Amandine Roche, l’heureuse gardienne de la paix

Par Amal H - jeudi 9 novembre 2017 - Temps de lecture: 9 minutes et 36 secondes -

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Amandine Roche, l’heureuse gardienne de la paix

Une vie d’aventure et d’initiation spirituelle

Amandine Roche, son nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant c’est certainement l’une des femmes les plus incroyables de notre époque. Elle a sillonné le monde entier à travers ses missions à l’ONU, vécu à Kaboul, tout près du nid d’un certain Ben Laden. Au bord d’un burn out, elle part sur les routes de l’Orient, côtoie le Dalaï-Lama et les grands maîtres spirituels de l’Inde. Nous l’avons rencontré par l’intermédiaire d’une amie commune, son histoire nous a touché, on a donc eu envie de la partager avec vous !

Justice et droits de l’homme : une vocation familiale

Enfant, la petite Amandine évolue dans une ambiance familiale férue de justice et de droits de l’homme. Et pour cause, sa mère est une réfugiée politique, qui a fui le régime communiste en Pologne, quand déjà quelques années plus tôt, sa grand-mère avait subie le fascisme. La jeune fille est donc déjà rôdée. En plus, elle passe ses vacances scolaires, en Pologne, chez des oncles et tantes, chirurgiens et médecins, soumis comme tout le monde au régime des tickets de rationnement. Cet environnement, cette ambiance la marquent. C’est donc tout naturellement qu’à 18 ans, Amandine décide de se lancer dans des études de droit, orientées sur les droits de l’homme.

Rencontre avec le Dalaï-Lama ou la graine de la destinée

Pendant ses débuts d’études, elle assiste à une conférence du Dalaï-Lama dont le sujet porte sur la résistance non violente des moines tibétains. En repérant la jeune femme, grande et blonde, au milieu des moines chauves, sa Sainteté éclate de rire, et la bénit. Elle dit ainsi que ce moment a planté en elle « la graine de la destinée ». Elle décide donc de réorienter toutes ses études sur sa nouvelle mission : raccompagner le Dalaï-Lama au Tibet

Amoureuse de l’Afghanistan

Son objectif est donc de rejoindre les Nations unies. Elle fait une thèse à Sciences Po consacrée a l’enlèvement du Panchen-Lama à l’âge de 5 ans, jusqu’ici le plus jeune prisonnier politique au monde. Elle enchaîne ensuite sur un Master de Relations Internationales, et part travailler en Ouzbékistan et Tadjikistan, où sont présents les réfugiés afghans. Elle tombe alors amoureuse du peuple Afghan.

Tout lui parle chez eux. Leur courage et leur loyauté, leur résilience et leur charisme, mais surtout leur noblesse d’âme, car ils s’expriment avec le langage du cœur. Ne s’étant jamais vraiment sentie chez elle, en France, elle a très tôt su que sa place était dans un autre pays, un pays qui a soif de justice et de droits de l’homme, de préférence. Le Tibet était tout désigné, mais l’Afghanistan lui a pris son cœur.

Sur les traces de l’aventurière Ella Maillart

Pendant ses vacances, elle essaie donc de se rendre plusieurs fois en Afghanistan. Trois tentatives, trois échecs. Lassée, elle lâche son boulot, et part sur les traces d’une aventurière suisse, Ella Maillart avec qui elle avait pris rendez-vous quatre ans plus tôt mais le destin a voulu rappeler la dame de 94 ans avant leur rencontre. Déçue, Amandine lit tous ses livres et recherche toutes les photos de la grande exploratrice, et part sur ses traces visiter tous les pays où l’aventurière avait été 70 ans plus tôt, pour constater ce qui avait changé. Parmi ces pays, il y a l’Afghanistan.

Tout près de Ben Laden

Arrivée à Islamabad, au Pakistan, elle rencontre le directeur de l’Alliance Française, qui lui propose de l’aider à rentrer en Afghanistan par l’intermédiaire d’un neveu d’un chef Taliban, ministre des affaires étrangères. Quand elle se présente au neveu, et décline son nom « Amandine Roche », il comprend dans sa langue « Amanuddin  Khosh», qui signifie « l’heureuse gardienne de la paix ». Le neveu y voit un signe de Dieu, et en Amandine, une invitée d’honneur.

