La pandémie de Covid-19 a mis en lumière de nombreux aspects de notre santé, dont l’importance cruciale de la vitamine D. Avec plus de 73 experts de la santé et six sociétés savantes affirmant que la vitamine D pourrait, en théorie, « prévenir et/ou améliorer les formes graves de Covid-19 », la communauté scientifique s’est penchée sur les bienfaits de cette vitamine. Cependant, des voix dissidentes ont rapidement exprimé des réserves. Au cœur de ce débat, une certitude émerge : la vitamine D joue un rôle fondamental dans notre santé et le déficit est fréquent, en particulier en hiver.
La carence en vitamine D : une réalité préoccupante
Le déficit en vitamine D est fréquent, mais le chiffre de « 80 à 90 % de la population mondiale » que l'on lit souvent ne correspond pas aux données disponibles. Dans la plus large analyse européenne standardisée publiée à ce jour (Cashman et coll.,
The American Journal of Clinical Nutrition, 2016, 55 844 personnes), 13 % des participants avaient une concentration sanguine de 25-hydroxyvitamine D inférieure à 30 nmol/L en moyenne sur l'année, soit 17,7 % pendant la période hivernale et 8,3 % en été. Avec le seuil alternatif de 50 nmol/L, la proportion atteint 40,4 %. Les personnes à peau foncée sont nettement plus concernées. Pourquoi un tel déficit ? Deux raisons principales se détachent :
- Exposition limitée au soleil : La vitamine D est principalement synthétisée par la peau sous l'action des rayons UVB. Or, notre mode de vie moderne nous confine souvent à l'intérieur, que ce soit à la maison, au bureau ou dans les transports. Le temps passé à l'extérieur est insuffisant pour une production optimale de vitamine D.
- Utilisation des crèmes solaires : Bien que essentielles pour prévenir les cancers de la peau, les crèmes solaires bloquent également les UVB, réduisant ainsi la capacité de la peau à produire de la vitamine D. L'Anses évoque une exposition au soleil de 15 à 20 minutes en fin de matinée ou dans l'après-midi, tout en précisant que la référence nutritionnelle française, fixée à 15 µg par jour chez l'adulte, a été définie en ne considérant que l'apport alimentaire, sans compter la contribution du soleil.
Pourquoi la vitamine D est-elle indispensable ?
La vitamine D n'est pas seulement essentielle à la santé osseuse, elle intervient dans de nombreux processus vitaux, comme le fonctionnement du système immunitaire, la santé musculaire et cardiaque, et bien plus encore.
1. Santé des os et des muscles
La vitamine D joue un rôle clé dans l'absorption du calcium, essentiel à la formation et au renforcement des os. Une carence en vitamine D peut entraîner des maladies comme l'ostéomalacie (chez les adultes) et le rachitisme (chez les enfants). Les athlètes et les seniors doivent être particulièrement vigilants : un manque de vitamine D peut affaiblir les muscles et augmenter le risque de fractures.
2. Soutien au système immunitaire
La vitamine D module le système immunitaire en stimulant l'activité des globules blancs, les cellules de défense de l'organisme. Elle participe aussi à la régulation des processus inflammatoires. Sur le plan des preuves, deux méta-analyses d'essais randomisés (Martineau et coll., 2017 ; Jolliffe et coll., 2021) montrent qu'une supplémentation quotidienne réduit modestement le risque d'infection respiratoire aiguë, l'effet étant plus marqué chez les personnes dont le statut sanguin était très bas. La réduction du risque reste faible à l'échelle d'une population.
3. Maladies cardiaques et diabète : ce que montrent les essais
Sur le plan cardiovasculaire, les essais randomisés ne montrent pas de bénéfice. L'essai VITAL, mené chez 25 871 personnes avec 2 000 UI par jour pendant 5,3 ans en médiane, n'a trouvé aucune réduction des événements cardiovasculaires majeurs. Une méta-analyse de 21 essais portant sur 83 291 personnes aboutit à la même conclusion et précise que la supplémentation en vitamine D n'apporte pas de protection cardiovasculaire et n'est pas indiquée dans ce but. L'association observée entre statut bas en vitamine D et maladie cardiovasculaire vient d'études d'observation, elle ne prouve pas un effet de la supplémentation.
Sur le diabète, le résultat existe mais il concerne une population précise. Chez des adultes prédiabétiques, une méta-analyse sur données individuelles de trois essais montre une réduction de 15 % du risque d'évoluer vers un diabète de type 2, soit 3,3 points de pourcentage sur trois ans, et davantage de retours à une glycémie normale. Pris isolément, l'essai le plus large ne franchissait pas le seuil de signification statistique. Les auteurs précisent que ces résultats ne s'appliquent pas à la population générale.
Covid-19 et vitamine D : ce que dit la science
La pandémie a mis en lumière de nouvelles pistes de recherche concernant la vitamine D. Plusieurs travaux observationnels ont associé un statut bas en vitamine D à des formes plus sévères de Covid-19. Une association n'est pas une preuve de cause à effet : les auteurs de la méta-analyse de référence sur les infections respiratoires aiguës (Jolliffe et coll., 2021) écrivent explicitement que la portée de leurs résultats pour le Covid-19 n'est pas connue et demande des travaux spécifiques.
Cependant, il est important de noter que la vitamine D n'est pas un traitement ou une prévention spécifique au Covid-19. Les autorités sanitaires recommandent de maintenir des niveaux suffisants de vitamine D pour soutenir globalement la santé, mais la prise de compléments doit se faire sous supervision médicale.
