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Secrets d’Histoire : Les femmes pirates

  • mercredi 7 mars 2018
  • 10 Min de Lecture

La femme, une guerrière ! 

Elles ont été moussaillons, capitaines ou encore amirales, et ont marqué le quotidien de ceux qui ont croisé leur route. Toutes ont existé, les documents des tribunaux de l’époque ou encore les runes des pays du Nord nous rapportent leurs incroyables histoires. Vous allez découvrir ici trois types de femmes, différents profils, différents destins, différents caractères, mais toutes impitoyables quand il s’agit de partir à l’abordage !

Alfhild de Gotland, le conte de fée d’une princesse pirate

Commençons au VIIIème siècle avec Alfhild, fille de Siward, roi Viking de Gotland, une île située au sud-est de la Suède. Enfant, la petite Alfhid reçoit une éducation stricte et triste où lui sont enseignées réserve et humilité. Sa mère, en particulier, y veille. Obéissante, Alfhild suit ses ordres et enfile des couches de vêtements pour cacher ses formes. Puis, vint le jour où la jeune fille devient jeune femme, étape d’une vie où son père décide de la marier.

Siward est roi, qui plus est Viking. Pour qu’il daigne accepter d’offrir la main de sa fille à un homme, celui-ci devra passer un test : tuer deux vipères qui gardent l’entrée d’une chambre. Pas d’échec prévu au programme, c’est le mariage ou la décapitation immédiate pour ceux qui échouent. Les prétendants se présentent, les têtes découpées s’accumulent, jusqu’à ce que prenne fin cette série noire avec la venue d’Alf, le fils du roi de Danemark. Le prince fait un sort aux deux vipères en les décapitant d’un coup sec. La fille est donc à lui. Mais pas si vite. Siward prévient le prince qu’Alfhild devra être consentante à ce mariage. Pas d’inquiétude à ce niveau-là, Alfhild dévore le prince des yeux et accepte ce mariage, sans rien cacher de son enthousiasme. Une joie trop manifeste aux yeux de sa mère, qui lui fait remarquer son indécente légèreté à céder au prince tout de suite. Coincée à nouveau. Alfhild ne veut pas déplaire à sa mère, mais elle ne tient pas non plus à humilier Alf. Pour gagner du temps, autant mettre de la distance : Alfhild choisi de fuir en mer. Elle prend un navire et enrôle un équipage exclusivement composé de femmes. Il est commun que les femmes Vikings savent aussi bien naviguer que manier les armes. Ces dames troquent donc leurs robes contre armures, haches, épées, casques, boucliers, et prennent le large.

Exclusivement féminin au départ, l’équipage d’Alfhild devient mixte suite au recrutement d’aventuriers orphelins de leur capitaine. Ensemble, ils enchaînent les raids et leur réputation de pirates sanguinaires grandit. Ils versent le sang, sèment le chaos, récoltent fourrures, soies, bijoux et même du vin quand les dieux sont sympas. Les bateaux pillés proviennent des pays baltes, d’Europe centrale ou des îles Britanniques. De son côté, Alf sillonne les mers pour chercher sa promise. Il la retrouvera par hasard, alors que celle-ci avait accosté dans un fjord étroit et profond de Finlande. Après une longue traversée en mer, de nuit comme de jour, Alfhild avait estimé que tout le monde avait besoin d’une bonne nuit de sommeil sur terre. Ignorant que la flotte inconnue est celle d’Alf, Alfhild se voit contrainte de revoir ses plans. Au lieu d’aller se coucher, elle décide de reprendre les armes au cas où ces nouveaux-venus auraient de mauvaises intentions. La meilleure défense c’est l’attaque, n’est-ce pas ?

