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Mieux-vivre sa ménopause !

  • mardi 12 juin 2018
  • 9 Min de Lecture

Belle et en forme pendant sa ménopause

La ménopause. Nous abordons ici un sujet aussi banal que tabou avec le docteur Jean-Claude Emperaire, auteur de « Choisir sa ménopause » publié ce mois-ci. Endocrinologue, spécialisé en reproduction et en traitement de l’infertilité, Jean-Claude Emperaire s’est toujours occupé aussi de traiter la ménopause dans sa vie professionnelle. Notamment auprès des femmes qui lui ont fait confiance pour traiter leur infertilité. Le Dr Emperaire est le premier à le reconnaître, ce n’était pas forcément à lui d’écrire sur le sujet pour informer le public des implications concrètes d’une ménopause. Qu’est ce qui l’a décidé ? Une prise de conscience, le fait que des femmes dont il avait toujours eu toute la confiance depuis la résolution de leur infertilité, ne le suivaient plus dès lors qu’il leur proposait un traitement hormonal pour les soulager de leurs bouffées de chaleur.

Il est grand temps que les femmes connaissent enfin les options qui s’offrent à elles pour pouvoir mieux vivre leur ménopause. D’autant plus que  la ménopause est une situation à risque qu’il convient de prendre au sérieux. Effectivement, comme vous allez l’apprendre, ce phénomène bien que naturel, n’est pas sans conséquences sur le corps des femmes.

  • Dr Emperaire, pendant votre parcours, comment en êtes-vous venu à vous intéresser à l’endocrinologie, et plus particulièrement à la ménopause ?
  • Durant mes études d’études médicales à Bordeaux, j’ai eu l’opportunité de bénéficier d’une bourse pour aller faire des études à la Faculté de Médecine d’Augusta en Géorgie (USA). Cela m’a permis de participer à un enseignement qui n’existait pas à l’époque en France, celui de l’endocrinologie de la reproduction. En France, à l’époque, l’endocrinologie concernait seulement la thyroïde, le diabète etc… Ces cours étaient donnés par le professeur Robert B. Greenblatt, un des pionniers dans la recherche de l’hormonologie et de la reproduction, et qui traitait l’infertilité aussi bien que la ménopause. C’est ce qui m’a naturellement amené à traiter la ménopause sur une partie de mon temps professionnel, notamment celle des femmes dont j’avais traité l’infertilité. Cela me distingue de nombre de mes collègues spécialisés dans la reproduction.

De retour des USA, le Dr Jean-Claude Emperaire fera partager ses connaissances américaines auprès de ses collègues Français en rédigeant sur son temps libre un livre sur « La gynécologie endocrinienne du praticien », qui a connu 6 éditions et qui a formé plusieurs générations de médecins. Il terminera ses études en choisissant une carrière médicale consacré au traitement de la fertilité. Un de ses succès remonte en 1982, à Bordeaux, où son équipe et lui furent les 3ème en France à donner naissance à un bébé par fécondation in vitro, le premier en secteur privé.

  • Pourquoi avez-vous écrit « Choisir sa ménopause »?
  • Actuellement je suis des personnes pour leur ménopause, qui s’étaient confiées à moi à l’époque pour leurs problèmes d’infertilité. Le fait de voir ces personnes endurer stoïquement des troubles leur faisant mener une vie très difficile, alors que leur soulagement est simple, est une situation qui aujourd’hui me parait difficilement tolérable. Dans une société où l’on nous parle de « bien vieillir », laisser des femmes dans ces états n’est plus possible.

En résumé, la raison première de l’écriture de « Choisir sa ménopause », c’est de permettre aux femmes de prendre en main leur ménopause, comme elles l’ont fait pour l’interruption de grossesse, la pilule ou la PMA. Pour cela, elles ont besoin d’informations, et c’est tout ce qu’apporte l’ouvrage du Dr Emperaire.

  • Vous parlez dans votre ouvrage de « dégradation silencieuse liée à la ménopause ». La ménopause implique-t-elle systématiquement une dégradation ? On ne peut pas vivre une ménopause heureuse, sereine, en pleine santé ?
  • Toutes les femmes ne traversent pas les mêmes ménopauses, car il n’y a pas d’égalité devant la ménopause. Mais chaque femme, qu’elle soit sujette à des troubles du « retour d’âge » ou pas, subit des dégradations à cause de la disparition de ses « hormones femelles », les oestrogènes. Par exemple, l’accélération de la perte osseuse est susceptible d’entraîner une fragilisation de l’os, et des fractures. La disparition de l’oestradiol fait également cesser son pouvoir protecteur envers l’athérosclérose, et les complications cardiovasculaires. Ce que l’on ne sait pas, c’est qu’après 50 ans une femmes a 3 fois plus de risques risque de décéder de maladies cardiovasculaires que de cancer de sein. En l’absence de contre-indications, le traitement hormonal prévient l’ostéoporose et les risques cardio-vasculaires.

