Réponse express : Jean Becchio présente les techniques d’activation de conscience (TAC) dans cet entretien. Ses explications et ses attentes thérapeutiques sont des propos de praticien. Les données sur l’hypnose ne valident pas automatiquement les TAC ni toutes les indications évoquées. Les notes de la rédaction distinguent témoignage, hypothèse et preuve ; aucun soin ne doit être remplacé sur la foi de cet entretien.
Les TAC selon Jean Becchio : entretien et mise en perspective
Nous recevons Jean Becchio autour de son livre Du nouveau dans l’hypnose : les techniques d’activation de conscience (Odile Jacob, 2021). Les réponses de l’entretien sont conservées. Les précisions introduites comme notes de la rédaction ne sont pas des propos de l’invité.
Le NCCIH présente des résultats variables selon les usages de l’hypnose : des bénéfices possibles dans certaines douleurs, des résultats non concluants pour l’anxiété liée aux actes médicaux et des résultats contradictoires pour l’arrêt du tabac. Le rapport Inserm de 2015 décrit également cette hétérogénéité. Ces références portent sur l’hypnose ; elles ne démontrent pas que les TAC l’auraient remplacée.
Une brève Histoire de l’hypnose
- Quelle est la différence entre l’hypnose et les TAC ?
- JB : C’est tout simplement une évolution. L’hypnose était défendable à une certaine époque avec certains dogmes, elle ne l’est plus aujourd’hui suite aux découvertes des neurosciences. Aujourd’hui, ce qui est défendable, ce sont les TAC. Demain, cela sera peut-être encore autre chose.
- Quelle est l’origine de l’hypnose ?
- L’hypnose existe depuis toujours car depuis que l’humain est apparu sur Terre, la souffrance (comme le plaisir) l’accompagne. Pour soulager cette souffrance, il a inventé un moyen, qui est la croyance en des forces supérieures. Les forces de la nature, du ciel, de Dieu etc. Le chaman était un médiateur qui captait ces forces et les envoyait chez la personne qui souffrait.
Ce rôle de médiateur a subsisté pendant très longtemps. Ambroise Paré, médecin du roi François Ier, affirmait ainsi : « je soigne les personnes et Dieu les guérit ».
Les différentes évolutions de l’hypnose thérapeutique :
- Du chamanisme au magnétisme : A partir du XVIIème siècle, Dieu se retire de la médecine pour être remplacé par la science. Un siècle plus tard, le médecin Autrichien Anton Mesmer, inspiré par les découvertes sur l’électricité et l’électromagnétisme, crée le magnétisme animal.
- Du magnétisme à la suggestion : Au XIXème siècle, le médecin écossais James Braid discrédite le magnétisme pour le remplacer par la suggestion. Le médecin souffle à l’oreille du patient somnolant, ou endormi, des mots ou phrases destinés à le guérir.
- Les études contemporaines de l’hypnose examinent notamment ses corrélats cérébraux. Comme le précise le rapport Inserm cité plus haut, ces observations ne permettent pas d’en expliquer complètement les mécanismes. Elles ne valident pas à elles seules toutes les interprétations historiques ou thérapeutiques de cet entretien.
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La suite développe :
- Comment Jean Becchio décrit-il les ressources mobilisées par les TAC ?
- Quels sont les liens de pouvoir entre le corps et l’esprit ?
- Le point de vue de Jean Becchio sur les émotions
Environ 8 minutes de lecture, 1 723 mots.
Comment Jean Becchio décrit-il les ressources mobilisées par les TAC ?
Qu’est ce qui distingue les TAC de l’hypnose ?
- Vous écrivez : « Les grands changements de nos vies viennent de l’intérieur et vont vers l’extérieur. Un bon thérapeute emploie toujours une technique qui stimule la force interne. » Comment stimulez-vous cette force, et quelle différence avec l’hypnose ?
- JB : Avec l’hypnose traditionnelle, le thérapeute donne un « coup de marteau » au moyen d’une suggestion directe. Envie d’arrêter de fumer ? En une séance, « boom » on est dégoûté du tabac.
Avec les TAC, le thérapeute prend le patient sous son aile, jusqu’à ce qu’il développe assez de forces intérieures pour s’arrêter de fumer. Ce qui implique de voir le thérapeute régulièrement, et de faire des exercices d’auto-activation pour stimuler ses forces.
Stimuler les forces nécessite trois éléments :
- Une relation de confiance entre le thérapeute et le patient.
- Connaître trois de ses ressources. Pour Jean Becchio, c’est le chocolat noir, marcher dans les Pyrénées ariégeoises et lire un bon bouquin.
- Connaître son expertise, à savoir ses talents ou capacités naturelles.
- Quelle est la différence entre une séance d’hypnose et de TAC ?
