Fasciathérapie : quand le toucher réapprivoise le corps traumatisé
Publié le 23/07/2025, mis à jour le 13/04/2026
Santé physique
Fasciathérapie : quand le toucher réapprivoise le corps traumatisé
5 min de lecture
Et si le premier soin à offrir à un corps meurtri n’était ni un médicament, ni une parole, mais un simple toucher ? Un toucher doux, respectueux, profondément humain. C’est la conviction de la Dre Agnès Afnaïm, médecin généraliste et praticienne en fasciathérapie. Elle accompagne depuis plusieurs années des survivants de torture. Dans cet épisode du podcast BloomingYou, elle partage une approche bouleversante du soin — et nous invite à repenser ce que soigner veut dire. Pour en saisir les bases anatomiques et biologiques, notre guide complet sur les fascias et la santé pose les fondements indispensables.
— Cet article s’inscrit dans la continuité des épisodes du podcast BloomingYou consacrés à la fasciathérapie. Il fait écho à l’épisode 2/2 — La puissance d’agir du vivant et la résilience du toucher — et prolonge la réflexion entamée dans l’épisode 1/2 — Fasciathérapie : quand le toucher réinvente le soin. Ces échanges ont été enregistrés lors du 1er Congrès international de Fasciathérapie, coorganisé par FasciaFrance et le CERAP, qui a réuni thérapeutes, chercheurs et penseurs du vivant pour redessiner les contours d’une médecine plus sensible.
Quand la médecine classique ne suffit plus
Le Dr Afnaïm a longtemps exercé dans un centre de soins spécialisé dans l’accompagnement des victimes de torture. Très rapidement, elle se retrouve démunie face à certaines situations. Les outils classiques montrent leurs limites — et c’est précisément ce que le Dr Danièle Ranoux documente dans son analyse neurologique des fascias : les traumatismes stockés dans le tissu fascial résistent aux médicaments tant que la structure elle-même n’est pas libérée.
« Les médicaments fonctionnaient, mais pas assez profondément. Et je ne pouvais même pas les toucher. »
Dre Agnès Afnaïm
Le déclic survient un jour, presque par hasard, lorsqu’une amie lui raconte une expérience marquante de fasciathérapie. Curieuse, Agnès Afnaïm se forme immédiatement à cette approche manuelle — et ne revient plus en arrière.
Le respect avant tout
Toucher un corps traumatisé exige une attention extrême. Le thérapeute ne peut avancer qu’avec prudence — en détectant d’abord les signaux que le tissu lui envoie.
« La première chose qu’on perçoit, c’est la peur, le retrait, le froid dans les tissus. »
Dre Agnès Afnaïm
C’est pourquoi elle évite systématiquement de faire allonger ses patients lors des premières séances. En effet, la position couchée peut raviver des souvenirs traumatiques. Elle préfère commencer debout ou assis, en posant sa main là où c’est possible — parfois sur l’avant-bras, parfois ailleurs. Chaque histoire est différente : un homme, ancien enfant soldat, ne supportait plus qu’on le touche au bras. C’était précisément par là qu’on l’avait arraché à sa famille. L’approche devait donc s’adapter avec une infinie précaution.
Le soin comme portage
Nombre de patients accueillis sont dissociés. Ils vivent loin d’eux-mêmes, prisonniers de scènes de violence anciennes. La fasciathérapie ne cherche pas à les « ramener » brutalement — elle les accompagne doucement vers eux-mêmes, en respectant le rythme du tissu.
« Avant que le mouvement interne ne les porte, c’est moi qui les porte. »
Dre Agnès Afnaïm
Le corps, d’abord anesthésié, retrouve ainsi une certaine présence. La main du thérapeute agit alors comme un appui — non pas un contact mécanique, mais une forme de chaleur humaine. Certains patients vivent dès la première séance une transformation réelle, même si elle reste souvent silencieuse.
