Burn-out parental : ce que c’est, ce qui l’alimente, et ce qui aide
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Réponse express : Le burn-out parental est un épuisement lié au rôle de parent, décrit et mesuré par la recherche depuis 2018. Il associe quatre signes : un épuisement dans le rôle parental, le sentiment de ne plus être le parent que l’on était, la saturation, et une mise à distance affective de ses enfants. Il ne se confond ni avec la fatigue ordinaire ni avec la dépression, et il ne dit rien de l’amour que l’on porte à ses enfants. Il s’installe quand les contraintes de la parentalité dépassent durablement les ressources dont on dispose pour y faire face. Si vous vous reconnaissez dans ces signes, en parler à un médecin ou à un psychologue est le premier pas utile.
Quand un parent n’en peut plus
On l’évoque peu, mais c’est une réalité : de plus en plus de parents consultent des psychologues pour se confier sur leurs difficultés relationnelles avec leurs enfants. Les enfants en question ne sont pas des adolescents. Ils ont trois, quatre, huit ans.
Ces parents expliquent en consultation ne plus parvenir à tenir un cadre. Ils sont débordés, et parce que leurs enfants se montrent hostiles et agités à leur égard, leur sentiment d’échec s’accompagne souvent d’un chagrin amer. Beaucoup ajoutent qu’ils n’osent en parler à personne.
Ce qu’ils décrivent porte un nom depuis peu. La recherche l’appelle burn-out parental, et elle a commencé par le mesurer avant de chercher à l’expliquer.
Ce que la recherche appelle burn-out parental
En 2018, Isabelle Roskam, Maria-Elena Brianda et Moïra Mikolajczak, de l’UCLouvain, publient l’instrument qui a permis de stabiliser la définition : le Parental Burnout Assessment. Construit à partir des réponses de 901 parents, il isole quatre dimensions.
L’épuisement dans le rôle parental : se sentir complètement vidé par ce rôle. Le contraste avec le parent que l’on était : ne plus se reconnaître dans le père ou la mère que l’on a été. La saturation : ne plus supporter ce rôle. Et la mise à distance affective : ne plus parvenir à montrer à ses enfants combien on les aime.
C’est cette dernière dimension qui sépare le syndrome de la fatigue ordinaire. Un parent fatigué reste présent. Un parent en burn-out se retire, et il s’en rend compte, ce qui ajoute la honte à l’épuisement.
Une étude publiée en 2020 par la même équipe, avec James Gross, Florence Stinglhamber et Annika Lindahl Norberg, a comparé sur 3 482 personnes le burn-out parental, le burn-out professionnel et les symptômes dépressifs. Les items des trois se regroupent sur des facteurs distincts, et le burn-out parental entraîne des conséquences que la dépression seule n’explique pas.
Ces quatre signes ne forment pas un test. Ils décrivent ce que la recherche observe chez des groupes de parents, pas ce que vous avez. Reconnaître une situation n’est pas poser un diagnostic : seul un professionnel peut le faire.
Ce qui l’alimente : un déséquilibre, pas un défaut
Le modèle proposé la même année par Moïra Mikolajczak et Isabelle Roskam tient en une phrase : le burn-out parental s’installe quand les contraintes dépassent durablement les ressources, quelles que soient ces contraintes. Ce n’est donc pas la difficulté qui use, c’est l’écart entre ce qu’elle exige et ce dont on dispose pour y répondre.
Cela déplace la question. Il ne s’agit plus de savoir si l’on est un bon parent, mais de regarder ce qui pèse d’un côté et ce qui manque de l’autre.
Du côté des contraintes, le comportement de l’enfant compte. Un enfant qui provoque, qui mord ou qui fait des cauchemars n’a pas décidé de gâcher la vie de ses parents. Il traduit à sa manière un ressenti qu’il ne sait pas nommer : je me sens mal et perdu. Beaucoup de praticiens proposent d’y lire une demande de repères plutôt qu’un caprice, en particulier chez les tout-petits. Ce texte ne tranche pas cette lecture, il la signale.
Du côté des ressources, l’histoire du parent compte tout autant. Certains enfants renvoient leur parent à ses propres blessures d’enfance. Quand on n’a pas pris le temps de se réconcilier avec une enfance difficile, on risque de rejouer des schémas familiaux dont on ne veut pas, et de vivre cette répétition comme un échec de plus.
Le contexte pèse aussi. Une enquête menée en 2021 auprès de 17 409 parents dans 42 pays a montré que la prévalence du burn-out parental varie fortement selon les pays, et qu’elle est plus élevée dans les cultures individualistes. Les auteurs relèvent que l’individualisme y joue un rôle plus important que les inégalités économiques, que le nombre et l’âge des enfants, ou que le temps passé avec eux. Une partie de la charge ne vient donc pas de la maison, mais de ce que l’éducation et les valeurs d’une époque exigent des parents.
L’effet miroir, ou pourquoi la situation se referme
L’effet miroir décrit une chose simple : les enfants s’imprègnent de leur environnement pour comprendre le monde, et leur comportement en reflète l’état.
