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Jalousie : pourquoi on est jaloux ?

  • mis à jour le lundi 30 mars 2020
  • 7 Min de Lecture

/ 5.

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Pourquoi est-on jaloux ?

Mieux comprendre la jalousie dans le couple avec Freud

Un sentiment naturel et relatif dans toute relation

Jalousie, quand tu nous tiens, tu nous empoisonnes le cœur et la tête. Sujet atemporel et universel de nombreux artistes et poètes, ressentir de la jalousie fait partie intégrante de l’expérience humaine. Nous sommes tous jaloux, même ceux qui ne se pensent pas l’être, car c’est ainsi que nous sommes faits. C’est donc un sentiment naturel avant tout et pas systématiquement une question de confiance en soi ou de sentiment d’insécurité relationnelle.

Mais bien sûr, il y a jalousie et la jalousie maladive. Celle qui conduit l’être en manque de confiance à une crise de jalousie paranoïaque et excessive.

Aux côtés des travaux de Freud, nous allons décortiquer cette émotion qui peut prendre le chemin de la folie pathologique. Par exemple, au sein du couple, cette jalousie maladive ronge les deux parties et se matérialise par du mal-être, des crises de jalousie à répétition, une possessivité excessive, de l’agressivité, des disputes, et de la tromperie.

Commençons d’abord par revenir sur une confusion que nous faisons souvent entre la jalousie et l’envie.

Jalousie versus envie

Eprouver de la jalousie est un sentiment normal, mais elle peut devenir un enfer. Au quotidien, nous avons tendance à confondre jalousie et envie. Si ces deux notions sont liées, elles n’en sont pas pour autant des synonymes, parce que les motivations du jaloux et de l’envieux sont fondamentalement différentes.

Le jaloux entend conserver ce qu’il a déjà (une personne, un statut ou un objet) par peur de tout perdre, tandis que l’envieux va chercher à s’emparer d’une personne (ou d’un statut ou d’un objet) qu’il ne possède pas. En clair, on est jaloux de ce que l’on possède, et on est envieux de ce que l’on n’a pas.

La peur de manquer le manque de confiance

La jalousie est une inquiétude, un manque de confiance en soi, une peur de perdre l’autre, ce que l’on a et de l’image que nous avons de nous-même. Ce qui blesse notre ego. Ces souffrances et cette insécurité nous conduisent à la colère et au besoin viscéral de tout contrôler.

Un exemple typique de personnage jaloux est celui du dieu de l’Ancien Testament, Yahvé, qui se présente lui-même comme un dieu jaloux. Il attend de son peuple une solide fidélité et ne retient pas ses coups quand il apprend que les enfants d’Israël idolâtrent d’autres dieux que lui-même.

En revanche, Yahvé ne s’intéresse guère aux autres peuples qui obéissent aux autres dieux, ses concurrents. Ils ne cherchent pas à les détourner. Ce qu’aurait fait un dieu envieux et jaloux.

Comment distinguer l’envieux du jaloux ?

L’envie ou la volonté de détruire le bonheur de l’autre

En ce qui concerne l’envie, elle est réveillée par un sentiment de convoitise mêlé à de l’obsession, de la colère et de la haine contre une personne qui possède un bien (ou une situation) que nous n’avons pas. Don Juan est le parfait exemple de l’envieux jaloux.

A propos d’un jeune couple d’amoureux qui croise son chemin, celui-ci s’exclame : « Jamais je n’ai vu deux personnes être si contents de l’un de l’autre et faire éclater leur amour. […]

J’en fus frappé au cœur et mon amour commença par la jalousie [;] le dépit alarma mes désirs, et je me figurai un plaisir extrême de pouvoir troubler leur intelligence et rompre cet attachement, dont la délicatesse de mon cœur se tenait offensée ». Ici, Don Juan se déclare être jaloux. Mais il n’en est rien, c’est l’envie qui anime ses sentiments.

