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Merde alors, je ne suis pas le Bouddha !

  • mercredi 29 juin 2016
  • 7 Min de Lecture

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Merde alors, je ne suis pas le Bouddha !

Trouver la paix intérieure !

Mercredi 23 décembre, je fais la crêpe dans mon lit alors que ce n’est pas encore l’heure de la chandeleur… Je tourne et tourne, incapable de dormir, à psychoter sur un challenge auquel je fais face… Et je me dis : « merde alors, 20 ans de développement personnel, 10 ans de pratique méditative et je suis là, à ne pas pouvoir fermer l’œil à 3h du matin! ».

Le lendemain matin, je me dis que j’ai là le fil conducteur du premier des articles que je veux écrire sur la paix intérieure.

Cette expérience de ‘psychote nocturne’, et le jugement par rapport à moi-même qui en a suivi, me rappellent en effet une première clé sur la paix intérieure :

…quelque soit l’endroit où je suis sur mon chemin de développement personnel, la paix intérieure commence par le simple fait d’accepter de ne pas toujours être en paix, justement…

Ce fameux concept d’impermanence dont les grands sages bouddhistes parlent tant. Pourquoi tenter de rejoindre la rive, dans un effort surhumain, alors que je suis embarquée par un courant rapide? Pourquoi ne pas simplement se laisser porter par ce courant – consciemment – et voir où il m’emmène?

Rappelons-nous Carl Jung, qui lui-même disait si bien : « Tout ce à quoi je résiste persiste » (à cette citation s’est rajouté plus tard « et tout ce que j’embrasse s’efface »)

Ce matin là, au moment même où j’embrasse cette ‘psychote nocturne’, je reviens dans la légèreté. Je me mets un nez de clown virtuel et souris à cet état émotionnel qui m’agite. Je peux ainsi me mettre en position d’observateur par rapport à moi-même (et mon cerveau!) et remarquer que : Derrière ces émotions désagréables et cette agitation, il y a un cerveau qui essaie de me dire quelque chose de très simple : « un ou plusieurs de tes besoins vitaux semblent challengés ma cocotte »…

Un principe fondamental du cerveau : Mes émotions sont des indicateurs hyper utiles de mes besoins vitaux.*

Si je ressens des émotions désagréables, c’est que mon cerveau m’indique que mes besoins de survie lui semblent menacés. Si par contre je ressens des émotions agréables, c’est qu’il m’indique qu’il pense que mes besoins de survie vont, à priori, être satisfaits (Mode MENACE et Mode RECOMPENSE – cf. brainy stuff #1).


Brainy stuff #1: Mode Menace et Mode Récompense, ou la source des émotions

Notre cerveau a une mission fondamentale : celle d’assurer notre survie.

Pour cela, le Dr Evian Gordon nous explique que notre cerveau suit un principe fondamental : celui de classer le monde autour de nous, soit en ‘bon pour ma survie’ ou ‘mauvais pour ma survie’. Chaque instant mon cerveau scanne et analyse mon environnement interne (pensées) et externe (venant de mes 5 sens) , et ainsi orchestre l’activation d’un des deux modes principaux suivants : le mode Récompense (qui me motive à aller vers les choses qui semblent répondre à mes besoins de survie – les récompenses) ou le mode Menace (qui m’éloigne des choses qui semblent menacer mes besoins de survie – les menaces).

Le mode Menace active, entre autre, la sécrétion d’adrénaline et de cortisol. Ces hormones déclenchent des comportements de fuite, d’attaque ou de paralysie. Je ressens des émotions désagréables (telles la peur, la colère, la tristesse, le dégoût) et mes capacités cognitives sont challengées (ma mémoire, ma capacité à trouver des solutions, mon attention, par exemple, sont limitées).

Le mode Récompense, lui, active entre autre la sécrétion de dopamine qui va me motiver à aller vers ces choses qui semblent répondre à mes besoins de survie. Je vais ressentir des émotions agréables et mes capacités cognitives sont optimisées.

