Publié le 02/09/2026
Santé intégrative
Guérisons inexpliquées du cancer : ce que onze « condamnés » ont appris au Dr Yann Tiberghien
Podcast BloomingYou, entretien mené par Amal Dadolle avec le Dr Yann Tiberghien, médecin généraliste, auteur de « Ils étaient tous condamnés, 11 récits de guérisons inexpliquées » (Presses du Châtelet, 2023).
En résumé. Une guérison inexpliquée, c’est la disparition durable d’un cancer que la médecine tenait pour incurable, sans que les traitements reçus suffisent à l’expliquer. Le phénomène est documenté depuis plus d’un siècle, et il est rare. Dans les années 1990, le Dr Yann Tiberghien a consacré sa thèse de médecine à onze de ces patients, choisis dans plus de deux cents dossiers par le professeur Henri Pujol, cancérologue à Montpellier. Il ne leur a pas demandé des chiffres, mais leur histoire. Tous, séparément, lui ont dit la même chose : « si je suis là, c’est grâce au cancer ». L’article restitue ce qu’il en a tiré, deux récits de bascule, sa réponse sans détour à la question « faut-il arrêter les traitements ? » (non), et ce que la recherche établit, ou n’établit pas, sur le lien entre l’esprit et la maladie.
Ce que contient la suite
La suite développe :
- Qu'appelle-t-on une guérison inexpliquée du cancer ?
- Pourquoi la science s'intéresse enfin à ses propres exceptions
- Une thèse de médecine hors norme, Montpellier, 1994
- La phrase que tous ont prononcée : « si je suis là, c'est grâce au cancer »
- Ce que les onze témoins avaient en commun, selon le Dr Tiberghien
Environ 18 minutes de lecture, 4 038 mots.
Qu'appelle-t-on une guérison inexpliquée du cancer ?
Le terme médical le plus proche est rémission spontanée : la régression partielle ou complète d'une tumeur en l'absence de traitement, ou sous un traitement jugé insuffisant pour la produire. En 1966, les chirurgiens américains Tilden Everson et Warren Cole en ont recensé 176 cas dans la littérature mondiale entre 1900 et 1960, après avoir écarté tous ceux dont le diagnostic n'était pas confirmé. Une revue publiée en 1990 dans Acta Oncologica a prolongé ce recensement jusqu'en 1987 et conclu que la littérature « reste incapable de fournir une explication non ambiguë des mécanismes » à l'œuvre. Les hypothèses avancées sont surtout immunologiques, hormonales ou infectieuses. Amal Dadolle rappelle dans l'entretien que la rémission spontanée « existe, mais reste rarissime ». Le Dr Tiberghien, lui, refuse le mot pour ses onze patients. « Tous les témoins me disent que ce ne sont pas des rémissions spontanées. Ce sont des guérisons qu'ils ont recherchées. Ils ont travaillé pour ça. » C'est la distinction qui structure tout son travail : non pas un accident biologique heureux, mais un chemin que la personne dit avoir parcouru. Il refuse aussi le mot « miraculé », même pour les deux témoins passés par Lourdes. Il préfère « patients extraordinaires ». Cette distinction est la sienne. Rien, dans l'état de la science, ne permet de trancher entre les deux lectures pour un cas donné. C'est précisément ce qui rend ces histoires si difficiles à interpréter, et si tentantes à surinterpréter.Pourquoi la science s'intéresse enfin à ses propres exceptions
Pendant longtemps, un patient guéri contre toute attente sortait des statistiques et du champ de vision. Cela change. Cure51, une société française de recherche cofondée par plusieurs grands centres européens de cancérologie, dont Gustave Roussy, le Centre Léon Bérard et la Charité de Berlin, conduit depuis 2024 l'étude ROSALIND. Elle compare la biologie de patients ayant survécu au moins cinq ans à un diagnostic de stade 4 dans trois cancers réputés parmi les plus meurtriers (adénocarcinome du pancréas métastatique, glioblastome, cancer du poumon à petites cellules étendu) avec celle de patients au parcours habituel. L'objectif est de comprendre, dans les tumeurs, le système immunitaire et le génome, ce qui distingue ces « outliers ». La question que pose cette étude est biologique. Celle que posait Yann Tiberghien trente ans plus tôt était humaine : que disent ces personnes de ce qu'elles ont vécu ? Les deux démarches ne se contredisent pas. Elles ne se valident pas non plus l'une l'autre.Une thèse de médecine hors norme, Montpellier, 1994
