Le cancer, une maladie du métabolisme ? La thèse à...
Publié le 09/06/2026, mis à jour le 11/06/2026
Santé intégrative
Le cancer, une maladie du métabolisme ? La thèse à contre-courant de Laurent Schwartz
50 minutes min d'écoute
Et si le cancer était une maladie métabolique, et non une simple maladie des gènes ? C’est la thèse défendue par l’oncologue Laurent Schwartz. Elle dérange une partie de la cancérologie. Pourtant, elle mérite qu’on l’écoute, l’esprit ouvert et le doute en bandoulière.
Avant de lire : cet article restitue une conversation. C’est une pensée, une recherche, une exploration. Ce n’est pas une ordonnance. Les approches évoquées ici et rien de ce qui suit ne remplace l’avis de votre médecin, et surtout pas celui de votre oncologue. N’arrêtez jamais un traitement et ne vous auto-médiquez pas sur la foi d’un podcast ou d’un livre.
Il y a des invités qu’on écoute. Il y en a d’autres qui vous obligent à reposer votre stylo. Laurent Schwartz est de ceux-là. Pendant plus de quarante ans, cet oncologue et radiothérapeute a tenu la main de patients que la médecine disait perdus. Au bout de ce chemin, il avance une idée simple. Selon lui, nous nous serions trompés depuis un siècle, non pas sur la manière de soigner le cancer, mais sur ce qu’il est.
Sa thèse tient en une phrase. Le cancer ne serait pas une cellule devenue folle, mais une cellule dont le moteur énergétique fonctionne mal. Autrement dit, une histoire de sucre mal brûlé. Le cancer serait donc une maladie métabolique. C’est vertigineux, c’est discutable, et c’est passionnant. Bref, exactement le genre de territoire que nous aimons arpenter ici.
Qui est Laurent Schwartz, et pourquoi il dérange
Schwartz se présente lui-même comme un marginal de la science. L'aveu est honnête, et il pèse ses deux versants. D'abord le rejet. Il raconte, mi-amusé mi-amer, avoir sollicité des oncologues parisiens sans qu'aucun ne lui réponde. Ensuite la déification. Être pris pour un messie par des malades en quête d'un miracle qu'il n'a pas. Or il juge ces deux postures aussi ingérables l'une que l'autre.
Ce qui le distingue de ses pairs, c'est sa familiarité avec les mathématiques et la physique. Ainsi a-t-il dirigé pendant des années un groupe de recherche à l'École polytechnique. Il y a réuni des physiciens, des mathématiciens, des biologistes. Des gens, dit-il, capables de formuler ce qu'on n'entend jamais dans l'institution. Surtout, ce collectif tient non par les congrès et les médailles, mais par l'amitié et le poulet partagé tous ensemble. L'image fait sourire. Elle dit aussi une certaine idée de la recherche : lente, têtue, désintéressée.
L'effet Warburg : la racine de la thèse métabolique du cancer
Pour comprendre Schwartz, il faut d'abord remonter à un homme. Otto Warburg, biologiste allemand, prix Nobel de médecine en 1931. C'est un personnage singulier, que Schwartz dépeint en solitaire passionné de chevaux. Or, dès les années 1920, Warburg observe une chose troublante. Les cellules cancéreuses captent énormément de sucre, mais ne le brûlent pas correctement. En somme, elles le fermentent. Cet effet est le socle de la thèse du cancer comme maladie métabolique.
Resté en Allemagne pendant la guerre, Warburg n'a pas essaimé. Puis l'hypothèse génétique du cancer a tout balayé. C'était, selon Schwartz, le fantasme des informaticiens de l'époque. Warburg est donc tombé dans l'oubli. C'est en lecteur patient, rat de bibliothèque amoureux des vieux papiers, que Schwartz l'a redécouvert. Il l'aurait fait, dit-il, sur les conseils de Luc Montagnier au début des années 2000.
