Prévention ou dépistage ? Les positions du Dr Éric Ménat face aux repères officiels
4 min de lecture
Réponse express : Le Dr Éric Ménat, médecin homéopathe et coauteur d’un livre sur l’accompagnement du cancer, estime que la prévention par l’alimentation devrait passer avant le dépistage, dont il juge l’efficacité surestimée. C’est un point de vue de praticien, exprimé dans un entretien de 2016 : en France, les autorités de santé organisent trois dépistages (sein, côlon et rectum, col de l’utérus) en reconnaissant leurs limites, et ne recommandent pas le dépistage systématique du cancer de la prostate. Ses conseils alimentaires rejoignent en partie les repères officiels, avec une divergence nette sur les produits laitiers. Rien ici ne remplace un avis médical.
Le Dr Éric Ménat, que son éditeur présente comme médecin homéopathe diplômé en carcinologie clinique et en diététique, défend une idée tranchée : la prévention compte davantage que le dépistage. Il la développe dans Cancer, un accompagnement qui change tout !, écrit avec Alain Dumas (La Source Vive, 2015). Nous l’avions interrogé en 2016 ; ses propos sont restitués ci-dessous, puis mis en regard des recommandations actuelles des autorités de santé françaises.
Sa thèse : la prévention plutôt que le dépistage
« Le dépistage fait monter le nombre de malades mais ne règle pas le problème de la maladie », nous disait-il. Il jugeait que les dépistages du cancer du sein et de la prostate n’ont pas l’efficacité annoncée, même si dépister tôt aide à mieux soigner certaines personnes. Son principal argument tient au surtraitement : en dépistant beaucoup, on découvre, selon lui, chez des personnes âgées des cancers qui auraient évolué très lentement, et ces personnes subissent alors un traitement dont elles n’avaient pas besoin.
Jugeant le dépistage coûteux pour un faible résultat, il plaidait pour investir dans l’information sur l’alimentation et pour un dépistage individualisé, fondé sur les antécédents familiaux et, le cas échéant, sur des tests génétiques.
Alimentation et cancer : les estimations disponibles
Les trois habitudes que le Dr Ménat conseille d'éviter
Environ 3 minutes de lecture, 768 mots.
Ce que recommandent les autorités de santé
En France, trois programmes de dépistage organisé invitent la population à intervalles réguliers. Depuis 2004, les femmes de 50 à 74 ans sont invitées à passer une mammographie tous les deux ans. Au même âge, hommes et femmes reçoivent tous les deux ans un test à faire chez soi, qui recherche du sang dans les selles. Pour le col de l'utérus, un test est proposé tous les trois ans entre 25 et 29 ans, puis tous les cinq ans jusqu'à 65 ans.
L'Institut national du cancer (INCa) reconnaît les limites de ces dépistages. Pour le sein, il estime que 10 à 20 % des cancers détectés évolueront peu ou n'auront pas de conséquences, sans qu'on sache aujourd'hui les repérer : c'est le surdiagnostic. Il rappelle aussi que lorsqu'un cancer du sein est détecté tôt, 99 femmes sur 100 sont en vie cinq ans après, et qu'un cancer colorectal détecté tôt se guérit 9 fois sur 10.
Sur la prostate, la position officielle rejoint en partie les réserves du Dr Ménat. L'Assurance maladie écrit qu'« aucune autorité de santé ne recommande le dépistage systématique du cancer de la prostate par dosage du PSA ». Près de la moitié des cancers de la prostate dépistés évoluent lentement, précise-t-elle, alors que leur traitement a des effets secondaires qui pèsent sur la vie quotidienne. L'Assurance maladie, comme l'INCa pour le sein, présente la décision comme un choix personnel, à réfléchir.
Quant au dépistage individualisé, il existe déjà : une femme dont le risque de cancer du sein dépasse la moyenne, par exemple à cause d'antécédents familiaux, est invitée par l'INCa à en parler à son médecin, qui lui proposera un suivi adapté.
Alimentation et cancer : les estimations disponibles
Le Dr Ménat avançait plusieurs chiffres sur les décès liés à l'alimentation, que nous n'avons pas retrouvés dans une source publique et ne reprenons pas. Selon les estimations du Centre international de recherche sur le cancer reprises par l'INCa, sur 346 000 nouveaux cas de cancer diagnostiqués en 2015 chez les adultes de 30 ans et plus, 142 000, soit environ 4 sur 10, seraient liés à des facteurs de risque connus. Le tabac arrive loin devant (19,8 % des cancers), suivi de l'alcool (8 %), d'une alimentation déséquilibrée (5,4 %), du surpoids et de l'obésité (5,4 %), puis du manque d'activité physique (0,9 %).
Les trois habitudes que le Dr Ménat conseille d'éviter
Le sucre. « Il n'existe pas de bon sucre, il y a de très mauvais sucres et de moins mauvais sucres », affirmait-il, en réservant le sucre au plaisir et à ceux qui font régulièrement du sport. Manger Bouger, le site de Santé publique France, recommande de limiter les boissons et produits sucrés, rappelle que l'eau est la seule boisson recommandée et conseille de ne pas dépasser un verre de jus ou de soda par jour.
Les aliments industriels. Il conseillait d'éviter les produits transformés et de cuisiner des produits frais, de saison et bio. Sur ces habitudes alimentaires, les recommandations publiques vont dans le même sens : privilégier le fait-maison, éviter les produits ultra-transformés et, si vous le pouvez, choisir des aliments bio. Il estimait en revanche que les laitages sont nuisibles, et c'est là que son avis s'écarte le plus des repères officiels, qui recommandent deux produits laitiers par jour pour les adultes.
Les cuissons trop fortes. Enfin, il recommandait des cuissons douces pour préserver les nutriments, en limitant grillades, fritures et cuissons au four au-delà de 250 degrés. Ce conseil relève de son expérience de praticien.