Yann Tiberghien est médecin généraliste, installé à Saint-Barthélemy, aux Antilles. Il se présente aussi comme homéopathe et acupuncteur. Jeune étudiant, il est frappé par le nombre de patients déclarés en fin de vie qui reviennent voir leur cancérologue quinze, vingt ou trente ans plus tard. Il veut en faire sa thèse. À la faculté de Lille, où il commence ses études, il estime n'avoir « aucune chance » de soutenir un tel sujet et change d'université pour Montpellier. Il raconte ensuite une tournée des bureaux qui vaut portrait d'époque. Un premier professeur l'écoute une heure, puis le menace : « si vous faites cette thèse, je me débrouillerai pour que vous ne soyez jamais médecin ». Il se tourne alors vers le professeur Henri Joyeux, chirurgien cancérologue montpelliérain qui venait, dit-il, de s'exiler à Paris après une rivalité publique avec son collègue Henri Pujol. Joyeux le félicite, se dit incapable de porter seul le sujet et l'envoie chez Pujol. Pujol lui fait la même réponse et exige Joyeux comme coprésident. La thèse sera finalement coprésidée par les deux hommes. Henri Pujol est alors professeur de cancérologie à la faculté de Montpellier et dirige le centre de lutte contre le cancer du Languedoc-Roussillon. Il présidera la Ligue nationale contre le cancer de 1998 à 2007. C'est lui qui donne au jeune médecin une lettre d'accréditation pour consulter les archives hospitalières. Tiberghien raconte que les dossiers qu'il cherchait lui étaient d'abord déclarés introuvables, jusqu'à ce que Pujol ajoute une mention autorisant l'accès aux dossiers « marqués d'un point rouge », ceux jugés trop polémiques pour être publiés. Il en rapporte 220. C'est ici que le projet prend sa forme. Pujol, enthousiaste, y voit une matière statistique. Tiberghien refuse : « Moi, je ne voulais pas faire une étude statistique. Ce qui m'intéressait, c'était l'être humain qui était derrière ces anomalies. » Il demande douze dossiers « carrés », c'est-à-dire des cancers de stade terminal pour lesquels la médecine avait tout tenté, afin qu'on ne puisse jamais objecter que le diagnostic était douteux ou qu'un traitement restait possible. Un cas sera récusé en cours de route. Restent onze personnes, qu'il va voir chaque mois pendant près de quatre ans, à travers l'Europe, avec des questions préparées, puis d'autres questions le mois suivant, une fois que le patient a lui-même réfléchi. Il en tire, dit-il, quatre cent cinquante pages d'analyse. Ces éléments sont ceux du récit de l'intervenant. BloomingYou n'a pas consulté la thèse elle-même.La phrase que tous ont prononcée : « si je suis là, c'est grâce au cancer »
Le jeune médecin arrivait avec une question de praticien : qu'avez-vous fait pour ne pas mourir ? Donnez-moi vos solutions, que je les transmette. Il décrit chaque fois le même regard interloqué. « Mais docteur, je ne comprends pas votre question. Aujourd'hui, si je suis là, c'est grâce au cancer. Si je n'avais pas eu de cancer, je serais mort. » Il faut prendre cette phrase pour ce qu'elle est : le sens que des personnes donnent, après coup, à ce qu'elles ont traversé. Elle ne dit rien des mécanismes. Elle dit beaucoup de la manière dont ces onze-là ont vécu leur maladie, et c'est cette manière que le livre documente. Tiberghien la résume par une image. Vous roulez dans une impasse, vous voyez le mur au fond. La plupart des gens, dit-il, accélèrent pour que ce soit fini vite. Ses onze patients ont freiné, fait demi-tour, et repris « leur chemin de vie de façon différente ». Il ne prétend pas que cela suffise. Il constate que tous l'ont fait.Ce que les onze témoins avaient en commun, selon le Dr Tiberghien