Le combat s’engage. Pendant un duel, le casque d’Alfhild lui est arraché et Alf qui coupait des bras et des jugulaires à deux pas, la reconnait et pousse un immense cri indiquant à ses hommes de ne plus combattre. Notre couple se retrouve enfin. Sa mère n’étant pas là pour casser l’ambiance, Alfhild file se changer pour passer une tenue plus seyante, mettre un peu de rouge et quelques bijoux. C’est sous ses plus beaux atouts et un immense sourire qu’elle se présente à nouveau devant un Alf ahuri mais conquis. Vaincue par les armes et surtout par l’amour, Alfhid met un terme à sa carrière de pirate, épouse son Viking et fonde un foyer. Happy end les amis !

Mary Read, pirate malgré elle

Remontons les décennies pour atterrir dans les années 1675-1685, en Angleterre où vit Mary Read, enfant du peuple et reine du travestissement. Depuis sa naissance, sa mère l’habille en petit garçon. Amoureuse de la vie et loin d’être folle, la mère de Mary était l’épouse d’un marin avec qui elle avait eu un petit garçon. L’époux partit un jour en mer pour ne jamais revenir. Sans revenus, la jeune mère s’était vue soutenue financièrement par sa belle-mère pour le bien du petit-fils. Sans mari, la jeune femme put profiter d’autres attentions masculines, jusqu’à en tomber enceinte. Pour éviter le scandale avec belle-maman, elle part accoucher à la campagne, endroit qui marque la naissance de sa fille et la mort de son premier garçon. En ces temps, il est malheureusement commun que les jeunes enfants décèdent prématurément. Les chiffres sont effarants : la moitié des enfants mourraient avant 10 ans, et l’espérance de vie était estimée à 25 ans. Pour la mère, c’est un double drame : la mort de son fils signifie aussi la fin de la générosité de mamie. C’est en regardant son nourrisson que lui vient une idée : pourquoi ne pas travestir sa fille en garçon ? La rente est sauvée, et Mary joue le jeu bien volontiers, jusqu’à y prendre goût toute sa vie.

Les années passent, la grand-mère qui n’est pas totalement sénile découvre le subterfuge et meurt sans laisser l’héritage. La mort emporte aussi la mère, et la misère étrangle une Mary adolescente. Comment gagner sa vie ? Etre domestique ne lui vient même pas à l’esprit. La bonne idée serait d’améliorer son déguisement d’homme et de partir à l’armée. Une fois l’art du déguisement maitrisé, Mary s’engage. Elle fait ses armes pendant quelques années puis se retrouve démasquée par un soldat. Usant de ses charmes, elle le convainc de l’épouser et de partir s’installer. Les jeunes mariés ouvrent une auberge, mais celle-ci sera détruite et dans l’incendie le mari de Mary périt. A nouveau sans sous et sans personne, Mary rêve toujours de faire fortune, elle reprend donc ses vêtements d’homme et s’engage sur les navires de la Compagnie des Indes Occidentales. En cours de voyage, son bâtiment se fait attaquer par des pirates. Ces derniers l’emportent. Etant à la recherche d’hommes, ils proposent aux survivants de choisir entre la piraterie ou la mort. Pour Mary, c’est tout vu.

Les nouveaux pirates sont mis au parfum. Ils auront le droit de donner leur avis sur l’autorité du capitaine ou les prochains raids. Chaque voix compte. Ils auront aussi leur part du trésor et chacun devra verser une petite somme de côté en cas de besoin (comme une sorte de caisse d’assurance sociale). En contrepartie quelques règles s’imposent : pas de trahison, pas de désertion et pas de viol de femme honnête sur le bateau. Pour Mary, ces conditions sont plus qu’honnêtes, voire plus avantageuses que les conditions de salaire et de vie à l’armée ou sur les navires marchands. C’est ainsi que Mary Read devient pirate.

