back to top
Recherche

Pourquoi est-on jaloux ?

  • mercredi 12 décembre 2018
  • 6 Min de Lecture

/ 5.

As you found this post useful...

Follow us on social media!

We are sorry that this post was not useful for you!

Let us improve this post!

Pourquoi est-on jaloux ?

La jalousie décryptée par Freud

Jalousie, quand tu nous tiens, tu nous empoisonnes le cœur et la tête. Sujet atemporel et universel de nombreux artistes et poètes, la jalousie fait partie intégrante de la psyché humaine. Nous sommes tous jaloux, même ceux qui ne se pensent pas l’être, car c’est ainsi que nous sommes faits. C’est donc un sentiment naturel avant tout.

Mais bien sûr, il y a jalousie et jalousie. Aux côtés des travaux de Freud, nous allons décortiquer cette émotion qui peut prendre le chemin de la folie pathologique.

Commençons d’abord par revenir sur une confusion que nous faisons souvent entre la jalousie et l’envie.

Jalousie versus envie

Au quotidien, nous avons tendance à confondre jalousie et envie. Si ces deux notions sont liées, elles n’en sont pas pour autant des synonymes, parce que les motivations du jaloux et de l’envieux sont fondamentalement différentes.

Le jaloux entend conserver ce qu’il a déjà (une personne, un statut ou un objet), tandis que l’envieux va chercher à s’emparer d’une personne (ou d’un statut ou d’un objet) qu’il ne possède pas. En clair, on est jaloux de ce que l’on possède, et on est envieux de ce que l’on n’a pas.

La jalousie ou la peur de manquer

La jalousie est une inquiétude, une angoisse de perdre ce que l’on a et de l’image que nous avons de nous-même. Ce qui blesse notre ego. Ces souffrances nous conduisent à la colère et au besoin viscéral de tout contrôler. Un exemple typique est celui du dieu de l’Ancien Testament, Yahvé, qui se présente lui-même comme un dieu jaloux.

Il attend de son peuple une solide fidélité et ne retient pas ses coups quand il apprend que les enfants d’Israël idolâtrent d’autres dieux que lui-même. En revanche, Yahvé ne s’intéresse guère aux autres peuples qui obéissent aux autres dieux, ses concurrents. Ils ne cherchent pas à les détourner. Ce qu’aurait fait un dieu envieux.

L’envie ou la volonté de détruire le bonheur de l’autre

En ce qui concerne l’envie, elle est réveillée par un sentiment de convoitise mêlé à de la colère et de la haine contre une personne qui possède un bien (ou une situation) que nous n’avons pas. Don Juan est le parfait exemple de l’envieux.

A propos d’un jeune couple d’amoureux qui croise son chemin, celui-ci s’exclame : « Jamais je n’ai vu deux personnes être si contents de l’un de l’autre et faire éclater leur amour. […] J’en fus frappé au cœur et mon amour commença par la jalousie [;] le dépit alarma mes désirs, et je me figurai un plaisir extrême de pouvoir troubler leur intelligence et rompre cet attachement, dont la délicatesse de mon cœur se tenait offensée ». Ici, Don Juan se déclare être jaloux. Mais il n’en est rien, c’est l’envie qui anime ses sentiments.

Séducteur acharné dont le fantasme est d’avoir toutes les femmes, Don Juan ne recherche en rien une relation amoureuse, et paradoxalement il est envieux de l’amour des autres. Il va alors manipuler le couple dans le but de le voir se déchirer. A ce titre, l’envieux est proche du manipulateur.

En leur for intérieur, les envieux ont honte d’eux-mêmes et se trouvent méprisables. Dès lors, pour combler ce besoin d’estime de soi, ils vont aller chercher la reconnaissance chez les autres. Mais personne ne peut satisfaire un tel besoin. Tout commence par soi, nous l’avions vu avec le Narcisse de Fabrice Midal. Et inconsciemment, plus une relation ou une situation leur fait envie, plus cela fait écho à leur honte cachée. Et c’est insupportable pour leur ego, d’où cette voracité à détruire ce qui leur fait envie.

Maintenant que nous saisissons ce qui distingue l’envie de la jalousie, revenons à cette dernière et à ce que nous en dit Freud.

Le complexe d’Œdipe ou la source de toute jalousie

Si Freud a révolutionné la psychanalyse, c’est par un concept choc : la sexualité infantile. C’est au cours d’un exercice d’introspection dans sa petite enfance où il ressentit un désir jaloux pour sa mère et une animosité envers son père qu’il comprit les origines de la jalousie et théorisa le complexe d’Œdipe que nous portons tous en nous dans les profondeurs de notre inconscient. Dans la petite enfance, nous développons tous un amour infini pour notre mère, contractant des désirs incestueux.