Amandine se retrouve alors l’invitée des Talibans, les mêmes qui cachaient Ben Laden. Le départ pour Kaboul se déroule le 8 septembre 2001, ils arrivent le 11, date cruciale où deux tours s’effondrent de l’autre côté du monde. Amandine n’en sait rien encore. Le lendemain, elle est réveillée par les bombardements. 18 bombes sont larguées sur l’aéroport de Kaboul. Une réponse de l’Alliance du Nord à l’assassinat d’Ahmed Shah Massoud par les Talibans. Toujours accompagnée du directeur de l’Alliance francaise, elle apprend par la radio les attentats du 11 septembre et l’intention de Georges Bush de bombarder l’Afghanistan. Prenant peur, ils décident de partir en voiture jusqu’au Pakistan. Problème : la frontière est fermée. Les Talibans les voyant comme un moyen pour renflouer les caisses, il leur faudra négocier pendant 12h pour pouvoir partir.

Dédicace à une petite princesse afghane

Dans la voiture qui passe la frontière, Amandine veut sauver une petite fille, coincée elle aussi à la frontière, et terrorisée par les bombes américaines. S’étant prise d’affection pour l’enfant, Amandine ne réfléchit pas, mais son ami émet des doutes : que va-t-elle faire de la petite au Pakistan ? Et où sont les parents, ils sont peut-être vivants? Ramenée à la raison, c’est à contre-cœur qu’Amandine demande à la petite de descendre de la voiture. L’enfant reviendra dans ses rêves pendant une semaine, la réveillant en pleine nuit, avec cette question « : pourquoi ne m’as-tu pas sauvé ? ».

C’est ainsi qu’Amandine glissera dans son premier livre Nomade sur la voie d’Ella Maillart une lettre publique à sa « petite princesse afghane », lui disant être désolée de ne pas avoir pu l’aider, mais qu’elle fera tout pour revenir et aider le peuple Afghan à vivre dans un monde sans guerre et sans famine

La mort aux trousses en Afghanistan

Après avoir continué à sillonner le monde sur les traces d’Ella Maillart en Inde, au Népal, au Tibet, en Chine, en Transsibérien, en Russie, au Caucase, en Pologne, en Allemagne, en Ukraine, elle écrit son livre et en fait la promo. Puis, elle repart à Kaboul, où sur place, un ami de promotion de son Master de Relations Internationales cherche à recruter le responsable de bureau d’éducation civique pour les prochaines élections organisées, dans cadre du processus de démocratisation après le régime Taliban. Amandine répond aux critères du poste. La mission consiste à expliquer à la population ce qu’est la démocratie et les droits de l’homme, pourquoi il faut aller voter, et surtout encourager les femmes à prendre leur destin en main et à devenir des leaders politiques.

Mais même si son travail est passionnant, son quotidien est rythmé par les menaces de mort. Au bout d’un an et demi de ce régime, le coup de grâce sonne quand trois de ses collègues sont kidnappés devant son bureau. Elle est alors évacuée en France.

Le ventre, lanceur d’alerte

Revenue en France, Amandine s’aperçoit que son ventre commence à gonfler, à force de cumuler du stress. Elle consulte un guérisseur ayurvédique, qui lui explique que son ventre a agi comme une éponge qui a pris toute la négativité, et qu’elle arrive à un stade où elle n’arrive plus à digérer. Il lui interdit alors de retourner en Afghanistan si elle n’apprend pas à se protéger, autrement dit si elle n’apprend pas à méditer. Après ce rendez-vous, L’ONU la rappelle en Afghanistan, mais au lieu d’y retourner, Amandine se montre plus sage et décline l’invitation.

Elève du Dalaï-Lama

A la place, elle décide de rejoindre le gouvernement en exil tibétain, à Dharamsala, dans le nord de l’Inde. Elle retrouve donc pour une seconde fois le Dalaï-Lama. Se louant une petite maison, face à son temple, elle assiste tous les matins à 6h, a son enseignement muni de sa petite couverture, et de sa radio, qui traduit en anglais ses cours.