Les années passent jusqu’à 1718, année qui aurait pu être celle de la retraite de Mary de la piraterie, mais ce ne fut qu’une parenthèse. Cette année, les autorités en la personne du roi d’Angleterre, George Ier, reconnaissent leur impuissance face au fléau pirate et offrent l’armistice à tous les flibustiers qui se rendent. Mary fait partie de ceux-là et gagne la paix et la réhabilitation dans la loi. Mais pour notre femme-pirate, comme pour ses compagnons, la vie à la terre lui est difficile. Elle n’a pas économisé, elle ne sait rien faire à part se battre et elle se voit mal finir sa vie à s’imbiber d’alcool comme le font les autres orphelins-pirates. Que fait-elle ? Elle repart, bien sûr, à nouveau sur un navire marchand. Elle n’est pas seule à reprendre la mer, d’autres anciens pirates suivent son exemple. A bord, les anciens durs à cuire semblent avoir du mal avec le rigide et autoritaire capitaine. Une mutinerie explose et le navire marchand devient un navire pirate, Mary retombe à nouveau dans l’illégalité. Très vite, l’équipage de Mary Read fini par croiser et rallier celui du fameux Rackham le Rouge.

Dans cette vie rude et agitée, notre pirate trouve quand même du réconfort. Alors que des hommes sont recrutés de force dans la piraterie, l’un d’entre eux attire son regard. Il est blond, il vient des plaines de la Flamande et a tapé dans l’œil de Mary. Prudente, elle se lie d’abord d’amitié avec lui en tant qu’homme. Une fois qu’elle est sûre d’avoir gagné estime et confiance, elle se dévoile. L’effet de surprise passé, le jeune homme répond à son amour. Les mois de pirateries passent tranquillement, les pirates ont bon vent, mais les gouverneurs du Nouveau Monde, et notamment celui de Jamaïque, veulent prendre sérieusement les choses en main. 1720 sera l’année fatidique où toute la bande de pirate de Rackham le Rouge est arrêtée. Le gouverneur n’ira pas de main morte, tous les pirates sans exception sont pendus. En découvrant que l’un d’entre eux est une femme, les messieurs de la justice se trouvent bien embêtés. Mary aura droit à un procès, une occasion pour elle de raconter son histoire. Celle-ci ne manquera pas de toucher l’assistance. C’est la pauvreté et les circonstances de la vie qui l’ont jeté dans les bras de la piraterie, pas sa volonté propre. Néanmoins, elle affirmera qu’après avoir vécu une vie de liberté en tant que pirate, la mort lui est préférable à une vie réprimée et de labeur. Mary va trop loin en froissant les susceptibles oreilles des autorités judiciaires. C’est sans surprise qu’elle s’entend être condamnée à la pendaison.

Ching Yih Saou, la pirate au teint d’ivoire

Terminons notre voyage en mer en Extrême-Orient, aux côtés de Ching Yih Saou et de sa grande confédération pirate de la mer de Chine.

Nous sommes en 1796, et Kien Long, dernier empereur de la dynastie mandchoue des Qing décède et laisse dernière lui un empire qui n’a jamais été aussi vaste qu’instable. Entre insurrections populaires, corruptions de l’appareil et de la Cour, et des appétits de l’Angleterre, l’empire du Milieu étouffe. Dans ces conditions, Jia Qing récupère un empire en kit, militairement affaibli et incapable de rétablir l’ordre sur les mers, notamment dans les provinces du Sud-Est, où sévit des pirates sans foi ni loi, mais pas sans éducation.