Interrogé sur les étapes communes qu'il a identifiées, Tiberghien prévient qu'il s'agit d'une analyse, d'une tentative de rendre lisibles des milliers d'informations recueillies pendant trois ans et demi. Voici les constantes qu'il cite. Accepter de mourir. « Ils ont commencé à guérir lorsqu'ils ont accepté que mourir demain était une possibilité. » C'est ce qu'il appelle le lâcher-prise. Une témoin, Sarah, atteinte d'un mélanome de l'œil, le formule ainsi dans le livre : elle a accepté l'idée qu'elle pouvait mourir dans vingt minutes, et c'est à ce moment-là qu'elle a commencé à vivre. Pardonner. Pardonner, insiste-t-il, n'est pas oublier. C'est décider que l'action passée d'un autre ne restera plus inscrite en soi. Sur ce que le pardon fait, et ne fait pas, BloomingYou a consacré un article à la question pourquoi pardonner. Retrouver la gratitude et l'amour, ce qu'il appelle « l'essence même de la vie ». Changer radicalement de regard sur la vie. « Tous, tous, tous m'ont dit : on a changé, on a eu une vision différente. » Il rapproche ce basculement des récits d'expériences de mort imminente, où des personnes disent avoir reçu une information qui a réorienté leur existence. Se reconnecter au sens. Beaucoup parlent de spiritualité. « Je n'ai pas dit religion. J'ai dit spiritualité », précise-t-il : quelque chose « au-dessus de l'être humain », une « autre mission de vie ». Cette recherche d'un sens qui porte la personne au-delà de l'épreuve est aussi le cœur de la logothérapie de Viktor Frankl. Une meilleure hygiène de vie, qu'il place en dernier et qu'il relativise : « fumer, boire et mal manger n'a jamais permis de bien entretenir son corps », mais ce n'est pas, selon lui, la cause. À cette liste, il ajoute une posture qui traverse tout l'entretien : ses témoins se disent « responsables » de leur maladie, jamais « coupables ». « À partir du moment où vous avez la responsabilité de votre maladie, vous avez aussi la responsabilité de votre guérison. » Et une conviction, formulée comme telle : « la maladie a un sens », « le mal a dit ». Le corps, dit-il, « se met à parler quand son âme n'a plus les mots ». Il illustre par le technicien de garde qui, à trois heures du matin, voit clignoter un voyant rouge : il peut aller chercher la panne, ou casser l'ampoule d'un coup de tournevis et attendre l'incendie. Il faut le dire nettement : cette lecture est celle de l'intervenant et de ses témoins. La question de savoir si l'on « crée » son cancer et si l'on peut « s'autoriser à ne plus le faire » est une croyance, pas un fait établi. La section « Ce que dit la recherche », plus bas, expose ce que les études permettent réellement d'affirmer sur la personnalité, le psychisme et le cancer. Amal Dadolle pose d'ailleurs la question frontalement : comment dire cela sans faire porter la faute aux malades qui écoutent ? Tiberghien répond qu'il n'y a « pas de notion de hauteur ou de capacité », et, ailleurs dans l'entretien, que « tout le monde n'est pas forcément capable de faire ce qu'ils ont fait ». Ces deux phrases ne se concilient pas tout à fait. L'article les rapporte l'une et l'autre.Deux récits de bascule