Séducteur acharné dont le fantasme est d’avoir toutes les femmes, Don Juan ne recherche en rien une relation amoureuse, et paradoxalement il est envieux de l’amour des autres. Il va alors manipuler le couple dans le but de le voir se déchirer. A ce titre, l’envieux est proche du manipulateur.

La spirale infernale et obsessionnelle d’émotions négatives

En leur for intérieur, les envieux ont honte d’eux-mêmes et se trouvent méprisables. Dès lors, pour combler ce besoin d’estime de soi, ils vont aller chercher la reconnaissance chez les autres.

Mais personne ne peut satisfaire un tel besoin. Tout commence par soi, nous l’avions vu avec le Narcisse de Fabrice Midal.

Et inconsciemment, plus une relation ou une situation leur fait envie, plus cela fait écho à leur honte cachée. Et c’est inadmissible et infernal pour leur ego, d’où cette voracité à détruire ce qui leur fait envie.

Maintenant que nous saisissons ce qui distingue l’envie de la jalousie, les envieux des jaloux, revenons à cette dernière et à ce que nous en dit Freud.

L’amour incestueux à l’origine de la jalousie

Le complexe d’Œdipe

Si Freud a révolutionné la psychanalyse, c’est par un concept choc : la sexualité infantile. C’est au cours d’un exercice d’introspection dans sa petite enfance où il ressentit un désir jaloux pour sa mère et une animosité envers son père qu’il comprit les origines de la jalousie et théorisa le complexe d’Œdipe que nous portons tous en nous dans les profondeurs de notre inconscient.

Ainsi, nous développons tous un amour infini pour notre mère, contractant un désir possessif.

La pointe de jalousie de l’enfant envers ses parents

Dans notre champ de vision, apparaît un tiers, le père. Celui-là nous agace : non seulement il nous prive de l’exclusivité de maman, mais il passe du temps seul avec elle. Que font-ils et pourquoi suis-je exclu(e) ?

C’est par ce questionnement que la jalousie s’installe. En parallèle, l’hostilité ressentie envers le père n’est pas totale, nous ressentons également des sentiments pour lui avec un lien affectif fort. Jusqu’ici le procédé est l’équivalent pour tous les enfants, garçons comme filles.

C’est à l’âge où nous découvrons la différence des sexes que la jalousie des hommes et celle des femmes se développent sur deux chemins différents (pour aboutir à la même destination).

Dès lors que le petit garçon sait qu’il a un pénis et sa mère non, il redoute que le père comprenne ses désirs profonds et le perçoive comme un rival. Ce n’est pas une petite angoisse, l’enfant est persuadé que son père le punira en le castrant.

Une homosexualité refoulée

Pour s’éviter cette lourde peine, l’enfant doit renoncer à désirer sa mère et commence par s’identifier à son père du même genre que lui. C’est à ce moment que les sentiments de tendresse et d’affection se transforment en désirs homosexuels.

Renversement de situation, c’est le père que l’on aime et c’est la mère qu’on jalouse.

Pour la petite fille, le schéma diffère dans le sens où la mère étant le premier amour, les désirs homosexuels apparaissent dès le départ. Plus tard, en constatant l’absence de pénis, la petite fille se sent blessée dans son ego, ce qui la pousse à rejeter la mère.

Elle se met alors à éprouver des sentiments incestueux envers le père, contractant ainsi des désirs hétérosexuels. Naturellement, s’installe simultanément de la jalousie pour la mère. Et, la boucle est bouclée.

Selon Freud, c’est à partir de ce schéma doublement œdipien que prennent toutes nos formes de jalousie. Nous ne ferions que rejouer les mêmes scènes avec différentes personnes.

De l’amour pour l’un et de la jalousie pour le rival qui nous fait obstacle. Néanmoins, comme nous venons de le comprendre, inconsciemment le rival ne nous inspire pas que de l’hostilité. Et inconsciemment c’est de notre conjoint dont nous sommes jaloux.

