Plantes et confinement : le témoignage de François Couplan, avec les précautions de santé
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Réponse express : Un témoignage de François Couplan pendant le confinement de 2020, sur les plantes et la sobriété. La rédaction distingue cette réflexion personnelle des données de santé : les plantes ne préviennent ni ne guérissent la Covid-19. Les passages médicaux ont été corrigés et les risques de cueillette précisés.
Réflexions d’un ethnobotaniste confiné
Invitation à changer ses habitudes
En cette période mouvementée, où nous avons perdu nombre de nos repères, il est réconfortant de savoir que les plantes sont là.
Cela me fait du bien parce que, malgré le confinement, je trouve la possibilité de descendre en bas de chez moi cueillir quotidiennement quelques brins d’égopode, de jeunes pousses d’ortie, des feuilles d’ail des ours parfumées et de la pimprenelle saveur de noix fraîche. Heureusement, j’ai un peu de verdure, alors qu’en plein Paris, la chose serait plus compliquée, quoique pas impossible.
Grâce à ces tendres végétaux, je me nourris simplement, mais de façon agréable : un oignon revenu dans une bonne rasade d’huile d’olive, la verdure hachée, une carotte en rondelles et du fromage fondu ou un œuf dans le mélange : voici mon déjeuner quotidien. Et il me convient. Bien que ma gourmandise, cultivée depuis l’enfance, m’ait incité à déguster les plats les plus copieux et les plus sophistiqués, je sais me contenter de peu, et qui plus est, je l’apprécie.
Je le pratique d’ailleurs régulièrement et ce fait n’est sans doute pas étranger à la santé que j’affiche encore au bout de soixante-dix années d’une vie plus que bien remplie.
Et je crois que bientôt – non, dès à présent ! – il va falloir s’y mettre : sans vouloir paraître moraliste, car chacun est libre du choix de ses comportements, il me semble que plus nous serons capables de vivre frugalement, mieux chacun s’en portera – la planète aussi, par la même occasion…
Plantes, alimentation et Covid-19 : mise au point de la rédaction
Mise à jour du 11 septembre 2026. Ce témoignage remonte au confinement de 2020. Les passages nutritionnels et médicaux de cette partie ont été remplacés par les repères ci-dessous : ils ne sont pas des propos nouvellement tenus par François Couplan. La réflexion personnelle de l’auteur sur la sobriété et le vivant est conservée autour de cette mise au point.
Les références anciennement associées à la vitamine C et aux micronutriments ne démontraient pas que la plupart des humains auraient les carences annoncées. Cette généralisation a été retirée. L’intérêt gustatif ou culturel des plantes ne suffit pas à diagnostiquer une carence ni à choisir une supplémentation.
Dans la situation actuelle, il y a quelque chose qui m’étonne… : c’est que les gens s’en étonnent. Certes, depuis quelque temps on se préoccupe d’environnement, on craint que le réchauffement climatique ne bouleverse notre vie, certains pensent que le nucléaire représente un danger majeur et de plus en plus souvent, on entend parler d’effondrement…
Personnellement, j’ai conscience de ces risques depuis de très nombreuses années – oh, plus d’un demi-siècle… Ce sont les plantes qui me l’ont raconté et je vous transmets leurs confidences, car le sujet est d’importance (p. 136 sqq.). Donc la pandémie qui nous assaille ne m’a pas surpris. Elle est, comme les catastrophes que je viens de mentionner, la conséquence directe du changement de mode de vie radical que nous avons entrepris voici dix mille ans.
Certes, l’agriculture nous a donné Bach, Jimi Hendrix, Van Gogh et Notre-Dame de Paris. Mais l’adopter, c’était ouvrir la boîte de Pandore ! Et l’invention de l’élevage liée à la concentration des humains dans des villages, puis dans des villes, s’est révélée du pain béni pour les microbes. Il faut savoir que nous sommes les descendants de ceux qui ont résisté aux toutes premières épidémies transmises par les animaux domestiqués au Proche-Orient voici une dizaine de milliers d’années.
