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  5. Comment les préjugés sur la femme sont-ils nés ?

Les femmes sont faibles : retour sur un paradigme tenace

Pourquoi les hommes ont-ils toujours trouvé suspicieux qu’une femme puisse gouverner ou diriger ?

Cette question fait écho à une autre : pourquoi de nombreuses femmes nourrissent un sentiment d’illégitimité quant à leur capacité à accéder ou à envisager un poste avec de fortes responsabilités ?

Nous connaissons déjà une des réponses la plus courantes. Les femmes seraient plus faibles que les hommes. Physiquement, bien sûr, mais aussi intellectuellement et émotionnellement.

Trop douces, trop fragiles, trop versatiles, elles se laisseraient gouverner par les caprices de leurs hormones et émotions, jusqu’à en devenir incohérentes et hystériques.

C’est ce qui explique pourquoi un homme ne pourra jamais totalement comprendre une femme. Et pourquoi on ne peut lui faire confiance quand il s’agit de traiter des affaires sérieuses.

Bien.

Mais d’où viennent ces clichés qui ont longtemps été (et le sont encore aujourd’hui pour certains) des paradigmes ?

Ils prennent source dans une idée née il y a plus de 2000 ans en Grèce, à Athènes, dans le cerveau d’Aristote, le philosophe le plus influent de la pensée occidentale.

Qu’a dit et pensé Aristote sur la nature des hommes et des femmes ? Comment ses idées ont-elles traversées le temps pour perdurer jusqu’à nos jours ?

Giulia Sissa, philosophe, historienne de la culture et professeure de théorie politique et de civilisations classiques à l’UCLA, répond à ces questions dans son ouvrage « Le pouvoir des femmes » (Odile Jacob, 2021).

Aristote et les femmes molles au sang froid

En manque de thumos

Pour Aristote, notre âme s’incarne dans un corps. Mais selon qu’elle s’incarne dans un corps d’homme ou de femme, elle ne vit pas la même expérience.

Les deux corps présentent des spécificités différentes expliquant à la fois la différence de caractère entre les genres et la répartition des rôles sociaux :

  • Le corps de l’homme est volcanique. Son sang est chaud et son corps plein de thumos, un terme grec désignant l’élan vital, qui se manifeste au monde par la fougue, l’ardeur et la détermination.

Le revers de la médaille de ce plein de thumos est que l’homme doit apprendre à dompter sa fougue, au risque d’être incapable de prendre du recul sur ses émotions et réactions. Et de s’attirer de sérieux ennuis.

  • Dans le corps de la femme, il y a moins de thumos, le sang est plus froid. La femme possède donc moins d’élan vital que l’homme, et est donc plus molle tant dans ses actes que sa réflexion. Mais attention, Aristote tempère et reconnait toutefois les capacités cognitives de la femme, comme supérieures à celles de l’homme. Étant moins fougueuse, elle est capable, selon lui, d’avoir une analyse plus fine des situations et personnes.

Toutefois, et toujours selon Aristote, ce n’est pas parce que les femmes ont un bon intellect qu’elles sont capables de gouverner. Gouverner implique de savoir décider et trancher, or la nature froide et molle du corps féminin les rend naturellement inconsistantes et hésitantes.

Par ailleurs, les femmes sont plus vulnérables que les hommes aux malheurs et aux efforts. Dès qu’il y a un pépin ou un danger, les femmes se soumettent ou fuient.

Aristote justifie cette différence par le fait que la peur et la souffrance refroidissant les corps, les femmes déjà « froides » disposent de ressources internes moindres que les hommes.

Parenthèse sur Platon et Plutarque

Résumons brièvement la pensée d’Aristote et sa portée : à cause de leur corps froid, les femmes se trouvent en grande difficulté quand il s’agit de faire preuve d’autodétermination, d’autonomie et de courage. Et ces dispositions naturelles expliquent autant leur incapacité à gouverner et commander, que leur sujétion nécessaire à un père ou un mari.

Avant d’aller plus loin, précisons d’emblée que la pensée d’Aristote ne fait pas l’unanimité chez tous les Anciens. A commencer par son maître, Platon.

Selon Platon, certes les femmes ont quelques dispositions naturelles différentes de celles des hommes, mais l’éducation (l’acquis) comble aisément le fossé (l’inné). Il suffit d’éduquer les petites filles comme les garçons en les initiant à l’art de la guerre et du leadership.

Au Ier siècle de notre ère, le philosophe Plutarque va encore plus loin dans son œuvre « Vertus de femme ». Rien dans la nature et la physiologie de la femme ne l’empêche d’exercer le pouvoir ou de commander qui que ce soit. Les femmes, tout autant que les hommes, sont capables d’héroïsme et de courage.

Hélas, ce ne sont ni Plutarque ni Platon qui séduisirent les théologiens chrétiens, juifs et musulmans du XIIème siècle. C’est bien Aristote.

Aristote et ses héritiers chrétiens

L’escroquerie intellectuelle d’Albert et de Thomas d’Aquin

Au XIIème siècle, chrétiens et musulmans s’écharpent en Terre Sainte. Toutefois, leurs échanges ne sont pas uniquement guerriers, ils sont aussi économiques et surtout intellectuels. C’est grâce aux Arabes que l’Europe redécouvre les Anciens, dont Aristote.

Aristote plait aux théologiens chrétiens parce que sa pensée est compatible avec leurs propres croyances.

Le concept de corps chaud/ froid déterminant les caractères et le rôle social de chacun fait en effet écho à la complexion (Constitution physique d’une personne), un concept capital de la médecine médiévale.

La complexion est l’idée que nous sommes un ensemble, un « tout » structuré par nos qualités anatomiques et physiologiques mais aussi morales et intellectuelles.

En s’appuyant à la fois sur l’œuvre d’Aristote et la complexion, Albert le Grand, frère dominicain, naturaliste, chimiste, théologien et maître de Thomas d’Aquin, élabore une théorie sur la différence des sexes, en présentant la femme comme un être fondamentalement humide et inconstant.

Cette inconstance naturelle justifie la faiblesse et donc l’infériorité intellectuelle, physique et morale de la femme par rapport à l’homme. Celui-ci n’étant que rigueur, constance et fermeté d’âme face aux épreuves de la vie et tentations du diable.

Par son inconstance, la femme est incapable de tenir un engagement moral et de résister aux plaisirs de ses sens. Elle est, enfin, tout aussi incapable de réfléchir sur un même sujet plus de 5min. Ce qui fait d’elle une personne superficielle, stupide et irrationnelle.

Saint Thomas d’Aquin ne dira pas autre chose.

Ici, les plus attentifs ont noté que les théologiens du XIIème siècle se détachent d’Aristote.

Alors que le philosophe accordait à la femme des qualités cognitives et encourageait les hommes à calmer leur trop plein de fougue, les théologiens ont retiré aux femmes leur intelligence, et ont fait de l’homme un être raisonnable, maître de ses passions et émotions.

Les Lumières éteintes

Cette image de la nature de l’homme et de la femme résistera au temps. Et si l’on pense que le siècle des Lumières a revu les copies d’Albert le Grand et de saint Thomas d’Aquin, on se trompe.

C’est même tout le contraire, à l’instar de Rousseau, pour qui les femmes n’ont pas de cervelle. Il est donc inutile de leur accorder quelques droits civiques ou de les éduquer puisqu’elles en sont incapables. Leur rôle social est simple et évident : faire des enfants.

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