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Pourquoi je ne veux pas d’enfant ?

  • mis à jour le lundi 3 juin 2019
  • 7 Min de Lecture

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Hors Normes – hors maternité

Cette publication fait suite à la lecture du livre « Femme hors normes  » de la féministe Barbara Polla paru en 2017 aux éditions Odile Jacob.

Dans cet essai l’auteur et mère de 4 filles livre des parcours de femmes qui ont choisi de sortir du cadre social souvent imposé par les diktats de la société.

Une des histoires qui nous a particulièrement touchées est celle d’Ada Polla qui nous explique, via une lettre qu’elle adresse à sa mère, Barbara Polla, pourquoi elle ne veut pas  d‘enfants.

Nous dédions cette lettre à toutes celles qui font face à du rejet et de l’incompréhension devant un choix parfaitement assumé…

Les questions d’une mère à sa fille

« Ada Polla, ma fille aînée, a choisi ce hors normes souvent difficile à assumer : ne pas avoir d’enfants.

« Alors, Ada, pourquoi ? lui ai-je demandé ? Quand as-tu décidé ? Comment s’est prise la décision ? Comment c’est ? Et comment réagit “le monde“ ? »

J’ai reçu, en réponse à mes questions, cette longue lettre :

La lettre d’Ada

Pourtant j’aime les enfants

Tout d’abord, et avant tout, je dois vous dire que j’aime les enfants. J’ai des nièces et des neveux et cinq filleul/e/s. J’adore les bébés, les porter, respirer leur parfum. La semaine dernière, j’ai fait connaissance de mon dernier filleul en date, Antoine. Dans mes bras, Antoine ! Impossible de le donner à d’autres bras jusqu’à ce que sa mère doive partir. Et non seulement j’adore les bébés, mais ils me le rendent bien : mes bras leur sont confortables, mes bercements leur sont doux et ils s’endorment suavement dans mes bras… Je mentionne ceci parce que souvent, quand les gens réalisent que je ne veux pas d’enfants, ils assument que c’est parce que je ne les aime pas. C’est une erreur. Je les aime. J’aime les enfants des autres.

Not selfish but self-aware

Mais je n’ai jamais voulu avoir d’enfant à moi, parce la liberté et l’indépendance sont pour moi de la plus haute importance. Mes valeurs suprêmes. J’ai le sentiment qu’avec un enfant « à charge », on n’est plus jamais libre. On est alors constamment préoccupé par quelqu’un d’autre que soi-même, avant soi-même. Ma Nana[1] me disait parfois que j’étais égoïste. Moi, je pense que j’ai juste pleinement conscience de qui je suis. (not selfish but self-aware). J’ai su très tôt dans ma vie que je voulais être capable de suivre mes rêves et mes désirs, sans les obligations que m’imposerait le fait d’avoir un enfant.

Silence et solitude

D’autre part, j’accorde, dans mon environnement intime, la plus haute importance à l’esthétique et au silence. J’ai en horreur l’idée de l’envahissement de mon espace de vie par les objets et les jouets qui accompagnent la vie des enfants. Je ne peux pas, je ne veux pas imaginer le bruit constant que les enfants apportent avec eux. Je sais que je deviendrais folle si je ne pouvais pas avoir le silence dont j’ai besoin et quand j’en ai besoin. De même pour la solitude, quand j’ai besoin de solitude. C’est dans le silence et la solitude que je puise mes forces et que je me ressource.

Je sais bien que ceci devrait être possible même avec un enfant et les soins qu’il nécessite – mais c’est tellement plus simple sans. Mon bien-être psychique et ma santé mentale dépendent de mes possibilités d’être seule, quand cela m’est nécessaire. être chez moi, seule avec moi-même, faisant ce que je veux, et non ce que quelqu’un d’autre voudrait ou aurait besoin que je fasse. Sans avoir d’explications à apporter à quelque question que ce soit.

J’aime mon corps et contrôler mon corps. Je ne veux pas imaginer d’avoir, physiquement, quelqu’un d’autre qui s’en occupe – qui l’occupe – d’avoir une « chose » qui grandisse à l’intérieur de moi, de perdre le contrôle sur mon aspect, mon poids, mes hormones, mes vêtements, sur ce que je puis manger et boire – ou non.

L’enfant, un défi pour le couple

De plus, je n’ai jamais pu imaginer être attachée à un homme pour toujours, comme c’est le cas quand cet homme est le père de votre enfant. Même si l’on se sépare, même si l’on divorce, le père de votre enfant est et reste pour toujours le père de votre enfant. En tant que femme, vous êtes attachée à lui pour toujours, et vous ne pouvez rien y changer une fois que cela est fait. Et je ne puis pas non plus imaginer avoir un enfant avec l’homme que j’aime le plus au monde et que cet enfant puisse créer une rivalité entre lui et notre amour, notre vie de couple, notre lien.

L’enfant constitue un défi pour le couple, bien plus qu’un lien – et je ne veux pas de ce défi. L’amour et la vie de couple sont suffisamment complexes quand on est deux – je ne voudrais pas inclure une troisième personne dans ce cercle.

Les responsabilités que suscite un enfant

Dans la même ligne de pensée, je ne puis imaginer prendre une décision aussi définitive et permanente que celle d’avoir un enfant. Une fois que j’ai un enfant, je ne peux plus jamais ne pas avoir d’enfant. On ne peut pas divorcer de son enfant. La seule séparation possible est la perte de l’enfant – et que Dieu garde quiconque d’une telle perte, je ne puis même pas imaginer ce qu’une telle perte peut représenter, pour la vie.

