Douleurs chroniques, tensions inexpliquées, fatigue récurrente : et si une vieille cicatrice en était la cause ? Geoffrey Janier-Dubry, ostéopathe passionné par les fascias, nous invite à reconsidérer ces marques oubliées à travers son livre
Nos cicatrices, mode d’emploi (Éditions Souffle d’Or). Cette approche s’inscrit dans un champ plus large que BloomingYou explore en profondeur dans notre
guide complet sur les fascias et la santé — ce réseau continu qui relie, du crâne aux pieds, muscles, organes, nerfs et os.
Les cicatrices : de simples marques ou véritables « trous noirs » corporels ?
Pour Geoffrey Janier-Dubry, une cicatrice n’est pas qu’une trace en surface. Il la compare à un « trou noir » : une zone d’oubli et de fixation, où le corps cesse de bouger correctement. « La cicatrice attire la matière autour d’elle et bloque la dynamique naturelle des fascias », explique-t-il. Or, ce tissu conjonctif forme une toile d’araignée vivante reliant peau, muscles, organes et os — une architecture décrite en détail dans notre article
Fascia : la structure oubliée qui relie tout, avec le Dr Jean-Claude Guimberteau, premier chercheur à avoir filmé ce tissu vivant in vivo.
Lorsqu’une cicatrice crée une tension dans les fascias, cette perturbation peut désorganiser tout l’équilibre corporel : posture, digestion, respiration, sommeil… Rien n’est isolé. Ce mécanisme est au cœur du syndrome myofascial que
le Dr Danièle Ranoux décrit dans son analyse neurologique des fascias : le myofibroblaste, cellule clé de la cicatrisation, peut rester pathologiquement actif des années après l’opération et entretenir une tension chronique dans tout le réseau.
Comment une cicatrice perturbe-t-elle tout le corps ?
Imaginez une mouche prise dans une toile d'araignée : toute la structure en est affectée. De même, une cicatrice figée devient un point fixe perturbateur dans le réseau des fascias. Les conséquences ? Des douleurs parfois loin de la zone initiale : maux de tête, lombalgies, troubles digestifs, cervicalgies…
« Le premier principe de l'ostéopathie est que la vie, c'est le mouvement », rappelle Geoffrey. Or, un point fixe entrave la circulation des liquides corporels — lymphe, sang veineux —, favorisant stagnations, inflammations, sciatiques ou autres troubles. Ce lien entre immobilité fasciale et douleur chronique est
documenté par Alexandre Munz : un fascia immobile s'appauvrit, durcit et finit par souffrir. La lenteur du mouvement est la clé de sa régénération.
Les émotions dans les cicatrices
Certaines cicatrices portent également une charge émotionnelle. C'est particulièrement vrai pour les cicatrices de césarienne ou d'épisiotomie. Derrière la blessure physique, il peut y avoir un sentiment d'échec, de perte ou de traumatisme.
Geoffrey insiste : « Il faut remercier nos cicatrices. Elles nous ont sauvé la vie. » Mais il est essentiel de les travailler, tant physiquement qu'émotionnellement, pour réintégrer ces zones au sein de notre schéma corporel. Cette dimension somato-émotionnelle est au cœur de l'approche de
Danis Bois, fondateur de la fasciathérapie MDB, qui a mis en évidence l'impact des fascias dans notre vie intérieure et notre capacité à nous reconnecter à nous-mêmes.
Comment prendre soin de ses cicatrices soi-même ?
Le premier geste recommandé est d'oser toucher sa cicatrice, même des années après. Au début, on peut simplement caresser la zone autour, en respectant ses propres limites. La stimulation douce relance la cartographie cérébrale oubliée — exactement le principe que
Christian Courraud du CERAP décrit dans son approche de la fasciathérapie clinique : accompagner le tissu, pas le forcer.
- Si une simple pression à distance provoque une gêne, c'est un signal d'alerte.
- La stimulation douce relance la cartographie cérébrale oubliée.
- En cas d'anesthésie de la zone, des massages réguliers de quelques minutes peuvent progressivement reconnecter la cicatrice au système nerveux.