Nota Bene :  On distingue deux types de ménopauses : Les ménopauses sereines. Celles où il n’y a pas de symptômes gênants, où tout va bien en somme. Les ménopauses troublées par des bouffées de chaleur (qui peuvent durer 6 mois comme 10 ans) et/ou des manifestations génito-urinaires.

  • Vous dénoncez l’arrêt du traitement hormonal de la ménopause à la suite d’une campagne médiatique en 2002. Vous pourriez m’en dire un peu plus ?
  • Jusque-là, plus de la moitié des femmes ménopausées prenaient ce traitement, dont beaucoup n’avaient aucun trouble. Elles le prenaient simplement parce qu’elles savaient que les œstrogènes avaient un effet protecteurs contre les maladies cardiovasculaires et l’ostéoporose. A l’époque, il y avait une discussion sur une possible augmentation du risque de cancer du sein, mais globalement la communauté scientifique et médicale considérait que les bénéfices au niveau osseux et cardio-vasculaires étaient tels qu’ils compensaient largement en éventuel sur-risque mammaire. L’étude WHI de 2002, qui est une étude statistique prospective, donc théoriquement plus fiable que les études observationnelles qui avaient été menées jusque-là, a prétendu le contraire. Elle a semblé démontrer que non seulement il n’y avait pas de protection cardiovasculaire, mais qu’en plus il y avait une augmentation possible de risque de cancer du sein. Ceci a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans les médias et le milieu médical, et les femmes ont logiquement cessé leur traitement, que bien sûr les médecins ont arrêté de prescrire.

Sur le plan médiatique, cette publication a fait un tort considérable au traitement hormonal de la ménopause. Or, après ré-analyse de ce travail, on s’est aperçu que la moyenne d’âge des femmes au moment de leur entrée dans l’étude était de 63 ans, à savoir 10 à 15 ans après leur ménopause. Or, traiter une femme de la ménopause à 50 ans et la traiter à plus de 60 ans n’aboutit pas aux mêmes résultats.

Quand elles sont traitées à 50 ans avec des œstrogènes, les femmes bénéficient d’une réelle protection contre la constitution de lésions athéromateuses. En revanche, prescrire des œstrogènes aux femmes de 63 ans est non seulement inutile en termes de bénéfices, mais surtout dangereux : un certain degré d’artériosclérose a eu le temps de se constituer, et l’arrivée des œstrogènes sur ces lésions est susceptible d’entraîner des complications.

Par conséquent, quand on traite la ménopause, mieux vaut le faire dans les 5 ans qui suivent, mais pas beaucoup plus tard au risque de rencontrer ce genre de problèmes.

  • Est-ce qu’on peut faire une comparaison avec la pilule, aujourd’hui décriée ?
  • C’est différent, les hormones que l’on utilise pour la ménopause, oestradiol et progestérone, sont naturelles, alors que celles de la pilule sont des hormones de synthèse qui ont des formules chimiques différentes des hormones naturelles et qui ont donc des effets différents sur l’organisme. Par exemple, l’œstradiol utilisé dans la ménopause ne bloque pas l’ovulation, il faut un œstrogène très modifié pour le faire. Ce sont les progestatifs de synthèse, aussi utilisés dans les pilules, qui paraissent impliqués dans le risque de cancer du sein. Pour la ménopause, le recours aux molécules hormonales physiologiques et bio-identiques, l’estradiol et la progestérone naturelle, ne fait courir aucun risque particulier.
  • Quels sont les bénéfices et les risques d’un traitement hormonal de la ménopause ?
  • Pour les femmes qui ont des troubles de la ménopause (bouffées de chaleur, sécheresse vaginale, etc… ), la prise d’hormone les supprime et rétablit une qualité de vie normale. Le traitement hormonal traite les bouffées de chaleur, et exerce aussi un rôle de prévention sur de nombreuses fonctions : moins de diabètes aussi, et de risques de décès toutes causes confondues que chez les femmes sans traitement. Ceci dit, ce traitement convient aussi aux femmes sans bouffées de chaleur, car elles peuvent aussi bénéficier du rôle protecteur des estrogènes. Ainsi, pour l’ensemble des femmes, le bénéfice principal est de continuer à bénéficier des effets protecteurs des œstrogènes à tous les niveaux. Tant que l’œstradiol reste présent dans l’organisme, il n’y a pas d’accélération du vieillissement. Bien entendu, quand on arrête le traitement hormonal, les phénomènes de dégradation reprennent. Mais le fait qu’on ait retardé de 3, 5, 10 ans la reprise de ces phénomènes, permet à l’organisme féminin d’être en bien meilleur état à un âge plus avancé. Maintenant que les femmes dépassent l’âge de 80-85 ans, elles vont passer entre le tiers et la moitié de leur vie sans leur environnement hormonal familier.