- JB : Contrairement à l’hypnose classique, le problème du patient est directement abordé pendant une séance de TAC.
- Comment abordez-vous le problème ?
- JB : Le patient prend une posture tonique, ferme les yeux et se concentre sur sa douleur pendant dix secondes. On fait comprendre au patient que le but d’une séance est de partir du port de l’inconfort pour voyager, et arriver au port du confort.
- Combien de temps dure une thérapie de TAC ?
- JB : Une séance dure entre 5 et 15min. Pour traiter une douleur aiguë et récente, une à trois séances suffisent. Pour traiter des souffrances enkystées comme une dépression ou une addiction, une thérapie dure entre 4 et 6 mois.
Note de la rédaction : les durées et résultats annoncés ici relèvent de l’expérience rapportée par le praticien. Cet entretien ne cite pas d’essai comparatif des TAC permettant de garantir ces délais pour une dépression, une addiction ou une douleur. Le NCCIH relève des résultats contradictoires de l’hypnose pour le sevrage tabagique ; la formule « en une séance » ne doit pas être comprise comme une promesse.
Pourquoi l’indécision brise nos forces ?
- Pour évoquer la problématique du choix binaire, vous citez la première phrase du Roman de David Copperfield de Charles Dickens : « Serai-je le héros de ma vie ou ce rôle sera-t-il joué par quelqu’un d’autre que moi ? » Comment un choix partiel ou le non-choix devant une bifurcation conduit à l’échec ou à la névrose ?
- JB : On a sans arrêt le choix. Vous avez le choix de venir me voir ou d’aller voir une autre personne. Si vos lecteurs réfléchissent quelques secondes, il va se présenter une bifurcation aujourd’hui, dans leur vie. Est-ce que je vais faire ceci ou cela ? Habituellement, nous faisons les bons choix qui nous permettent d’avancer, ce qui n’est pas le cas pour un patient en manque d’énergie ou d’agentivité.
L’agentivité est notre puissance d’agir, qui peut se trouver entravée par une petite voix intérieure hésitante devant une bifurcation. L’hésitation trop longue laisse place à la peur. Celle-ci étant mauvaise conseillère, elle nous oriente presque systématiquement vers le mauvais chemin.
- JB : Nous devons donc apprendre à notre patient à gérer ses peurs pour qu’au moment de la bifurcation il choisisse un chemin. S’il choisit le mauvais, grâce à cette confiance, il en prendra vite conscience et opérera une nouvelle bifurcation pour aller vers le bon chemin.
- Vous insistez énormément sur la nécessité d’encourager l’autonomie du patient
- JB : C’est primordial, « aide-toi et le ciel t’aidera ». On avertit d’emblée nos patients que si on accepte de les aider, ils doivent aussi faire leur part de travail en faisant les exercices. Sans cela, on est dans l’hypnose traditionnelle. Quand un dépressif va mieux, j’espace nos rencontres hebdomadaires à 15 jours, puis à la fin, je le verrais une fois par mois m’assurer qu’il est bien autonomisé.
Quels sont les liens de pouvoir entre le corps et l’esprit ?
L’impact des mots sur le corps
- Vous écrivez : « Les mots soignent par eux-mêmes lorsqu’ils sont bien choisis et en correspondance avec le vécu et le ressenti du patient. » Comment le langage impact le corps et l’esprit ?
- JB : Les mots possèdent bien une force, c’est ce qu’on appelle la sémantique. Si je dis à un patient « vous allez mieux, je suis content », il reçoit cela avec satisfaction mais l’IRM n’indique aucun changement cérébral. Si je lui dis : « vous allez mieux, je suis content et vous êtes sur le bon chemin », quelque chose se passe dans son cerveau. Une onde fulgurante se manifeste à l’IRM et que j’appelle « onde de la joie ».
Note de la rédaction : « onde de la joie » est le nom employé par l’invité. Aucune étude d’imagerie précisément référencée ici ne permet de vérifier l’effet propre des deux phrases comparées. Observer une activité cérébrale ne démontre pas à lui seul un bénéfice thérapeutique.
- Que s’est-il passé ? « Le bon chemin » est une image symbolique et universelle, qui a changé le sens de la phrase en lui apportant davantage d’intensité. « Aux médecins de connaitre les mots qui aident le patient ». Ces mots vous ont été inspirés par Aristote dans la Poétique et la Rhétorique.
- JB : Aristote a d’abord écrit La Rhétorique pour permettre aux rhéteurs, c’est-à-dire aux avocats, de construire des discours qui influencent le juge et leur permettent de gagner le procès. Mais d’autres avocats s’éloignaient de la Rhétorique pour orner leur discours de métaphore, poésie, musique etc. Ce qui touchait non seulement l’intellect du juge, mais aussi son oreille et son cœur.