Les témoins du livre ont demandé l'anonymat. Ils ont accepté de transmettre leur expérience, pas de devenir « des bêtes de foire » consultées par des malades en quête de méthode. Les deux récits qui suivent sont donc rapportés tels que le Dr Tiberghien les raconte au micro. BloomingYou n'a pas pu les vérifier de manière indépendante, et signale plus bas une incohérence de dates dans le second. Luigi, le chasseur alpin. Vingt-deux ans, une douleur de hanche, un diagnostic de sarcome. En quelques mois, raconte Tiberghien, la tumeur détruit la hanche, la moitié du bassin et les deux tiers du fémur ; la jambe n'est plus maintenue au corps que par un appareillage plâtré. Les médecins militaires renvoient le jeune homme mourir dans son village de Calabre avec une ordonnance de morphine. Le curé en parle à la messe, les paroissiens se cotisent, un train part pour Lourdes. Luigi est agnostique ; il accepte parce que « ça ne mange pas de pain ». Au contact de l'eau des piscines, dit-il, il reçoit « une information, une fulgurance » sur la raison de sa maladie et sur ce qu'il doit faire. Il n'a jamais voulu dire quoi, malgré des dizaines de demandes du médecin. Les douleurs cessent en quelques jours ; l'os se reconstruit en quelques semaines, une nouvelle hanche se forme trois centimètres au-dessus de l'ancienne, ce qui lui laisse une boiterie définitive. Le suivi en hôpital militaire a conservé, selon Tiberghien, les radiographies de la destruction puis de la reconstruction. Luigi est devenu maçon et, depuis plus de quarante ans, pousse des brancards à Lourdes deux semaines par an. Sa conclusion, telle que rapportée : « ce n'est pas Lourdes qui m'a guéri, c'est ce que moi j'ai pris de Lourdes ». Margarita, la prisonnière de Santiago. Ancienne proche collaboratrice de Salvador Allende, emprisonnée après le coup d'État de Pinochet, torturée chaque jour à heure fixe dans une cellule souterraine du centre de Santiago, sans jamais livrer un nom. Tiberghien parle de vingt-deux ans de détention ; le régime de Pinochet ayant duré de 1973 à 1990, cette durée ne peut pas être exacte en l'état, et le récit est rapporté ici sans que ce point ait pu être éclairci. Libérée, elle vient à Paris étudier comment un pays se réconcilie avec lui-même. Un bilan sanguin révèle une leucémie aiguë. On lui propose une destruction de la moelle osseuse suivie d'un an en chambre stérile. Elle refuse : « j'ai fait vingt-deux ans d'oubliette, on me demande de refaire un an d'oubliette ». Elle rentre au Chili et demande à rencontrer ses anciens geôliers, alors incarcérés. Au parloir, elle leur dit qu'elle n'oubliera jamais, que c'est inscrit dans sa chair, mais qu'elle a décidé de leur pardonner, pour que leur action « ne reste plus marquée en elle à vie ». Selon Tiberghien, sa leucémie a disparu en quinze jours. « On peut appeler ça guérison spontanée, ou guérison volontaire et responsable. » Ces deux histoires font la force du livre. Elles n'en font pas la preuve. Un récit, aussi documenté soit-il, ne permet ni d'établir une cause, ni de généraliser.Faut-il arrêter les traitements ? La réponse du Dr Tiberghien est non
C'est la question que beaucoup d'auditeurs se posent en silence, et Tiberghien la formule lui-même : « Est-ce qu'il préconise d'arrêter les traitements ? Non, pas du tout. » Il répond par une parabole qu'il appelle « la métaphore de saint Pierre ». Un malade refuse trois chirurgiens successifs parce que Dieu le sauvera. Il meurt, monte au ciel et s'en plaint. Saint Pierre consulte ses tablettes : « J'ai fait mon travail. Je t'ai envoyé trois chirurgiens. » Sa position tient en trois phrases. « On n'arrête pas les traitements. » « Ces traitements vont vous gagner du temps. » « Devant le cancer, on est devant une question de temps » : le temps de la prise de conscience, du changement, du demi-tour. Il rappelle que les onze parcours du livre se sont faits « main dans la main » avec la médecine conventionnelle, et que l'une des onze, soignée uniquement par le professeur Pujol, « allopathe pur », attribue sa guérison à la relation exceptionnelle qu'elle a eue avec lui. Sur ce point, sa parole et le consensus médical se rejoignent : aucun des récits du livre ne plaide pour renoncer aux traitements. Toute décision concernant un traitement se prend avec l'équipe soignante.La « cascade énergétique » : un schéma explicatif, pas une théorie scientifique