Effectivement, une partie des pirates chinois de cette époque est composée d’individus cultivés, devenus pirate pour s’opposer aux mandarins, des Tartares qu’ils voudraient renverser pour rétablir la dernière dynastie chinoise. Tout aussi instruits qu’ils soient, ils n’en sont pas moins dangereux et violents, et s’appuient sur des milliers de pécheurs affamés. Parmi ces pirates, une femme, une amirale : Ching Yih Saou. Qui est-elle ? Elle vient de la noble famille des Shih, et est la veuve du pirate Ching Yih, fils et frère de pirate. A son mariage, elle prit le nom de Ching Yih Saou, comprenez « L’épouse de Ching Yih », « Madame Ching ». Pour faire plus simple, elle se faisait appeler Madame. Comme cadeau de mariage, elle avait reçu de son époux le commandement de la flotte principale. Fin 1807, son époux décède et c’est tout naturellement que Madame devient la nouvelle amirale de l’ensemble de la flotte pirate : 800 grandes jonques, 1000 petites jonques et 70 000 hommes. Elle restera leur chère amirale pendant 3 ans, sans jamais être contestée.

Il faut dire que Madame est une femme intelligente aux multiples talents. Sitôt amirale, elle se met dans la poche le bras droit de son défunt mari, le fidèle Chang Paou, qui lui sera tout aussi dévoué et loyal. C’est par ailleurs une vraie gestionnaire d’entreprise, sur ces milliers de bateaux elle organise la vie des 70 000 hommes, ainsi que celle de leurs femmes et de leurs enfants. Eh oui, les pirates n’avaient pas de foyer sur terre et vivaient tous sur les navires. Ils pouvaient amener une femme à bord, à condition seulement de l’épouser. Madame tenait à ce que l’ordre moral et la discipline fassent loi sur ces navires. Madame a bien sûr le sens de l’organisation : elle crée un magasin, ouvre un registre où tout y est scrupuleusement noté. Naturellement, c’est elle seule qui s’occupe du partage. Elle organise la vie de la flotte comme si c’était une grande famille. Les pirates sont rassurés : ils sont sûrs d’être payés et de manger à leur faim. Ce qui est beaucoup mieux que la misérable vie de paysan sur terre.

Elle n’est pas qu’une excellente gestionnaire, stratégiquement elle est aussi brillante. Prudente, elle s’assure de repérer les meilleures zones de replis pour échapper aux poursuivants dans les nombreux méandres et baies secrètes propres aux mers de Chines. Par ailleurs, Madame négocie avec les paysans : contre son assurance de ne pas être embêtés par ses pirates, ceux-ci leur fournissent du vin, des galettes de riz, ainsi que de la poudre à canon.

1809, Madame et ses flibustiers règnent en maîtres sur les mers de Chine. Ils pillent qui ils veulent, quand ils veulent et où ils veulent. Le gouverneur de la province du Canton est au bord de la syncope et en informe l’Empereur chinois. Cela ne peut plus durer. Pour remédier à la situation, gouverneur et empereur envoient la crème des officiers de la marine chinoise. Problème, Madame est trop forte. Elle use de prudence, de courage, de vitesse, et de ce qu’elle préfère par-dessus tout, l’effet de surprise. L’élite militaire impériale est battue à chaque fois.

Face à la succession d’échecs cuisants et humiliants, l’empereur recourt à la méthode « Georges Ier d’Angleterre ». Si Madame ne peut être soumise par la force, essayons la voie de la paix avec une promesse d’armistice. Madame n’a pas d’autres choix que d’accepter cette proposition, qui au fond la tente beaucoup. Un de ses officiers, O Po Tae, la trahit et révèle au gouvernement toutes les combines et les cachettes de Madame. Femme intelligente et réaliste, Madame sent qu’une page se tourne. Elle se rend avec toutes les épouses de ses pirates et leurs enfants devant le gouverneur de Canton qui lui accorde comme promis le pardon de la Chine. C’est ainsi que plus de 80 000 pirates rendirent les armes cette année-là. Comme nous pouvons nous y attendre, Madame s’adapta très vite à ce nouveau tournant de sa vie. Elle décida d’investir tout son pactole dans une entreprise qui prospéra grâce à ses talents de gestionnaire et …. à la contrebande. Sacrée Madame !

Source : Marie-Eve Sténuit, « Femmes pirates. Les écumeuses des mers », éditions du Trésor, 2015

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