Reconstruire la confiance, pas la rendre
Le Dr Afnaïm insiste sur une distinction fondamentale : elle ne rend pas confiance à ses patients. C’est eux qui retrouvent, à leur rythme, le chemin de la sécurité.
« Je n’offre pas la confiance. Je crée les conditions pour qu’elle puisse revenir. »
Dre Agnès Afnaïm
Ce retour passe par une co-perception : le thérapeute nomme ce qui émerge, met des mots sur les sensations. Grâce à cela, le patient commence à ressentir ce qu’il vit, au lieu de rester bloqué dans le passé. Ce travail de conscience sensorielle est au cœur de la méthode — et rejoint ce que Jeanne-Marie Rugira décrit dans son propre chemin de reconstruction : retrouver un lieu de paix en soi, même quand le monde autour a été en guerre.
Le fascia, une mémoire vivante
Au cœur de cette méthode se trouve un tissu longtemps négligé : le fascia. Présent dans tout le corps, il enveloppe muscles, organes et articulations — et garde en lui les traces du vécu corporel. Contrairement à un massage, en effet, la fasciathérapie repose sur une écoute fine du tissu : le thérapeute perçoit ses tensions, ses micro-mouvements, et accompagne leur relâchement avec patience.
« Ils ne sont pas là. Ils sont encore dans les scènes de violence. »
Dre Agnès Afnaïm
Peu à peu, le patient revient. Ce retour passe par le corps — par une attention partagée entre thérapeute et patient. Comme l’explique Alexandre Munz dans son approche fascias et longévité, un fascia qui retrouve sa fluidité retrouve aussi sa capacité de régulation — et donc d’apaisement.
Une reconnaissance qui changerait tout
Aujourd’hui, la fasciathérapie reste peu reconnue par les institutions. Pourtant, ses effets sont majeurs — à la fois pour les patients et pour les soignants. Le Dr Afnaïm continue à prescrire des médicaments, mais elle voit dans cette pratique manuelle un complément précieux, irremplaçable dans certains contextes.
« La fasciathérapie, c’est inestimable. Pour mes patients, pour moi, pour notre relation. »
Dre Agnès Afnaïm
Intégrer cette approche dans les parcours de soins officiels permettrait de construire une médecine plus complète et plus humaine. C’est d’ailleurs ce que confirme l’étude clinique du Dr Isabelle Bertrand sur 188 patients lombalgiques : le toucher fascial produit des effets mesurables sur l’anxiété et la qualité de vie — bien au-delà de la simple réduction de la douleur physique.
Soigner transforme aussi le soignant
Cette démarche transforme également la posture du médecin. Le Dr Afnaïm se décrit comme une personne timide, longtemps pleine de doutes. La rencontre avec le toucher l’a métamorphosée. En cela, son témoignage rejoint celui de Geoffrey Janier-Dubry, qui rappelle que travailler sur les fascias — les siens, ceux des autres — c’est aussi apprendre à se réconcilier avec son propre corps.
« Je suis là, aujourd’hui. Et ça, c’est énorme. »
Dre Agnès Afnaïm
Soigner autrement l’a rendue plus vivante. Elle ne soigne pas seulement les corps blessés : elle soigne aussi la relation.
Une médecine du vivant
À travers ce témoignage, une autre vision de la médecine émerge. Plus lente. Plus incarnée. Et plus sensible au vivant. Elle nous rappelle que le soin, parfois, commence par une main posée en silence — et que ce geste, en apparence si simple, peut reconstruire ce que les mots et les médicaments ne peuvent plus atteindre.
Trouver un praticien qualifié
Pour pratiquer la fasciathérapie dans un cadre sérieux, adressez-vous à un praticien formé à la méthode du professeur Danis Bois (MDB). Des professionnels de santé — kinésithérapeutes, sages-femmes, infirmiers — ainsi que des praticiens en approches complémentaires appliquent cette méthode. En consultant un praticien adhérent à FasciaFrance, vous bénéficiez d’un cadre de référence reconnu, qui garantit la qualité de la formation et le respect d’une charte professionnelle.