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  5. Comment exercer son autorité au 21ème siècle ?

Crises de l’autorité

Que cela soit au sein du foyer familial, à l’école, dans l’entreprise ou même sur la place publique, l’autorité est ignorée, malmenée quand elle n’est pas tout simplement conspuée. Pourquoi ?

Une partie de la réponse apparait sous l’analyse de l’économiste et sociologue allemand Max Weber.

L’autorité est l’exercice du pouvoir basé sur une forme de légitimité et non sur la force ou la contrainte. Cette légitimité trouve son origine selon 3 cadres :

  • Le cadre légal que sont le droit et la loi, qui donnent de l’autorité à ses représentants.
  • Le cadre d’une structure comme l’école, la famille et l’entreprise
  • Le cadre informel où l’autorité est donnée à un individu en raison de son charisme (leadership) et de ses autres qualités reconnues.

La réponse à la question de la perte de l’autorité est donc relativement simple, si perte il y a eu, c’est parce que de légitimé il n’y a plus.

Les raisons de cette perte de l’autorité sont plurielles et variées : recul des religions, pratique éducative trop permissive (conséquence de mai 68), perte de référents stables dans un monde globalisé où les changements sont permanents et l’information plus que jamais accessible.

Patrice Huerre, pédopsychiatre et psychanalyste, et Philippe Petitfrère, ancien dirigeant d’entreprises devenu consultant, ont coécrit « L’autorité en question. Nouveau monde, nouveaux chefs » paru aux éditions Odile Jabob.

Dans leur ouvrage, les auteurs font un point quant à notre relation paradoxale à l’autorité, ainsi que les clés pour voir émerger une autorité nouvelle, solide et crédible sans être absolue.

Les paradoxes de l’autorité

Epoque adolescente

Il n’est pas rare d’entendre parler de la féminisation ou de l’infantilisation de la société. Patrice Huerre préfère plutôt parler d’une société adolescente. Et cela ne manque pas de pertinence.

Après tout, nous vivons effectivement une ère de transition, de mutation où nos modèles de faire et d’être sentent le périmé, mais restent en place faute de nouveaux modèles.

Résultat, on se sent collectivement un peu perdu. A tel point d’ailleurs que le futur est devenu un réel sujet d’angoisse pour beaucoup.

Dans ce contexte peu confortable, notre rapport à l’autorité est plus que paradoxal. On la rejette, mais on se rend compte qu’elle est indispensable.

Par exemple, que se passe-t-il dans les familles où les parents « démissionnent » ? Le petit-enfant ne connaissant aucun cadre ne se sentira pas protégé, voire se sentira abandonné et développera des carences à l’âge adulte.

Quant à l’adolescent laissé à lui-même, sans projet fort, il se retrouve seul face à ses peurs et reste bloqué dans un temps présent étendu où seuls la fête, les écrans et drogues compteront.

La vertu de l’autorité

Qu’en est-il de l’autorité dans le monde de l’entreprise ? Philippe Petitfrère note que les plus jeunes, les fameux milléniaux qui ont reçu une éducation permissive sont les plus réfractaires.

Ils ne sont pas les seuls fautifs, surtout au sein des entreprises où les injonctions paradoxales et les discours aux antipodes des actions ne font rien pour que l’autorité soit respectée. Leur discours perd de facto en crédibilité, et donc en légitimité qui est le fondement de l’autorité.

Dans ce contexte, Philippe Petitfrère déplore la quasi-disparition des syndicats, car ils représentaient un contre-pouvoir, une figure d’autorité capable de faire face au dirigeant et de lui faire entendre les revendications des salariés.

Dernière réflexion au sujet de la nécessité d’autorité : si les Gilets Jaunes, dont pourtant les revendications ont été soutenues par une grande majorité de Français n’ont pas su se faire entendre, c’est parce qu’ils refusaient mordicus d’avoir une figure d’autorité, autrement dit un chef.

Sauf qu’ils ont oublié que si on accorde à une personne la légitimité d’exercer son pouvoir sur soi et un collectif, c’est parce qu’elle possède une qualité essentielle : la capacité de faire unité. La capacité d’ancrer le sentiment d’appartenance.

Et c’est précisément ce sentiment là que les Gilets Jaunes allaient chercher tous les week-ends sur les ronds-points. Plus que la satisfaction de leurs demandes.

C’est dans les temps incertains, et non heureux, que le désir de faire unité est le plus fort parce qu’on a besoin d’être rassuré.

Alors , qu’on le veuille ou non, nous avons besoin d’autorité (surtout quand le collectif dépasse 10 personnes). Nous avons besoin de chefs. Des vrais, des bons. Pas des modèles usés enfermés dans leur tour d’ivoire.

Les qualités d’un chef du 21ème siècle  

Confiance en soi et en les autres

Selon P. Huerre et P. Petitfrère, les principales qualités du chef d’aujourd’hui et de demain seront :

  • Accepter de jouer un rôle différent en rognant l’image d’un chef inaccessible, supérieur au commun des collaborateurs. Le chef peut aller faire ses photocopies tout seul par exemple.
  • L’écoute. La vraie. Celle où l’interlocuteur est vraiment considéré.
  • Accepter la critique constructive, parce que ce sont des aides précieuses pour pouvoir être tout simplement un chef plus apprécié. L’autorité en sort grandie.
  • Se faire confiance. Ce conseil vaut tout particulièrement pour les parents. Certains parents craignent que leurs enfants ne les aiment pas s’ils font preuve d’autorité. Or, c’est absurde. Il n’y a qu’à se demander si on déteste ses propres parents.
  • Nourrir la prise de décision en faisant appel à un tiers dont on connait les compétences. Les parents peuvent faire appel à leurs propres parents ou leurs amis, et peut être même se renseigner sur certaines méthodes. Les chefs d’entreprises peuvent également s’appuyer sur un tiers, suivre des séminaires sur les leaderships. Ou (re)lire Platon.

Préférer Platon à Machiavel

Au XVIème siècle, Machiavel révolutionne les principes pour gouverner.

Selon le philosophe et homme politique, le but ultime d’un prince, d’un roi, de n’importe quelle figure d’autorité est de conserver son pouvoir.

Pour conserver son pouvoir, la chose est simple, il faut donner au peuple ce qu’il veut. Et si on ne peut pas, ou si on n’en a pas envie, on doit lui en donner l’impression. Ce qui est possible à travers la manipulation et les mensonges.

Quant à l’obéissance du peuple, on peut l’avoir en jouant sur deux leviers qui sont de susciter la crainte (surtout) et la sympathie (un peu).

Ce mode de fonctionnement peut nous apparaître d’une banalité navrante aujourd’hui, mais c’était absolument inédit en son temps.

Avant Machiavel, l’art de gouverner reposait sur un principe qui n’était pas la conservation du pouvoir, mais de celui de faire le bien. C’est une idée que l’on retrouve notamment chez Platon. Et pour ce faire, les vertus (se montrer juste, sincère, honnête etc.) étaient indispensables à celui qui avait le pouvoir. Ces vertus légitimaient même totalement le fait qu’il le détienne.

Machiavel avait en son temps « ringardisé » Platon. Peut-être qu’aujourd’hui et demain, nous assisterons à la revanche des Anciens dans une époque où nous sommes fatigués des faux semblants et aspirons à plus de clarté.

Source : Patrice Huerre et Philippe Petitfrère, « L’autorité en question. Nouveau monde, nouveaux chefs », éditions Odile Jacob, 2021
écrit par

La rédaction

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