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« Omar et Greg », un conte de la vie ordinaire

  • jeudi 4 octobre 2018
  • 7 Min de Lecture

De la soif d’appartenir et d’exister

On vit aujourd’hui dans une société tournée vers l’argent, qui n’est plus attentive aux hommes ; le choix proposé aux individus est toujours fonction du gain financier que cela peut rapporter et non plus basé sur les liens humains que cela peut permettre de construire. De fait, de plus en plus de personnes ont l’impression de ne pas pouvoir participer à la société.

Dans la morosité ambiante, notre responsabilité doit être de travailler intérieurement à changer notre représentation du monde ainsi que tisser le maximum de connexions et être attentif à ne jamais rejeter personne. Il faut rester conscient qu’un visage impassible envers un jeune est perçu comme un rejet. Cette attitude fermée l’exclut de l’appartenance à notre communauté, et atteint sa vulnérabilité.

Une société évoluée est une société qui a compris que son salut passe d’abord par la compréhension des réalités de ceux qui la font vivre. C’est ce que François Beaune nous enseigne très humblement. Son dernier livre « Omar et Greg » nous invite à partager la réalité de deux personnes, deux êtres humains qui composent avec leurs origines, leurs croyances, et les préjugés qui les entourent…

François Beaune : « Mon artisanat, c’est le portrait »

François Beaune décrit son art ainsi :

« Mon artisanat, […], c’est le portrait. J’écoute les gens, je me mets à leur place, et j’essaie de restituer leur voix, au plus près de ce qu’ils peuvent dire sur le monde à partir de l’endroit où le hasard les a placés. »

Ainsi Omar et Greg ne sont pas des produits d’imagination mais bien deux personnes en chair et en os qui vivent dans la même ville que l’écrivain, Marseille.

François Beaune n’est pas non plus allé chercher Omar et Greg, c’est la vie qui les a mis sur son chemin. Greg en premier. Il s’avère que c’est le voisin et le baby-sitter occasionnel d’une amie chez qui l’écrivain passe du temps. Apprenant que Greg vient tout juste de quitter le FN, François Beaune est intéressé par son histoire : « Peut-être qu’il serait bon, si on veut mieux comprendre les choses, d’un peu écouter ce que des gens comme toi ont à dire, plutôt que de te traiter de facho et faire comme si tu n’existais pas. » Greg est partant et même enthousiaste. Au bout de quelques mois, il associe son cher ami Omar, également ex-membre du FN, alors qu’en apparence, rien ne le prédestinait à rejoindre ce parti. Un autre parcours de vie qui ne pouvait que plaire à François Beaune, en plus de compléter celui de Greg.

Greg

Né à Vaulx-en-Velin en 1983 dans la banlieue lyonnaise, Greg garde un souvenir heureux de sa petite enfance, au cœur de cet ancien petit village construit sur les champs et les marécages. Une époque heureuse où tout le monde, blancs, noirs et arabes, jouaient ensemble. Tout se gâtera dans les années 1990 au moment des émeutes des banlieues suivies d’une politique de logement de la ville qui fera du petit village une ZUP. Le vert joyeux a laissé place à de tristes tours grises. Vaulx n’est pas épargnée par les émeutes, et quand sa ZUP est touchée, Greg en est bouleversé : « Pour moi, les premières émeutes de Vaulx sont le point de basculement, tant au niveau du quartier que sur le plan personnel. »

Effectivement, alors que les petites classes moyennes fuient la ZUP en grand nombre, le père de Greg s’y refuse catégoriquement, et restera fidèle à sa parole. En attendant une nouvelle population issue de l’immigration s’installe. Dans le collège de Greg, le racisme est présent entre les élèves. Personne ne supportant personne, la classe se divise en clan en fonction des origines. En minorité, les Français de souche comme Greg sont la cible idéale pour subir des insultes, des bastonnades et du racket de la part des autres élèves. Isolé et apeuré en classe, ne trouvant aucun réconfort dans le programme scolaire, Greg se renferme sur lui-même. Il ne s’ouvre réellement que chez lui, devant la télévision à l’heure des émissions politiques où les débats sur les changements de société passionnent déjà un Greg de 9 ans.

A 15 ans, estimant que les caciques de gauche comme ceux de la droite ont trahi l’intérêt collectif pour ne s’occuper que de leurs carrières, communistes compris, Greg s’affirme patriote nationaliste. Il est séduit par Le Pen qui est le seul à amener le débat politique sur les questions d’insécurité et d’immigration. Mais Greg préfère rejoindre le parti de Bruno Mégret, dont le discours plus social raisonne fortement en lui. C’est ce lien social qui l’a attiré définitivement vers le FN, et dont il occupera assidument le local. Il y rencontre des gens qui ont eu le même parcours que lui et un sentiment fraternel naît facilement, d’autant plus que personne n’est carriériste ou raciste compulsif :

« Dans les militants FN, il y avait des antisémites, et de la mouvance nationale-catholique. Tous ces mono-obsessionnels, totalement inintéressants, qui discréditent eux-mêmes leurs propres discours. Mais beaucoup aussi comme moi qui n’en avaient rien à faire de l’antisémitisme, qui étaient là pour des raisons sociales. »

Greg s’implique dans le parti, prend sa carte d’adhérent, se rend disponible pour la cause et bientôt son sérieux et son dévouement sont remarqués. On lui offre un poste au sein du parti dans un local à Marseille, la ville où il fera la rencontre d’Omar.