Chiffre intéressant : 85 % des femmes gynécologues prennent le traitement hormonal, ou ont l’intention de le prendre lorsqu’elles seront ménopausées. Dans la population globale, c’est environ 5 %. Il est temps de se poser les bonnes questions.

  • Combien de temps dure un traitement hormonal commencé à 50 ans ?
  • Les femmes qui ont des troubles de la ménopause prennent souvent le traitement jusqu’à un âge très avancé. Tout simplement, parce que dès qu’elles l’arrêtent, les symptômes ressurgissent. Les autres femmes qui ne connaissent pas de trouble de la ménopause, arrêtent le traitement au bout de quelques années, en général par lassitude ou parce qu’elles ne voient pas vraiment de différence tangible dans leur quotidien. D’autres le poursuivent parce qu’elles ont plus de pêche, plus d’énergie et une peau différente de celle des autres femmes. Actuellement, il n’y a pas de recommandation précise sur la durée du traitement. Toutes les études disent que le suivre pendant 4-5 ans ne pose aucun problème. Mais aucune étude n’a démontré qu’il y en avait au-delà. Il est important de bien surveiller le traitement, et d’établir régulièrement un rapport bénéfices / risques.
  • A partir de quel âge doit-on s’inquiéter de la ménopause ? Y auraient-ils des recommandations en termes de prévention pour les femmes de 40 ans ?
  • Il n’y a pas de situation unique, mais jusqu’à la ménopause, il n’y a pas de précautions particulières à prendre, il faut vivre normalement et respecter les mêmes règles hygiéno-diététiques. Il n’y a pas d’âge absolu non plus, la ménopause intervient le plus souvent entre 48 et 52 ans. Elle peut survenir de plusieurs manières, soit brusquement (d’un coup les règles s’arrêtent) ou soit par perturbations de celles-ci, annonçant leur fin prochaine. L’après-ménopause est variable en fonction des femmes, mais il n’y a pas de réelle urgence à prendre des décisions, d’autant plus que les phénomènes de dégradation se font de manière progressive. On parle de ménopause constituée et installée quand on n’a pas eu ses règles depuis 1 an. C’est en tous cas le moment de procéder à un bilan complet de sa situation personnelle, notamment sur les plans cardiaque et osseux, afin de savoir s’il existe des contre-indications, des bénéfices ou des risques potentiels à prendre un traitement hormonal.

En d’autres termes, un bilan médical est nécessaire avant tout commencement d’un traitement hormonal. Certaines femmes ne pourront pas y avoir recours, parmi lesquelles :

  • Les femmes atteintes de maladies où la prise d’œstrogènes pourrait entraîner des risques particuliers, notamment des troubles de la coagulation.
  • Les femmes ayant des antécédents de cancer du sein, de lésions précancéreuses, ou de cancer génital.
  • Un dernier mot ?
  • Oui, depuis 2002 beaucoup de femmes sont encore persuadées que « les hormones donnent le cancer ». Pour ceux qui, comme moi, ont suivi l’évolution des idées, c’est consternant. Depuis 17 ans, on a en effet accumulé beaucoup de nouvelles connaissances par rapport au traitement hormonal. Par exemple, on a appris entre autres qu’il ne s’agit pas que d’une question de molécule hormonale mais, aussi de voie d’administration. Prendre les œstrogènes par voie digestive les fait passer d’abord par le foie, stimulant à son niveau des synthèses enzymatiques susceptibles d’augmenter chez certaines personnes les risques de thrombose ; alors que si on applique les œstrogènes par voie cutanée, par gel ou crème, l’impact sur le foie st minime.

Finalement, le scandale de 2002 a aussi été un mal pour un bien. Avoir autant décrédibilisé le traitement hormonal a relancé les recherches : au-delà de sa totale réhabilitation, dans laquelle il faut souligner le travail remarquable des équipes françaises, le traitement hormonal de la ménopause est plus sûr aujourd’hui.

Pour aller plus loin : Choisir sa ménopause de Jean-Claude Emperaire aux Éditions Frison-Roche 

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