que le public est en condition d’attente, d’attente d’un choc. La surprise commence en réalité dès que les gens en parlent entre eux ! Le vernissage se transforme alors en un rassemblement : c’est là où ça devient politique ! Le public reste parce que tout d’un coup, il ne parlera pas par rapport à l’œuvre d’art qui est là mais va s’inventer des œuvres d’art sur place et dans son langage.

Moi ce que j’aime, c’est croiser les populations ! J’aime mélanger le public et le brasser avec le tout-venant, les intellectuels, les penseurs, les gens de la rue et les snobs !

Mais il faut aussi dire que le musée est un bloc fermé. Il y a un tas de gens qui n’oseraient jamais aller dans un musée car ça n’est pas pour eux ! Le fait de le faire dans la rue ou de se mettre à des endroits stratégiques permet ce joyeux mélange. C’est ça l’histoire, ce que l’on fait de nos vies. Qu’est-ce que c’est l’art ? Est-ce un petit enfermement bourgeois ? Non, mais ce n’est pas un grand théâtre non plus. Il faut se poser des questions et ramener de l’humanité dans tout cela. Ces questions me touchent.

Quels sont vos prochains évènements ?

  • Exposition Gigantisme à Dunkerque (triennale) du 4 mai 2019 au 5 janvier 2020)
  • Vernissage d’un Point de vue, Genève à la galerie Ritorno

Vous pourrez retrouver l’actualité de Jean-Daniel Berclaz ici.

écrit par

Elise Roche

Société

Cultures

Interviews

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