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Le XXIème siècle sera sage ou ne sera pas

L’écrivain, homme politique et intellectuel André Malraux disait « Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas ». Mort en 1976, il n’a pas senti et perçu la montée du radicalisme religieux.

Radicalisme qui, d’ailleurs, ne concerne pas uniquement l’Islam, mais aussi toutes les religions comme l’observe l’historien Pierre Conesa.

Depuis, la formule de Malraux a été réécrite par d’autres pour ainsi la mettre à jour. Le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas. Le XXIème siècle sera mystique ou ne sera pas.

Et si nous laissions de côté le monde divin et invisible pour simplement formuler :

le XXIème siècle sera sage ou ne sera pas.

Moins ésotérique et mystérieuse, et donc fatalement moins sexy pour le plaisir de la spéculation intellectuelle, la sagesse a l’avantage de nous remettre les pieds dans le monde matériel, dans nos responsabilités de l’ici et maintenant. La sagesse, enfin, quand on veut la poursuivre, fait ressortir notre meilleur caractère.

Comme le souligne l’économiste Jean-Joseph Boillot, dans son dernier ouvrage « Utopies made in monde » publié aux éditions Odile Jacob, la sagesse « allie la conscience de soi et des autres, cultive la tempérance, la prudence, la sincérité, le discernement et la justice, le tout en s’appuyant sur des savoirs raisonnés. »

Une économie gouvernée par la sagesse est-elle possible ?

Ce sont précisément ces qualités dont nous avons besoin face aux défis humains, sociaux et environnementaux. Ce sont précisément ces qualités dont est totalement dépourvu le modèle économique actuel qui régit le monde et nous amène au bord de multiples gouffres.

Le futur entraperçu se dessine en fonction de plusieurs scénarios apocalyptiques (avec la thèse de l’effondrement) ou dystopiques (les démocraties deviennent des oligarchies déclarées avec au programme aliénation et œil de Moscou à tous les étages).

De l’utopie comme besoin et devoir

Mais ces différents scénarios ne sont pas une fatalité.

Pendant 4 ans, Jean-Joseph Boillot a sillonné les différents continents rencontrant d’imminents économistes capables de présenter des modèles économiques réunissant les qualités de la sagesse et donnant lieu à des sociétés prospères, heureuses, utopiques.

Utopique non pas selon le sens “d’idéal” comme définit par son inventeur Thomas More, mais selon le sens du philosophe Ernst Bloch :

« L’utopie n’est pas la fuite vers l’irréel, c’est l’exploration des possibilités objectives du réel et la lutte pour leur concrétisation. »

Une utopie capable d’être mise en pratique et dont Paul Ricoeur disait qu’elle était vitale au sein des systèmes obsolètes sans cap, parce qu’elle devient une boussole, un phare. Au creux des tempêtes, c’est précisément de cela dont nous avons besoin.

Plus qu’un besoin, l’utopie aujourd’hui c’est un devoir que nous devons aux futures générations et que nous nous devons à nous-mêmes pour notre propre dignité et estime de soi.

Et puis comme nous allons le voir, les solutions et modèles proposés ne sont en rien extravagants et irréalisables, mais à notre portée et répondent à deux questions simples mais fondamentales : comment assurer la prospérité économique sans courir après la croissance infinie ? Quel modèle économique peut réconcilier les classes moyennes et populaires avec les élites ?

Comment assurer la prospérité sans la croissance ?

Le modèle économique actuel se basant sur la rentabilité maximale, la concurrence (complètement dévoyée) et l’accumulation de capital, est vecteur d’inégalités indécentes, de tensions sociales imminentes et de désastres écologiques.

Quelques chiffres du rapport d’Oxfam sur les inégalités dans le monde :

  • En France, 7 milliardaires possèdent plus que les 30 % les plus pauvres et les 10% les plus riches possèdent 50 % des richesses.
  • Les 2/3 des milliardaires tirent leur richesse d’une situation d’héritage, de monopole ou de népotisme.
  • Les richesses des 1 % les plus riches de la planète correspondent à plus de deux fois la richesse de 90 % de la population (6,9 milliards de personnes).

Pour les éviter, d’autres modèles sont possibles en permettant de combiner bien-être social et préservation de l’environnement. C’est notamment le cas de la théorie du donut de la Britannique Kate Raworth.

Professeur de l’université d’Oxford, elle a travaillé également au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et sur le terrain auprès de l’organisation internationale Oxfam qui mobilise le pouvoir citoyen contre la pauvreté.

Son modèle économique de donut repose sur une économie circulaire et vise la satisfaction des 11 besoins fondamentaux pour tous à l’intérieur des 9 limites biologiques de la planète et en regard des besoins des générations futures.

La ville d’Amsterdam a décidé d’adopter le modèle économique du donut en 2020 et avec comme objectif de rendre l’économie de la ville totalement circulaire d’ici 2050, notamment en réduisant de moitié l’utilisation de matières premières en seulement dix ans.

Quel modèle économique peut consolider la démocratie ?

Raghuram Ragan, économiste indien, enseignant à l’Université de Chicago a occupé plusieurs postes prestigieux au FMI en tant qu’économiste en chef, ou encore comme gouverneur de la banque centrale indienne.

Il est également l’auteur de nombreux ouvrages à succès dont le dernier « The Third Pillard » (le troisième pilier) publié en 2019, qui s’interroge sur la montée des extrémismes.

Pour Ragan, leur popularité ne doit rien au talent particulier de ses représentants, mais au déni de souffrance des peuples face au chômage, à la précarité, à l’insécurité et au sentiment de perte de souveraineté dont les gifles et l’abstention aux élections (régionale, européenne ou présidentielle) n’en sont qu’un symptôme.

Les responsables de cette souffrance étant « les marchés sous l’emprise de grands groupes oligopolistiques qui contrôlent largement eux-mêmes les États et ce au détriment de l’intérêt collectif. » Afin d’y remédier, les Etats comme les citoyens, à travers les sociétés civiles, doivent impérativement reprendre du pouvoir et trouver un équilibre avec le marché.

« Si le marché est trop faible, la société est peu productive. Si l’État est trop faible, l’insécurité menace la société. Si les communautés sont trop faibles, la captation de l’État par le marché s’installe partout. Inversement, si le marché est trop puissant, la société est de plus en plus inéquitable. Si l’Etat est trop fort, la société devient autoritaire. Si les communautés sont trop fortes, la société se fragmente et devient statique, voire régresse »

Pour trouver cet équilibre essentiel, Ragan suggère de :

  • Revivifier les sociétés civiles
  • Restaurer la souveraineté des États
  • Réformer les marchés en faveur de l’intérêt collectif.

N’en déplaise à Milton Friedman, la dérégulation du marché n’a jamais conduit à plus d’efficacité, mais à plus de monopoles et d’instabilité. Pour le bien de tous, il est temps de changer de disque.

Source : Jean-Joseph Boillot, Utopies made in monde, éditions Odile Jacob, 2021
écrit par

La rédaction

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