L'utilisation de baumes naturels, comme le baume de violette inspiré de la pharmacopée d'Hildegarde de Bingen, peut accompagner ce travail de reconquête sensorielle.
Le travail énergétique et la détection à distance
Certaines cicatrices émettent une chaleur détectable à distance, un phénomène que Geoffrey relie aux travaux de Jean-Pierre Barral. Avec de l'entraînement, la main peut percevoir cette chaleur et signaler un déséquilibre invisible à l'œil nu.
Cette approche souligne à quel point nos fascias ne sont pas que physiques : ils sont aussi le siège d'une dimension sensorielle subtile. C'est précisément ce que
la chercheuse Laure Zago au CNRS a mis en évidence : le toucher fascial agit sur le système nerveux, le système hormonal et le système immunitaire — bien au-delà de la simple détente musculaire.
Les cicatrices oubliées : dents de sagesse, hernies, blessures anciennes
Parmi les cicatrices souvent négligées, celles des extractions de dents de sagesse tiennent une place particulière. « Elles peuvent déséquilibrer la mâchoire, perturber le nerf vague et entraîner migraines, problèmes digestifs ou douleurs cervicales », explique Geoffrey.
De même, les cicatrices post-opératoires — appendicite, hernie inguinale, césarienne — peuvent continuer à « tirer » sur les fascias des années après si elles ne sont pas traitées. Ce mécanisme est confirmé par
l'étude clinique du Dr Isabelle Bertrand sur 188 patients souffrant de lombalgie chronique : les zones de fixation fasciale, même lointaines, entretiennent la douleur et résistent aux traitements classiques tant qu'elles ne sont pas libérées.
Fascias : l'organe oublié de notre cohérence corporelle
Les fascias créent l'unité du corps. Ils forment un réseau vivant et adaptatif, où chaque tension, chaque coup, chaque cicatrice laisse une empreinte. Geoffrey Janier-Dubry évoque la notion de tenségrité : une architecture dynamique où chaque partie dépend de l'autre. « Une cicatrice non intégrée perturbe cette tenségrité et crée des compensations partout dans le corps. »
Entretenir le mouvement des fascias, c'est entretenir la vitalité du corps. Comme le résument
les travaux présentés lors du 1er Congrès International de Fasciathérapie : « Le désir de vivre n'est pas qu'une idée. Il est inscrit dans la matière même du corps. »
L'importance de la respiration et du mouvement quotidien
Respirer profondément par le nez, mobiliser son diaphragme, éviter la sédentarité prolongée : autant de gestes simples pour fluidifier les liquides corporels et entretenir la souplesse des fascias. Geoffrey recommande aussi l'usage de coussins dynamiques, comme la galette Physiomat de Bernadette de Gasquet, pour améliorer sa posture tout en restant assis. Ce coussin instable, utilisé sur une chaise ou un siège de bureau, oblige à mobiliser en douceur le bassin, le diaphragme et la colonne vertébrale. Résultat : la respiration devient plus libre, la circulation des liquides est favorisée, et les tensions cervicales ou lombaires diminuent.
Pour aller plus loin dans la pratique quotidienne,
la méthode Munz Floor propose des exercices au sol en torsion lente, spécifiquement conçus pour mobiliser les chaînes myofasciales dans leur direction naturelle — sans jamais forcer, en laissant au tissu le temps de répondre.
Un message fondamental : vivre pleinement
À travers son approche, Geoffrey nous invite à « vivre notre corps », et non simplement à l'habiter. Une cicatrice bien soignée libère l'élan vital, facilite la réalisation de nos projets, et renforce notre capacité à aimer et à créer.
« Une cicatrice qui ne tire plus est une vie qui circule mieux », conclut-il avec conviction.
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Nos cicatrices, mode d'emploi (Souffle d'Or Éditions)
🔎 Pour aller plus loin sur les fascias
Les cicatrices sont une porte d'entrée dans un sujet bien plus vaste. Pour explorer toutes les dimensions des fascias :
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