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Comment l’humanité peut-elle vivre en harmonie avec la nature?

  • mercredi 27 mars 2019
  • 7 Min de Lecture

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L’humanité et la nature, les origines d’une relation biaisée

Professeur de philosophie dont les thèmes de prédilection sont les questions d’éducation, d’éthique et d’écologie politique, Michel Juffé évoque dans son dernier ouvrage « A la recherche d’une humanité durable », le double défi auquel l’humanité est aujourd’hui confrontée : son rapport à elle-même, et son rapport à la nature. Nous pourrions penser qu’il s’agit de deux sujets différents, mais pour le philosophe, ils sont liés.

L’effet miroir de la nature sur notre propre nature

Notre vision de l’Humanité et de la Nature ne sont pas neutres. Elles découlent d’un bagage religieux et culturel, où elles se sont construites ensemble et en opposition. Pour résumer, nous avons d’un côté l’être-humain, perçu comme la quintessence de la création, grâce à son esprit intelligent et créatif. Tandis que nous avons de l’autre côté la nature perçue comme sauvage et dangereuse pour l’être-humain.

Or, ce n’est pas tant la nature qui est sauvage ou dangereuse que l’être-humain. La nature est ce qu’elle est et c’est nous, humains, qui la percevons ainsi. Cette perception est en réalité un écho, un effet miroir  à notre propre caractère dangereux et sauvage.

Cette perception est en réalité un écho à notre propre état naturel, celui qui nous renvoie à notre partie animale et mortelle (C’est l’effet miroir qui s’opère).

La civilisation occidentale s’est construite sur l’opposition de l’humanité et de la nature

Les civilisations qui nous ont précédés pour aboutir à notre société se sont construites sur une idée fondatrice : l’humain possède un choix que les autres vivants n’ont pas. Celui d’être un animal soumis à ses instincts naturels (et donc sauvages) ou de s’émanciper de sa nature, et donc de la Nature, pour devenir un dieu dont la puissance se manifeste par son cerveau. Toute l’ambition de notre civilisation occidentale s’est construite sur cette dichotomie : le développement de la raison et de la pensée humaine contre ses instincts sauvages.

La folle aventure de l’humanité pour s’émanciper d’elle-même et de la nature

L’humanité en quête de divin

Parce que Dieu est l’Esprit Pur et Eternel, et que nous sommes restés obnubilés par l’idée que nous puissions être à son image, nous nous sommes concentrés sur la culture de notre esprit, l’opposant à celle du corps. Effectivement, le corps nous renvoie directement à notre appartenance à la nature. Le désir sexuel et la gourmandise, des activités toutes liées au corps, sont considérées comme nos bas instincts. Comme l’explique Michel Juffé, « la principale caractéristique de beaucoup de discours intellectuels et philosophiques est la répugnance à l’idée que nous pourrions, comme le reste de la Nature, être dépendants de nos sensations, incapables de nous détacher de notre condition d’être « naturel », c’est-à-dire périssable. » Quand on veut tutoyer les dieux, il est difficile d’être le descendant du singe.

Cet état d’esprit d’affranchissement de la nature et, au final de sa propre nature, aboutit à un rapport à soi construit sur le contrôle de ses émotions et penchants naturels. La névrose nous accompagne. Et pour ce qui concerne la nature, on va là aussi chercher à la contrôler, à la maîtriser et même à la dominer.

Désir de toute puissance

Certains pensent que c’est l’argent qui fait tourner le monde, d’autres pensent que c’est le sexe. Selon Michel Juffé, c’est la puissance ! Un désir insatiable qui serait à l’origine de nos explorations, nos constructions, de l’innovation technique, de la recherche scientifique, de la course aux profits…

Le revers de la médaille, c’est que nous ne savons plus nous arrêter.

Tout n’est heureusement pas mauvais dans notre société éduquée et informée, car nous prenons enfin conscience que notre vision de nous-mêmes et de notre rapport à la nature est biaisé. Une question se pose alors : sommes-nous dotés d’une nature intrinsèquement vorace, qui nous empêcherait de calmer cette soif de toute-puissance, ou pouvons-nous nous tempérer ?

Comment l’humanité peut-elle tempérer son désir de toute puissance et vivre en harmonie avec la nature ?

Le bug humain

Docteur en neurosciences, Sébastien Bohler vient de publier « Le bug humain. Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher ? » On y apprend qu’une zone de notre cerveau, le striatum, est en charge de nos principaux désirs inconscients : dormir, manger, avoir des relations sexuelles, un statut social, se comparer aux autres et glaner le maximum d’informations sur son environnement. Le striatum est programmé pour en demander toujours plus. Ce qui ne nous aide pas à tempérer le désir de toute puissance.

Les solutions : prise de conscience et éducation

Qu’est ce qui va nous y amener ? La conscience et l’éducation, car notre cerveau peut faire et défaire les connexions neuronales, et nous faire adopter de nouveaux réflexes et comportements de vie.

Ainsi, le système de consommation dans lequel nous vivons est un système qui nous explique que le bonheur existe dans le toujours plus.

Nous commençons à nous rendre compte que cela n’est pas forcément vrai…

Enfin, une autre prise de conscience peut contribuer à faire redescendre l’être humain de son piédestal. Son esprit supérieur en intelligence ne l’est pas tant que ça. Les autres vivants ne manquent pas d’intelligence non plus, et la puissance humaine n’est pas sans limite.

