L’effet Pygmalion désigne une forme de prophétie autoréalisatrice : les attentes envers une personne peuvent contribuer à influencer ses performances. Cela ne signifie pas que croire à sa réussite suffit à la produire. Pour comprendre cette idée, il faut distinguer les expériences historiques de ce que les recherches permettent de généraliser.
L’expérience de Rosenthal et Fode sur les rats
En 1963, Robert Rosenthal et Kermit L. Fode étudient les attentes des expérimentateurs. Douze étudiants travaillent chacun avec cinq rats : six étudiants pensent leurs animaux particulièrement aptes à apprendre un labyrinthe, six les pensent peu aptes. Ces étiquettes ne décrivent pas une différence réelle de sélection entre les deux groupes.
Illustration symbolique de deux attitudes opposées, et non reconstitution du protocole de l’étude.
Sur l’ensemble des cinq jours, les résultats favorisent les animaux présentés comme plus aptes, avec des différences selon les jours. Les étudiants de ce groupe déclarent aussi les avoir davantage et plus doucement manipulés. Les auteurs envisagent cette différence comme une explication possible ; ils n’établissent pas que « l’amitié » aurait rendu les rats plus intelligents.
Cette expérience porte sur le biais de l’expérimentateur et les conditions d’apprentissage d’animaux. Elle ne suffit pas, à elle seule, à décrire une relation éducative humaine. Voir l’étude de Rosenthal et Fode.
L’étude de Rosenthal et Jacobson à l’école
Dans leur publication de 1966, Robert Rosenthal et Lenore Jacobson présentent une expérience menée dans dix-huit classes d’une école élémentaire. Après un test, environ 20 % des enfants de chaque classe, choisis au hasard, sont signalés aux enseignants comme susceptibles de connaître un développement intellectuel particulier.
Huit mois plus tard, les auteurs rapportent un gain moyen au test de QI supérieur dans ce groupe. L’effet observé varie selon le niveau scolaire et concerne surtout les plus jeunes enfants. Il ne s’agit donc pas d’une progression identique de tous les élèves désignés, ni d’un résultat garanti pour chaque enfant.
Le protocole repose sur une information trompeuse donnée aux enseignants. Il ne constitue pas une méthode à reproduire auprès d’une classe. Lire la publication originale de 1966.
Ce que ces résultats permettent de dire
La synthèse de Lee Jussim et Kent D. Harber publiée en 2005 conclut que des effets autoréalisateurs existent en classe, mais qu’ils sont généralement modestes. Des effets plus importants peuvent survenir dans certains contextes. Leur influence sur l’intelligence demeure incertaine ; les attentes des enseignants prédisent aussi les résultats parce qu’elles peuvent refléter des informations déjà justes sur les élèves.
Une lecture prudente invite à examiner ses attentes sans en faire l’explication unique d’une réussite ou d’une difficulté. Encourager un enfant ne garantit pas un résultat ; ses difficultés ne prouvent pas que son entourage aurait insuffisamment cru en lui.
Sources
Rosenthal R., Fode K. L., 1963. The effect of experimenter bias on the performance of the albino rat. Behavioral Science, 8, 183–189. Publication originale.
Rosenthal R., Jacobson L., 1966. Teachers’ Expectancies: Determinants of Pupils’ IQ Gains. Psychological Reports, 19, 115–118. Publication originale.
Jussim L., Harber K. D., 2005. Teacher Expectations and Self-Fulfilling Prophecies: Knowns and Unknowns, Resolved and Unresolved Controversies. Personality and Social Psychology Review, 9, 131–155. Synthèse de recherches.
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