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Rencontre avec un sociologue de la vie de couple

Pas envie ce soir

En 2018, l’Ifop réalise une étude sur la satisfaction sexuelle des Européennes à l’occasion de la journée de l’orgasme (21 décembre) qui dévoile un étrange paradoxe au sujet des Françaises. Alors que près d’1/3 d’entre elles se déclarent insatisfaites sexuellement, ce sont pourtant les Françaises qui sont les plus ouvertes dans leur pratique sexuelle et les plus actives.

Sans pouvoir répondre totalement à ce paradoxe, nous détenons peut-être des clés pour mieux le comprendre grâce à Jean-Claude Kaufmann.

Sociologue, directeur de recherches au CNRS, Jean-Claude Kaufmann est également l’auteur de nombreux ouvrages sur le quotidien et la fidélité dans la vie conjugale. Son dernier ouvrage « Pas envie ce soir » est une enquête éclairante sur l’articulation du désir entre l’homme et la femme et la question du consentement dans le couple.

Dans notre entretien, Jean Claude Kaufmann décrit comment l’évolution des mœurs dans la sexualité a impacté les relations amoureuses et quels sont les écueils à l’épanouissement et à l’expression du désir féminin. En fin de partie, il nous explique également pourquoi la situation conjugale amène à l’infidélité et le carcan monogamique au polyamour.

Ce qui change avec #MeToo

  • Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?
  • JCK : Il y a des sujets que je prépare à l’avance et d’autres qui me tombent dessus suivant l’actualité des évènements, comme l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo pour mon livre « Pas envie ce soir ».
  • Depuis des siècles et des siècles, les rituels de séduction consistaient pour l’homme à forcer les défenses et les barrages mises en place par la femme. L’art féminin c’était de céder progressivement même si le désir était là. D’un coup, #MeToo révolutionne complètement cette histoire-là, il faut partir du consentement des personnes alors que les échanges dans la séduction ne passent pas toujours dans la parole mais dans les gestes et les baisers. Dont les baisers volés.
  • Le couple étant mon sujet d’enquête depuis très longtemps, j’ai donc décidé d’enquêter là. On se dit, tout de suite, que cela fait bizarre d’évoquer le consentement dans le couple. Or depuis #MeToo, il faut s’interroger et se demander comment cela se passe dans l’articulation du désir de l’un et du désir de l’autre : est-ce que c’est toujours harmonieux ? Dès que je suis entré dans l’enquête j’ai vu que ce n’était pas harmonieux du tout.

Retour sur le mythe de la sexualité conjugale épanouie

Un gouffre entre la fable sociale et la réalité dans l’intimité 

  • Dans votre enquête vous soulignez un certain nombre de fables que la société se raconte comme la fable de la sexualité épanouie ou encore celle de l’égalité. Y a-t-il un mal-être sexuel en France ?
  • JCK: Ces fables ont une part de vérité et sont en même temps utiles. C’est bien de raconter des fables aux enfants. Cela permet de se lancer dans un univers de désir, mais il est important de ne pas prendre la fable pour la réalité.

Le vrai problème n’est donc pas tant les fables que notre enthousiasme collectif qui les a transformées en injonctions. Ce discours est devenu tellement prédominant que nous avons tous l’impression que tout le monde a une vie sexuelle super active et ultra performante.

  • JCK : La fable de la sexualité épanouie est extrêmement utile parce qu’il y a un siècle, la fable de la sexualité n’était pas épanouie du tout. Toucher à la sexualité, c’était entrer dans les interdits, les mystères, les angoisses, cela provoquait des névroses, ce qui a donné beaucoup de travail à Freud.
  • Par rapport à cette époque-là, on a vraiment avancé. On en parle beaucoup plus facilement dans les médias et les espaces publics. Mais à l’intérieur du couple, c’est vraiment beaucoup plus difficile et on est loin de l’épanouissement et de la liberté de parole par rapport à la sexualité.

De ce paradoxe, Jean-Claude Kaufmann a constaté qu’il en ressort une énorme culpabilité de la part des femmes, mais aussi des hommes, qui ne répondent pas aux normes de la fable. A cause de cette culpabilité, beaucoup décident de se forcer parce que la première chose qu’ils se disent est : « c’est de ma faute, je dois payer d’une certaine manière ».

  • JCK : Il faut lever ce tabou. La fable qui a été trop loin est celle qui crée de la souffrance et fait du mal. Un peu de fable c’est bien, mais il faut rester ancré dans la réalité.

Tous perdants

  • Le mythe de la sexualité épanouie se pose uniquement au féminin ?
  • JCK: La sexualité est plus facile pour les hommes puisqu’ils continuent d’être en situation de confort et de domination dans le couple d’aujourd’hui. Dans leur situation, ils ne veulent parfois pas voir les signaux qui sont envoyés par les femmes pour exprimer leur non-consentement.
  • Au lieu de s’exprimer par la parole (qui est un signal fort) les femmes vont exprimer leur non-consentement par un langage corporel : en se retournant ou en restant très passive, du style « je fais la morte. » Pour elles, elles ont envoyé un message de non-consentement à l’homme : je te laisse faire mais c’est un peu contre moi parce que je n’ai pas de désir.
  • Face à cela, il y a des hommes qui ne veulent pas voir et il y a beaucoup d’hommes qui ne comprennent pas et qui se disent « ce n’est pas terrible mais c’est comme ça que ça marche ».
écrit par

Amal Dadolle

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