Dans notre champ de vision, apparaît un tiers, le père. Celui-là nous agace : non seulement il nous prive de maman, mais il passe du temps seul avec elle. Que font-ils et pourquoi suis-je exclu(e) ? C’est par ce questionnement que la jalousie s’installe. En parallèle, l’hostilité ressentie envers le père n’est pas totale, nous ressentons également des sentiments pour lui. Jusqu’ici le procédé est l’équivalent pour les hommes comme pour les femmes.

C’est à l’âge où nous découvrons la différence des sexes que la jalousie des hommes et celle des femmes se développent sur deux chemins différents (pour aboutir à la même destination). Dès lors que le petit garçon sait qu’il a un pénis et sa mère non, il redoute que le père comprenne ses désirs profonds et le perçoive comme un rival. Ce n’est pas une petite angoisse, l’enfant est persuadé que son père le punira en le castrant.

La jalousie, une homosexualité refoulée

Pour s’éviter cette lourde peine, l’enfant renonce à désirer sa mère et commence par s’identifier à son père du même genre que lui. C’est à ce moment que les sentiments de tendresse et d’affection se transforment en désirs homosexuels. Renversement de situation, c’est le père que l’on aime et c’est la mère qu’on jalouse.

Pour la petite fille, le schéma diffère dans le sens où la mère étant le premier amour, les désirs homosexuels apparaissent dès le départ. Plus tard, en constatant l’absence de pénis, la petite fille se sent blessée dans son ego, ce qui la pousse à rejeter la mère. Elle se met alors à éprouver des sentiments incestueux envers le père, contractant ainsi des désirs hétérosexuels. Naturellement, s’installe simultanément de la jalousie pour la mère. Et, la boucle est bouclée.

Selon Freud, c’est à partir de ce schéma doublement œdipien que prennent toutes nos formes de jalousie. Nous ne ferions que rejouer les mêmes scènes avec différentes personnes. De l’amour pour l’un et de la jalousie pour le rival qui nous fait obstacle. Néanmoins, comme nous venons de le comprendre, inconsciemment le rival ne nous inspire pas que de l’hostilité. Et inconsciemment c’est de notre conjoint dont nous sommes jaloux.

Au final, si nous sommes attentifs, ce qui est à la racine du sentiment de jalousie, c’est l’exclusion. La jalousie est donc un sentiment plus subtil et complexe que l’on ne le pense. C’est n’est pas pour rien que Freud la décline sur trois niveaux.

Les 3 visages de la jalousie

1. La jalousie concurrentielle ou dite normale

C’est celle que l’on retrouve au sein de la fratrie pour être le préféré des parents, ou plus tard celle que l’on vit entre collègues, accentuée en plus par l’esprit de compétitivité du monde du travail. Quid du sport. Rien de grave à tout cela pour Freud, c’est tout à fait normal. D’autant plus que la jalousie peut être une source de vertu. Elle peut donner lieu à une saine rivalité où le fair-play et l’encouragement entre pairs serait naturel.

2. La jalousie projetée en l’autre.

Il s’agit de la jalousie amoureuse, dès lors que nous soupçonnons une infidélité réelle ou fantasmée. Pour Freud, cette jalousie est tout aussi normale puisque « l’inclinaison à l’infidélité est impossible à écarter. » Etant donné que nous avons tous des pulsions sexuelles, nous sommes tous des infidèles potentiels. Au niveau inconscient, les jaloux projettent donc sur leur conjoint leur propre désir d’infidélité. Cela, dans le but de se déculpabiliser.

3. La jalousie délirante.

C’est celle qui devient pathologique, car on cède à la paranoïa ou plus grave à la folie meurtrière. Et pourquoi ? Tout simplement parce que l’homosexualité inconsciente n’a pas été suffisamment bien refoulée, et donc la projection est plus forte. Epier son conjoint et fouiller frénétiquement ses affaires n’a rien de neutre. On le fait, parce qu’à sa place, on serait déjà dans les bras du rival (réel ou fantasmé). Tout ce process mental restant dans le cadre de l’inconscient.

Nous allons maintenant quitter Freud mais nous n’allons pas vous laisser seuls avec la jalousie. Si celle-ci est réveillée par la peur, alors nous pouvons agir dessus en développant sa sécurité intérieure (je suis satisfait de qui je suis et de ce que j’ai), ainsi qu’une sécurité affective en prenant soin de notre couple.

Source : Marie-France Patti, La jalousie, Editions In Press, 2018
écrit par

Camille

Relations interpersonnelles

Savoir être

Se connaître

1 commentaire
  • Répondre Lynpixx
    • jeudi 13 décembre 2018
    • 12 h 24 min

    Pour être heureux, arrêtons de nous comparer aux autres et de vouloir tout avoir… Regardons plutôt ce que l’on a déjà 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *




envoyer
Articles Similaires
Instapics

Restez connecté ! RECEVEZ QUOTIDIENNEMENT LES DERNIERES NEWS PLEINES DE BONHEUR !

Restez connecté !

Recevez quotidiennement les dernieres news pleines de bonheur !