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De l’impact écologique de l’extraction des métaux rares

  • jeudi 22 mars 2018
  • 8 Min de Lecture

Critique de la transition énergétique et numérique

Les métaux rares, et leur extrême nécessité pour notre monde digital et écologique, ne sont pas inconnus pour les plus avertis d’entre nous. Sans eux, impossible de fabriquer nos smartphones, nos voitures, nos ordinateurs, nos panneaux solaires, nos éoliennes, etc…

Mais reprenons, tout d’abord, c’est quoi les métaux rares et pourquoi sont-ils si importants ? Ce sont des matières premières un peu spéciales, des sortes de mini-pépites cachées dans des matières premières plus accessibles, comme le fer, l’aluminium ou le plomb. Au total, on compte une trentaine de mini-pépites. On les appelle cobalt, gallium, tantale, terres rares, graphites, germanium, rhénium, prométhium etc… Comme tout ce qui existe à petites doses dans la nature, ces pépites possèdent de fantastiques propriétés dont sont gourmandes nos technologies d’aujourd’hui et de demain. A savoir la robotique, l’intelligence artificielle, l’hôpital numérique, la cybersécurité, la voiture sans chauffeur, et bien d’autres encore. En clair, les problématiques quant à nos choix collectifs et à notre manière de consommer de l’énergie dépendent avant toute chose de l’accès aux métaux rares.

« Nos aïeux du XIXème siècle connaissent l’importance du charbon, et l’honnête homme du XXème siècle n’ignorait rien de la nécessité du pétrole. Au XXIème siècle, nous ne savons même pas qu’un monde plus durable dépend en très grande partie de substances rocheuses nommées métaux rares. »

Voilà le constat posé par Guillaume Pitron dans son ouvrage « La guerre des métaux rares ». Guerre ? Eh oui, pour deux raisons simples :

  • Comme l’indique leur nom de baptême, les métaux rares sont rares.
  • Par ailleurs, nous en sommes de plus en plus dépendants, et notre appétit à échelle mondiale va s’avérer être de plus en plus insatiable.

Eminent journaliste et spécialiste de la géopolitique des matières premières, Guillaume Pitron nous livre dans sa fascinante enquête les enjeux d’une guerre où tout se passe en coulisse, et dont le premier rôle est tenu par la Chine.

Quand Pékin fait main basse sur les métaux rares

Quand la Chine se réveillera, le monde tremblera, disait Napoléon Bonaparte à propos de l’Empire du Milieu. Elle s’est réveillée, et le monde tremble-t-il ? Il ne devrait pas tarder. Ce n’est un secret pour personne que l’Empire du Milieu entend légitimer son surnom, et être celui qui donne le ton et le rythme sur l’échiquier géopolitique. Pour être clair, la Chine entend remplacer les Etats-Unis. Pour cela elle s’appuie sur les métaux rares, qu’elle s’accapare depuis les années 1970. Et elle n’a pas tort, comme Guillaume Pitron le rappelle à juste titre : «  La Grande Bretagne a dominé le XIXème siècle grâce à son hégémonie sur la production mondiale de charbon ; une grande partie des évènements du XXème siècle peuvent se lire à travers le prisme de l’ascendant pris par les USA et l’Arabie sur la production et la sécurisation des routes du pétrole. Au XXIème, un Etat est en train d’asseoir sa domination sur l’exportation et la consommation des métaux rares ». Devinez qui. Et effectivement, ce sont depuis les entrailles du fin fond de la Chine où est extraite la plus grande quantité de métaux rares. Voici quelques chiffres évocateurs :

  • 95 % des terres rares sont produites en Chine,
  • 73 % du gallium,
  • 87 % d’antimoine,
  • 84 % de tungstène,
  • 87 % de magnésium,
  • 67% de germanium.

