Science : pourquoi la nature nous soigne et nous rend plus heureux?
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Réponse express : Passer du temps dans la nature est associé à une meilleure santé et à un stress plus faible. Une large étude britannique menée auprès de 19 806 personnes a observé qu’à partir d’environ 120 minutes par semaine passées dans la nature, les participants déclaraient plus souvent une bonne santé et un bien être élevé (White et coll., Scientific Reports, 2019) ; il s’agit d’une association, pas d’une preuve de cause à effet. Dès 1984, une étude de référence publiée dans Science montrait que des patients opérés disposant d’une vue sur des arbres avaient un séjour hospitalier un peu plus court et recevaient moins d’antalgiques puissants que ceux placés face à un mur (Ulrich, 1984). Une revue systématique de 143 études confirme le lien entre l’exposition aux espaces verts et divers bénéfices pour la santé (Twohig-Bennett et Jones, Environmental Research, 2018).
Mère Nature mérite son nom
Serait-il possible qu’elle nous aime ?
Comme une mère, la nature nous nourrit, nous soigne, nous protège et nous soutient moralement. Serait-il possible qu’elle nous aime ? Les nombreuses publications scientifiques consacrées à la nature ne répondent pas (encore) à cette dernière question. En revanche, elles mettent en valeur les nombreux bienfaits qu’elle offre à notre corps, notre cœur et notre esprit.
« Natura » de Pascale d’Erm
Ce sont ces trésors de la nature que Pascale d’Erm, journaliste spécialisé sur les sujets de nature et d’écologie, a mis en évidence dans « Natura », un documentaire sorti en 2018, et disponible aujourd’hui en ouvrage*. Vous pourrez, d’ailleurs, retrouver ci-dessus notre interview de l’auteur .
Loin d’elle, nous devenons fous
Ainsi, Pascale d’Erm révèle : « Depuis le début des années 2000, les troubles de l’anxiété de la population urbaine ont augmenté de 30 à 40 %, et les risques de schizophrénie sont 2 fois plus élevés en ville qu’à la campagne. » De quoi sérieusement s’inquiéter. Un mode de vie urbanisé, coupé de la nature, rendrait-il fou ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Mais l’auteure s’interroge en prenant le problème dans l’autre sens : près de la nature, serions-nous plus heureux et en meilleur santé ?
La Nature, notre premier médecin
Le bonheur est dans les prés
Selon une étude du Haut Conseil à la santé des Pays-Bas (2004) les personnes qui habitent les quartiers les moins verts ont 25 % de risques supplémentaires d’être dépressifs par rapport aux habitants des quartiers dotés d’arbres et de jardins. Ils tombent plus souvent malades et se déclarent eux-mêmes en mauvaise santé. Mais le cas des Pays-Bas ne fait pas exception !
En effet, Havard publie une synthèse de près de 300 études consacrées aux liens entre la nature et la santé sur plus de 20 ans. Toutes les conclusions convergent, il y a des « corrélations fortes entre la présence d’espaces verts et une diminution des risques des maladies pulmonaires chroniques, du diabète et des maladies coronariennes, de l’obésité, de l’asthme, de la dépression et de l’anxiété. Les personnes vivant à moins d’1km d’un parc, d’un jardin ou d’espaces naturels ont 10 % de risques en moins de subir une maladie de civilisation. »
Le stress et les maladies de civilisation
Les maladies dites de civilisation étant principalement les maladies cardiovasculaires, dégénératives ou auto-immunes. Ces maladies trouvent leurs origines dans de nombreux paramètres, dont le stress . Nous n’en avons pas conscience sur le moment, mais le stress nous fait vraiment mal. Il produit du cortisol dans notre organisme, ce qui affaiblit notre système immunitaire en accélérant le processus inflammatoire de nombreuses maladies.
Pascale d’Erm rappelle en outre que le stress est la cause de nombreux troubles mentaux (schizophrénie, anxiété, dépression, burn-out, fatigue). En effet le stress augmente la sécrétion d’hormones qui affectent les structures sensibles du cerveau comme l’hippocampe et l’hypothalamus, proches des zones de production de sérotonine, l’hormone du bien-être. Or, notre première alliée pour pallier aux effets nocifs du stress est la nature.
La nature, premier rempart anti-stress
Que la nature soit notre premier bouclier anti-stress, nous le savons depuis 1984 grâce aux travaux de Roger Ulrich, professeur en architecture, publiés dans « Science ». « L’une de ses plus célèbres expériences consiste à plonger des employés d’une usine dans un stress en leur montrant des images d’accidents industriels et des paysages urbains et naturels pour observer dans quelle condition ils retrouvent leur calme. L’analyse de leurs données physiologiques confirme que la contemplation d’images de nature les calme davantage que les autres images. Mais le plus remarquable, c’est que cet effet est préventif. En effet, des personnes exposées à des images de paysages naturels agréables pendant et après le choc du stress, ont une meilleure variabilité cardiaque et leur activité parasympathique fonctionne mieux .
