Infertilité : ce que le feng shui peut et ne peut pas apporter au parcours
Par Amal Dadolle, fondatrice de BloomingYou
15 min d'interview
Réponse express : Le feng shui ne soigne pas l’infertilité, et nous n’avons trouvé aucune étude scientifique qui ait évalué cette pratique dans ce domaine. L’infertilité relève d’un bilan médical des deux partenaires, envisagé en général après un an d’essais sans grossesse, ou dès six mois lorsque la femme a plus de 35 ans. Prendre soin de son cadre de vie et de son stress peut aider à traverser un parcours souvent éprouvant, sans effet démontré sur les chances de grossesse. Rien ici ne remplace un avis médical.
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Infécondité, infertilité, stérilité : des mots qui ne disent pas la même chose
Dans la vidéo qui accompagnait la première version de cet article, en 2017, le gynécologue Didier Delafontaine insistait sur une distinction souvent oubliée. Pour lui, l’infécondité désigne l’incapacité d’avoir un enfant au moment où on le souhaite, alors que la stérilité correspond à l’incapacité de l’un des partenaires à concevoir. Il estimait qu’il n’existe pas de couple définitivement stérile, et donnait l’exemple d’un homme dépourvu de spermatozoïdes dont le couple peut recourir à une procréation médicalement assistée avec donneur.
L’Assurance Maladie emploie un vocabulaire voisin. Sur ameli.fr, on parle d’infertilité d’un couple hétérosexuel en l’absence de grossesse après 12 à 24 mois de rapports réguliers sans contraception, et la stérilité désigne une incapacité totale, irréversible, à avoir un enfant. Le site indique qu’un couple hétérosexuel sur sept consulte au cours de sa vie pour une baisse de fertilité, et qu’un couple sur dix suit un traitement. À l’échelle du monde, l’Organisation mondiale de la santé estimait en 2023 qu’environ une personne adulte sur six est concernée.
Des causes multiples, qui concernent les deux partenaires
Le Dr Delafontaine citait l’âge comme facteur aggravant, surtout chez la femme, avec une diminution plus rapide des ovocytes à partir de 35 ans puis une insuffisance ovarienne croissante après 40 ans. Ameli.fr situe le début de la baisse de la fertilité spontanée dès 30 ans, nettement après 37 ans, et rappelle que les spermatozoïdes s’altèrent eux aussi avec l’âge. D’après la même source, dans environ trois cas sur quatre l’infertilité vient de la femme, de l’homme ou des deux à la fois, et elle reste inexpliquée dans 10 à 25 % des cas, soit entre un couple sur dix et un sur quatre.
Le mode de vie compte. L’OMS cite le tabagisme, la consommation excessive d’alcool et l’obésité parmi les facteurs qui peuvent avoir une incidence sur la fertilité, et ameli.fr mentionne l’effet du tabac sur la qualité du sperme ainsi que le rôle nocif des polluants à toutes les étapes de la procréation.
C’est pour cela que le bilan concerne le couple. Ameli.fr précise que la consultation se fait à deux, avec en particulier un spermogramme pour l’homme, des dosages hormonaux et une échographie pour la femme. Le Dr Delafontaine rappelait lui aussi l’importance d’un suivi médical rapproché, et d’une exploration du sperme, de l’utérus, des trompes et de l’ovulation.
Le poids du stress et du vécu
L’OMS décrit des répercussions sociales importantes, en particulier pour les femmes, parmi lesquelles le stress émotionnel, la dépression, l’anxiété et une piètre estime de soi.
Le stress empêche-t-il pour autant de concevoir ? Les données sont nuancées. Le dossier de l’Inserm évoque, au conditionnel, des chances de fécondation diminuées chez les femmes très stressées. Une méta-analyse publiée dans le BMJ en 2011, qui a regroupé quatorze études et 3 583 femmes suivies pendant une tentative de procréation médicalement assistée, n’a en revanche trouvé aucun lien entre l’anxiété ou la dépression mesurées avant le traitement et la survenue d’une grossesse. Ses auteurs y voient un message rassurant pour les femmes comme pour les médecins. Autrement dit, s’occuper de son stress a du sens pour soi, sans que l’on puisse se reprocher d’être « trop stressée » pour tomber enceinte.
Et le feng shui dans tout cela ?
L’article de 2017 défendait l’idée que les médecines alternatives considèrent la personne dans sa globalité, y compris dans sa dimension spirituelle. Il rapportait que le Dr Delafontaine, après un bilan médical classique, faisait appel à des collègues formés à ces approches, dont Marie-Pierre Dillenseger, présentée comme experte des arts chinois liés au temps et à l’espace.
Une recherche dans PubMed, la grande base de la littérature médicale, ne renvoie aucun article associant le feng shui à la fertilité ou à la grossesse. Rien ne permet donc de dire que l’aménagement d’un logement agit sur la conception. On peut y voir, en revanche, une manière de prendre soin de son cadre de vie pendant une période difficile, à côté de la prise en charge médicale et jamais à sa place. Pour s’orienter, le site ameli.fr détaille les étapes du bilan et des traitements, jusqu’à l’assistance médicale à la procréation.
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