Le livre propose un modèle de « corps énergétiques » superposés au corps physique, avec une image : des bassins en cascade, où un colorant versé dans le bassin supérieur finit par colorer le bassin du bas. Amal Dadolle lui oppose sa propre phrase : il écrit que ce modèle n'a « aucune base scientifique ». Pourquoi le publier ? La réponse éclaire la genèse du texte. À la fin de la thèse, Pujol aurait déchiré le manuscrit page après page, non parce qu'il était mauvais, mais parce qu'il n'y trouvait pas de réponse à sa question de cancérologue : par quel lien, quel tissu, quelle hormone, ce qui change dans la tête changerait-il ce qui se passe dans le corps ? Il lui aurait donné six mois pour proposer un schéma. Tiberghien, de son propre aveu, est allé le chercher « chez les thérapeutes alternatifs », en sachant qu'il n'en aurait « aucune preuve scientifique ». Il le répète au micro : « ce n'est qu'un schéma explicatif, il ne faut pas le prendre autrement ». Il appuie ce raisonnement sur un paradoxe qu'il tient pour une évidence : on saurait cultiver des cellules saines à volonté, mais « personne n'a jamais réussi à cultiver une cellule cancéreuse in vitro », tant elle serait fragile ; la seule différence entre l'éprouvette et le corps serait donc « l'esprit ». Cette affirmation est inexacte. Des lignées de cellules cancéreuses humaines sont cultivées en laboratoire depuis 1951, à commencer par les cellules HeLa, issues d'un cancer du col de l'utérus, qui se divisent indéfiniment en culture et servent depuis à une grande partie de la recherche biomédicale. Le paradoxe sur lequel repose le schéma ne tient donc pas. Cela ne dit rien de la sincérité de la démarche ; cela dit que le modèle doit être lu comme une métaphore, ce que son auteur demande lui-même.Ce que dit la recherche
BloomingYou a vérifié les affirmations de l'entretien qui dépassent le témoignage. Voici où en est la connaissance. Le tabac et le cancer du poumon. Tiberghien affirme que « le tabac n'est pas la cause du cancer du poumon », au motif que tous les fumeurs ne développent pas de cancer et que des non-fumeurs en développent. Ce raisonnement confond cause et cause suffisante. Une cause peut être probabiliste : le tabac est responsable de plus de 80 % des cancers du poumon, selon la Fondation ARC, et d'environ un cancer sur cinq en France selon le Centre international de recherche sur le cancer. C'est le premier facteur de risque évitable, et de loin ; notre article sur les risques évitables de cancer en donne le détail. La « personnalité du cancéreux ». L'idée d'une personnalité gentille, qui donne en attendant trop en retour et se rendrait ainsi malade, est ancienne. Elle a été testée. Une méta-analyse sur données individuelles publiée en 2014 dans le British Journal of Cancer, portant sur 42 843 personnes sans cancer au départ et 2 156 cancers survenus ensuite, n'a trouvé aucune association entre les cinq grands traits de personnalité et l'apparition d'un cancer, ni avec la mortalité par cancer. Rien n'indique qu'un trait de caractère fasse le cancer. Le psychisme et la survie. La question est plus ouverte, et honnêtement débattue. Une méta-analyse de 2004 sur huit essais randomisés ne trouvait aucun effet des interventions psychosociales sur la survie. Une autre, en 2016, sur treize essais, trouvait un bénéfice à un et deux ans, disparu à quatre ans. Une méta-analyse de 2026 sur 32 essais randomisés et 5 704 patients rapporte une réduction du risque de décès de l'ordre de 20 % avec un niveau de certitude que ses auteurs jugent