Un autre paramètre intéressant rapporté par Guillaume Pitron pour témoigner de la mainmise de la Chine sur les métaux rares concerne le marché financier de ces pépites. Celui-ci est ridicule comparé aux marchés des autres matières premières : 130 000 tonnes de terres rares et 600 tonnes de gallium contre 2 milliards de tonnes de fer et 15 millions de tonnes de cuivre. Sur ces petits marchés, où véhiculent peu d’acheteurs et de vendeurs, la Chine, le plus gros fournisseur, fait ce qu’elle veut et ne se gêne pas pour rendre le jeu encore plus opaque, en refusant de divulguer toutes ses données en production ou en stocks. Autrement dit, si la Chine entend faire monter ou baisser le prix de certains métaux rares, ou tous, il lui suffit de le vouloir.

Enfin, notons un dernier aspect, à savoir la part des métaux rares dans les équipements militaires occidentaux. Guillaume Pitron résume les faits ainsi : « En termes de volume physique, les besoins de l’armée en métaux rares tiennent dans un sac à dos. » Mais nous avons quand même besoin de notre sac à dos. Ainsi la pérennité des équipements militaires des armées occidentales et des autres dépend aussi de la bonne humeur de la Chine. Il est d’ailleurs plus que probable que la part des métaux rares dans les futurs équipements militaires ne cesse de grandir. Pensons aux armes du futur (robots, cyber-armes, ou les derniers avions de combat comme le chasseur F-35).

Voilà en quelques mots tout l’enjeu qui se tisse autour des métaux rares. Les détenir, c’est s’assurer un triple avantage évident : économique, technologique et militaire. Soyez numéro 1 dans ces trois domaines, et c’est vous qui tirerez les ficelles de ce monde. C’est vers cet objectif que depuis presque 50 ans la Chine avance, avec jusqu’ici pour seul credo « la fin justifie les moyens », aussi catastrophiques soient-ils pour l’environnement.

Quand faire plus propre pollue plus

Les conséquences écologiques en Chine dues à l’extraction de ces minéraux rares sont dramatiques : 10 % des terres arables sont contaminées par des métaux lourds et 80 % des eaux des puits souterrains ne peuvent pas être consommées, à cause des déchets miniers versés dans les fleuves. Guillaume Pitron résume : « Les Chinois ont fait n’importe quoi ». Il n’y a pas que les Chinois. Peu de monde est venu nous avertir des conséquences pharaoniques de notre transition écologique :

« Notre quête d’un modèle de croissance plus écologique a plutôt conduit à l’exploitation intensifiée de l’écorce terrestre pour en extraire le principe actif, à savoir les métaux rares, avec des impacts environnementaux encore plus importants que ceux générés par l’extraction pétrolière ».

En clair, la transition écologique tant vantée, produira certainement du plus propre, mais en laissant un linge sale sans précédent.

Un exemple vaut dix discours. L’Université UCLA a comparé l’impact carbone d’une voiture classique roulant au pétrole à une voiture électrique. Surprise. Moins gourmande en énergie, la fabrication en usine d’une voiture électrique, utilise beaucoup plus d’énergie que l’usinage d’une voiture classique. Pourquoi ? A cause de la batterie en lithium-ion, qui est très lourde. Elle pèse à elle seule 25% du poids total de la voiture. Certes, à long terme, la voiture électrique rejette beaucoup moins de carbone, et donc consomme moins d’énergie au final. Il y a quand même un hic : jusqu’à présent les batteries se limitaient à une autonomie de 120km. Or, les constructeurs entendent augmenter l’autonomie de 300km, 500km, 800km. Les émissions de carbone générées dans le processus de fabrication vont doubler pour les 300km, et tripler pour les 500 km. Moralité de notre histoire ? Une voiture électrique générera les trois quarts des émissions carbones d’une voiture au pétrole. Tout en ayant fortement impacté l’environnement pour extraire les métaux rares.

A l’exemple de la voiture électrique, notre consommation en métaux rares ne va cesser de s’agrandir. Seulement, subsiste une problématique que nous avions évoqué plus haut : les métaux rares se raréfient. D’autant plus que

« soutenir le changement de notre modèle énergétique exige déjà un doublement de la production de métaux rares tous les quinze ans environ, et nécessitera au cours des trente prochaines années d’extraire d’avantage de minerais que ce que l’humanité à prélevé depuis 70 000 ans ».