Mes émotions sont ainsi des indicateurs très utiles…

Mais de quels besoins parlons-nous? Et comment le cerveau décide-t-il de ce qui constitue une menace ou une récompense?

Nota bene : nos émotions peuvent nous informer de bien plus que nos besoins fondamentaux. Notre alimentation, par exemple, a un impact sur nos émotions (voir cet article qui propose quelques références). Cette notion que les émotions nous indiquent nos besoins fondamentaux est importante mais n’explique donc pas forcément toutes les situations. A vous de voir ce qui est pertinent pour vous et s’il est nécessaire d’explorer d’autres avenues derrière vos émotions.

Quels sont les besoins vitaux du cerveau?

Manger, boire (de l’eau !), dormir sont les premiers besoins vitaux auxquels nous pensons.

Mais les besoins vitaux du cerveau ne se réduisent pas qu’aux besoins physiologiques de base. Mon cerveau traite les besoins sociaux et d’identité comme des besoins de survie. Cette notion n’est pas nouvelle. Abraham Maslow fut un des premiers à mettre cette théorie en avant dans les années 60. Aujourd’hui les recherches en neurosciences confirment cette théorie, et 5 catégories de besoins ont été mises en avant par David Rock (en plus des besoins physiologiques) dans son excellent bouquin « Votre cerveau au bureau » : cf. brainy stuff #2


Brainy stuff #2: Les besoins vitaux du cerveau selon David Rock 

STATUT : Mon importance relative aux autres; besoin d’être reconnu et apprécié pour qui je suis et ce que je fais.

CERTITUDE : Besoin de comprendre ce qui se passe; besoin de prévoir l’avenir.

AUTONOMIE : Besoin de prendre mes propres décision et d’avoir une liberté de pensée et d’action.

RELATIONNEL : Besoin d’intéragir avec des personnes de confiance, que je respecte, besoin d’amour.

ÉQUITÉ & JUSTICE : Besoin d’être traité de manière juste et équitable par rapport aux autres.

 

Mon cerveau passe donc son temps à se poser la question : est-ce que cette situation, personne etc. va potentiellement menacer ou récompenser (satisfaire) mes besoins de Statut, de Certitude, d’Autonomie, Relationnel, ou d’Équité?

Si un de ces besoins semble challengé, mon cerveau active alors le mode Menace, c’est à dire les mêmes parties du cerveau que si ma vie était physiquement menacée!

Mais sur quoi le cerveau se base-t-il pour prendre cette ÉNORME décision?…

Il se base sur ce qu’il connait : des données innées (tels des mécanismes de survie ancrés dès la naissance – un bébé prendra peur suite à un bruit très fort par exemple) et des données acquises – c’est à dire, toutes les expériences qu’il a enregistrées depuis qu’il est né, qui sont bien sûr imprégnées de notre culture, notre éducation et nos diverses expériences personnelles, en plus de notre patrimoine génétique. Cette analyse est essentiellement faite par le système limbique inconscient (en particulier l’amygdale et le cortex cingulaire antérieur) et le cortex préfrontal.

Autant vous dire que cette décision du cerveau est très subjective, pas forcément ‘Vraie’, et en plus elle est prise par une partie inconsciente du cerveau, 1/2 seconde avant même que nous n’en prenions conscience – Si nous en prenons conscience! 
Explorer les besoins de mon cerveau derrière mon chaos intérieur

Lorsque je vis un chaos intérieur, je peux alors consciemment aller explorer les besoins que mon cerveau cherche à exprimer au travers de mes émotions.

Quel(s) besoin(s) fondamental(aux) semble(nt) challengé(s) du point de vue de mon cerveau? Est-ce le besoin de statut, de certitude, d’autonomie, relationnel ou d’équité?

Pour reprendre mon cas de ‘psychote’ nocturne, et en creusant un peu, je me suis rendue compte que le vrai fond du problème était que je portais des choses qui en fait ne m’appartenaient pas, que mon cerveau percevait sûrement ça comme une injustice, une entrave à mon autonomie, et sans aucun doute une entrave à une relation paisible et riche. En fait cette ‘psychote nocturne’ était une chose magnifique car elle me montrait à quel point cette situation m’affectait et qu’il était temps que je me mette à l’action pour l’apaiser – car en y réfléchissant j’étais moi aussi responsable de ce qui se passait, je co-construisais cette difficulté!

