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Comment les figures de sorcière et de salope incarnent le pouvoir féminin?

  • mis à jour le vendredi 28 août 2020
  • 7 Min de Lecture

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Comment l’image de la sorcière et de la salope est-elle utilisée contre les femmes ?

Sorcières, salopes et féministes

Quel est le point commun entre une sorcière, une salope et une féministe ? Aucune ne plaît aux machistes de base. Chacune, à sa façon, s’insurge contre la domination masculine, et revendique un pouvoir d’agir et une liberté sexuelle pleine et entière au même titre que les hommes.

Cette approche féministe de la sorcière et la salope est la thèse défendue par Kristen J. Sollée, écrivaine, professeur d’étude sur le genre à The New School à New York, militante féministe assumée et sorcière déclarée. Elle est à l’origine de Slutist, un site web féministe primé, et du très populaire festival caritatif Legacy of the Witch qui rend hommage à la sorcière en la présentant comme l’icône de la lutte des femmes pour leur émancipation.

Sa thèse est que certains hommes emploient les termes de sorcière et de salope comme injures pour décrédibiliser l’image des femmes de pouvoir et de celles qui combattent pour défendre la cause des femmes et l’égalité des sexes.

« Pendant des siècles, l’Eglise s’est servi du mot « sorcière » pour contrôler la sexualité des femmes ou les punir. A présent, on privilégie le terme de « salope » pour les insulter.  Les mots et les punitions ne sont plus les mêmes, mais on a conservé les mêmes opinions et comportements oppressifs vis-à-vis des femmes que ceux qui prédominaient au début des chasses aux sorcières. »

Pour Kristen J. Sollée, ces mots qui sont des formes d’oppression envers les femmes peuvent toutefois les servir. Comment ? Par un retour à leur origine et à la compréhension de leur évolution pour se les réapproprier à leur avantage.

Mais avant d’aller plus loin, cette étude étant portée sur la société américaine, est-elle également pertinente pour le cas français ?

Deux points communs avec la France (et beaucoup de monde)

Entre la France et les Etats-Unis, il y a évidemment de grosses différences. Nous sommes un pays latin catholique, quand les Etats-Unis sont marqués par le puritanisme de la Nouvelle Angleterre du XVIIIème siècle dont les mœurs sexuelles sont frigides. Nous n’avons pas non plus d’épisodes historiques marquants avec des procès de sorcellerie célèbres, comme celui du village de Salem.

Pour ce qui est des ressemblances, nous nous arrêterons sur seulement deux points communs qui ont leur importance :

  • Le puritanisme reprend une lecture littérale (et donc superficielle) de la Genèse. Celle qui veut que nous soyons condamnés à trimer et à souffrir à cause d’Eve qui l’a faite à l’envers à Dieu en copinant avec le serpent. Féminité et roublardise sont donc étroitement associées. Cette lecture transparait dans n’importe quel culte et culture découlant des trois religions du Livre. De là, se justifie la nécessité de sanctifier le modèle patriarcal, et le mépris des femmes.
  • Si en France, nous avons un rapport plus distancé avec le terme sorcière, un peu désuet et qui peut faire ridicule quand on le prononce, il n’empêche que le mot salope garde toute sa force destructrice.

Mais commençons par la sorcière qui, malgré une évolution certaine, garde son lot de stéréotypes de genre.

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La sorcière : de la femme perdue à la femme forte

Guérisseuse et complice de Satan

L’image de la sorcière est ambivalente. A la fois femme sensuelle et fatale ou vieille femme sèche au nez crochu. Elle peut être d’une précieuse aide dans la guérison comme être celle qui vous donne des pommes empoisonnées. Qu’elle soit adversaire ou alliée, repoussante ou trop désirable, on se méfie d’elle et les hommes la craignent. Comment est née cette ambivalence ?

Au début du Haut Moyen-Âge qui commence en 500 après JC, les sorcières ne sont pas nommées comme telles : ce sont des guérisseuses, des sages-femmes qui confectionnent nos fameux « remède de grand-mère (sorcière ?) ».  Les rois les ignorent, et le peuple, pragmatique croyant, fait appel à elles en cas de besoin sanitaires et à Jésus ou d’autres dieux pour d’autres besoins.

C’est après l’épisode de la peste noire qui a emporté 1/3 de la population Européenne, que les choses se gâtent, et la sorcière devient la méchante vieille qui conspire avec le diable. On l’incrimine de tous les malheurs : mauvaises récoltes, morts prématurées de nourrissons ou d’enfants, etc.

A l’Epoque Moderne, la sorcière est une autre femme : elle devient jeune, lubrique et scandaleuse. Elle perd les hommes en les entraînant dans des orgies démoniaques. Pourquoi cette obsession sur la question sexuelle ? On peut, peut-être, déjà le comprendre dans les raisons qui ont donné naissance au protestantisme. Si Luther a décrété quitter l’Eglise c’est parce que ses représentants, les papes, n’incarnaient plus sa mission et sa raison d’être. Tandis qu’ils prêchaient pour une vie sage et frugale, ils organisaient des orgies et reconnaissaient leurs enfants publiquement.

Bien sûr, leur faiblesse de chair s’expliquait par leur esprit corrompu par le pouvoir sensuelle de leurs maîtresses considérées par les rivaux et le peuple comme des sorcières.

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Un modèle d’inspiration

Depuis l’Époque Moderne, l’image de la sorcière a encore profondément évolué ces dernières décennies, et cela de façon très positive. La génération Y a grandi avec Harry Potter, et d’autres livres de fantasy où sorciers et sorcières étaient des enfants comme eux. L’identification était donc facile à poser. Ce phénomène n’est pas près de se ternir.