Un effet bien réel, que l'hôpital utilise déjà
Voici le point capital. L'effet Warburg, lui, n'est pas contesté. Il est même au cœur de la médecine de tous les jours. Par exemple, le TEP-scan, cet examen devenu routine en oncologie, repose exactement là-dessus. On injecte un sucre légèrement radioactif, le 18F-FDG. Les tumeurs, gourmandes en glucose, s'illuminent alors à l'écran. Sur ce point, Schwartz n'est donc pas isolé du tout. C'est ce qu'il déduit de cet effet qui devient, ensuite, discutable.
Son image est limpide. Imaginez chaque cellule comme un petit foyer. Elle brûle du sucre pour vivre et dégage de la chaleur. Or, dans la cellule cancéreuse, ce foyer fonctionne mal. L'énergie ne peut plus s'évacuer en chaleur, donc elle se transforme en matière. La cellule se met alors à fabriquer, à se multiplier. La tumeur, ce serait cela : de l'énergie qui n'a plus d'autre issue que de devenir de la masse. Cette mécanique du sucre se retrouve d'ailleurs au cœur de nombreux travaux récents sur l'influence de l'alimentation sur notre santé, bien au-delà du seul cancer.
Toutes les maladies ne seraient-elles qu'une seule maladie métabolique ?
C'est ici que la pensée devient franchement hétérodoxe. Pour Schwartz, le cancer est avant tout une maladie métabolique, au même titre que le diabète. Ce trouble de l'énergie ne concernerait donc pas que les tumeurs. On le retrouverait aussi dans la maladie d'Alzheimer, avec ses plaques amyloïdes. Également dans Parkinson, dans l'inflammation, dans certaines formes de Covid long. Bref, partout où des cellules synthétisent de trop.
De là une idée à rebours de la médecine contemporaine, qui n'a cessé de subdiviser. Et s'il n'existait pas des centaines de maladies, mais une seule, déclinée ? Et si un même levier métabolique pouvait, partout, ramener la cellule à brûler correctement ?
Il faut toutefois le dire nettement. C'est une hypothèse de travail, pas une vérité établie. La cancérologie enseigne aujourd'hui l'inverse. Un cancer du sein, une leucémie, une tumeur cérébrale sont, pour elle, des maladies différentes, avec leurs gènes propres. Schwartz le sait, et il l'assume. Selon lui, il est très difficile de convaincre des gens qui ont une religion différente de la vôtre. Son mode de preuve repose donc sur deux canaux. D'un côté, des articles techniques, pleins d'équations, dans des revues scientifiques. De l'autre, des livres grand public, pour les soignants comme pour les malades.
Cancer et maladie métabolique : que peut-on tenter sans danger ?
C'est la partie la plus sensible de la conversation. Ici, la prudence n'est pas négociable.
Le régime cétogène : une fausse bonne idée pour les tumeurs ?
Le principe du régime cétogène est simple. Très peu de sucres, peu de protéines, beaucoup de bonnes graisses. Privé de glucose, le foie fabrique alors des corps cétoniques. Ce carburant de secours peut être brûlé par d'autres voies. Ainsi, Schwartz observe que ce régime semble rendre service dans certaines fatigues, et dans des maladies comme Alzheimer.
Cependant, il pose une question redoutable pour le cancer. Et si les tumeurs, elles aussi, savaient se nourrir de ces corps cétoniques ? Dans ce cas, le régime pourrait les nourrir plutôt que les affamer. Les données ne sont pas encore sorties, reconnaît-il. C'est donc du laboratoire, de l'hypothèse. Surtout, rien ne justifie qu'un patient s'y lance seul. Pour situer ce que l'alimentation fait réellement au cerveau, nous en avions parlé dans notre article sur l'alimentation bénéfique au cerveau et à la mémoire. La logique du jeûne, elle, avait été explorée à travers l'inspiration préhistorique du petit-déjeuner sauté.
