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Comment faire la paix avec son passé ?

  • mis à jour le mercredi 22 avril 2020
  • 6 Min de Lecture

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Initiation à la sociologie clinique

Vincent de Gaulejac, figure de la sociologie clinique

Jean-François Mattei, ancien ministre de la Santé, nous l’avait confié : la médecine mentale ayant deux siècles de retard par rapport à la médecine somatique, la psychiatrie a de l’avenir et les recherches à venir promettent d’être fructueuses.

Dans cette exploration, un homme joue sa partie : Vincent de Gaulejac, connu parmi les sociologues pour être l’une des figures du courant de sociologie clinique. Un courant conçu à l’Université Paris Diderot, où il enseigne depuis 30 ans. Il est également président du Réseau International de sociologie clinique, et Doctor Honoris Causa des Universités de Mons (Belgique) et Rosario (Argentine).

Entre sociologie et psychanalyse 

Que peut bien être la sociologie clinique ? C’est une discipline qui se fonde autant sur la recherche sociologique que sur la thérapie clinique. Et à première vue, ces deux positions sont contradictoires.

Vincent de Gaulejac le concède : « la posture sociologique c’est la position savante, de la science et de la théorie. La posture clinique est impliquée, centrée sur la personne, le vécu, la compréhension et l’empathie. »  Mais au lieu d’opposer ces deux canaux de connaissances, Vincent de Gaulejac les a associés.

Entre individualité et société

La sociologie clinique part du principe qu’on ne peut comprendre complètement les phénomènes sociaux que si on prend en compte le vécu et les représentations mentales que les individus s’en font. Le sens qu’ils donnent à leur vécu et leur histoire permet de comprendre comment ces phénomènes sont assimilés et reproduits de génération en génération.

On peut remarquer que l’inverse est tout aussi vrai. On ne peut comprendre totalement quelqu’un que si on prend en compte le contexte social, politique et économique qui l’a vu grandir et évoluer. Son caractère et son contexte familial ne suffisent pas toujours.

C’est grâce à cette connaissance globale d’un individu que l’on peut faire émerger les troubles et blocages émotionnels qui ont pris racine dans un contexte social précis. C’est ce qu’on appelle les nœuds socio-psychiques.

Comment dénouer les nœuds socio-psychiques ?

Les objectifs de la clinique sociologique

Côté recherche, la sociologie s’appuie sur des supports de vécus personnels pour suivre deux objectifs :

  • « Développer une analyse dialectique entre le poids des contextes sociaux et la capacité des individus d’être créateurs d’histoire. »
  • « Chercher à démêler les nœuds complexes entre les déterminismes sociaux et les déterminismes psychiques, dans les conduites des individus ou des groupes »

Côté clinique, sa démarche est similaire à une pratique thérapeutique qui regroupe des intervenants ouverts à la réflexion sur leur propre vie. Tout le monde peut y aller. Par le récit de leur histoire (ou vécu), le sociologue clinicien cherche à comprendre quels conflits mis sous cloche sont à l’œuvre derrière les blocages émotionnels, et tendent à reproduire les schémas du passé.

Pour ce faire, Vincent de Gaulejac et ses collaborateurs ont pensé différents outils thérapeutiques, dont la clinique de l’historicité.

La clinique de l’historicité : devenir historien de soi-même

L’ambition de la clinique de l’historicité est de devenir historien de soi-même. Il va s’agir de retourner dans le passé pour comprendre les traumatismes et conflits non réglés, tirer les leçons de vie et « mieux se positionner dans le présent et se projeter dans l’avenir ».

Différentes thématiques sont proposées pour comprendre en quoi nous sommes limités dans nos choix et parcours de vie :

  • Les métiers
  • Les valeurs et croyances
  • Les attentes parentales (explicites ou implicites), leurs effets et contradictions sur les personnes
  • Les histoires et secrets de famille qui ont pollué l’enfance
  • L’environnement social et économique
  • Les liens avec les institutions (police, armée, justice) ou les organisations (politique, associative, sportive) rencontrées.

Une vision de soi à 360° degré

Nous nous croyons souvent être acteurs de nos vies. Or, c’est plus subtil que cela. Nous sommes influencés par différents déterminismes (social, familial et affectif). Dès lors, on prend conscience que nos choix (de travail, de conjoint) ne sont jamais neutres, mais toujours circonstanciels.

Cette vision de soi quasi-complète éclaire une réalité que nous ne prenons pas toujours en compte : nous sommes tout autant le produit d’un contexte socio-historique que les acteurs de notre vie. « Nous n’avons pas une histoire, nous sommes l’histoire ».