Pour cette génération, les caractéristiques et pouvoirs des sorcières se rapprochent de ceux des chamanes. Comme eux, elles guérissent les vivants, connaissent les pensées des plantes et tissent des liens forts avec les animaux, puis elles font la passerelle entre le monde visible et invisible. Ce sont tous ses aspects dont nous manquons beaucoup en Occident qui séduisent les jeunes femmes, dont certaines se plaisent à reprendre les rituels de la sorcière : tirage de cartes de tarot, herboristerie, observation du cycle montant et descendant de la Lune, etc.

Ces pratiques qui autrefois étaient cachées sont aujourd’hui assumées et revendiquées. Si ce n’est qu’une question de génération, et donc de temps, traiter des femmes de sorcières ne sera demain plus une insulte, mais un compliment. Ce qui est, certainement loin d’être gagné pour le mot « salope ».

La salope : de la femme sale à la femme inspirante

Du 17e siècle à aujourd’hui

Initialement, le mot « salope » apparait au 17e siècle pour définir une jeune femme sale et négligée. Au siècle suivant, son sens évolue pour désigner une femme perverse et mesquine. Puis, à l’ère industrielle, la salope devient un terme dévolu aux prostituées de rues, souvent sales et malades, pour marquer une différence avec les courtisanes des maisons closes.

Aux 19è-20è siècle, son sens continue à évoluer pour devenir une insulte réservée aux femmes de « petites vertus ». Et, aujourd’hui, la salope est une insulte pour attaquer une femme par rapport à son activité sexuelle réelle ou supposée.

En 2020, le mot « salope » ne devrait plus nous faire grand-chose, mais si ce mot est violent c’est à cause de « l’idée omniprésente selon laquelle la valeur d’une femme dépend de sa pureté sexuelle. L’équivalent masculin comme « tombeur » est décerné comme un titre honorifique.

Que signifie cette injustice ?

La salope comme avocate des droits de la femme sur son corps 

Cela traduit un tabou dont nous devons prendre conscience : « tout au long de l’histoire, on a tenu la sexualité féminine comme responsable à la fois des hommes, de la société et de leur moralité. » C’est ce qui donne lieu à la culture du viol dont les émanations sont les réflexions telles que : « elle a été violée, ok mais ne l’a-t-elle pas un peu cherché ? Une prostituée s’est faite tabasser par un client mais n’est-ce pas là le risque du métier ? »

« Dénommée ainsi par les féministes dans les années 1970, la culture du viol est la normalisation pernicieuse des violences faites aux femmes à travers des blagues, des pubs, films ou encore les lois et procédures pénales. La culture du viol c’est apprendre aux femmes comment éviter d’être violées plutôt que d’apprendre aux hommes à ne pas violer. »

En 2011, un policier américain interviewé tient des propos s’inscrivant dans la culture du viol : « les femmes pourraient éviter le harcèlement et les agressions sexuelles si elles arrêtaient de s’habiller comme des salopes ». Derrière sa télévision, le sang d’Amber Rose ne fait qu’un tour. Elle décide de fondée une organisation féministe, les SlutWalk qui se fera connaître par des rassemblements pour dénoncer cette culture du viol, et affirmer que les femmes ont autant le droit que les hommes de jouir d’avoir la vie sexuelle qu’elles veulent.

Comment transformer le sens d’un mot ?

Une autre définition de la salope

Tout comme pour ce qu’il est en train de se passer avec le mot « sorcière », le mot « salope » peut être aussi « revendiqué comme un symbole d’empouvoirement des femmes. En acceptant et en réfutant à la fois le discours sexiste, certaines femmes ont commencé à se délecter de ces termes comme d’un mets transgressif. »

Non seulement elles s’en sont délectées mais elles ont redéfini ce qu’elles entendaient par « salope » :

  • Pour l’autrice Pilar Reyes « être une salope c’est prendre conscience de sa liberté sexuelle et faire ce qu’on veut avec. »
  • Pour Lexi Laphor, performeuse de porno queer et sorcière : « une salope, c’est être courageuse et honnête. S’aimer et aimer les autres suffisamment pour déconstruire ses désirs et en apprendre davantage sur vous-mêmes et vos amants et amantes. Refuser les limitations et l’humiliation de la part des gens qui sont bien décidés à ne pas vous comprendre. »

Du pouvoir des mots et de la redondance

Selon Judith Butler, philosophe, théoricienne du genre et auteure du « Pouvoir des mots. Politique du performatif », les insultes et les discours de haine se développent et s’inscrivent dans la conscience collective par leur répétition sur de longues périodes. La seule façon de changer la donne pour les femmes est de reprendre la même stratégie en développant un nouveau sens au mot, et en le martelant dans l’espace public sur de longues périodes.

« On ne peut pas purifier la langue de ses résidus traumatiques sans fournir d’efforts acharnés pour diriger le chemin que prend sa répétition. Mais quand des femmes utilisent des termes comme « sorcière » et « salope » de façon stratégique et répétée, elles contribuent à retirer l’épine d’histoire brutale plantée dans leurs syllabes.  Se réapproprier la langue avec une éthique spécifique peut stimuler le changement. »

Pour le coup, cela serait vraiment magique et digne d’être l’œuvre d’une sorcière.

Source : Kristen J. Sollée, « Sorcières, salopes, féministes. Une histoire de la femme libérée », éditions Véga, 2020
écrit par

La rédaction

Époque

Société

Sagesse & philosophie

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