Qu’est-ce que je fais de tout ça ?

  • 1ère Etape : J’embrasse mon chaos intérieur
    J’accepte mon état présent en me disant que mon cerveau inconscient essaie de  me dire quelque chose
  • 2ème Etape : Je questionne grâce à mon cerveau conscient 
    Je questionne la validité et l’intensité de l’interprétation inconsciente de mon cerveau. Après tout, mon cerveau fait ce qu’il peut, avec son expérience, ses références, et parfois il se trompe sur l’importance ou la validité de ses interprétations et jugements.
  • 3ème Etape : J’identifie les vrais besoins de mon cerveau
    Le(s)quel(s) des besoins de Statut, Certitude, Autonomie, Relationnel, Équité semble(nt) challengé(s)?
  • 4ème Etape : Je me mets à l’action 
    Quelles actions dois-je mettre en place pour satisfaire ces besoins (et me donner une petite dose de dopamine!), d’abord par moi-même, plutôt que d’attendre que les autres le fassent pour moi? Quelles conversations courageuses dois-je avoir pour exprimer mes besoins et poser une demande concrète à l’autre, afin de voir ensemble comment y répondre, si ces besoins impliquent d’autres personnes? Mais encore sur quelles choses dois-je finalement lâcher-prise?
  • 5ème Etape : Je manage mes attentes et avance pas à pas
    Peut-être me faut-il aussi manager mes attentes par rapport à moi-même. Chaque attente irréaliste que j’ai par rapport à moi-même me prépare à un sérieux crash de dopamine. Il me faut donc avancer petit pas par petit pas.
  • Se faire accompagner
    Et puis si mon chaos intérieur est dû à un traumatisme important, ou à des effets récurrents et très impactants dans ma vie, alors  pourquoi ne pas m’offrir le cadeau de me faire accompagner par un thérapeute afin d’aller mieux beaucoup plus vite!

Pour ma part, ma psychote nocturne m’a enseigné plusieurs choses sur ma quête de la paix intérieure : d’une part que le fond du problème était que je portais des choses qui en fait ne m’appartenaient pas (alors qu’on ne me l’avait pas directement demandé!), que mon cerveau devait être en mode menace sur ses besoins d’équité/justice, d’autonomie, et relationnel entre autre. J’ai pris conscience de ma propre responsabilité dans ce challenge et que l’action à mener était d’avoir une conversation courageuse pour exposer mes difficultés, mes besoins et trouver une solution avec les personnes impliquées. Mais encore, j’ai pris conscience qu’il me fallait lâcher-prise big time sur les choses que je ne contrôlais pas dans cette situation… Quelle idée de vouloir contrôler l’incontrôlable!!!… 😉

Nul doute que cela n’est pas la fin du chapitre, car non, je ne suis pas le Bouddha, ou autre personnage représentant cette grande sagesse et paix intérieure. Mais il y a une chose que je sais : si chaque jour, je m’accepte telle que je suis – avec ma lumière et mon ombre – et je m’arrange pour mettre des actions simples en place, afin de remettre mon cerveau conscient aux commandes – plutôt que de me laisser contrôler par mon cerveau inconscient – alors tout ira bien qui finit bien… 🙂

RÉFÉRENCES : 

[1] - “What you resist persists.” But what did Jung really mean by this?"

[2] - David Rock, "Your Brain at Work: Strategies for Overcoming Distraction, Regaining Focus, and Working Smarter All Day Long ", HarperBusiness Edition, 2009, pp. 105 (version française: Votre cerveau au bureau : Le mode d'emploi efficace),

[3] - Antonio Damasio, Descartes' Error: Emotion, Reason and the Human Brain pp 127-164 (version française : L'erreur de Descartes : La raison des émotions)
écrit par

Christelle Lauret

Savoir être

Sagesse & philosophie

Se connaître

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