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Pascal Picq : de l’origine de la violence faite aux femmes

  • mis à jour le vendredi 27 novembre 2020
  • 46 Min d'écoute

/ 5.

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Rencontre avec le paléoanthropologue Pascal Picq 

Paléoanthropologue, maître de conférences au Collège de France, il est aussi l’auteur de nombreux ouvrages, notamment L’intelligence artificielle et les chimpanzés du futur, Le retour de Madame Neandertal ou encore Sapiens face à Sapiens.

Il publie aujourd’hui Et l’évolution créa la femme chez Odile Jacob dans lequel il trace l’évolution de certaines conceptions idéologiques d’exclusion et d’oppression de la femme par l’homme. Pascal Picq trace l’origine de la violence faite aux femmes en comparant l’humain à ses plus proches cousins, singes et grands singes.
La violence envers les femmes est-elle une fatalité évolutive ou une invention culturelle ?
Dans cette interview, il explique comment s’est instaurée la domination masculine ? Et en quoi notre vision patriarcale de l’histoire de l’évolution de l’humanité est biaisée et incomplète…

En comparaison des autres espèces, en quoi l’espèce humaine est la plus coercitive et violente envers ses femmes ?

Comment les diverses études rapportées dans votre livre vous ont-elles conduites à la conclusion que l’homme est le pire ennemi de la femme ?

P.Picq : On constate qu’en moyenne les sociétés humaines sont les plus coercitives et violentes envers leurs femmes que les différentes espèces de singes et de grands singes. Par exemple, les chimpanzés peuvent être très violents envers leurs femelles, mais ils ne vont jamais jusqu’au meurtre. On trouve le viol chez les Orang-Outan mais pas de meurtre. Alors que chez nous, il y a le viol et le meurtre. Cette violence physique est en plus réhaussée avec des aspects idéologiques, théologiques, philosophiques et même scientifiques. Bourdieu appelait cela la coercition symbolique.

Comment expliquer cette violence ou coercition de l’homme envers la femme. Est-ce inné ou est-ce que c’est quelque chose que la société construit à travers ses croyances et cultures ?

P.Picq : Ce qui intéressant avec votre question, c’est qu’on retrouve ce débat qui remonte au 18e siècle. Est-ce que l’homme est bon à l’état naturel (la thèse de Rousseau) ? Ou est ce qu’il est violent (la thèse de Hobbes) ? Ce qui ressort, c’est qu’il n’y a pas de fatalité. Il y a de l’inné et de l’acquis, mais il y a surtout beaucoup plus d’acquis. On le voit chez les grands singes.

Exemple avec les babouins d’Afrique

On trouve deux espèces de babouins voisines, les babouins hamadryas et les babouins gelada. Ils ont la même organisation sociale, c’est-à-dire un mâle et plusieurs femelles. Chez les hamadryas, on trouve de supers machos coercitifs qui kidnappent les femelles quand elles sont à peine pubères, et les tabassent quand elles quittent leur champ de vision. Chez les geladas, ce sont plutôt les femelles qui mènent la danse. Elles choisissent le mâle qu’elles veulent et peuvent en changer. Là encore ce sont tous des babouins, qui vivent dans les mêmes conditions écologiques.

Conclusion de Pascal Picq : « Ce qui veut donc dire qu’il n’y a pas de fatalité liée à la lignée, autrement dit à l’inné. Il y a beaucoup d’aspects qui sont liés au rapport entre individus, entre les mâles, entre les femelles et entre les mâles et les femelles. Cela peut surprendre mais les concepts des sciences humaines s’appliquent dans le champ de l’éthologie. »

Comment est apparue la société patriarcale chez l’espèce humaine ?

Avant d’aller plus loin, il y a une distinction importante à noter :

  • Un patriarcat c’est le pouvoir détenu par les hommes ayant un lien de parenté. A distinguer de la phallocratie où le pouvoir est détenu par des hommes non-apparentés.
  • Un matriarcat c’est le pouvoir détenu par les femmes ayant un lien de parenté. A distinguer de la gynocratie où le pouvoir est détenu par des femmes non-apparentées.