Une civilisation moderne mais fragile et naïve
Les habitants des Amériques à l’arrivée des Européens, eux, ne l’étaient pas : d’après certaines estimations, près de 90% de la population a succombé aux maladies introduites, certaines aussi bénignes pour nous qu’un simple rhume. Mais nous n’étions pas à l’abri de tout, la grande peste du XIVe siècle a emporté en certains lieux de notre continent plus de la moitié des gens – l’équivalent ferait aujourd’hui quelque 35 millions de morts…
Je ne voudrais pas que l’on se méprenne sur ce que je dis : il est dommage de mourir, il est plus terrible encore de voir un proche décéder. Mais je pense important de prendre conscience de deux choses. La première est que la civilisation que nous avons créée, qui nous nourrit et qui nous oblige à réfléchir selon ses règles est fragile.Nous avons en ce moment l’exemple d’un dysfonctionnement majeur. Il y en aura d’autres, c’est certain.
Le second point est que la seule certitude que nous puissions avoir en voyant le jour est que nous mourrons un jour. Or la mort, qui pourtant nous fascine, est un sujet tabou dans notre monde moderne où nous voulons tout dominer, même la grande faucheuse… Mais ça, ce n’est pas possible !
Comment réagir face au Covid-19 ?
Le temps du bilan
Donc, que faire ? Céder à la psychose ambiante qui risque de se développer jusqu’à devenir panique, voire pis encore ? Il y a mieux à faire. Je pense qu’il faut bien comprendre les mécanismes par lesquels nous sommes arrivés dans la situation actuelle – et là je ne parle pas que de l’épidémie qui nous submerge, mais de tous nos maux civilisationnels −, sans y voir d’intention.
Comprendre est essentiel, car nous sommes des êtres de raison tout autant que d’émotion et il importe d’équilibrer ces deux aspects – or je vois aujourd’hui les émotions l’emporter de loin sur la raison… Les plantes, encore elles, m’ont expliqué bien des choses à propos de nous-mêmes (p. 242 sqq., p. 283 sqq., p. 309 sqq.) et je crois que si vous les écoutez, vous en tirerez profit.
Aegopodium_podagraria
Ce que les plantes peuvent nous conseiller
Ce sont elles aussi qui m’ont suggéré des pistes à suivre pour améliorer ce qui peut l’être (p. 326 sqq.). Elles nous proposent de modifier l’attitude dominatrice que nous arborons du haut de notre toute-puissance en descendant de notre piédestal et en accordant de l’importance à l’ensemble du vivant – même aux virus et aux bactéries… Elles nous conseillent de sortir de notre anthropocentrisme, de ce monde uniquement humain dans lequel nous devenons fous et de nous intéresser à elles, pas seulement pour leurs vertus, mais pour leur existence propre.
Il est possible de développer avec les végétaux une véritable relation qui commence par le recours à tous nos sens et nous emmène dans un univers d’émerveillement sans fin. Sommes-nous au début d’une nouvelle ère ? Je pense plutôt que nous nous trouvons en plein milieu d’un grand processus qui dure depuis bien longtemps et a encore de beaux jours devant lui. C’est un immense mouvement qui nous entraîne et dont nous sommes, que nous le voulions ou non, partie prenante. On le nomme l’évolution…
J’ajouterai que le sentiment qui me semble essentiel de manifester, même si en ces temps troublés cela demande un effort, est la gratitude : j’ai beau actuellement me sentir en manque de liberté et avoir dû reporter stages et voyages à des temps meilleurs, je ne peux que remercier pour ce qui m’est accordé, tout en me sentant proche de ceux qui souffrent.
Que la force des plantes soit avec vous !
[1] Grivetti, LE. & Ogle, B.M. (2000) Value of traditional foods in meeting macro- and micronutrient needs : the wild plant connection. Nutrition Research Review, 13, 31-46
Sources
Réflexions de François Couplan, ethnobotaniste, pour BloomingYou (point de vue de l’auteur)