Réponse express : Vivre avec une personne très anxieuse demande de trouver un équilibre entre bienveillance, réassurance et refus de se laisser entraîner dans ses peurs. Ces pistes relationnelles s’inspirent d’un livre de François Lelord et Christophe André et relèvent du conseil pratique, pas d’études qui les auraient évaluées. Quand l’anxiété se répète, dure, survient sans danger réel et perturbe la vie quotidienne, l’Assurance Maladie parle de troubles anxieux, conseille d’en parler à son médecin et indique que la psychothérapie est recommandée quel que soit le trouble. Rien ici ne remplace un avis médical.
Inquiétude utile, anxiété envahissante
L’inquiétude a sa sagesse : anticiper, prévoir le pire, c’est aussi une manière de s’en protéger. L’Inserm le rappelle, « l’anxiété est un phénomène physiologique naturel » : face à un danger ou à un stress, notre organisme se met en alerte. Certaines personnes voient le danger et redoublent de prudence, d’autres se laissent déborder par lui. Mon mari a l’air bougon ce matin, est-ce qu’il m’aime encore ? Et si, après deux réunions, mon équipe n’était toujours pas prête pour le rendez-vous commercial de demain ? Ma fille devait rentrer à minuit, il est 0 h 05 et elle ne répond pas, faut-il appeler la police ?
L’Assurance Maladie décrit la frontière avec précision. On parle de troubles anxieux lorsqu’une personne ressent une anxiété qui se répète, s’installe dans la durée, survient sans lien avec un danger réel et crée une souffrance telle qu’elle perturbe durablement sa vie quotidienne. Ce n’est pas rare : selon l’Inserm, 15 % des adultes de 18 à 65 ans, soit trois sur vingt, présentent des troubles anxieux sévères sur une année donnée, et 21 %, à peu près une personne sur cinq, en présenteront au cours de leur vie. Les femmes sont deux fois plus souvent concernées que les hommes.
Vous connaissez sans doute quelqu’un de très anxieux, un père, une amie proche, un patron ou une collègue, dont l’inquiétude déborde parfois sur vous au point d’étouffer ou de culpabiliser. Les pistes qui suivent s’inspirent de l’ouvrage de François Lelord et Christophe André, Comment gérer les personnalités difficiles (Odile Jacob, 1996).
Trois réflexes qui aident
La bienveillance, avec un peu d’humour. Une mère très inquiète ou un patron qui met la pression sur toute l’équipe ne sont pas toujours faciles à vivre, et les confronter, de front ou à demi-mot, ne les rendra pas moins anxieux. Mieux vaut miser sur la douceur, en gardant en tête que cette anxiété a une histoire : parmi les facteurs qui favorisent les troubles anxieux, l’Assurance Maladie cite les antécédents familiaux et les événements traumatisants. Un humour tendre peut aussi détendre l’atmosphère, surtout avec un parent.
Rassurer. Une personne anxieuse a besoin de sécurité, et vous pouvez devenir pour elle un point d’appui solide. Anticiper ses besoins aide souvent : préparer une fiche avant la réunion d’un patron inquiet, prévenir sa mère de l’heure et du lieu précis où l’on sera.
Aider à relativiser, et savoir passer le relais. C’est plus facile avec un proche que dans une relation professionnelle. Quand l’anxiété pèse vraiment, on peut encourager la personne à consulter. L’Assurance Maladie conseille, lorsque des symptômes d’anxiété durent, d’en parler à son médecin, et précise que « la psychothérapie est recommandée, quel que soit le trouble anxieux ». Parmi les psychothérapies, la thérapie cognitivo-comportementale permet, selon l’Inserm, « d’apprendre à gérer son anxiété en modifiant ses pensées, ses peurs et ses croyances ».
Trois écueils à éviter
Se laisser embarquer dans ses peurs. Être gentil et bienveillant ne veut pas dire entrer dans chaque scénario catastrophe. À suivre la personne dans toutes ses craintes, on risque de s’y épuiser sans l’aider, puisqu’on finit par les conforter.
Charger la barque. Mieux vaut éviter d’aborder avec elle les sujets qui l’inquiètent, y compris vos propres soucis. Les réactions risquent d’être dictées par la peur, ce qui ne vous aidera guère à les résoudre.
Les mauvaises surprises. La personne anxieuse est souvent convaincue que la vie en est remplie. Plutôt que de conforter ces croyances qui lui pèsent déjà, il vaut mieux préparer le terrain et choisir ses mots avant d’annoncer une nouvelle difficile.
Et si c’est vous qui vous reconnaissez dans ce portrait, l’Assurance Maladie invite à ne pas rester seul face à ses troubles anxieux et à garder des liens avec son entourage, famille, amis ou collègues. Les associations de patients peuvent aussi apporter information et soutien, par l’écoute et l’échange d’expériences.