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Comment notre cerveau nous pousse à détruire la planète ?

Le striatum à l’origine du bug humain 

Grâce aux milliers d’études et de rapports scientifiques, nous savons que la surconsommation et la surproduction sont à l’origine de la tragédie écologique actuelle qui ne fait que commencer. Nous savons, tout le monde sait. Mais pourtant, aucun sursaut général tant au niveau des pouvoirs publics et privés que du côté des citoyens. Comment expliquer cette inertie ? Pourquoi est-ce aussi difficile pour notre civilisation d’évoluer et de changer de cap ?

Sébastien Bohler, docteur en neurosciences nous en donne l’explication dans son dernier ouvrage « Le bug humain ». L’Humanité n’est ni folle ni suicidaire, elle rencontre simplement un obstacle de taille niché dans son cerveau : le striatum.

Qu’est-ce que le striatum ?

Un guide primitif pour survivre

Vieux de plusieurs millions d’années, le striatum est une structure cérébrale que l’on partage avec les animaux, les reptiles et les poissons, et dont la mission est exclusivement dévolue à la survie et à la transmission des gênes. Pour ce faire, il obéit aux stimulis de ces cinq leviers, appelés renforceurs primaires :

  • La nourriture.
  • Le sexe.
  • Le pouvoir et le statut social qui garantissent un meilleur accès à la nourriture et au sexe.
  • L’information pour mieux appréhender et comprendre son environnement.
  • Le moindre effort pour conserver son énergie.

Dès que nous répondons favorablement aux stimulis d’un levier, le système de récompense se réveille et libère de la dopamine (hormone du bonheur), dont d’ailleurs l’usine de fabrication est localisée non loin du striatum. Cela explique pourquoi nous sommes aussi avides de nourriture, de sexe, de pouvoir, de reconnaissance sociale, de connaissance ou de farniente.

Les envies du striatum sont au cœur de nos décisions, non sans dommage, car la mesure ou celui-ci n’a pas évolué aussi vite que notre environnement, y répondre sans conscience peut nous emmener droit dans le mur.

Sous le diktat du striatum

La vie selon le striatum

Au jour le jour

Pourquoi n’arrivons-nous pas à nous projeter en 2050 ? Ou à arrêter la cigarette pour s’épargner l’éventualité d’un cancer dans vingt ans ? A cause du striatum pour qui le futur n’existe pas. « Les scientifiques ont montré très clairement le lien entre la dévalorisation temporelle et le comportement compulsif du tout, tout de suite. »

Et il y a une logique à cela. Dans un environnement hostile, chaque jour peut être le dernier, alors planifier et parier sur l’avenir est trop dangereux. Ne pas manger tout de suite sa nourriture pour la conserver c’est prendre le risque de se faire voler, ou de manquer de force pour fuir ou combattre si on croise un prédateur.

Avoir toujours plus

Enfin, le striatum n’est jamais rassasié, et tel un toxicomane, il court toujours après ce qui va lui procurer son shoot de dopamine. Pour avoir sa dose, le striatum va nous pousser à augmenter la quantité de nourriture, de sexe, de statut, etc. Ainsi, ceux qui ne sont jamais satisfaits de ce qu’ils ont, sont soumis aux injonctions de leur striatum.

Les comportements que provoquent notre striatum expliquent comment nous sommes arrivés à la surproduction et surconsommation qui usent l’humanité et la planète. Car tout ce que notre intelligence a conçu, pensé, imaginé s’est fait sous l’impulsion des désirs du striatum.

La raison, comme l’explique Sébastien Bohler, tient à la nature des connexions dans notre cerveau, qui se résument à un principe simple : le cortex (siège de l’intelligence) propose, le striatum dispose.

Gouvernés par le striatum

Nous entrons maintenant au cœur du problème. Si nous sommes aujourd’hui incapables de réagir face aux défis humanitaire et climatique, c’est parce que nos structures sociales, économiques et politiques régalent à outrance notre striatum.

Les structures socio-économiques

L’esprit de compétitivité professionnelle, la surconsommation de biens matériels et d’information sont du pain béni pour le striatum.

Par exemple, les publicités que l’on voit partout activent nos cinq renforceurs primaires. Posséder tel parfum, telle voiture, ou tel vêtement fait accéder un certain statut et à plus de sexe. Et bien sûr, cela marche.

En Chine, la voiture est le symbole de la réussite sociale. La population devenant plus prospère, leur vente a été multipliée par 7 entre 2005 et 2015. Autre chiffre. Selon une étude de l’Institut McKinsey, le citoyen occidental a acheté en 2017 60 % d’habits en plus qu’en 2000. Et pour les garder deux fois moins longtemps.