Quand l’humanité redescend de son piédestal

L’intelligence n’est pas le propre de l’humanité

« Nous imaginons, nous évaluons, nous bâtissons, nous projetons, nous anticipons, nous avons des concepts intellectuels, des œuvres d’art et des cités qui contiennent et organisent cette diversité. Nous croyons aisément que tous nos talents nous placent en dehors de la Nature, croyance confortée par l’ignorance des capacités de simulation d’autres espèces ou ensemble d’organismes vivants. Un animal chasseur, un oiseau qui construit son nid, une araignée tisseuse, une colonie de fourmis qui creuse des galeries sur des kilomètres, des abeilles organisant leur ruche, une plante fabricant des simulacres… sont aussi des êtres capables d’anticiper, de bâtir, de simuler. D’ailleurs, tous les êtres vivants doivent anticiper et simuler, ne serait-ce que pour trouver leurs proies et échapper à leurs prédateurs, éviter de mourir de froid ou de chaud. »

Effectivement, l’intelligence n’est pas l’apanage de l’être humain. Quiconque a des animaux de compagnie ou côtoie ceux des fermes sait que les animaux sont intelligents. Quid des animaux sauvages, les loups par exemple, comme l’ont montré les travaux d’Elli Rading ?

Enfin, pour revenir à notre puissance, si celle-ci est réelle, elle reste toutefois limitée dans son action.

Une puissance humaine réelle mais limitée

« Make the Planet Great again ». Pour qui ? Pour la planète ? Nous n’avons pas ce pouvoir-là, car comme le souligne Michel Juffé :

Notre puissance est réelle mais elle est limitée. Nous n’avons pas la capacité de détruire la planète, nous avons le pouvoir de la rendre laide, inhabitable, précaire et dangereuse pour une grande partie de l’humanité.

Nous pouvons donc nous acharner à nous extirper hors de la nature, à la dominer pour essayer un jour de nous installer dans l’Olympe, toujours est-il que nous faisons partie d’elle, et le renier c’est se suicider.

D’où l’urgence pour Michel Juffé de renoncer à cette vision aussi égotique que prétentieuse, et de refonder une vision de l’humanité plus juste dans son rapport au monde.

Les pistes de Michel Juffé pour fonder une humanité durable

La fin de la schizophrénie dieu/animal

En tant qu’Humanité, notre plus grosse erreur est de nous complaire dans la croyance que nous sommes invincibles et immortels grâce aux pouvoirs de notre cerveau. L’esprit humain est porté aux nues, au contraire des ressentis du corps et des appels du cœur, reniés car perçus comme faibles et détestables. Or, renier deux des trois éléments de notre humanité, c’est passer à côté de nous-mêmes. Nous nous corrompons, et corrompons la Nature. La solution est de regarder en face les différentes parties de l’humanité, de les accepter et de trouver l’harmonie entre elles. Ce n’est qu’ainsi que nous nous épanouirons pleinement. 

Quid de la Nature ? Là aussi, il faut chercher l’harmonie, c’est le secret des couples qui durent. Et à l’échelle globale, nous, l’Humanité, formons un couple avec la Nature. Nous avons une relation avec elle, et pour que celle-ci soit vivable et durable, nous devons trouver un équilibre de vie où chacun s’épanouit. Pour se faire, Michel Juffé propose 4 piliers fondateurs pour asseoir une humanité durable.

4 piliers pour ancrer une humanité durable

1. Une description commune de la Nature et de ses diverses dynamiques, y compris celles des vivants et en particulier des humains, dont voici les principes :

  • Nous faisons partie de la Nature infinie, autocréatrice, autorégulatrice, dépourvue d’intentions.
  • Tous les êtres vivants, dans leur grande diversité, sans cesse en évolution, cherchent à « persévérer dans leur être », notamment en se réunissant et en s’intégrant dans des ensembles à diverses échelles.
  • L’espèce humaine poursuit le même but, elle ne bénéficie d’aucune élection particulière, et ne constitue pas un empire dans un empire, elle n’y parvient durablement qu’en s’associant aux autres êtres, en particulier vivants, au sein de la Nature.

2. Des règles de conduite applicables à tous les aspects des activités humaines, qu’il s’agisse des relations des humains entre eux, ou de celles qu’ils entretiennent avec le reste de la Nature.

Michel Juffé imagine une déclaration universelle de l’humanité qui promulguerait les principes suivants :

  • Vivre en sécurité et sans pénurie.
  • Nourrir des relations fécondes entre humains et avec d’autres vivants.
  • Participer à la création continuelle de la diversité des vivants par nos inventions et créations.
  • Jouir de la beauté du monde qui nous entoure et comprendre de quoi il est fait.

3. Des institutions mondiales capables de faire respecter ces règles et de sanctionner les excès de toutes sortes. A problèmes globaux, solutions globales.

4. Des établissements publics culturels et éducatifs, formant toutes les générations aux qualités nécessaires à la vitalité et à la pérennité des règles et institutions ci-dessus énoncées. 

Source : Michel Juffé, « A la recherche d’une humanité durable », éditions L’Harmattan, 2018
écrit par

La rédaction

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