Omar

Fils d’immigré Algérien, Omar nait au début des années 1970 et grandit dans une ZUP de Reims, à Orgeval. Ne s’intéressant guère à l’école, et préférant traîner avec sa bande de potes, il plonge rapidement dans la petite et moyenne délinquance. Sa carrière évolue le jour où une dame portant le voile se fait violenter sous ses yeux par des skins. Il est révolté et fonde alors un mouvement de chasseurs de skins à Orgeval. Son quotidien est fait de violence. Ses parents tentent de le raisonner, mais c’est peine perdue, et leurs relations se dégraderont sérieusement. Puis vient le temps de son service militaire, qui mettra fin à tout ça.

Pour ce rebelle jusqu’ici indécrottable, l’armée est forcément une transition compliquée. Mais Omar y apprend l’indépendance, la camaraderie, les valeurs de solidarité et d’entraide. Toute cette ambiance militaire le séduit jusqu’à le faire tomber amoureux du drapeau. Pour la première fois, il se sent Français et il aime ça. Mais le service se termine, et Omar ne pourra pas s’engager à cause de son casier judiciaire. Il rentre dépité à Reims, où il reprend ses vieilles habitudes, non sans ressentir un profond malaise, car il ne sait plus s’il est Français ou Algérien. Une rixe de trop l’oblige à quitter Orgeval, pour aller se réfugier auprès de ses grands-parents à Bordeaux. C’est l’occasion pour Omar de tourner le dos à la violence.

A Bordeaux, Omar décide de s’engager de façon plus pacifiste. Il devient le responsable adjoint de SOS Racisme Gironde pendant 10 ans. En parallèle, il intègre le PS, où il tente de monter un mouvement « Ordre et Progrès » dont les opinions n’allaient pas dans le sens du discours politique du parti. Omar raconte à François Beaune :

« Au bout de dix ans de gauche, je suis écœuré. J’ai vu le clientélisme à la Fédération socialiste, les postes répartis entre les maîtresses, les mignons, les courtisans et les neveux. »

Suite à une mauvaise expérience professionnelle, Omar quitte Bordeaux pour Marseille. Il reprend ses activités de militant, tente de s’engager dans un autre parti, comme l’UDF. Ne faisant jamais les choses à moitié, comme d’habitude, il finira par rejoindre l’UMP. Pas pour longtemps. Car de droite à gauche, le clientélisme règne en maître et Omar s’en aperçoit rapidement.

Parallèlement à ses cheminements politiques, Omar se rapproche de l’Islam au contact de sa grand-mère à Bordeaux. A Marseille, il pratique toujours et devient secrétaire général de la mosquée El Taqwa. Mosquée dont l’emplacement est à deux rues du local du conseil régional du FN. Omar, toujours plongé dans son questionnement de savoir s’il est Français ou non, décide qu’il ne serait pas idiot d’aller au local du FN pour discuter des questions d’identité avec eux directement. Ce qu’il fait.

Après un certain temps, Omar l’admet : « Compliqué de définir ce qui m’a rapproché du Front. Il y a plein de raisons, c’est aussi lié à mon parcours populaire. Nous les bougnoules, on a toujours été catégorisés ou catalogués comme des gens réfractaires à l’identité nationale, ceux qui ne veulent pas s’intégrer, ce vieux discours pourri, alors qu’on se sent français. » Il dira également : « Le choix du FN, c’était aussi le désir intérieur de rompre avec l’Algérie, de me débarrasser de ce poids, de cette culpabilité d’être ailleurs. [J’ai] un souci permanent de prouver que je suis français ».

J’ai un souci permanent de prouver que je suis français

Greg entend parler de l’audacieuse démarche d’Omar entrant dans le local du conseil régional du FN pour ouvrir un dialogue sereinement et sans médias interposés. Séduit par la démarche d’Omar, Greg décide de lui tendre la main.

Omar, Greg et le FN

Greg et Omar se rencontrent enfin et le courant passe entre les deux compères : « On s’aperçoit progressivement qu’on a beaucoup de points en commun, qu’on est issus du même milieu, que sur les questions sociales, sociétales, contre le libéralisme, on est aussi sur la même longueur d’onde. »

Ensemble, ils décident de monter un courant au sein du FN où les questions sociales seront la pierre angulaire de leurs réflexions. Problème : le FN ne vaut pas mieux que les autres partis politiques. Les rivalités intestines règnent autant qu’ailleurs. Tout le monde tire la couverture à soi, en premier les identitaires à la sauce de Marion Maréchal. Ceux-là même qui ont pris grand soin d’écarter les tendances sociales du FN que Marine Le Pen avait tenté de mettre en place du temps de Florian Philippot.

Ne rencontrant que des obstacles sur leur route, Omar et Greg décideront de quitter le FN pour créer leur propre mouvement, Offensive citoyenne, afin de contribuer comme ils l’entendent à un monde plus tolérant et plus juste.

Trouver sa place et contribuer à un monde meilleur

Aux côtés d’Omar, Greg et du passeur d’histoire qu’est François Beaune, nous en apprenons plus sur les motivations qui poussent des individus à choisir le FN. Quand on lit le parcours d’Omar et Greg, on s’aperçoit d’abord que le FN est un choix par défaut. Omar comme Greg le disent : les partis de gauche comme de droite ne s’intéressent pas à l’intérêt général. Leurs guerres internes leur prennent beaucoup trop de temps. Ce qui constitue un terreau favorable à l’émergence du FN.

Mais ce que l’on retient de cette lecture, ce ne sont pas les coulisses douteuses du FN, mais l’empathie profonde et sincère que nous ressentons pour Omar et Greg. Nous comprenons leur colère, leur sentiment d’injustice, leur choix, leur quête de sens.

Nous comprenons qu’ils font de leur mieux pour justifier leur existence et être utile à  ce monde…

Must read : François Beaune, « Omar et Greg », le Nouvel Attila, 2018
écrit par

Amal

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