Les sociétés matrilocales des singes

P.Picq : Chez tous les singes, les sociétés sont matrilocales, c’est-à-dire que les femelles restent ensemble toute leur vie et les mâles migrent à l’adolescence. Cette organisation, en plus d’éviter l’inceste, a une certaine logique. Les femelles, en charge des petits, ont plus intérêt à connaître le territoire et à contrôler ses ressources. Deuxièment, la survie des petits est mieux assurée quand une jeune mère inexpérimentée est entourée de sa mère et tantes.  La société matrilocale devrait favoriser l’entente entre les femelles, mais malheureusement cela ne marche pas à tous les coups. De plus, rien ne dit que les mâles venus de l’extérieur vont être sympas ou violents et coercitifs. Suivant le cas de figure ce sera un matriarcat ou une phallocratie.

Les sociétés patrilocales, l’exception des chimpanzés et des humains

P.Picq : Il y a une exception, cependant, c’est qu’il y a une lignée où les espèces sont patrilocales. Ce sont les bonobos, les chimpanzés et les humains, et ce depuis au moins 5-7 millions d’années. Ainsi les mâles restent ensemble sur le territoire et les femelles migrent à l’adolescence.

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Du coup, ce sera soit un patriarcat ou une gynocratie comme les bonobos.

On a remarqué que chez la majorité des humains, nous avons de la coercition qui est souvent très violente, de même que chez les chimpanzés envers les femelles. On parle d’antagonisme sexuel, c’est-à-dire que la relation qui est privilégiée, c’est la solidarité entre les mâles. Qu’importe si on aime bien une femelle, elle passera après la fraternité.

Entre patriarcat, phallocratie, matriarcat et gynocratie, il y a donc beaucoup de diversité. Ce qui est une bonne nouvelle, parce que plus il y a diversité, plus il y a possibilité de changement. Il n’y pas de fatalité innée, il y a des facteurs qui limitent ou favorisent la coercition.

Quels sont les facteurs qui peuvent limiter les coercitions dans les sociétés humaines ?

Trois facteurs peuvent limiter les coercitions. Ce sont trois mécanismes universels que l’on retrouve aussi bien chez les babouins et macaques que dans les sociétés humaines contemporaines ou celles des chasseurs-cueilleurs :

  1. Se coaliser parce que l’union fait la force.
  2. Établir des relations de solidarité, d’amitié et de confort avec des mâles dominants et tolérants.
  3. Éluder les mâles sur la certitude de la paternité en ayant plusieurs partenaires sexuels.

Dès lors que les mâles ont une incertitude sur leur non-paternité, ils vont être tolérants avec les petits. L’infanticide apparaît quand ils ont la certitude de ne pas être les pères. Même dans les sociétés humaines, l’infanticide était beaucoup plus violent qu’on ne l’imagine, et c’est une des pires violences en termes de coercition vis-à-vis des femelles et des femmes.

Patriarcat et patrilinéarité, l’exclusivité humaine

Chez les chimpanzés, il n’y a pas de patrilinéarité puisque les femelles s’arrangent pour avoir plusieurs partenaires sexuels. Il n’y a donc jamais de transmission des statuts de pouvoir de père en fils.

La patrilinéarité et le patriarcat sont une exclusivité des sociétés humaines. Et on ne sait pas quand elles émergent réellement. Les travaux qui remontent le plus loin dans le temps (ie. 30 000 en arrière) sont ceux d’Alain Testart. Or, notre espèce est présente sur Terre depuis 300 000 ans.

En quoi la vision patriarcale de l’évolution de l’humanité est une approche biaisée et incomplète ?