La technologie

Concevoir des machines pour faire notre travail répond parfaitement à la logique du moindre effort. N’importe quel progrès technologique est dévoué à ce besoin. Et avec le temps, nous avons perfectionné nos instruments technologiques pour qu’ils soient encore plus efficaces et puissent combler d’autres renforceurs primaires. De quoi combler de joie notre striatum.

Ainsi, avec Tinder, le Monde.fr et UberEat, on a accès à une relation sexuelle, aux infos et à de la nourriture sans avoir bouger du canapé. Avec le porno, on répond encore au mieux à la philosophie du moindre effort du striatum.

Quid des réseaux sociaux , nous pouvons avoir du statut social sans le moindre effort par le nombre de like de nos photos de vacances.

Pourquoi sommes-nous aussi impuissants ?

« La force du striatum vient de ce que ses commandements sont non conscients. » On est dans l’ordre de l’instinct primitif et du mode pilote automatique. Même confrontés aux preuves scientifiques d’une catastrophe écologique, il n’y a pas de sursaut de conscience.

Pour Nick Chater, auteur de la théorie de l’esprit plat , il serait difficile d’en avoir une, car nous en n’avons pas. En revanche, le cerveau étant un formidable improvisateur d’histoires, il nous donne suffisamment d’arguments allant dans le sens des intérêts du striatum, pour que nous puissions continuer à le satisfaire. Et ainsi continuer à  vivre dans le déni.

Quoiqu’il en soit pour Sébastien Bohler, c’est bien notre faible niveau de conscience qui nous rend esclave de notre striatum.

Comment se libérer du striatum ?

Développer sa conscience

« Nous nous comportons comme des êtres dotés d’un haut niveau d’intelligence, mais d’un faible niveau de conscience ». Elever les âmes était le rôle de la religion.

Comme le remarque Sébastien Bohler, les sept péchés capitaux que sont l’oisiveté, l’avarice, la luxure, la gourmandise, l’orgueil, la colère et l’envie sont les extrêmes dans lesquels nous entraîne un striatum insatiable.

Mais là où la religion a échoué, peut être que l’émergence de la méditation de pleine conscience peut réussir.

La méditation de pleine conscience consiste à faire taire ses pensées en se concentrant uniquement sur les sensations vécues sur le moment présent. Les neuroscientifiques ont pu constater que cet exercice produit deux impacts cérébraux au niveau du cortex :

  • « La conscience est une caisse de résonnance pour nos perceptions, elle peut nous donner plus avec moins. » C’est le secret pour perdre du poids : en mangeant consciemment, notre striatum croit qu’il obtient beaucoup de nourriture alors qu’il n’en est rien.
  • La conscience d’une action ou d’un but réduit fortement la dévalorisation temporelle et permet de mieux se projeter dans l’avenir.

Le calcul est donc très simple : en musclant notre cortex, sans l’annihiler totalement nous réduisons l’emprise du striatum.

Changer les renforceurs du striatum

Se faire du bien autrement

En 2014, des scientifiques de l’Université de Californie ont découvert que la connaissance en elle-même pouvait être un renforceur pour le striatum. Un esprit curieux, avide d’apprendre en s’amusant par des moyens ludiques, active son striatum, et avec lui les circuits de la récompense. Le plaisir est donc le ticket d’entrée pour devenir un renforceur au sein du striatum.

Adopter de nouvelles valeurs

En 2017, deux chercheurs de l’université de Zurich ont découvert que l’égoïsme et l’altruisme activaient les mêmes circuits de récompense et de plaisir. Comment cela se fait-il ? Après avoir donné aux participants de l’argent, ils les ont invités à partager avec les autres ou à tout garder pour eux.

A quelques exceptions près, ils se sont rendu compte que les femmes partageaient, tandis que les hommes gardaient tout. Dans les deux cas, c’est leur plaisir qui guidait leur choix.

Or, l’incitation à être généreuse est une valeur que l’on inculque plus aux petites filles qu’aux garçons. Quand une petite fille partage ses bonbons, son entourage la félicite, son statut est gratifié et son striatum active le circuit de récompense activé.

Notre salut vient donc du changement de valeurs par l’éducation pour les jeunes, et un changement de paradigme pour nous autres en nous posant des questions. Ne serait-il pas, en effet, plus respirable de vivre dans une société où la gentillesse , la générosité et le sens de l’honneur seraient des valeurs jugées sexy, cool et inspirantes ?

Quand nous trouverons qu’il est plus cool d’avoir dix vrais amis plutôt que 10000 amis sur Facebook, ou qu’il sera plus sexy de rouler dans sa vieille titine plutôt que dans la dernière Renault, nous aurons réussi à mener le striatum par le bout du nez. Ce n’est clairement pas gagné, mais sans cet effort, c’est l’inverse qui continuera à se poursuivre … et pour nous emmener où ?

Source : Sébastien Bohler, « Le bug humain », Editions Robert Laffont, 2019
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