modéré, en raison de l'hétérogénéité des études. Ce que cela permet de dire : un accompagnement psychologique structuré, ajouté aux traitements, pourrait modestement allonger la survie, et améliore la qualité de vie. Ce que cela ne permet pas de dire : qu'un travail sur soi puisse remplacer un traitement, ni expliquer une guérison de stade terminal. Le dépistage du cancer du sein. Tiberghien préfère parler de « diagnostic précoce » que de prévention, ce qui est juste : dépister ne réduit pas le risque de développer un cancer. Il affirme en revanche que les mammographies « déclenchent beaucoup plus de cancers » qu'elles n'en dépistent. Les chiffres de l'Institut national du cancer ne soutiennent pas cette formulation : le surdiagnostic, c'est-à-dire la détection de cancers qui n'auraient jamais évolué, concernerait 10 à 20 % des cancers détectés, ce qui est une vraie limite du dépistage ; le risque de décès par cancer radio-induit lié aux mammographies est estimé entre 1 et 10 pour 100 000 femmes dépistées tous les deux ans pendant dix ans. Le débat sur la balance bénéfices-risques du dépistage organisé existe et mérite d'être mené, mais avec ces ordres de grandeur. Les guérisons inexpliquées elles-mêmes. Elles existent, elles sont documentées, elles restent inexpliquées. Aucune étude ne démontre qu'un changement intérieur en soit la cause. Aucune ne démontre non plus le contraire, et c'est cette zone d'ombre que Cure51 explore désormais par la biologie. L'honnêteté commande de laisser la question ouverte, ni fermée par le scepticisme, ni close par la conviction.Que peut faire un patient pour mieux se faire soigner ?
À cette question d'Amal Dadolle, Tiberghien donne trois réponses concrètes, qui relèvent de la relation de soin plus que d'une méthode. Faire comprendre à son médecin que l'on veut devenir acteur de sa santé, et assumer ce rôle : poser la question « pourquoi suis-je malade ? », même si le médecin, dit-il, n'a pas été formé à y répondre. Chercher un médecin ouvert, capable de conseiller correctement sur les traitements conventionnels, « ceux qui font gagner du temps », et en même temps de dire à son patient : cette pratique complémentaire vous aide, continuez ; ou : cette personne ne me paraît pas fiable. Si un médecin répond au patient par le mépris quand celui-ci évoque un accompagnement complémentaire, Tiberghien conseille d'en changer. Il ajoute qu'un médecin ne peut pas tout être, mais peut « se renseigner, analyser, comprendre ». Chercher l'humain. « La technologie pure, la décision, ils l'ont sur ChatGPT avant même la consultation. Eux, ce qu'ils veulent, c'est de l'humain, de la considération, qu'ils soient écoutés. » C'est le point où son expérience rejoint ce que la psychologie clinique observe sur la relation thérapeutique comme premier facteur de changement. Il conclut sur la question qui, selon lui, sous-tend tout l'entretien : qu'est-ce que guérir ? Sa réponse, ou plutôt celle qu'il attribue à ses témoins : « Guérir, c'est se rappeler qui nous sommes avant d'avoir oublié ce que nous avions à faire dans la vie. »À retenir
Les guérisons inexpliquées de cancers existent et sont documentées depuis plus d'un siècle ; elles sont rares et leurs mécanismes restent inconnus. Le Dr Yann Tiberghien a étudié onze de ces patients pendant quatre ans pour sa thèse (Montpellier, 1994) et en tire un livre de récits, pas une méthode. Ses témoins décrivent un même mouvement : accepter de mourir, pardonner, changer radicalement de regard, retrouver un sens, se dire responsables et non coupables. Il est formel sur un point : on n'arrête pas les traitements, qui « font gagner du temps ». Son schéma explicatif énergétique n'a, de son propre aveu, aucune base scientifique, et l'argument sur les cellules cancéreuses incultivables est faux. La recherche n'établit ni « personnalité cancéreuse » ni causalité entre état d'esprit et guérison ; elle suggère qu'un accompagnement psychologique ajouté aux traitements améliore la qualité de vie et peut-être, modestement, la survie. Le titre du livre est, selon son auteur, « un titre horrible », choisi parce que c'est ainsi que la médecine avait nommé ces onze personnes, et le livre se veut « un témoignage d'espoir ».Pour aller plus loin
