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Secrets d’Histoire : Les végétariens

  • mis à jour le mercredi 17 juillet 2019
  • 5 Min de Lecture

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Secrets d’Histoire : Les végétariens

De la Grèce Antique au XIXème siècle

Contrairement à ce que l’on croit, le végétarisme n’a rien d’une mode récente, c’est même tout le contraire ! Les premières joutes verbales entre carnivores et végétariens remontent au temps de la Grèce Antique, berceau de notre civilisation occidentale, pour continuer encore aujourd’hui !

La diète végétarienne ou le régime de Pythagore

Pythagore, l’ami des bêtes

Le mathématicien et philosophe Pythagore prônait une école de la pensée reposant sur la douceur et le respect de toute forme de vie. En ce sens, il a été l’un des tous premiers à faire la promotion d’un régime végétarien, voir vegan. Il était connu pour désapprouver la chasse et la pêche et intervenait quand il voyait un chien se faire battre par son maître.

Etrange choix tout de même de la part de Pythagore, surtout à une époque où les rituels religieux, politiques et sociaux qui rythmaient la vie de la Cité, reposaient en grande partie sur le sacrifice animal et le fait de manger de la viande.

L’exception Pythagore

Alors pourquoi ce choix ? C’était un comportement qui lui permettait de remettre en question la place des dieux et leurs douteuses générosités à l’égard des hommes. De plus, ce choix amenait à s’interroger sur la place de l’homme dans le monde et ses devoirs et responsabilités sur le monde vivant. Une autre réflexion voulait que selon son métier, on suive un régime alimentaire approprié. Les ouvriers et soldats qui exercent une activité physique intense justifient leur consommation de viande par leur besoin en protéines. Mais les philosophes et les prêtres, dont l’activité est essentiellement intellectuelle et spirituelle, ne devraient-ils pas consommer seulement des aliments « purs », à savoir les légumes et les fruits ?

Evidemment, Pythagore et ses soutiens restaient des marginaux. Pour beaucoup de ses contemporains, si les animaux sont là, c’est parce que les dieux nous les ont offerts et entendent que nous en profitions, au risque de leur manquer de respect. Ceux qui n’adhéraient pas à cette vision du monde et suivaient l’école de Pythagore étaient jugés comme des rabats joies, des hommes à la virilité défaillante, ou encore des avares qui cachent leur travers, sous couvert de respect aux animaux !

Le point de vue de l’Église

Jésus-Christ mangeait de la viande et du poisson, les fidèles en feront autant !

Ce débat des Anciens est entériné par le triomphe du Christianisme, qui va s’occuper de régler la question en imposant son propre régime alimentaire. Selon le point de vue de l’Eglise, si Jésus-Christ s’est sacrifié, c’est pour sauver l’homme, non l’animal. D’ailleurs, le Christ mangeait viandes et poissons, et n’a jamais manifesté dans les textes une une douceur particulièrement dévolue aux animaux.

En revanche, il a connu des moments de jeûne, que l’Eglise entend faire suivre aux fidèles, notamment le vendredi saint ou pendant le carême. Ainsi, se passer de viande revenait à faire un sacrifice de sa personne, on se privait d’un plaisir de la chair pour mieux la dompter et la rendre imperméable aux autres tentations du monde. Par contre, se priver de viande dans une autre optique, comme celle de l’amour des animaux, était jugé comme hérétique. Le seul amour autorisé du Moyen-Âge était celui pour Jésus-Christ (et évidemment les saints et la Vierge Marie).

Les Lumières contre les « mangeurs de cadavres »

La reconnaissance de la souffrance animale

Au XVIIIème siècle, les Lumières avancent, l’Eglise recule, et les adeptes du régime de Pythagore réapparaissent ! Ainsi, les philosophes des Lumières s’interrogent, les animaux n’auraient-ils aucun droit ? Doivent-ils être mutilés, exploités, tués sans que l’homme honnête n’en dise rien ?

Voltaire, qui ne supportait plus de voir les étals des bouchers pleins de « cadavres », défendra la cause animale et le régime de Pythagore.

Nous sommes ce que nous mangeons

Rousseau reste, cependant, le plus engagé des philosophes dans la question animale. Pour lui, manger de la viande serait contre nature. Le philosophe tient pour preuve le désintérêt naturel des enfants pour la viande, préférant les fruits, les laitages et autres aliments doux et sucrés. S’inspirant des travaux du médecin Philippe Hecquet qui disait que les fruits, les légumes et les céréales étaient meilleurs pour la santé que la viande, Rousseau fait un lien entre nos humeurs et notre régime alimentaire. Nous sommes ce que nous mangeons.

Si nous consommons des animaux agressifs et féroces, nous le deviendrons à notre tour.