Quand la pénurie des métaux rares nous menace

Un homme a tiré l’alarme en 2015, en la personne d’Olivier Vidal, chercheur au CNRS. Ses travaux se sont portés sur tous les métaux nécessaires dont nous aurons besoin à moyen terme pour continuer à soutenir notre de train de vie confortable et high-tech. La demande mondiale ne va aller qu’en s’accroissant, alors que les stocks sont en train de sérieusement se vider. A l’horizon 2030, la demande de germanium va doubler, pour les autres, les demandes vont quadrupler, voire quintupler. Olivier Vidal résume :

« Au rythme actuel de production, les réserves rentables d’une quinzaine de métaux de base et de métaux rares seront épuisées en moins de 50 ans ; pour cinq métaux supplémentaires (y compris le fer, pourtant très abondant), ce sera avant la fin de ce siècle. Nous nous dirigeons aussi, à court ou moyen terme, vers une pénurie de vanadium, de dysprosium, de terbium, d’europium et de néodyme. Le titane et l’indium sont également en tension, de même que le cobalt. »

Quelles solutions avons-nous ?

Pour Guillaume Pitron, nous devrions commencer par tout simplement rouvrir les mines en France. Car oui, notre sol possède du tungstène, du zinc, du manganèse, de l’antimoine et du germanium. Quant au fer, nous en avons tant et plus. On sera un peu plus indépendant énergétiquement et cela créera de l’emploi. Quid de la pollution que dégagera l’extraction de ces métaux rares me direz-vous ? Justement. Gageons en plus que les conditions d’extractions minières feront beaucoup moins de dégâts environnementaux en France que dans des Etats sans scrupules. Rouvrir les mines en France, nous sortirait de facto de l’indifférence et du déni d’assumer les conséquences écologiques de nos modes de vie. En un mot, nous nous responsabiliserons, ni plus ni moins.

Pour trouver des métaux rares, nous pouvons aussi nous tourner vers les océans, détenteurs de véritables pactoles. Mais leur exploitation, heureusement pour la faune et la flore aquatique, ne commencera pas avant des décennies. Mais déjà, les Etats ont commencé à se découper le gâteau des océans pour se tailler une part de métaux rares. N’oublions pas non plus l’espace, bien sûr, où nous pouvons rêver d’une petite planète pas trop loin et gavée de métaux rares.

Enfin, comme le rappelle Yuval Noah Harari, l’Histoire est prodigieuse, et nos projections sur l’avenir peuvent vite partir en fumée. Une position qu’appuie Guillaume Pitron, quand il rappelle qu’au milieu du XIXème siècle, l’huile de baleine était indispensable aux hommes pour s’éclairer. Nous pensions alors qu’il n’y avait que l’huile de baleine qui pouvait nous offrir la lumière. Jusqu’à ce que nous découvrions le pétrole. Qui nous dit que l’Histoire ne se répètera pas ? Enfin, les chercheurs en technologies vertes s’activent à perfectionner ces petits bijoux. C’est déjà en cours. Par exemple, très bientôt, les cellules photovoltaïques vont remplacer le silicium des panneaux solaires. Elles ont l’avantage d’être plus propres et plus efficaces.

Voyons les faits ainsi : les éoliennes, les panneaux solaires, les voitures électriques et l’ensemble des technologies telles que nous les connaissons aujourd’hui ne sont finalement qu’une étape dans la transition écologique et numérique actuelle. Guillaume Pitron cite Einstein :

« On ne résout pas un problème avec les modes de pensées que l’on a engendré ».

Quid des métaux rares ? La transition écologique et numérique est un défi énorme qui nous demande de la patience, de la responsabilité, et de la créativité surtout. Retenons que rien n’est fait, rien n’est acquis et que demain nous promet encore des surprises. (Des belles, espérons-le !)

Pour aller plus loin : Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares. La face cachée de la transition énergétique et numérique, éditions Les Liens qui Libèrent, 2018

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