Comment éviter une carence en vitamine D ?
1. S'exposer au soleil
Le moyen le plus naturel d'obtenir de la vitamine D reste l'exposition au soleil.
Une marche de 30 minutes à l'extérieur, au moins deux fois par semaine, permet de stimuler la production de vitamine D, même en hiver.
2. Adopter une alimentation riche en vitamine D
Les poissons gras (saumon, sardines, maquereaux) sont parmi les meilleures sources alimentaires de vitamine D. Vous pouvez également en trouver dans les œufs et certains produits laitiers, bien que les quantités soient plus modestes.
Pour plus d'informations sur les compléments alimentaires et comment
bien les choisir, consultez cet article complet.
3. Complémentation
En cas de carence avérée, un médecin peut recommander des compléments en vitamine D. Une option efficace, mais peu agréable au goût, est l'huile de foie de morue, qui est dix fois plus riche en vitamine D que les poissons gras. Pour une vue d'ensemble sur le rôle des compléments alimentaires dans la santé, explorez cet article sur
l'influence de l'alimentation sur la santé mentale et les besoins spécifiques de chaque groupe de population, tels que
les adolescents.
Vitamine D et sport d'endurance
Chez les sportifs, la vitamine D figure dans le groupe A du cadre d'évaluation des compléments de l'Australian Institute of Sport, dans la catégorie « compléments à visée médicale », distincte de celle des « compléments de performance » où figurent la caféine, les nitrates ou la créatine. La distinction compte : la question utile n'est pas de savoir si la vitamine D fait courir plus vite, mais si le statut est insuffisant, et pourquoi.
Les seuils eux-mêmes dépendent du référentiel employé. L'analyse européenne citée plus haut rapporte les proportions sous 30 nmol/L et sous 50 nmol/L, ce second seuil correspondant à une définition alternative du déficit. Un même résultat de prise de sang peut donc être qualifié différemment selon la grille retenue, ce qui justifie d'en discuter avec un médecin plutôt que de se supplémenter seul.
L'Anses recommande par ailleurs, pour la vitamine D, de privilégier les médicaments aux compléments alimentaires, et précise que cet apport doit uniquement se faire sur prescription d'un professionnel de santé.
Hypervitaminose D : un risque rare mais réel
Bien que rare, l'hypervitaminose D peut survenir lorsque des doses excessives de vitamine D sont consommées sur une longue période. Les
symptômes incluent des maux de tête, des crampes musculaires, et dans les cas extrêmes, des calculs rénaux. Pour en savoir plus sur ce problème, lisez cet article sur
l'hypervitaminose et comment s'en protéger.
Il est donc crucial de suivre les recommandations d'un professionnel de
santé pour éviter les excès. Une complémentation contrôlée peut être bénéfique, mais une surconsommation de vitamine D peut entraîner des effets indésirables.
Conclusion
La vitamine D est essentielle à notre santé, en particulier dans le contexte de la
pandémie de Covid-19. Elle soutient non seulement la santé des os et des muscles, mais aussi le
système immunitaire et cardiovasculaire. En adoptant quelques habitudes simples, comme une exposition modérée au soleil et une alimentation
riche en poissons gras, vous pouvez éviter les carences. Toutefois, il est important de consulter un médecin avant de prendre des compléments pour éviter les risques liés à un excès de vitamine D. Pour plus d'informations sur le rôle des compléments, consultez ce guide sur
comment fertiliser votre santé avec des compléments alimentaires.
Gardez à l'esprit que chaque cas est unique et qu'une approche personnalisée est essentielle pour maintenir un bon équilibre nutritionnel et préserver votre santé sur le long terme.
Source : Dr Stéphane Cascur, « Sport, 50 clés pour repenser votre alimentation » éditions Amphora, 2019
Sources
- Cashman KD et coll., « Vitamin D deficiency in Europe: pandemic? », The American Journal of Clinical Nutrition, 2016 : 10.3945/ajcn.115.120873
- Martineau AR et coll., « Vitamin D supplementation to prevent acute respiratory tract infections: systematic review and meta-analysis of individual participant data », BMJ, 2017 : 10.1136/bmj.i6583
- Jolliffe DA et coll., « Vitamin D supplementation to prevent acute respiratory infections: a systematic review and meta-analysis of aggregate data from randomised controlled trials », The Lancet Diabetes & Endocrinology, 2021 : 10.1016/S2213-8587(21)00051-6
- Manson JE et coll., « Vitamin D Supplements and Prevention of Cancer and Cardiovascular Disease », New England Journal of Medicine, 2019 : 10.1056/NEJMoa1809944
- Barbarawi M et coll., « Vitamin D Supplementation and Cardiovascular Disease Risks in More Than 83 000 Individuals in 21 Randomized Clinical Trials », JAMA Cardiology, 2019 : 10.1001/jamacardio.2019.1870
- Pittas AG et coll., « Vitamin D Supplementation and Prevention of Type 2 Diabetes », New England Journal of Medicine, 2019 : 10.1056/NEJMoa1900906
- Pittas AG et coll., « Vitamin D and Risk for Type 2 Diabetes in People With Prediabetes », Annals of Internal Medicine, 2023 : 10.7326/M22-3018
- Anses, Vitamine D : pourquoi et comment assurer un apport suffisant ? : anses.fr
- Anses, Les références nutritionnelles en vitamines et minéraux : anses.fr
- Australian Institute of Sport, Sports Supplement Framework, Group A : ausport.gov.au