- Est-ce qu’il s’agit de l’inconscience bienveillante évoquée dans votre livre ?
- JB : L’inconscient bienveillant est une notion introduite par Milton Erickson. Aujourd’hui, on parle plutôt de force de vie intérieure. On rejoint un peu les philosophies taoïstes avec le chi, l’énergie vitale qui circule en nous et nous soutient. La bienveillance est à l’intérieur de nous, mais il faut qu’on l’encourage.
L’influence du langage corporel sur le mental
- Comment notre langage corporel influence notre mental ?
- JB : La psychologue américaine Amy Cudy a mené une expérience révolutionnaire où elle a pu démontrer que notre posture influençait directement notre état d’esprit.
Note de la rédaction : les variations hormonales précédemment détaillées ne constituent pas un résultat robuste à généraliser. Dans une réplication conceptuelle portant sur 200 personnes, Ranehill et ses collègues (2015) n’ont pas retrouvé d’effet significatif des postures sur le cortisol, la testostérone ou les tâches comportementales ; un effet sur le sentiment subjectif de puissance persistait. Cela ne démontre pas qu’une posture traite la dépression.
- JB : La tristesse peut être chassée par quelques gestes très simples : se redresser, tourner les épaules en arrière pour gonfler la poitrine, relever un peu le menton et ajouter un sourire sur le visage.
Note de la rédaction : la disparition immédiate de la tristesse n’est pas un résultat garanti. L’absence d’amélioration ne doit pas être interprétée comme un manque de volonté.
Le point de vue de Jean Becchio sur les émotions
La raison d’être des émotions
- La notion d’émotion positive, comme la joie, ou négative, comme la colère, est dépassée selon vous. « Toute émotion est utile et doit être utilisée. Une émotion n’est pas un état mais un processus dynamique. » Les émotions sont donc souvent rationnelles, pourtant Descartes pensait l’inverse.
- JB : Selon les scientifiques occidentaux, il y a 4 émotions : la peur, la colère, la joie et la tristesse. Et toutes sont utiles. Sans sa tristesse, Baudelaire n’aurait jamais pu écrire les Fleurs du Mal. Il était un triste naturel qui a su utiliser son émotion. Pareil pour la colère, si elle est utilisée bien à bon escient, elle est un formidable réservoir d’énergie, d’action et de persévérance.
A noter que les philosophes taoïstes comptent 5 émotions, en rajoutant celle issue de l’état de réflexion ou de contemplation, où il n’y a ni joie, ni tristesse, ni colère, ni peur.
- Vous nous apprenez que la dépression a une fonction. Laquelle ?
- JB : La dépression peut être effectivement utile à un certain moment quand le corps se sent menacé par un burn out ou autre. La dépression résulte de la une force intelligente en nous, qui est l’agentivité mentionnée plus haut.
- La dépression doit donc être acceptée comme un évènement salvateur qui, une fois traversée, sera une expérience qui nous aura fait grandir. Ce qui est problématique, c’est quand la dépression est permanente.
Note de la rédaction : présenter la dépression comme un événement salvateur est une interprétation de l’invité, pas une explication médicale établie ni une raison d’attendre sans aide. Le NIMH décrit des soins adaptés à chaque situation, notamment psychothérapie et médicaments. En cas de souffrance suicidaire, le 3114 répond en France gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; en danger immédiat, contactez les urgences.
Les TAC sont-ils accessibles aux enfants ?
- Vous parlez également de la souffrance psychiquedes enfants en citant Bruno Falissard et vous reprenez les fondamentaux qui sont liés à la stimulation de l’attention chez les enfants. Les TAC peuvent-ils aider les enfants à être plus concentrés ?
- JB : Oui, la méthode s’adapte aux particularités des enfants. Ils apprennent facilement les exercices à condition qu’ils fassent partie de leur univers de jeu vidéo, de manga ou autre.
Note de la rédaction : cette proposition décrit une pratique du conte et de l’attention. Elle ne constitue pas une preuve de traitement d’un trouble de l’attention chez l’enfant ; les difficultés durables appellent une évaluation professionnelle.
Pour conclure : cet entretien expose la démarche de Jean Becchio. Il ne démontre pas une efficacité générale des TAC chez l’adulte ou l’enfant. Une difficulté persistante mérite une évaluation adaptée ; la nouveauté d’une méthode et l’intérêt d’un témoignage ne suffisent pas à en établir les bénéfices cliniques.
Must read : "Du nouveau dans l'hypnose. Les techniques d'activation de conscience." Jean Becchio. Aux éditions Odile Jacob.
Sources
- INSERM, Évaluation de l'efficacité de la pratique de l'hypnose (rapport 2015)
- Entretien du Dr Jean Becchio pour BloomingYou (propos du praticien)