Le bleu de méthylène : de l'espoir, pas une preuve
Le bleu de méthylène est la molécule emblématique de Schwartz. C'est un colorant de synthèse né en 1876 pour l'industrie textile. Il le propose, associé à l'acide lipoïque et à l'hydroxycitrate, pour lever la fermentation. L'objectif : aider la cellule à brûler de nouveau.
Que sait-on vraiment ? Son équipe a retrouvé d'anciennes publications, puis vérifié l'effet sur des modélisations, enfin sur des souris. Par exemple, une étude préclinique récente (da Veiga Moreira et al., revue Cancers, 2024) confirme qu'il ralentit la croissance de tumeurs ovariennes chez la souris. Schwartz est néanmoins limpide sur la suite. Chez l'humain, on en reste aux séries de cas. Et il est lui-même le premier à réclamer de vrais essais cliniques.
Ce qu'il ne faut surtout pas faire : ne prenez pas de bleu de méthylène, d'hydroxycitrate ou d'acide lipoïque tout seul à la maison. N'arrêtez jamais une chimiothérapie, une radiothérapie ou une immunothérapie sans votre oncologue. Schwartz lui-même insiste : ces molécules ont toujours été étudiées en complément des traitements classiques, sur l'animal, jamais comme une alternative. L'hydroxycitrate serait, selon lui, désormais interdit à la vente en France, tout en restant légal ailleurs en Europe. Raison de plus pour ne rien décider seul.
Dépistage, chimiothérapie, cholestérol : les zones de friction
Schwartz ne ménage pas le système. Sa lecture du cancer comme maladie métabolique le met en porte-à-faux avec nombre de ses confrères. Plusieurs de ses affirmations doivent donc être rapportées comme les siennes, car elles sont débattues et ne font pas consensus.
D'abord la chimiothérapie. Il fait un constat troublant. On sait qu'elle marche : pour un cancer du sein, dit-il, la masse régresse dans environ 80 % des cas, au moins un temps. Pourtant, on ne sait pas vraiment comment elle agit au niveau chimique. Son hypothèse, qu'il présente comme telle, est qu'elle toucherait elle aussi le métabolisme. Par ailleurs, il pointe un angle mort des données. On connaît mal la survie sans chimiothérapie, faute d'essais comparant un traitement à une absence de traitement.
Ensuite le dépistage. Selon lui, la mortalité par cancer du sein serait restée globalement stable sur plusieurs décennies, malgré le dépistage de masse. C'est un sujet qui divise réellement la communauté médicale. Il s'agit donc d'un débat ouvert, pas d'une conclusion tranchée. La question des causes négligées, en revanche, rejoint un terrain que nous avions creusé avec le cardiologue Pierre Souvet sur les polluants cachés de notre environnement quotidien.
Enfin le cholestérol. Il rappelle qu'au début des années 1980, l'ennemi public n'était pas le cancer mais le cholestérol. Il range cette guerre parmi les emballements qu'il juge mal fondés, citant des voix comme celles de Michel de Lorgeril ou du Pr Philippe Even. Là encore, le sujet reste contesté. Nous l'avions abordé sous un angle plus consensuel en parlant de prévention des maladies cardio-vasculaires.
Du cancer à la société : entropie, conscience et part du mystère
Dans Choisir la vie, son livre de 2026, Schwartz quitte le laboratoire. Ainsi relie-t-il le corps qui s'emballe et la société qui s'emballe sous une même loi physique : celle du désordre, de l'entropie. Trop d'énergie qui arrive désorganise l'ensemble. Par exemple, du sucre pour la cellule ; de l'argent et du pétrole pour nos sociétés. Les tissus font de la fibrose. De même, les familles se défont et les liens professionnels se délitent.