Si j’avais un enfant, cet enfant devrait être parfait. Ne jamais avoir de difficultés. Ne jamais se droguer. Toujours avoir les meilleures notes à l’école. Être beau et mince et intelligent et réussir. Mais je ne puis contrôler cela. Et donc je ne veux pas d’enfants. Je pense aussi que ce type d’attentes ne peut être imposé à quiconque naissant en ce monde. A nouveau, il s’agit pour moi de la possibilité de contrôle – ou de son absence. Mon enfant est hors de mon contrôle. Sa perfection, ses imperfections, sa beauté ou sa laideur, son intelligence ou son manque d’intelligence sont hors de mon contrôle. Sa vie entière est hors de mon contrôle. Je ne suis pas à l’aise avec ce que je ne puis contrôler.

Je ne me souviens pas quand j’ai pris cette décision. Mais je sais que je ne me suis jamais réveillée, aucun matin de ma vie, avec le désir d’avoir un enfant. Et je n’ai jamais pensé que je devrais en avoir un, même si je n’en avais pas le désir. Pourquoi devrais-je ? Parce que la société le veut ? Je n’adhère pas à ce type de prescription.

La réaction des proches

Comment c’est ? Mon cercle intime et mes amis proches respectent ma décision et ne la mettent jamais en cause, ni n’émettent aucun doute. Ils ne posent pas de question mais en parlent volontiers si j’en exprime le souhait. La plupart de mes amies, quand elles sont vraiment sincères – et un peu ivres, aussi – me disent qu’elles n’ont pas vraiment pris la décision d’avoir des enfants. Elles ont fait des enfants, certes, et bien évidemment elles les aiment infiniment, mais ils ne furent pas le fruit d’une décision initiale. Pour la plupart d’entre elles, le fait d’avoir des enfants a mis en cause leur couple.

La réaction du monde

Lorsque j’avais trente ans, et jusqu’au milieu de ma trentaine, les gens pensaient que je changerais d’avis. « Oh, c’est que tu n’as pas encore trouvé l’homme qu’il te faut. Oh, ton horloge biologique n’a pas encore commencé à sonner. Oh, tu verras quand tu seras plus mature, tu changeras d’avis. » Mais maintenant que j’ai presque 39 ans, les gens réalisent que je suis consciente de moi-même et de mes choix, et que ce choix semble bien, désormais, permanent.

Une seule fois, un homme de mes connaissances m’a dit qu’il pensait que je faisais une erreur et que j’étais dérangée, à ne pas vouloir d’enfants. Il me disait qu’il est impossible de fonder une famille avec quelqu’un/e si l’on n’a pas des enfants ensemble. Il assuma que je disais que je ne voulais pas d’enfants parce que je ne pouvais pas en avoir. Je suis restée choquée de cette conversation.

La réaction d’un père

Mon père, lui aussi, m’a souvent posé la question du pourquoi de ma décision, semblant douter de sa justesse. Comme si je lui déclarais implicitement : « Je n’ai pas aimé mon enfance avec toi, alors je ne veux pas imposer la même chose à qui que ce soit. » Mais je crois qu’il pense aussi que j’ai de bons gènes et que ces gènes devraient rester en ce monde – une manière darwinienne de voir le monde. Mais au fur et à mesure qu’il prend de l’âge (tout comme moi, je crois qu’il comprend mieux le pourquoi : mon besoin d’ordre, de silence, de contrôle. Toutes ces choses auxquelles il faut renoncer quand on a des enfants.

On peut s’épanouir sans devenir parent

Je dois dire aussi que j’ai plusieurs amies proches, et des mentors qui n’ont pas d’enfants. Ma marraine Dominique est une personne clé à cette égard. Elle, comme d’autres, m’a montré qu’à vieillir sans enfants, la vie est aussi épanouissante, si ce n’est davantage, qu’elle ne l’est avec enfants. Je ne me préoccupe pas de la perspective de « n’avoir personne pour s’occuper de moi quand je serai vieille. » Nombreux d’ailleurs sont ceux qui ont des enfants et se retrouvent souvent dans cette situation-là. Je m’indiffère de l’idée que « personne » ne vienne à mes funérailles. Seront présents ce jour-là mes sœurs, les enfants des autres, mes amis…

Je vis libre et satisfaite de mes décisions, chaque jour. Je ne me préoccupe pas de ce que les autres pensent. Et ce que les autres pensent n’a jamais influencé mes décisions. Celle de ne pas avoir d’enfant est l’une des décisions le plus personnelles et les plus intimes qu’une femme puisse prendre. Je la prends pour moi-même, avec moi seule. Chaque jour. »

[1] « Ma Nana » : la grand-mère de Ada.

Must read : Femmes hors normes de Barbara Polla aux éditions Odile Jacob
écrit par

La rédaction

Époque

Société

Sagesse & philosophie

2 commentaires
  • Répondre Charles
    • lundi 3 juin 2019
    • 11 h 25 min

    Cet article est original, bonne continuation

  • Répondre Sandrine
    • lundi 17 juin 2019
    • 7 h 48 min

    Et bien! Quel article! J’ai pour ma part 30 ans et je ressens la même chose qu’Ada au sujet de la non maternité… Incroyable! C’est plaisant de voir que d’autres femmes assument ce choix.
    Merci d’avoir donné de la voix aux femmes qui pensent différement.

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