Ces propos sont extraits de l’interview de Christian Courraud, invité du podcast disponible ci-dessus (et sur toutes les plateformes d’écoute). Docteur en sciences, kinésithérapeute, psychopédagogue et directeur du CERAP — le Centre d’Études et de Recherches Appliquées en Psychopédagogie Perceptive —, il est l’un des grands noms de la fasciathérapie en France. À la croisée du soin, du mouvement et de la conscience corporelle, il explore depuis plus de vingt ans l’intelligence des fascias. Pour comprendre en profondeur ce que les fascias font à notre santé — et pourquoi autant de douleurs chroniques leur sont liées —, notre guide complet sur les fascias pose toutes les bases anatomiques et cliniques nécessaires.
Auteur de plusieurs ouvrages de référence, dont Fascia, le nouvel organe clé de votre santé et Je m’initie au pouvoir des fascias (Éditions Leduc), il œuvre à rendre ce champ de recherche accessible au plus grand nombre.
À la tête du CERAP, qu’il dirige avec un collectif d’experts pluridisciplinaires, il développe une approche rigoureuse : faire dialoguer pratiques manuelles innovantes et exigences de la recherche scientifique contemporaine. Un pont entre savoir sensible et validation académique.
Fasciathérapie : c’est quoi exactement ?
La fasciathérapie, méthode Danis Bois, est une approche manuelle douce, sensorielle, non invasive. Elle s’adresse aux fascias, ces tissus conjonctifs qui enveloppent, relient, structurent notre corps de la tête aux pieds.
Différemment du massage et de l’ostéopathie qui mobilisent ou manipulent physiquement les tissus et les articulations, la fasciathérapie perçoit, accompagne, entre en relation avec le fascia, tissu vivant, réactif, adaptatif. Le fascia est un organe qui ressent. Et quand on le touche avec présence, il parle.
Les fascias : un organe sensoriel clé
Longtemps ignorés par la médecine classique, les fascias sont aujourd’hui reconnus comme un organe à part entière. Ils régulent notre posture, influencent la douleur, participent à notre équilibre émotionnel. C’est précisément ce que le Dr Jean-Claude Guimberteau a filmé in vivo pour la première fois : un tissu vivant, mobile, en perpétuelle adaptation — bien loin de la simple « enveloppe passive » que la médecine avait longtemps décrite.
Ils contiennent plus de terminaisons nerveuses que la peau. On y trouve des récepteurs de la douleur, de la proprioception et même de l’interoception (la perception interne de nos besoins physiologiques).
En clair : les fascias ressentent. Et quand ils se tendent, tout notre être s’en trouve affecté. La chercheuse Laure Zago au CNRS a montré que dix minutes de toucher manuel suffisent à activer le système nerveux parasympathique — détente, moins de stress, apaisement global. Le fascia n’est pas seulement un tissu : c’est un médiateur entre corps et psyché.
Fasciathérapie et douleurs chroniques : une solution pour les maux invisibles
Là où les examens ne trouvent rien, les fascias parlent. Douleurs diffuses, mal de dos chronique, fatigue persistante, troubles somato-psychiques… la fasciathérapie apporte des réponses nouvelles. Sur ce terrain de la douleur inexpliquée, le Dr Danièle Ranoux apporte un éclairage neurologique inédit : dans son livre Les Fascias (Guy Trédaniel, 2025), elle montre pourquoi ces douleurs résistent à tous les traitements classiques — et identifie le myofibroblaste comme acteur central du syndrome myofascial chronique.
Une étude clinique menée par le Dr Isabelle Bertrand sur 188 patients montre que 5 séances de fasciathérapie permettent de réduire significativement douleurs et anxiété sur des patients souffrant de lombalgie — avec des résultats comparables à ceux de la kinésithérapie, et un bénéfice supplémentaire sur les dimensions psychosociales. Parce que le fascia ne dissocie pas le corps et l'émotion. Il incarne notre unité vivante.
Une approche douce, présente et transformante
Le toucher fasciathérapeutique n'est pas un geste. C'est une présence. Lente, à l'écoute. Et c'est dans cette qualité de contact que le fascia retrouve sa fluidité. Le corps se décristallise, les tensions se dissolvent, l'être s'ouvre.
C'est une médecine de la relation, pas une mécanique de réparation. Comme en témoigne le Dr Agnès Afnaïm, qui utilise la fasciathérapie avec des survivants de torture : ce premier geste de toucher doux, respectueux, profondément humain, peut reconstruire là où la parole et les médicaments atteignent leurs limites.
Fasciathérapie et santé mentale : un lien invisible mais profond
Des fascias tendus, c'est un corps contracté. Et un corps contracté… c'est un esprit en lutte. Les recherches en neurosciences montrent qu'un toucher bienveillant sur les fascias active les zones du cerveau liées à l'émotion, à la conscience de soi, à la sérénité.
Certains chercheurs vont jusqu'à dire que le toucher juste pourrait être un facteur de dérépression. Et si la dépression était aussi une affaire de corps ? Cette dimension somato-psychologique est au cœur de l'approche de Danis Bois, fondateur de la méthode MDB, qui a développé la notion de « mouvement interne » — cette pulsation subtile du tissu vivant, révélatrice de l'état global de la personne.
Gymnastique sensorielle : ressentir son fascia, se ressentir soi
Complément naturel de la fasciathérapie, la gymnastique sensorielle est une pratique douce qui permet de prolonger les bienfaits du soin.
Des mouvements simples, lents, globaux. Une écoute fine du corps. Une manière de développer la présence à soi et de s'approprier sa santé. On n'étire pas pour forcer. On accompagne pour libérer. Pour ceux qui veulent passer directement à la pratique, les exercices au sol d'Alexandre Munz — ancien danseur étoile et créateur de la méthode Munz Floor — traduisent ces principes en gestes quotidiens accessibles à tous.
Trouver un bon fasciathérapeute ?
Pas simple, car le terme est souvent galvaudé. Pour une pratique de qualité, référez-vous à l'annuaire de Fascia France, qui recense les professionnels formés à la méthode Danis Bois, avec plus de 400h de formation. Les cicatrices méritent également une attention particulière dans tout travail fascial : Geoffrey Janier-Dubry explique pourquoi une cicatrice oubliée peut perturber l'ensemble du réseau, parfois des décennies après l'opération.
Le futur de la santé passe par le fascia
De Chanel à la recherche en neurosciences, la fasciathérapie attire l'attention des grands noms. Elle s'inscrit dans le mouvement de la santé intégrative, qui réunit science, humanité et écoute du vivant. En mai 2025 à Vannes, le 1er Congrès International de Fasciathérapie — dont BloomingYou a publié le compte-rendu complet — a réuni pour la première fois médecins, chercheurs, thérapeutes et sportifs de haut niveau. Un moment fondateur qui a confirmé une conviction : les fascias ne sont plus une spécialité de niche, mais un terrain de recherche majeur pour la médecine de demain.
La fasciathérapie ne remplace pas. Elle complète. Elle inspire. Et surtout, elle reconnecte.
🔎 Pour aller plus loin sur les fascias
Cet épisode avec Christian Courraud s'inscrit dans une exploration approfondie que BloomingYou mène depuis 2025. Pour en saisir toute la portée :
🎧 À écouter sur BloomingYou
Très bonne interview. Merci
merci pour ces informations précieuses, leur écoute fait déjà du bien, l’ordre des choses, l’humain, le toucher bienveillant, la présence, le somatique, la multiplicité en Soi,
Moi je fais des séances et je me sens très bien ensuite que du bonheur
Merci beaucoup pour votre partage et votre enthousiasme !