La nature soulage les douleurs
En outre, Roger Ulrich rapporte que les personnes hospitalisées bénéficiant d’une fenêtre avec vue sur parc guérissaient plus et consommaient moins d’antidouleurs. La raison en est que les plantes sont des antidouleurs naturels, elles favorisent la production d’endorphines dont la qualité naturelle d’analgésique accroît la résistance à la douleur.
Toujours selon les travaux d’Ulrich, une fenêtre sur la nature peut économiser une journée d’hospitalisation, en plus de réduire la tension et le stress du personnel hospitalier. De plus, quelques années plus tard, en 2014, une étude publiée par le Département de la santé britannique confirme la théorie d’Ulrich. Bref, accueillir la nature au sein des hôpitaux pourrait faire économiser des coûts de santé important au pays.
La Nature, notre premier soutien
Joie et paix intérieure
En 2006, 2010 et 2011, une série d’études sud-coréennes reprend l’expérience de Roger Ulrich avec les photos de paysages naturels et urbains. En effet, le but est de découvrir l’impact de la nature sur nos circuits neuronaux en utilisant des techniques d’imagerie cérébrale à résonnance magnétique (IRM). Les photos sont là aussi exposées très rapidement pour ne solliciter que le cerveau limbique inconscient et observer ses réactions spontanées. Les résultats sont :
Au contact de paysage naturel
il semblerait que lorsque nous voyons des paysages naturels, l’activité du cortex cingulaire antérieur qui régit les émotions est stable. De plus, comme les souvenirs heureux, la vue de la nature active l’insula, une zone associée à des sentiments d’amour et de joie.
Au contact de paysage urbain
En revanche, les paysages urbains, stimulent l’amygdale, le centre de la peur et de la fuite, dont la fonction est de détecter les menaces. Une amygdale sur-sollicitée entraîne les troubles anxieux et une dépression.
L’angoisse urbaine
Aussi, en 2011, Andreas Meyer- Lindenberg, spécialiste international de l’imagerie cérébrale, travaillant à l’Institut pour la santé mentale à Mannheim, a publié une étude démontrant que plus nous habitons dans une grande ville, plus notre amygdale est activée. A la campagne, son activité est nulle. Par ailleurs, une autre partie de l’expérience s’est intéressée aux nourrissons. Les conclusions complètent celles de la première partie. A savoir que les personnes nées en ville ont la zone du cortex et de l’amygdale qui réagit plus vite et se calme moins rapidement que chez les personnes nées à la campagne.
En conclusion la nature nous fait du bien à tous, individuellement. Mais qu’est-ce que cela veut dire à l’échelle collective ?
Verdir les banlieues grises
En 2008, le prestigieux magazine scientifique The Lancet publie une étude de Richard Mitchell, chercheur de l’université de Glasgow, qui démontre les bienfaits de la nature sur notre santé. L’étude révèle que la fréquentation des parcs urbains diminue grandement les maladies cardio-vasculaires et les risques d’obésité infantile, soulignant que chez les populations les plus précaires, ces effets étaient encore plus marqués.
Conclusion ? Chez ceux qui connaissent un quotidien difficile, la proximité de la nature est encore plus nécessaire. Alors pour une meilleure cohésion sociale , pourquoi pas verdir les banlieues grises ?
La paix sociale
Qui dit meilleure cohésion sociale, dit moins de violence. Or, là encore les études semblent prometteuses quant au rôle-clé de la nature. « Deux chercheurs en géographie urbaine de l’université Temple à Philadelphie ont confirmé cette diminution du nombre de crimes et délits dans les quartiers verts, indépendamment du statut socio-économique des habitants. Vivre près de la nature, c’est le quadruple gain : meilleure santé mentale et physique, sécurité et qualité de vie supérieures. »
Devons-nous donc retourner vivre dans les forêts pour vivre heureux, et mieux vivre ensemble ? Pas nécessairement, qu’on se rassure. Il suffit en réalité d’intégrer dans son quotidien un petit tête-à-tête hebdomadaire avec la nature.
Un bain de nature par semaine
Les Japonais ont raison
Le bain de forêt , est une tradition japonaise qui consiste à effectuer une petite marche tranquille ponctuée de pauses contemplatives. Durant l’une d’elle, on organise une cérémonie de thé . Le but étant de se consacrer sur ses 5 sens pour faire le vide dans sa tête.
Toutefois, il existe une alternative à la cérémonie du thé.