Nous en passer, c’est nous assurer un caractère agréable et doux. Mais la reconnaissance du végétarisme devra attendre un siècle de plus !

L’Angleterre victorienne et la naissance du végétarisme

C’est donc au XIXème siècle, dans l’Angleterre victorienne, que s’épanouit le végétarisme, à partir d’un cercle intitulé la Vegetarian Society, créée en 1847. Leur régime alimentaire tolère le lait, le miel et les œufs, mais bannit la viande et le poisson. Ce cercle s’agrandira, sous l’influence des époux Shelley, dont les publications (A Vindication of Naturel Diet de Percy Shelly) attireront des personnalités comme l’écrivain Henry Salt, la militante féministe Anna Kingsford, George Bernard Shaw et le Mahatma Gandhi.

La naissance du végétalisme et de la Vegan Society

Ni Dieu ni maître chez les animaux

Qu’en est-il du végétalisme et du mouvement vegan ? Le premier apparait en France, dans le courant anarchiste français du XIXème siècle. Ces penseurs estiment que les végétariens ne sont pas allés assez loin, car manger des œufs, du miel et du lait, c’est encore vivre et se nourrir grâce à la souffrance animale. Les abus propres à l’exploitation des animaux d’élevage sont dénoncés. Depuis, ce terme a perdu sa coloration politique, pour désigner un régime alimentaire exclusivement végétal, bon pour notre santé et notre environnement.

Les 1er végans

Ce qui se passe en France avec le végétalisme, se retrouve en Angleterre avec la fondation de Vegan Society, qui est née à la suite de débats internes houleux au sein de la Vegetarian Society. La question reste la même : peut-on exploiter les animaux pour leur fromage, leur lait ou leur miel ? Le débat ne se tranchera pas et sous l’impulsion d’un jeune professeur de charpenterie, Donald Watson, la Vegan Society est créée. Son projet est simple, c’est l’abolition de l’exploitation des animaux, car il est injuste d’infliger des souffrances psychologiques ou physiques de toutes sortes, à quiconque !

L’avenir leur appartient ?

Aujourd’hui, les régimes végétariens et vegan, bien qu’encore minoritaires, connaissent pourtant une croissance indéniable. Leur succès repose sur deux piliers. La reconnaissance de nos sentiments et affections pour les animaux (domestiques, mais aussi sauvage et d’élevage), et la raison. Celle-ci repose sur les enjeux environnementaux et sanitaires, qui nous enjoignent à abandonner le régime alimentaire carnivore. Pour l’heure, le régime végétarien semble promis à un bel avenir !

Source : Le végétarisme et ses ennemis. Vingt-cinq siècles de débats, Renan Larue, PUF, 2015
écrit par

Camille

Écologie

Époque

Société

Cultures

1 commentaire
  • Répondre Christian
    • jeudi 4 juillet 2019
    • 17 h 37 min

    Vous dites que Jésus ne montre pas de compassion pour les animaux. Pourtant lorsqu’il parle du sabbat, il dit qu’il est aussi juste de le rompre pour soigner un humain que pour donner à boire à un âne ou sortir un chevreau d’un fossé. Aussi, il n’est pas nettement établi qu’il ait mangé de la viande dans les évangiles classiques, il s’attable au repas de Pâques, où un agneau est censé avoir été sacrifié mais il n’en est pas fait mention, il n’est question que du pain et du vin qui le représentent. Ensuite, au delà de ce qui a pu être ajouté ou enlevé les siècles suivants pour ne pas trop gêner les puissants, les manuscrits de Qumram ont montré que le Christ historique a probablement appartenu à la secte des Esséniens qui étaient végétariens. Quoiqu’il en soit, du point de vue biblique, l’homme a été créé pour un régime végétalien : il n’est pas question de tuer des animaux dans le jardin d’Eden. Ce n’est qu’après la chute que Dieu a finalement autorisé sans y obliger à tuer des animaux pour les manger. Pourtant il est dit dans les 10 commandements « tu ne tueras point » et non « tu ne commettras point d’homicide » (sachant que pour les hébreux les végétaux n’étaient pas vivants à proprement parler, ils n’étaient pas des « âmes vivantes » (nephesh). Et si Jésus était censé être non pêcheur pour pouvoir racheter l’humanité par son sacrifice, alors il devait être au moins aussi pur qu’Adam avant le péché originel et donc ne pas avoir fait verser le sang pour se nourrir. De toutes façons, quand on lit bien les Evangiles (et pas l’interprétation plus ou moins tirée par les cheveux qu’on en trouve chez l’autoproclamé apôtre Paul), Jésus n’oblige à rien. Mais il dit : si vous voulez connaître le royaume de Dieu, suivez mes pas.

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