Réponse express : Un praticien qui pousse à interrompre un traitement prescrit, promet une guérison « miracle », éloigne ses clients de leurs proches ou de leur médecin, ou réclame des sommes exorbitantes présente les signaux que la Miviludes associe aux dérives dans le champ de la santé. Ces repères viennent d’une mission gouvernementale et de ses données de signalements, pas d’essais cliniques : ils décrivent des comportements à risque et ne jugent pas une discipline en elle-même. Plusieurs recours existent, du signalement à la Miviludes jusqu’à la plainte, en passant par l’Ordre professionnel concerné. Rien ici ne remplace un avis médical.
Promettre la guérison contre de l’argent n’a rien de neuf, mais la santé arrive aujourd’hui en tête des inquiétudes signalées à la Miviludes. Le sujet mérite pourtant mieux qu’un procès en bloc, car l’hypnose, la sophrologie ou la médecine chinoise ne sont pas visées en tant que telles. Ce qui pose problème, ce sont des comportements précis, que l’on peut retrouver chez n’importe quel praticien, médecin compris.
Ce que mesure la Miviludes
La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) observe le phénomène, informe le public et traite les signalements. Elle rappelle elle-même qu’elle « n’est pas un service d’enquête » : lorsqu’un signalement révèle une infraction, elle le transmet au procureur de la République.
Son rapport d’activité 2022-2024, présenté en avril 2025, décrit une hausse continue : 2 160 signalements en 2015, 4 571 en 2024, soit plus du double en dix ans. Sur ces trois années, un peu plus d’un signalement ou d’une demande d’information sur trois (37 %) portait sur la santé et le bien-être, premier domaine devant les cultes et les spiritualités (35 %). Ces chiffres comptent des signalements, pas des dérives établies par un tribunal, et ne disent rien de la valeur d’une pratique.
La mission insiste aussi sur une distinction que l’on oublie souvent : « Un professionnel de santé est au contraire quelqu’un qui a obtenu un diplôme d’État […] leur activité est réglementée, elle est régulée par un Ordre professionnel. » Un praticien du bien-être peut être compétent sans relever d’un Ordre, mais vous ne disposez pas avec lui des mêmes garanties.
Les signaux d’alerte
En présentant en septembre 2026 son nouveau guide « Santé et dérives sectaires », la Miviludes a cité parmi les situations à repérer l’incitation à modifier ou à interrompre un traitement sans avis médical. Une pratique complémentaire s’ajoute au suivi médical, elle ne le remplace pas.
La même liste mentionne la critique de la médecine ou des traitements, les promesses de guérison « miracle » et l’isolement vis-à-vis de l’entourage ou du médecin. Parmi ses critères généraux, elle retient aussi « la rupture avec l’environnement d’origine (proches, famille) » et « l’offre de soins et de médicaments douteux et exclusive du recours à des pratiques conventionnelles ».
L’argent est un autre indicateur, que la mission range parmi ses critères sous la formule « le caractère exorbitant des exigences financières ». Concrètement, cela peut ressembler à un forfait de séances à régler d’avance, ou à un appareil présenté comme miraculeux et vendu au prix d’un loyer.
Reste le secret, comme une formule réservée à quelques initiés. Le code de déontologie médicale, qui ne s’applique qu’aux médecins, tranche sur ce point : son article 39 interdit « toute pratique de charlatanisme » et défend au médecin de présenter comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé.
Pourquoi le danger est réel
Le risque le plus grave n’est pas financier. La Miviludes décrit, pour les personnes malades, une « perte de chance d’être soigné voire de survivre à une maladie », et le législateur en a tiré les conséquences avec la loi du 10 mai 2024, qui a créé un délit de provocation à l’abandon ou à l’abstention de soins, ou à l’adoption de pratiques dont il est manifeste qu’elles exposent la personne à un risque grave pour sa santé.
Vos recours
L’Annuaire Santé, proposé par l’Agence du numérique en santé, recense les professionnels enregistrés dans le répertoire national RPPS : vous pouvez y vérifier si la personne que vous consultez en fait partie.
Si vous avez un doute sur une situation, pour vous ou pour un proche, vous pouvez informer la Miviludes en ligne, afin d’être aidé ou orienté. Le formulaire le précise, cette démarche « ne se substitue pas à un éventuel dépôt de plainte » auprès des autorités compétentes.
Lorsque le praticien est médecin, vous pouvez adresser un courrier au conseil départemental de l’Ordre des médecins dont il relève. L’Ordre organise alors obligatoirement une conciliation, et si la plainte est maintenue, il la transmet à la chambre disciplinaire de première instance.
Enfin, la Miviludes travaille avec plusieurs associations spécialisées dans le soutien aux victimes et à leurs proches, dont l’UNADFI et le CCMM. Le Dérivomètre, un outil présenté en même temps que le nouveau guide, propose trois niveaux de vigilance : « je reste attentif », « je fais une pause » et « je dis stop ».
Sources
- Dossier de presse du rapport d’activité 2022-2024, Miviludes, avril 2025.
- Signalements et demandes d’informations, Miviludes, consulté le 30 septembre 2026.
- Santé et dérives sectaires : de nouveaux outils pour mieux repérer et prévenir les situations à risque, Miviludes, 29 septembre 2026.
- Comment identifier une dérive sectaire ?, Miviludes, consulté le 30 septembre 2026.
- Nos missions et notre organisation, Miviludes, consulté le 30 septembre 2026.
- Vos questions les plus fréquentes (rubrique Santé), Miviludes, consulté le 30 septembre 2026.
- La loi du 10 mai 2024, Miviludes, consulté le 30 septembre 2026.
- Informer la Miviludes d’une dérive sectaire, ministère de l’Intérieur, consulté le 30 septembre 2026.
- Contacts associations spécialisées, Miviludes, consulté le 30 septembre 2026.
- La juridiction ordinale, Conseil national de l’Ordre des médecins, 23 juillet 2025.
- Article 39 : charlatanisme (code de déontologie médicale), Conseil national de l’Ordre des médecins, consulté le 30 septembre 2026.
- Annuaire Santé, Agence du numérique en santé, consulté le 30 septembre 2026.