L’agressivité d’un enfant peut ainsi signaler un dysfonctionnement ailleurs, à la maison ou à l’école. Ceux qui mordent externalisent une agressivité qu’ils voient autour d’eux, ceux qui font des cauchemars externalisent une angoisse. Reste à savoir laquelle, et à qui elle appartient : l’enfant peut sentir des tensions dans le couple de ses parents, ou être malmené par un plus grand dans la cour.
C’est là que le burn-out parental se referme sur lui-même. Un parent épuisé se met à distance. L’enfant réagit à cette distance. Le parent lit cette réaction comme la preuve qu’il échoue, et s’épuise un peu plus. La réponse utile n’est pas de calmer l’enfant à tout prix, mais de chercher d’où vient le signal, chez lui et chez soi.
Pourquoi il vaut mieux le nommer tôt
En 2018, une étude portant sur 1 551 parents a comparé les conséquences du burn-out parental à celles du burn-out professionnel. Certaines sont communes aux deux : troubles du sommeil, conduites addictives. D’autres sont propres au burn-out parental : les envies de fuir, les idées suicidaires, l’éloignement du conjoint, et des comportements de négligence ou de violence envers l’enfant.
Ces résultats ne décrivent pas les parents. Ils décrivent ce que produit un épuisement qu’on laisse durer. Les chercheurs les publient pour une raison précise : plus la situation est nommée tôt, moins ces conséquences ont le temps de s’installer.
Si des idées de mort vous traversent, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide en France. Il est gratuit, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, et les appels sont pris par des infirmiers ou des psychologues formés.
Ce qui aide, et quand demander de l’aide
Le modèle du déséquilibre a un mérite pratique : il indique deux leviers au lieu d’un. Alléger ce qui pèse, augmenter ce qui soutient.
Alléger commence par reconnaître sa fatigue et ses limites plutôt que de les tenir à distance, et par se rendre quelques routines qui rechargent : bouger, lire, dormir vraiment. Prendre soin de soi n’est pas un temps pris sur l’enfant. On ne peut donner à l’autre que ce que l’on possède, et cette phrase n’est pas une morale : c’est la description d’un mécanisme.
Augmenter, c’est demander. À un conjoint, à un proche, à un professionnel. Parler de ce que l’on vit est souvent ce que les parents épuisés font en dernier, parce qu’ils redoutent le jugement. C’est pourtant ce qui allège le plus vite.
Reste que les enfants imitent plus qu’ils n’écoutent. Si des enfants sont excités, crier pour obtenir le calme fonctionne cinq minutes ; commencer par se calmer soi-même tient plus longtemps. C’est de cette manière que l’on peut leur enseigner quelque chose, et éduquer sans s’énerver ni crier.
Quand consulter, enfin. Quand ces signes durent au lieu de passer. Quand la distance que vous mettez avec vos enfants vous inquiète vous-même. Quand vous pensez à partir. Un médecin généraliste ou un psychologue est le bon interlocuteur pour faire le point, et le fait d’y aller ne préjuge de rien.
Sources
Roskam I., Brianda M.-E., Mikolajczak M., « A Step Forward in the Conceptualization and Measurement of Parental Burnout: The Parental Burnout Assessment (PBA) », Frontiers in Psychology, 2018, 9:758. 10.3389/fpsyg.2018.00758. Utilisé pour les quatre dimensions et l’échantillon de 901 parents.
Mikolajczak M., Roskam I., « A Theoretical and Clinical Framework for Parental Burnout: The Balance Between Risks and Resources (BR2) », Frontiers in Psychology, 2018, 9:886. 10.3389/fpsyg.2018.00886. Utilisé pour le déséquilibre entre contraintes et ressources.
Mikolajczak M., Brianda M.-E., Avalosse H., Roskam I., « Consequences of parental burnout: Its specific effect on child neglect and violence », Child Abuse & Neglect, 2018, vol. 80, p. 134-145. 10.1016/j.chiabu.2018.03.025. Utilisé pour les conséquences et l’échantillon de 1 551 parents.
Mikolajczak M., Gross J. J., Stinglhamber F., Lindahl Norberg A., Roskam I., « Is Parental Burnout Distinct From Job Burnout and Depressive Symptoms? », Clinical Psychological Science, 2020, 8(4), p. 673-689. 10.1177/2167702620917447. Utilisé pour la distinction avec la dépression et l’échantillon de 3 482 personnes.
Roskam I. et coll., International Investigation of Parental Burnout, « Parental Burnout Around the Globe: a 42-Country Study », Affective Science, 2021, 2(1), p. 58-79. 10.1007/s42761-020-00028-4. Utilisé pour les 17 409 parents, les 42 pays et le rôle de l’individualisme.
Tordjman Bourdet D., Le coaching parental avec les enfants, ça marche !, Le Courrier du Livre, 2019, 172 pages, ISBN 978-2-7029-1501-1. Ouvrage mobilisé pour la partie pratique de cet article.