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Comment guérir de ses blessures d’enfance?

  • mardi 16 avril 2019
  • 20 Min d'écoute

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Blessures d’enfance : aux origines du mal

Pourquoi est-il important de se pencher sur ses blessures d’enfance ? Pas pour se complaire dans un ressassement du passé, mais pour en guérir. Parce que très souvent notre mal-être intérieur trouve son origine dans nos blessures d’enfance.

Leur consacrer du temps est donc important car notre bonheur d’être et notre épanouissement en dépendent. Comment comprendre, reconnaître et surtout soigner une blessure d’enfance ?

C’est ce que nous voyons avec Ondine Khayat, psychopraticienne et auteure de « Ecoute la petite musique des clos des Anges ».

É.P.1/1. Qu’est-ce qu’une blessure d’enfance ?

C’est quoi une blessure d’enfance ?

« Une blessure d’enfance, c’est ce que l’on traverse quand on est enfant et qui entrave notre développement et notre croissance. Cela peut être un évènement, des remarques, des sous-entendus, une insécurité suite à un divorce ou à un décès. Tout ce qui fait qu’à un moment donné, on ressent un choc qui nous fait souffrir. »

En tant que parent, il est donc important d’être attentif à ses propos ou de vite intervenir s’il y a eu une blessure. Une blessure psychique ou émotionnelle qui n’est pas prise à temps s’infecte, à l’image d’une blessure physique. Le désavantage est que la blessure psychique ne se voit pas, et pourtant on a un abcès au cœur et à l’âme.

Comment les parents peuvent aider leurs enfants à traverser leur blessure ?

« On ne peut éviter la souffrance à nos enfants, mais on peut les aider à trouver des mots pour identifier la douleur. » « Pourquoi les mots sont si importants ? Parce que cela permet à l’enfant de ne pas se laisser déborder par ses émotions. » « Le mot est un contenant à l’image d’un verre d’eau. La douleur est l’eau, et le verre est le mot. Le mot permet d’entourer la souffrance, et évite qu’il y ait un débordement, et une trop grande souffrance ».

Comment reconnaître ses blessures d’enfance à l’âge adulte ?

« Elles se manifestent par une souffrance consciente car l’on se souvient très bien de ce qui nous est arrivé dans notre enfance. » Si, en revanche, on a décidé de ranger ses blessures dans la boîte des « mauvais souvenirs » que l’on préfère oublier, la souffrance se transforme en mal-être intérieur. On va alors « adopter un comportement d’évitement pour ne pas le ressentir ». Cela va être un « comportement d’addiction, du sport à outrance, des problèmes alimentaires, toute sorte de façon d’éviter de souffrir ». Le hic de ce processus étant qu’il nous éloigne de nous-mêmes.

Face à une blessure d’enfance, « ce qui est important, c’est de comprendre ce qui nous est arrivé. Si on n’arrive pas à soigner le mal seul, on doit se faire aider. » car « ne pas prendre en compte nos blessures a de gros impacts sur nous. »

Ondine Khayat note à ce titre que beaucoup de personnes sous-estiment leur souffrance, sous le prétexte que ce n’« est pas grave ».

Or, c’est une erreur. « Il y a bien sûr proportionnellement des choses qui sont plus graves. Mais ce que je remarque, c’est qu’une blessure grave prise à temps aura un impact moindre qu’une blessure en apparence moins grave qui est laissée sans soin. »

É.P.1/2. Quand notre passé s’invite dans notre présent

Quel est l’impact du temps dans nos blessures d’enfance ?

« Au niveau du psychisme, on pense que l’on vit notre présent dans le présent, mais en fait on vit souvent dans notre passé. » « On vit dans des espèces de failles spatio-temporelles. C’est le moment de la réactivation des blessures.

Ce que l’on a vécu dans notre enfance ressurgit d’un coup dans notre présent, alors qu’on ne pensait pas que cela avait autant d’importance. »

« Le temps est à la fois nécessaire à la guérison de la blessure, comme une cicatrice. Mais quand la blessure n’est pas soignée, le temps n’existe pas. »

A quel moment revit-on nos blessures dans nos vies ?

« Quand on est placé dans des situations de réactivation ». L’exemple-type étant les femmes qui ont vécu une relation d’abandon avec leur père, et qui vont revivre cette expérience avec leurs compagnons. En fait, ces femmes ont conservé en elles une « part congelée » de petite-fille en souffrance, et n’ont généralement pas conscience de ce schéma émotionnel.