Le conseil de Pascale d’Erm
Pour bénéficier des bienfaits de la nature, une marche de 40 min par semaine dans un bois ou un parc suffit. On retrouve le Japon dans l’intention, à savoir sortir de ses pensées ressassées et contempler la nature.
Il est, en effet, beaucoup plus facile de sortir de ses sombres pensées quand la beauté nous entoure.
Une pause verte, sans écran
Pour profiter des bienfaits de la nature, consacrez 40 minutes de pause verte une fois par semaine, ou tous les jours si vous habitez à côté d’une plage, d’un bois ou d’un parc en centre-ville.
Peu importe où vous serez, le principe reste le même : seule l’intention compte. Laissez chez vous vos appareils électroniques pour vous consacrer entièrement à votre rendez-vous vert. Pendant celui-ci, essayez d’établir autant de contacts physiques que possible avec la nature : marcher pieds nus, vous allonger sur le sol. Faites-en un rituel non négociable.
L’éventail des effets de la nature
Les très nombreuses expériences scientifiques sur les bienfaits de la nature, venant des quatre coins du globe, convergent vers la même conclusion. La chercheuse Ming Kuo résume :
L’éventail des effets de la nature sur la santé est stupéfiant, y compris sur la dépression et les troubles de l’anxiété, le diabète sucré, les troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité, certaines maladies infectieuses, le cancer, la récupération postopératoire, l’obésité, les suites de couche, les maladies cardiovasculaires, les troubles musculosquelettiques, la migraine et les maladies respiratoires, tels que les allergies notamment.
Voir, toucher, écouter : ce qu’en dit Kathy Willis
Kathy Willis, ancienne directrice scientifique des Jardins botaniques royaux de Kew et professeure à l’Université d’Oxford, est reconnue pour ses recherches sur la biodiversité végétale et ses impacts sur la santé humaine. Invitée du podcast BloomingYou, l’auteure de Naturel : Pourquoi voir, sentir, toucher et écouter les plantes nous fait du bien (Seuil) explique comment un simple regard sur des arbres, le bruissement des feuilles ou le contact d’une plante peuvent améliorer notre bien-être.
Des paysages ouverts plutôt que trop denses
« L’interaction avec la nature déclenche des réactions psychologiques et physiologiques. Ces réactions dans notre corps et métabolisme entraînent des changements réels. Elles apportent un calme profond et renforcent notre résilience », explique-t-elle. Selon elle, les paysages dégagés affectent notre activité cérébrale : « Voir des paysages à découvert, avec quelques arbres, déclenche automatiquement une réponse dans notre corps. Cette réponse apporte un calme immédiat. »
À l’inverse, « lorsque la végétation est trop dense, elle peut créer une sensation d’enfermement ou d’obscurité, provoquant un sentiment d’inconfort, voire de stress ». Des paysages équilibrés, avec une densité modérée d’arbres, des arbres espacés ou des vues dégagées vers l’horizon, offrent au contraire un espace où l’esprit peut s’apaiser. D’où l’importance de concevoir les espaces verts de manière réfléchie, que ce soit dans les zones urbaines ou rurales.
Le vert, le bleu et la créativité
« Lorsqu’on demande à quelqu’un d’être créatif en utilisant une feuille de papier verte, il est statistiquement plus créatif que s’il utilisait une feuille rouge ou violette », rapporte Kathy Willis. Le bleu, proche du vert sur le spectre colorimétrique, est surtout connu, selon elle, pour favoriser la concentration. Elle évoque une étude menée au Pays de Galles sur une cohorte de 2 millions de personnes : plus les individus vivent à proximité d’espaces bleus ou verts, mieux ils se sentent mentalement.
Le toucher et le son
« Toucher du bois, comme du pin naturel, fait baisser la pression artérielle », affirme Kathy Willis, alors que toucher du marbre ou de l’acier inoxydable ne produit pas le même effet. Quant aux sons, « les études montrent que le chant de certains oiseaux provoque des réactions physiologiques qui apportent du calme ».
*Source : Pascale d’Erm, « Natura. Pourquoi la Nature nous soigne et nous rend plus heureux ? », éditions Les Liens qui Libèrent, 2019
Sources scientifiques
White M. P. et coll., “Spending at least 120 minutes a week in nature is associated with good health and wellbeing”, Scientific Reports, 2019 (étude transversale, 19 806 participants). Lien
Ulrich R. S., “View through a window may influence recovery from surgery”, Science, 1984 (46 patients, séjour 7,96 vs 8,70 jours). Lien
Twohig-Bennett C. et Jones A., “The health benefits of the great outdoors: a systematic review and meta-analysis of greenspace exposure and health outcomes”, Environmental Research, 2018, vol. 166, p. 628-637. Lien
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