C'est là que sa pensée devient franchement spéculative, et il faut le signaler. Schwartz réhabilite de vieilles notions, comme l'âme, qu'il préfère nommer vibration. Puis il s'aventure du côté des expériences de mort imminente, ou de la mémoire de l'eau, une hypothèse rejetée par la science depuis l'affaire Benveniste. Ce ne sont pas des faits démontrés. Ce sont les intuitions philosophiques d'un homme qui cherche, ouvertement, à remettre un peu d'espoir dans un tableau qu'il trouve sombre. On peut les trouver belles, ou hasardeuses. Toutefois, on n'est pas obligé d'y adhérer pour goûter la rigueur de sa partie scientifique. Cette tension entre science et sens nous avait déjà occupés avec Christophe André, autour de la méditation comme réponse à un monde qui nous fragmente.
« Le silence est une violence » : oser questionner son médecin
Le moment le plus juste de l'entretien n'a rien de technique. Schwartz parle de la solitude des malades. Il évoque la violence institutionnelle que subissent ceux qui posent trop de questions. J'en ai été témoin, comme aidante auprès des miens. Cette gêne empêche tant de patients d'interroger leur médecin, comme s'ils craignaient de le froisser.
Or c'est l'inverse qu'il faut faire. D'abord, demander un second avis. Ensuite, aller voir les données de survie de sa maladie, désormais accessibles. Enfin, lire. Les vieux livres, insiste-t-il, ceux qu'on ne trouve ni sur un moteur de recherche ni dans une IA. Il s'agit donc de devenir le co-pilote de son propre soin, en collaboration avec le système et jamais contre lui. Encore faut-il pouvoir parler à son médecin. Sur ce lien qui soigne avant même la technique, nous avions tout un épisode sur la relation thérapeutique, et une réflexion plus large sur la manière dont nous serons soignés demain.
Schwartz cite, dans son livre, une phrase qu'il emprunte au physicien Romain Attal : « La majorité a souvent tort. » À méditer, donc, sans en faire non plus une religion.
Ce que je retiens de cette conversation
D'abord, une honnêteté que je veux saluer. Reconnaître que nos traitements, aussi puissants soient-ils, suivent trop souvent le même chemin. La tumeur recule, on respire, et parfois elle revient. Le dire n'insulte pas la médecine. Au contraire, c'est respecter les patients assez pour ne pas leur mentir.
Ensuite, une conviction que je partage. Une maladie n'est ni un dossier ni un protocole sur pattes. C'est une personne qui a le droit de comprendre, de questionner, de peser le pour et le contre. Ainsi, le vrai progrès n'est pas seulement de meilleurs médicaments. C'est aussi un patient debout à côté de son médecin, pas en dessous.
Enfin, il y a un mot que nous ne contournerons pas : les lobbies. Ces intérêts commerciaux pèsent sur ce que l'on cherche, ce que l'on teste, ce que l'on prescrit. Ils existent, et le nier serait naïf. Pourtant, entre fermer les yeux et tout gober d'un bloc, il existe un chemin de crête. Ce chemin, c'est l'esprit critique. Donc regarder les intérêts en face, sans jeter la science par-dessus bord. C'est exactement là que nous essayons de nous tenir.
Cette idée du cancer comme maladie métabolique restera-t-elle marginale ? Le temps tranchera. En attendant, restez curieux, restez lucides. Posez à vos médecins les vraies questions, celles qui dérangent. Demandez un second avis. Lisez. Puis décidez en confiance, avec les bonnes personnes à vos côtés. Car votre santé n'appartient ni à un laboratoire, ni à un livre, ni même à ce podcast. Elle vous appartient.
Les livres de Laurent Schwartz
Les trois ouvrages cités dans cet épisode sont parus chez Thierry Souccar Éditions (groupe Albin Michel) :
Pendant l'entretien, Laurent Schwartz pointe une difficulté concrète. Une molécule ancienne, qu'on ne peut plus breveter, n'intéresse personne pour financer les études qui prouveraient — ou non — son efficacité. Ses travaux s'appuient donc sur un organisme indépendant, le Fonds de Dotation Guérir du Cancer (65 avenue de Ségur, Paris), qui finance la recherche sur les thérapies métaboliques. Pour donner un ordre de grandeur, dit-il, une année de thèse représente environ 50 000 €.
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