Au final, si nous sommes attentifs, ce qui est à la racine du sentiment de jalousie, c’est l’exclusion. La jalousie est donc un sentiment plus subtil et complexe que l’on ne le pense. C’est n’est pas pour rien que Freud la décline sur trois niveaux.

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Les 4 visages de la jalousie

La concurrence

C’est celle que l’on retrouve au sein de la fratrie pour être le préféré des parents, ou plus tard celle que l’on vit entre collègues, accentuée en plus par l’esprit de compétitivité du monde du travail. Quid du sport.

Rien de grave à tout cela pour Freud, c’est tout à fait normal. D’autant plus que la jalousie peut être une source de vertu. Elle peut donner lieu à une saine rivalité où le fair-play et l’encouragement entre pairs serait naturel.

La jalousie possessive

Il s’agit de la jalousie amoureuse, dès lors que nous soupçonnons un adultère réel ou fantasmé. La jalousie dans la vie amoureuse et conjugale peut provoquer la douleur, l’angoisse, dispute, trahison, phobie, la peur de l’abandon, la culpabilité, la dévalorisation, la colère, mais aussi la comparaison voire la haine.

Pour Freud, cette jalousie dans la relation de couple est tout aussi normale puisque « l’inclinaison à l’infidélité est impossible à écarter. » Etant donné que nous avons tous des pulsions sexuelles, nous sommes tous des infidèles potentiels.

Au niveau inconscient, les jaloux projettent donc sur leur conjoint leur propre désir d’infidélité. Cela, dans le but de se déculpabiliser.

La jalousie délirante

C’est celle qui devient pathologique et invivable, car on cède à la paranoïa ou plus grave à la folie meurtrière. Et pourquoi ? Tout simplement parce que l’homosexualité inconsciente n’a pas été suffisamment bien refoulée, et donc la projection est plus forte.

Epier son conjoint et fouiller frénétiquement ses affaires, son téléphone n’a rien de neutre. On le fait, parce qu’à sa place, on serait déjà dans les bras du rival (réel ou fantasmé). Tout ce process mental restant dans le cadre du subconscient.

La jalousie maladive

Cette jalousie est un poison qui consume le sentiment amoureux, plonge le mental du jaloux maladif dans le soupçon perpétuel et indique un manque de confiance en l’autre et en soi-même. Le conjoint ou la conjointe sous emprise, doit se justifier sans cesse, éviter les maladresses, et fournir une preuve d’amour toutes les heures. Pour éviter les disputes, il finit par se couper de ses amis.

Dans la vie de couple, le jaloux, en totale dépendance affective, fouille tout, il veut tout savoir, tout contrôler y compris les entrées et sorties de son conjoint.

Tout cela finit malheureusement toujours par des crises et une rupture. Vous l’aurez compris la jalousie tient au désir de posséder l’autre, et derrière ce besoin de possession se cache une dépendance affective. Pour aider un jaloux, une thérapie de couple ou individuelle peut lui apprendre à s’épanouir seul et à avoir confiance en lui. Faire appel à un hypnothérapeute aboutit aussi à de bons résultats.

Nous allons maintenant quitter Freud mais nous n’allons pas vous laisser seuls avec les jaloux et la jalousie. Si celle-ci est réveillée par la peur de l’abandon, alors nous pouvons l’apaiser. Pour que notre relation s’inscrive dans une confiance mutuelle, il est nécessaire d’apprendre à développer sa sécurité intérieure (je suis satisfait de qui je suis et de ce que j’ai), sa sécurité affective en prenant soin de notre couple, et si besoin de compléter avec des cours de relaxation.

Source : Marie-France Patti, La jalousie, Editions In Press, 2018
écrit par

Camille

Relations interpersonnelles

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2 commentaires
  • Répondre Lynpixx
    • jeudi 13 décembre 2018
    • 12 h 24 min

    Pour être heureux, arrêtons de nous comparer aux autres et de vouloir tout avoir… Regardons plutôt ce que l’on a déjà 😉

  • Répondre Odal GOLD
    • mardi 28 mai 2019
    • 20 h 59 min

    I’m just a jealous guy

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