Les disciplines comme l’anthropologie, l’archéologie, paléontologie etc. sont toutes apparues au 19ème siècle en Europe dans des sociétés très patriarcales. Les chercheurs ont forcément été nourris et conditionnés par leur éducation à cette approche.

De plus, toutes les données essentielles que l’on a sur la Préhistoire sont basées sur le Proche-Orient, le Nord de l’Afrique et l’Europe, qui sont les régions les plus patriarcales dans l’histoire de l’humanité.

Seulement le patriarcat est loin d’être une norme : en Asie, en Afrique et en Amérique du Nord, on trouvait des sociétés matrilocales, matrilinéaires et agricoles. On s’aperçoit qu’en fait on a écrit qu’une partie de l’histoire de l’humanité.

Et même pour le continent européen, les choses sont plus complexes. Il y a eu des sociétés patriarcales (arrivées en – 6000 ans) mais aussi des sociétés plus égalitaires d’éleveurs arrivées en – 4000 ans. Ce sont les populations germanophones et anglophones. Cette égalité transparaît à l’étude des populations viking des âges de bronze et de métaux où de nombreuses tombes contiennent la sépulture de guerrières.

Dernière remarque, on peut noter que le droit romain, machiste, est un héritage des sociétés agricoles patriarcales, et le droit germanique plus égalitaire, un héritage des sociétés des éleveurs.

En quoi l’équité homme-femme est-elle vitale pour l’avenir de l’humanité ?

Le coût astronomique de la discrimination sexuelle 

En 2015, le McKinsey Global Institut a publié une étude illustrant le manque à gagner pour la richesse mondiale de la discrimination homme/femme. La somme est astronomique, puisqu’on évalue cette perte à 12 millions de milliards de dollars.

Pourquoi la question des femmes est devenue aussi importante pour des raisons économiques ? Parce qu’on a basculé dans un monde radicalement différent. Il a émergé sous l’impulsion des nouvelles technologies et du changement climatique.

Toutes les études issues du World Economic Forum, de la Commission Européen, d’Accenture, de McKinsey etc. convergent vers l’idée que l’innovation ne sera possible que si on laisse les femmes s’investir. L’innovation a besoin de diversité. Pas d’innovation sans diversité.

Les différents enjeux de l’éducation des filles

Plus les femmes sont diplômées, plus elles sont épanouies et plus leurs filles sont éduquées. Par rapport aux enjeux de la démographie et de l’environnement, c’est extrêmement important.

On trouve deux stratégies de reproduction dans le monde animal.

  • Celles qui sont quantitatives comme les rongeurs, les lapins, chats, renards. Suivant le milieu de vie, prospère ou difficile, les petits peuvent vite mourir, ce qui fait un désinvestissement de la mère
  • Celles qui sont qualitatives où les femelles mettent un seul petit au monde, avec une longue période de gestation, un sevrage tardif et une longue éducation. Ce sont les éléphants, les dauphins, les baleines, les grands singes et les humains.

Nous faisions très peu d’enfants jusqu’au paléolithique où nous étions des sociétés de chasseurs-cueilleurs. Au néolithique, on voit que les femmes enfantent plus tôt, ont plus de grossesses, et meurent plus tôt.

Cela ne fait que 10 000 ans que nous sommes rentrés dans une stratégie de reproduction quantitative pour des raisons sociales, économiques, idéologiques et politiques. Cela a été une rupture totale et nette avec le fondement qualitatif de la reproduction chez les premiers humains.

Pour les femmes, multiplier les grossesses a été une souffrance tragique et dramatique sur le corps et leur liberté. Le grand défi dont dépend l’avenir de l’humanité va être donc de retrouver des stratégies de reproduction et d’éducation qualitative.

Les femmes ne seront pas les seules à y trouver leur compte, car plus il y a de l’antagonisme sexuel, plus les femmes sont malheureuses et violentée, mais plus les hommes aussi sont malheureux.

Article rédigé à partir des propos de Pascal Picq recueillis par Amal Dadolle
écrit par

Amal Dadolle

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