Durant ces cours, une phrase lui revient en écho :

« Tu ne peux contribuer à la paix extérieure si tu ne travailles pas à ta paix intérieure ».

C’est une véritable prise de conscience. Elle s’interroge. « Qui suis-je pour travailler pour l’ONU, si je ne suis pas en paix avec moi-même, si je suis épuisée, stressée, et déprimée ? » Elle prend vite conscience qu’elle souffre de stress post-traumatique. Au lieu de retourner en Afghanistan, elle décide de prendre du temps pour se guérir. Commencent alors les retraites de méditation de Vipassana enseigné par Goenka, et les cours intenses de yoga. Ces deux disciplines lui changent la vie.

L’Inde, ou le voyage de la guérison

Sac sur le dos, Amandine fait le tour de l’Inde à la rencontre des maitres spirituels qui incarnent la paix intérieure et la non-violence. Elle va à Bombay, auprès de Goenka, passe sur les terres de Gandhi, file à Pune chez Osho, s’installe un temps dans l’ashram d’Amma. Puis va chez Sri Ramana Maharshi a Tiruvannamalai, termine son tour chez Krisnamurti à Madras, et remonte vers Calcutta, chez Mère Térésa. Tout ça, en continuant des missions auprès de l’ONU de quelques mois en Afrique ou en Amérique du Sud, pour contrôler le déroulement et la liberté d’expression dans les campagnes électorales.

Retour en Afghanistan

Rentrée en Afghanistan en 2009, la situation a complètement changé. Garde du corps, gilet par balle et casque bleu l’attendent à l’aéroport. On l’emmène dans une guest-house, sorte de bunker de l’ONU. Beaucoup plus connectée à ses émotions, elle ressent comme une douche électrique dans le dos en entrant dans le lieu. La même sensation qu’elle avait eu en visitant le camp d’Auschwitz. Elle passe alors un deal avec l’agent de sécurité pour aller habiter ailleurs. Son intuition la sauve, puisque six mois plus tard, trois Talibans débarquent dans la guest-house à 5h du matin et assassinent six de ses collègues.

Remarquant qu’elle avait gagné en sérénité, ses collègues survivants lui demandent son secret. C’est ainsi qu’Amandine commence à enseigner la méditation et le yoga à ses collègues de l’ONU, puis à ses collègues Afghans, qui eux aussi souffrent, bien évidemment, de stress post-traumatique. 35 ans de guerre ne les a pas laissé indemne.

Que fait le pays pour ça ? Amandine obtient une entrevue auprès du ministre de la Santé pour le savoir. Elle découvre que la santé mentale n’est pas considérée comme une priorité pour le pays. Qu’à cela ne tienne, Amandine, décide de guérir les blessures invisibles de la guerre, le stress post-traumatique et tous les dégâts associés.

Amanuddin

Petit à petit, Amandine gagne en élèves. Elle enseigne la méditation aux enfants emprisonnés. Enrôlés dans les madrasas, ils n’avaient pas appris la différence entre le bien et le mal. Par la méditation, ils se reconnectent à leur conscience, et commencent à comprendre la raison de leur présence en prison. Elle donne également des cours de yoga à des femmes sorties de prison, complètement déconnectées de leurs corps. Elle retrouve, enfin, celui qui l’avait fait rentrer en Afghanistan, et qui avait créé, entre temps, une école « Torche de lumière ». Ensemble, ils intègrent des cours de yoga et de méditation dans cette école.

De fil en aiguille, elle commence à enseigner aux soldats de l’OTAN, aux enfants des rues ou aux enfants orphelins. Et même aux plus ouverts des commandants Talibans, ceux qui sont lassés par la criminalité et ont envie de tenter leur chance en démocratie. Parmi eux, il y en a un qui se distingue, pas des moindres, puisqu’il a été le meilleur lanceur de rocket des moudjahidines. Inquiet de perdre son siège au Parlement, lors des élections parlementaires, il vient prendre la température au bureau d’Amandine. Surprise de voir cet ancien criminel aspirer à plus de démocratie, elle l’interroge sur ses raisons. L’homme avoue sa honte de savoir sa fille chahutée à l’école à cause de ses crimes. Il veut devenir un homme de paix. Amandine lui parle alors de la méditation et désireux d’en savoir plus, il l’invite chez lui pour apprendre la pratique. La technique lui plait tellement qu’il demande à Amandine d’enseigner la méditation à ses enfants, notamment à sa précieuse petite fille.