Pour aller plus loin sur BloomingYou : un autre regard sur les guérisons qui défient la science avec Fabienne Raoul ; la thèse métabolique de Laurent Schwartz ; la lecture symbolique des maux du corps selon Michel Odoul ; et tous nos contenus sur le cancer.Sources
Sources citées dans l'article, vérifiées le 2 septembre 2026.- Yann Tiberghien, Ils étaient tous condamnés. 11 récits de guérisons inexpliquées, Presses du Châtelet, 2023, ISBN 9782381950662. Fiche BnF : https://nouveautes-editeurs.bnf.fr/annonces.html?id_declaration=10000000885091
- Ligue nationale contre le cancer, communiqué du 22 juin 2021 présentant Henri Pujol (professeur de cancérologie à Montpellier, président de la Ligue 1998-2007) : https://www.ligue-cancer.net/sites/default/files/2021-06-22_cp_livre_henri_pujol_cancer_combat_scientifique_social.pdf
- Cure51, résumé de l'étude ROSALIND (définition des survivants exceptionnels, trois indications, centres fondateurs) : https://support.cure51.com/hc/en-gb/articles/23345494302994-Summary-of-the-ROSALIND-study
- Unicancer, communiqué du 17 janvier 2024 sur le partenariat avec Cure51 : https://www.unicancer.fr/fr/communique-de-presse/unicancer-et-cure51-unissent-leurs-forces-pour-identifier-les-caracteristiques-biologiques-des-survivants-de-cancers-incurables/
- W. H. Cole, « Spontaneous regression of cancer and the importance of finding its cause », National Cancer Institute Monograph, 1976 (176 cas recensés 1900-1960 avec Everson) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/799760/
- G. B. Challis, H. J. Stam, « The spontaneous regression of cancer. A review of cases from 1900 to 1987 », Acta Oncologica, 1990 : https://doi.org/10.3109/02841869009090048
- M. Jokela et al., « Is personality associated with cancer incidence and mortality? An individual-participant meta-analysis of 2156 incident cancer cases among 42,843 men and women », British Journal of Cancer, 2014 : https://doi.org/10.1038/bjc.2014.58
- E. Chow, M. N. Tsao, T. Harth, « Does psychosocial intervention improve survival in cancer? A meta-analysis », Palliative Medicine, 2004 : https://doi.org/10.1191/0269216304pm842oa
- W. W. Fu et al., « The impact of psychosocial intervention on survival in cancer: a meta-analysis », Annals of Palliative Medicine, 2016 : https://doi.org/10.21037/apm.2016.03.06
- K. D. Asakawa-Haas, D. Spiegel et al., « Psychosocial interventions indicate prolonged survival in cancer patients in a systematic review, meta-analysis, and multiverse meta-analysis of randomized controlled trials », Communications Psychology, 2026 : https://www.nature.com/articles/s44271-026-00414-x
- Institut national du cancer, « Dépistage organisé des cancers du sein : bénéfices et limites », mis à jour le 3 septembre 2025 : https://www.cancer.fr/toute-l-information-sur-les-cancers/se-faire-depister/les-depistages/depistage-du-cancer-du-sein/benefices-et-limites
- Fondation ARC, « FAQ : cancer du poumon et tabac », mis à jour le 11 février 2026 : https://www.fondation-arc.org/sinformer-sur-le-cancer/les-differents-cancers/le-cancer-du-poumon/faq-cancer-poumon-tabac/
- Encyclopaedia Britannica, « HeLa cell » (première lignée cellulaire humaine cultivée en continu, 1951) : https://www.britannica.com/science/HeLa-cell
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Publié le 12/06/2018, mis à jour le 30/09/2026