Ainsi, bien qu’elles ressentent leur zone de fragilité, elles ne la comprennent pas, d’autant plus quand elles réussissent dans d’autres domaines de leur vie. « Ce qu’elles ont éprouvé avec leurs pères, elles vont le revivre avec leur compagnon. » Non par masochisme, mais parce qu’« on retourne sur le terrain de la blessure qu’on a eu pour pouvoir la régler. Sauf que ce n’est pas le bon endroit pour le faire ». Et même, « au lieu de guérir la blessure, cela ne fait que l’ouvrir. »

Pour refermer, anesthésier et soigner la blessure, il faut reconnaître que l’on a été blessé pour aider la petite-fille qui est en nous à grandir. La thérapie sert à faire un travail de conscience sur la part que nous avons laissée, l’identifier et la faire grandir. « C’est nous qui avons besoin de savoir qui on est, comment ça s’est passé pour nous, et faire grandir la petite-fille que nous n’avons pas pu emmener dans notre vie d’adulte. »

Et pour ceux qui ont le sentiment de ne pas avoir eu de blessures d’enfance, y a-t-il un impact d’avoir été surprotégé ?

« C’est aussi une souffrance car on n’a pas pu faire l’expérience de ses propres ressources en faisant face aux évènements. » Or, un enfant a besoin de « savoir se défendre, de sentir sa force » pour apprendre à se détacher de la protection des parents.

É.P.1/3. Comment guérir de ses blessures d’enfance ?

Renoncer à avoir un meilleur passé

« Cela signifie d’accepter d’avoir été un peu abîmé dans nos vies. Vouloir absolument tout guérir, tout soigner, être heureux, aller bien, ce sont des injonctions qui, à part nous culpabiliser, ne sont pas réalistes. On renonce à avoir eu un passé idyllique, on accepte ce qui a été vécu. »

Des clés pour apprendre à accepter notre passé

Il faut « comprendre les impacts qu’ont eu ces blessures sur nous et comment faire de notre douleur une expérience. Ce passage-là permet d’en faire des ressources ». « Ecouter ses blessures pour comprendre d’où elles viennent. Si on coupe ce ressenti par une addiction, on se coupe de la zone où il faut aller ». Une visite attentive de nos ressentis et émotions s’impose.

Bon à savoir : les vertus thérapeutiques de l’écriture manuelle. Ondine Khayat propose ainsi des exercices d’écriture comme écrire une lettre à notre part d’enfant blessé, au parent qui nous a blessé, ou aux personnes décédées :

« L’écriture à la main permet de sortir de nous ce que l’on ressent. Cela permet de mettre des contours, parce que dans la souffrance on a l’impression d’être submergé. Si on ne met pas des mots aux émotions, le ressenti prend toute sa place, et c’est là où on panique. »

Dans la situation où tout marche pour le mieux dans notre vie, comment faire la différence entre la présence d’une blessure d’enfance et un simple ressassement ?

« Si tout va bien, tout va bien. Mais tout peut aller bien seulement en apparence, ces personnes peuvent réussir professionnellement ou ailleurs, mais elles ont développé des comportements de compensation pour fuir leur mal-être : du sport à outrance, s’étourdir dans le travail, avoir une addiction sexuelle, à l’alcool, et même à la méditation. »

Comment peut-on prendre conscience que l’on vit avec un système de compensation ou de protection ?

Dans notre comportement de compensation, « on le sait, on le sent qu’on va trop loin ou que notre comportement est inadapté. On a souvent besoin d’aller au bout du bout pour être mis au pied du mur. Eviter la souffrance au maximum est un comportement profondément humain. « Souffrir est insupportable, pour arriver à s’en défaire il faut lui donner du sens. »

Comment aider à donner du sens à une blessure ?

A quoi ça a servi cette souffrance ? « On est destiné à devenir des alchimistes. Tout le plomb qu’on prend doit être transformé en or. » C’est un processus où l’on transforme un passé indésiré en un vécu porteur de sens et de lumière sur nous et notre vie. On met l’accent sur un vécu où l’on a appris à se relever, à survivre, et donc à nous découvrir des ressources et une force d’âme. Un mot sur la spiritualité. « La spiritualité c’est la question du sens. Qu’est-ce qu’être vivant ? Un être-humain c’est bien plus que bouger, aller travailler, respirer, c’est vraiment la question du sens que je donne à ma vie, comment je suis à l’intérieur de moi, comment je suis en lien avec les autres et comment je fais pour supporter des choses qui me dépassent, parce qu’elles se passent au niveau mondial, et m’angoissent ? »

quelle est votre démarche pour accompagner vos patients ?

3 conditions nécessaires doivent être réunies :

  • L’empathie
  • L’accueil positif inconditionnel et sans jugement
  • L’authenticité

« Je travaille en tant que thérapeute et en tant que personne. Evidemment, j’ai une formation et une expérience, mais je suis en étant moi-même ». « Il y a des conditions thérapeutiques qui favorisent les conditions pour aider la personne à grandir : un regard bienveillant et sans injonction. Le lien qui se crée est un lien qui permet à mes patients de se rencontrer eux-mêmes et finalement de se mettre au monde. »

Merci Ondine !

Must read : Écoute la petite musique du Clos des Anges, Ondine Khayat, aux éditions Solar
écrit par

Amal

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