Grâce à cette prise de conscience, nous développons un nouveau regard sur notre vécu. On lui donne un sens nouveau, qui s’associe souvent à un sentiment de sérénité ou de paix avec soi et le monde.

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L’histoire de Laurent : de la nécessité sociale à la nécessité psychologique

Une vie dure engendre des cœurs durs

Laurent est un grand gaillard d’une quarantaine d’années. Il a décidé de venir à la clinique sociologique pour mieux comprendre son mal-être. La thématique du groupe est la famille, et Laurent est invité à décrire la sienne et le contexte socio-historique dans lequel il a grandi.

Dans son récit, Laurent évoque surtout les hommes. Son père et ses deux grands-pères. Tous les trois ont des histoires similaires : qu’ils aient pu être commerçant, artisan ou paysan, la vie ne les a pas épargnés. Ils ont dû se dévouer corps et âme à leur travail pour arriver à subvenir (chichement) aux besoins de leur famille.

Enfant, Laurent ressent chez son père une colère froide et une violence contenue qui le tétanise. Son père ne le touche pas, ne le regarde pas, ne s’intéresse pas à ses peurs ou ses rêves. Cette froideur sera sa plus grande blessure affective, il se croira fautif. L’enfant ne comprend pas que l’objet de la colère paternelle sont les conditions de vie de misère dans lesquelles ils vivent.

Dans cette ambiance familiale froide et sévère, il n’est donc pas question de parler sentiments ou émotions. Les sentiments ramollissent le cerveau, et rendent sensibles. Quand la vie nous est trop dure, on le devient automatiquement, parce qu’on ne peut pas se permettre d’être autrement si on veut survivre. C’est ce que les conditions sociales ont inculqué aux grands-pères et au père de Laurent.

La violence psychologique en héritage

Petite parenthèse, rappelons que les milieux sociaux populaires ont longtemps été condamnés à trimer comme des forçats. La classe moyenne, les congés payés, les weekend et biens de consommation accessibles à tous n’ont que 60 ans d’âge de vie. L’atmosphère familiale de Laurent était et est commune à beaucoup de familles d’ouvriers, de paysans et de petits artisans ou fonctionnaires. Il n’y a qu’à écouter nos grands-parents parler de leur jeunesse.

Devenu adulte, Laurent se montre tout aussi courageux et travailleur que les hommes de la famille. Mais tout aussi renfermé et sévère. Il devient technicien puis cadre. Et il se marie avec une femme qu’il adore et devient le père d’une petite fille.

Il est sorti de la nécessité sociale qu’ont connu ses parents et ses grands-parents. Il pourrait se détendre. Mais non, comme ses père et grands-pères, il n’a que le travail en tête. Sa femme n’entend jamais un mot d’amour de sa part, et sa fille reçoit des « corrections maisons » quand elle ne travaille pas bien à l’école.

Comment se fend une carapace 

Mais un jour, Laurent est bouleversé. Sa fille, un soir, pose sa tête sur ses genoux et le remercie de ne pas l’avoir battu dans la journée. C’est un coup de massue : la petite vient de renvoyer à Laurent l’image d’un homme violent, alors qu’il s’est toujours estimé être un homme droit et honnête. Fondamentalement bon en dessous de sa dure carapace, comme son père et grand-père.

Laurent n’est effectivement pas un homme violent par nature, c’est son histoire qui l’a fabriqué ainsi. En prenant en compte les déterminismes sociaux qui ont rendu ses parents durs, ainsi que ses propres déterminismes affectifs et familiaux, il prend conscience des nœuds socio-psychiques qui ont agi en lui.

Il a reproduit le comportement de ses ailleuls pour leur témoigner sa loyauté, sa reconnaissance, et donc au final son amour qu’il ne savait pas exprimer autrement. Et qu’il n’a d’ailleurs jamais explicitement reçu. Le tempérament des pères forgé par nécessité sociale s’est maintenu chez Laurent par nécessité psychologique. Comprendre ses nœuds socio-psychiques a permis de les dénouer.

« Si nous ne pouvons changer notre passé, nous pouvons cependant changer la façon dont l’histoire est agissante en soi ». Et c’est surtout ainsi que nous pouvons faire la paix avec le passé, sans qu’il ressurgisse aujourd’hui et demain.

Source : Vincent de Gaulejac, « Dénouer les nœuds socio-psychiques. Quand le passé agit en nous », éditions Odile Jacob, 2020
écrit par

Camille

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