Persona non grata

Cet ancien Taliban reste un cas à part. Les plus durs et les plus fermés d’entre eux accusent Amandine de faire du prosélytisme pour le compte de Bouddha et de Krishna. Sentant le vent tourner, elle décide de partir pour un temps travailler au Népal, ce qui lui permet de retrouver un petit garçon qu’elle marraine là-bas. En 2014, elle retourne en Afghanistan, mais les conditions de sécurité se sont aggravés. Elle échappe à la mort tous les jours pendant une semaine. Il est temps de partir.

Lettre à Ban Ki Moon

Lors de son retour en Afghanistan, Amandine avait prêté une oreille attentive aux histoires de ses collègues. Elle comprend qu’ils ont tous été traumatises au cours de leurs missions, et présentent tous des symptômes de stress post-traumatique. Comprenant qu’elle était loin d’être un cas isolé, elle écrit un mail à Ban Ki Moon, lui faisant prendre conscience de la situation les humanitaires envoyés, sans préparations, sur le terrain de guerre. 30min après avoir écrit son courriel, Amandine reçoit une lettre du cabinet de Ban Ki Moon, lui demandant de le rencontrer dans son bureau. Elle rencontre son chef de cabinet. Celle-ci lui apprend qu’ils sont bien conscients du problème (ils reçoivent des lettres de démission et d’insulte chaque jour), mais qu’ils ne savent pas quoi faire. Amandine lui suggère alors l’idée de créer un programme « spécial » pour aider les humanitaires

Rencontre avec Chade-Meng Tan de Google

Amandine leur propose de s’inspirer du programme « Search Inside Yourself » dont bénéficient les employés de Google, qui est orienté sur le bien-être, la pleine conscience, et l’intelligence émotionnelle.

Projet validé. Amandine file chez Google, rencontrer le fondateur du programme, Chade-Meng Tan. Après un an d’étude de son programme, elle devient professeur de Search Inside Yourself, l’ONU la renvoie en Haïti, pour mettre en place un programme de leadership pour les femmes, et en parallèle, elle enseigne a ses collègues ce tout nouveau programme. Amandine se rend vite compte que le programme n’est pas adapte pour les humanitaires du terrain.

L’héritage de Dag Hammarskjöld

Amandine revient au siège de l’ONU a New York et propose alors à ses supérieurs de créer un programme qui soit mieux adapté aux réalités du terrain. A savoir, un programme plus axé sur la gestion du stress, la prévention des symptômes du surmenage, l’anxiété, la dépression et du stress post-traumatique. Lui laissant carte blanche, elle met sur pied un programme où il est question d’éthique, du rappel de la mission d’humanitaire et des raisons pour lesquelles on travaille à l’ONU.

Elle réveille par la même occasion l’héritage de Dag Hammarskjöld, deuxième secrétaire de l’ONU qui avait créé la salle de méditation à l’ONU. Il considérait que l’on devait mettre la paix en soi pour pouvoir l’incarner à l’extérieur. Il avait tout compris.

Ainsi nait Inner Peacekeeping

Après avoir levé les fonds et les avoir remis à la fondation des Nations unies, Amandine recrute des experts de la pleine-conscience, de yoga, de méditation, de gestion du stress et d’intelligence émotionnelle. Elle créée avec eux, le programme Inner Peacekeeping, lancé en 2017 au Moyen Orient, en Jordanie et au Liban.

Aujourd’hui, le succès est au rendez-vous, puisqu’Amandine vient de créer sa compagnie Inner Peace Corps et continue toujours son recrutement d’experts en bien-être. Une fois formés au curriculum, les experts sont envoyés soit dans des entreprises, soit dans des gouvernements comme les militaires de l’armée française ou les humanitaires au Moyen-Orient.

D’ailleurs, si son parcours vous plait, et que vous êtes intéressé(e) pour travailler avec elle, ou louer ses services, n’hésitez pas à la contacter ! Ça recrute !

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