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Pour une autre immunologie avec Marc Daëron

Rencontre avec l’immunologiste Marc Daëron

Le système immunitaire est souvent compris comme étant une barrière qui nous protège contre les bactéries et les virus. Une barrière qui aurait besoin d’être dopée, ou boostée, selon les saisons pour mieux remplir sa mission. Mais est-ce aussi simple ? Est-il juste de considérer les microbes comme nos ennemis qui mettent notre santé en péril ?

Le système immunitaire et l’immunité sont le fruit d’une longue histoire, intimement liée à celle de la vaccination, mais bien loin d’être terminée. Elle continue de s’écrire au fur et à mesure que notre compréhension du vivant évolue comme nous l’apprenons auprès de Marc Daëron.

Immunologiste, ancien directeur du département d’immunologie de l’Institut Pasteur, chercheur émérite au Centre d’immunologie de Marseille-Luminy et membre associé à l’Institut d’histoire des sciences et des techniques, Marc Daëron est également l’auteur de « L’immunité, la vie. Pour une autre immunologie » paru aux éditions Odile Jabob.

Il y propose une conception de l’immunité différente, et de fait, inédite des idées véhiculées jusqu’à présent.

Penser le système immunitaire autrement

  • Marc Daëron, comment définir l’immunologie ?
  • MD : L’immunologie, c’est l’étude de l’immunité ; plus exactement c’est l’étude du système immunitaire. Le système immunitaire est un système biologique (comme le système digestif ou le système nerveux) dévolu à la défense de l’organisme contre les microbes.

Il me semble utile de réfléchir à cette fonction défensive assignée au système immunitaire.

Ce que je propose, c’est de concevoir le système immunitaire non pas comme un système de défense mais un comme système de relations.

De même que le système nerveux nous permet d’être en relation avec le monde physique qui nous entoure (la lumière, la chaleur, les sons etc.), le système immunitaire nous permet d’être en relation avec tous les vivants qui nous entourent, et de contrôler ces relations.

Extrait de « L’immunité. La vie. Pour une autre immunologie »

«Anti-corps, cellules tueuses, cellules cibles, cellules sentinelles, tolérance, alarmines… Les mots de l’immunologie disent assez clairement le combat qui se déroule en nous, entre le système immunitaire et ses invisibles ennemis. Les médias reprennent à leur compte ces images simplificatrices qui frappent l’imagination, et ils négligent de préciser qu’une image n’est pas la réalité, « que ceci n’est pas une pipe », et les immunologistes eux-mêmes oublient que, depuis la caverne où ils sont enchaînés, ils n’ont accès qu’aux ombres. Alors ils lâchent la proie pour l’ombre, et du coup, ils prennent des vessies pour des lanternes. Finalement, ils se prennent pour les stratèges ex-machina d’une guerre à laquelle ils ont fini par croire. »

Nous ne sommes pas en guerre… mais dans une caverne
  • Pourquoi avoir choisi de partager cet extrait en particulier ?
  • MD : Je l’ai choisi parce qu’il est révélateur de la façon dont nous concevons le système immunitaire : Les réactions immunitaires sont décrites comme des opérations militaires et le système immunitaire comme une armée. Les métaphores aident à comprendre, mais elles sont approximatives, et parfois inexactes. Il ne faut pas les prendre à la lettre. D’autant que les mots sont piégeux : ils sont chargés de toutes sortes de connotations qu’on oublie rapidement lorsqu’on les utilise, et qui peuvent nous égarer.

Comprendre le monde c’est imaginer comment il peut être. Les chercheurs ne font pas autre chose que produire des images du monde. Mais comme nous le rappelle René Magritte, qui intitule son tableau représentant une pipe « La trahison des images », les images ne sont pas la réalité. La question est alors de savoir jusqu’à quel point ces images sont fidèles et à partir d’où elles « trahissent » la réalité.

Nous n’avons pas directement accès aux choses que nous étudions, mais aux phénomènes que ces choses produisent. De même que les prisonniers de la caverne de Platon n’avaient accès au monde réel que par les ombres projetées sur la paroi, nous n’avons accès qu’aux phénomènes. Si nous l’oublions, nous finissons par croire aux images, et nous risquons de faire fausse route.

  • Qu’est-ce que cela dit de la recherche ?
  • MD : La recherche est cette démarche qui conduit à comprendre que le monde n’est pas ce qu’il paraît être. Par exemple, la Terre semble immobile. C’est une évidence pour tout le monde. L’évidence est très souvent trompeuse, et ce n’est pas rien d’aller contre l’évidence.

Au cours de l’histoire de l’immunologie, on s’est probablement fié beaucoup trop à ce qui s’imposait comme une évidence. A savoir que le système immunitaire est une machine de guerre faite pour détruire tout ce qui n’est pas nous afin de nous protéger.

Pourquoi l’immunité n’est pas ce qu’on croit ? Qu’est-ce que, finalement, l’immunité ?

  • Alors c’est quoi le système immunitaire ?
  • MD : Comme les autres systèmes, le système immunitaire est avant tout une construction intellectuelle. Les systèmes biologiques sont des découpages qui nous permettent de comprendre l’effarante complexité des systèmes vivants. Ils reflètent probablement autant notre esprit que la réalité qu’ils sont censés décrire.
  • Et l’immunité n’existe pas non plus ?
  • MD : L’immunité c’est encore une métaphore. C’est un mot importé du langage juridique qui désigne un privilège. Il existe deux sortes de privilèges :
  • Les privilèges héréditaires, avec lesquels on naît et qu’on transmet à sa descendance. Ce sont des privilèges innés.
  • Les privilèges qu’on ne possède pas en naissant mais qui peuvent être octroyés par le roi ou le prince. Ce sont des privilèges acquis. Ces privilèges sont des exemptions : ne pas payer d’impôt par exemple. Le privilège dont nous parlons ici, c’est celui de ne pas être malade lorsque les autres le sont. Comme les autres privilèges, celui de ne pas être malade peut être inné ou acquis.

Ainsi, lors d’une épidémie, certains ont le privilège de n’être pas malades. Ils bénéficient d’une immunité innée. D’autres sont malades, mais il survivent, et quand l’épidémie revient, ils ne tombent pas malades. Ils ont acquis une immunité envers la maladie dont ils ont guéri. Innée ou acquise, cette immunité est naturelle.

On peut cependant acquérir une immunité par une manœuvre artificielle comme la vaccination mise au point par Louis Pasteur. Celle-ci consiste à induire une immunité contre un germe pathogène en injectant le germe de cette maladie rendu inoffensif.

Avec la vaccination, Pasteur abolit le privilège de ne pas être malade (les maladies infectieuses sont alors et de loin, les plus fréquentes et les plus mortelles) et il en fait la chose du monde la mieux partagée : désormais, tout un chacun peut être protégé contre la maladie infectieuse par la vaccination.

écrit par

Amal Dadolle

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