Fasciathérapie : quand le corps répare les blessures invisibles
Publié le 15/07/2025, mis à jour le 13/04/2026
Santé physique
Fasciathérapie : quand le corps répare les blessures invisibles
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La fasciathérapie reste peu connue. Pourtant, elle offre une réponse sensible et puissante aux blessures invisibles — qu’il s’agisse de traumatismes physiques, émotionnels ou hérités du passé familial. En effet, cette approche agit en profondeur sur ce que notre guide complet sur les fascias et la santé décrit comme un réseau vivant qui relie le corps, l’esprit et la vie intérieure.
Dans cet article et la vidéo ci-dessous, nous suivons le parcours de Jeanne-Marie Rugira, psychosociologue et docteure en sciences de l’éducation. Elle a vécu l’exil, la guerre, la maladie. Elle raconte comment la fasciathérapie l’a aidée à retrouver son équilibre, sa force et sa paix intérieure — et comment, grâce à cette méthode, elle a pu se reconstruire à partir de son corps.
La fasciathérapie a été développée dans les années 1980 par Danis Bois. Elle repose sur le rôle central des fascias, ces tissus qui enveloppent et relient toutes les structures du corps. Contrairement à d’autres approches plus mécaniques, la fasciathérapie ne vise pas seulement à soulager des douleurs — elle propose de réveiller les capacités de régulation et de transformation du corps. Le thérapeute pose les mains, observe, accompagne. Il cherche à percevoir un mouvement interne très subtil, révélateur de la vitalité de la personne. C’est précisément ce que Christian Courraud du CERAP décrit dans son approche clinique : une relation au tissu, pas une technique sur le tissu.
« J’ai compris que je n’étais pas seulement en train de me soigner… j’étais en train de me transformer. » Jeanne-Marie Rugira
Quand le corps devient le dernier refuge
Jeanne-Marie Rugira n’a pas découvert la fasciathérapie par curiosité. Elle y est venue par urgence vitale. En 1993, elle quitte le Rwanda pour étudier au Canada. Peu de temps après, le génocide éclate. Elle est séparée de ses enfants, sans nouvelles de sa famille, sans pays où revenir.
Malgré son courage, son corps craque. Elle souffre de saignements pendant deux ans, sans explication médicale. Elle est épuisée, anémiée. Puis viennent les migraines, violentes, invalidantes. Ce que le Dr Danièle Ranoux documente dans son analyse neurologique des fascias éclaire ce vécu : le corps stocke les traumatismes dans ses tissus conjonctifs, et les douleurs chroniques inexpliquées sont souvent la voix silencieuse de cette mémoire fasciale.
Une amie lui propose d’essayer la fasciathérapie. Elle accepte, sans trop y croire. Mais dès la première séance, elle arrête de saigner. Elle est stupéfaite.
Sentir la vie revenir en soi
Au fil des séances, quelque chose de plus profond se produit. Lors d’un soin, elle sent un mouvement partir de son dos et traverser son corps.
« Qu’est-ce que c’est ? » demande-t-elle à la thérapeute. « C’est la vie », lui répond-elle.
Ce moment marque un tournant dans sa reconstruction. Elle comprend qu’il existe en elle un lieu de paix, même si le monde autour est en guerre. Ce n’est pas la guerre qui la détruit — c’est l’éloignement de ce lieu paisible. C’est ainsi la même notion que Danis Bois appelle le mouvement interne : cette pulsation subtile du tissu vivant, fluide chez une personne en équilibre, ralentie ou figée en cas de traumatisme.
Les fascias, symboles du lien humain
Lors du 1er Congrès international de Fasciathérapie, Jeanne-Marie Rugira partage une idée forte : les fascias ne sont pas seulement des tissus biologiques. Ils symbolisent aussi ce qui relie les êtres vivants. Dans sa vision, héritée de la culture animiste africaine, tout est interconnecté : humains, plantes, animaux, ancêtres.
« La fasciathérapie m’a redonné à mon africanité. » Jeanne-Marie Rugira
Résister par le corps
Pour Jeanne-Marie, le soin est un acte politique. Elle parle de « marronnage », en référence aux esclaves africains qui fuyaient pour construire des communautés libres. À ses yeux, la fasciathérapie permet aujourd’hui une forme de résistance : par le corps, par la présence, par le lien.
« C’est la résistance des vaincus. L’intelligence de la survie. » Jeanne-Marie Rugira
Elle le rappelle toutefois avec lucidité : cette thérapie coûte cher. Elle reste inaccessible pour de nombreuses personnes, notamment dans les pays du Sud. C’est pour elle une question centrale — comment rendre ce soin disponible aux plus fragiles ? Une question que le Dr Agnès Afnaïm pose elle aussi dans son travail avec des survivants de torture : la fasciathérapie est précieuse, mais encore trop rare dans les parcours de soin officiels.
Soigner les blessures invisibles
Jeanne-Marie travaille aujourd’hui avec des femmes rwandaises, survivantes du génocide. Devenues mères à dix ans, cheffes de famille sans avoir eu d’enfance, elles portent des traumatismes profonds. À quarante ans, elles sont brisées, sans espoir, sans ressources.
Pour ces femmes, elle ne croit plus aux mots, ni aux aides extérieures. Elle croit à une seule chose : reconnecter le corps à sa force de guérison. Les cicatrices — physiques et invisibles — jouent ici un rôle central : comme l’explique Geoffrey Janier-Dubry dans son travail sur les cicatrices et les fascias, une zone de fixation oubliée peut entretenir silencieusement des tensions qui alimentent la souffrance pendant des années.
« Sinon, on transmet les mêmes traumatismes de génération en génération. » Jeanne-Marie Rugira
Une médecine du lien, une sagesse du corps
À travers le parcours de Jeanne-Marie Rugira, la fasciathérapie apparaît comme bien plus qu’un soin. C’est une philosophie du vivant — une invitation à ralentir, à écouter, à réhabiter son corps avec douceur.
« Je ne souffre pas de la guerre. Je souffre d’être éloignée du lieu paisible en moi. » Jeanne-Marie Rugira
En réveillant ce lieu, la fasciathérapie aide à se réparer, se relier, se reconstruire. Elle restaure ce que la violence, la fuite ou l’oubli avaient brisé : le lien avec soi, avec les autres, avec la vie.
Trouver un praticien qualifié
Pour pratiquer la fasciathérapie dans un cadre sérieux, adressez-vous à un praticien formé à la méthode du professeur Danis Bois (MDB). Des professionnels de santé — kinésithérapeutes, sages-femmes, infirmiers — ainsi que des praticiens en approches complémentaires appliquent cette méthode. En consultant un praticien adhérent à FasciaFrance, vous bénéficiez d’un cadre de référence reconnu, qui garantit la qualité de la formation et le respect d’une charte professionnelle.