Publié le 30/09/2026
Santé intégrative
Périménopause : combien de temps ça dure, ce qui se dérègle, et ce qui aide vraiment
D’après l’épisode du podcast BloomingYou avec le docteur Christelle Besnard-Charvet, gynécologue obstétricienne, quarante ans d’exercice dont vingt-cinq avec une pratique de l’homéopathie. Elle a cessé son activité de gynécologie obstétrique et exerce aujourd’hui en hospitalisation à domicile. Elle préside le Centre Ressource Lyon.
Réponse express :
La périménopause est la période de transition qui précède la ménopause, marquée par des cycles irréguliers et des symptômes très variables d’une femme à l’autre. Chez les femmes qui ont des bouffées de chaleur fréquentes, la durée médiane totale de ces symptômes est de 7,4 ans, et dépasse 11,8 ans quand ils commencent avant l’arrêt des règles (cohorte américaine SWAN, 2015). C’est aussi la période la moins couverte par la recherche et par les traitements : le traitement hormonal de la ménopause n’y est pas indiqué, et les essais disponibles sur les alternatives sont peu nombreux, courts, et difficiles à interpréter. Cet article distingue trois niveaux : ce qui est établi par les sources, ce que rapporte une clinicienne de terrain, et ce que personne ne sait encore.
Ce que contient la suite
La suite développe :
- 1. Définition : qu'est-ce que la périménopause ?
- 2. Pourquoi c'est important : la durée réelle des symptômes
- 3. Ce qui se dérègle : le mécanisme, expliqué simplement
- 4. Pourquoi les symptômes dépassent la sphère gynécologique
- 5. Ne rien prescrire est une décision de soin
Environ 35 minutes de lecture, 7 684 mots.
1. Définition : qu'est-ce que la périménopause ?
La périménopause est la période de transition pendant laquelle les cycles menstruels deviennent irréguliers, avant l'arrêt définitif des règles. Elle précède la ménopause et se termine douze mois après les dernières règles.
Le docteur Besnard-Charvet en donne cette définition en trente secondes : « C'est une période de transition, un cap qui va préparer la ménopause comme une grossesse prépare à l'accouchement. »
Point de vocabulaire, qui explique beaucoup de confusions en consultation : la ménopause se diagnostique a posteriori. Elle est définie par douze mois consécutifs sans règles. Autrement dit, on ne sait qu'on était ménopausée qu'un an après l'avoir été.
« Vous avez eu vos règles en juin 2026. Si vous les avez toujours pas en juin 2027, on dira que vous avez été ménopausée un an avant. Donc on ne sait pas quand la ménopause va arriver. » Dr Christelle Besnard-Charvet
Cette définition rétrospective a une conséquence pratique immédiate : pendant toute la périménopause, personne ne peut dire à une femme combien de temps cela va durer.
2. Pourquoi c'est important : la durée réelle des symptômes
Ce que disent les sources. L'étude SWAN (Study of Women's Health Across the Nation) a suivi 3 302 femmes américaines sur sept sites, de février 1996 à avril 2013, avec une médiane de treize visites par femme. L'analyse a porté sur les 1 449 femmes déclarant des bouffées de chaleur ou des sueurs nocturnes fréquentes, définies comme au moins six jours sur les quatorze précédents.
Résultats principaux :
- Durée médiane totale des symptômes vasomoteurs : 7,4 ans.
- Persistance médiane après les dernières règles : 4,5 ans.
- Pour les femmes dont les symptômes ont commencé alors qu'elles étaient encore préménopausées ou en début de périménopause : durée médiane supérieure à 11,8 ans, et persistance médiane de 9,4 ans après les dernières règles.
- Pour celles dont les symptômes ont commencé après la ménopause : durée médiane de 3,4 ans.
Les auteurs concluent que les professionnels de santé devraient dire aux femmes que des bouffées de chaleur fréquentes peuvent durer plus de sept ans.
Source : Avis NE et coll., « Duration of menopausal vasomotor symptoms over the menopause transition », JAMA Internal Medicine, 2015;175(4):531-9, d'après PubMed, DOI.
Pourquoi ce chiffre change quelque chose. Une femme à qui l'on répond « c'est normal, ça va passer » entend implicitement « quelques mois ». La donnée dit autre chose. Elle ne dit pas qu'il faut traiter, elle dit que l'ordre de grandeur annoncé doit être honnête.
Limite à connaître. SWAN est une cohorte d'observation américaine. Elle décrit une durée, elle ne teste aucun traitement. Elle ne dit rien de ce qui marche.
3. Ce qui se dérègle : le mécanisme, expliqué simplement
Ce que dit le docteur Besnard-Charvet. Le nombre de follicules ovariens, les structures qui contiennent les futurs ovocytes, commence à diminuer dès la vie fœtale, et continue de diminuer pendant toute l'enfance et l'adolescence.
« À la périménopause, le nombre de follicules est tellement faible que ça va induire des problèmes d'ovulation. Et ces problèmes d'ovulation vont elles-mêmes générer des dérèglements hormonaux. »
La chaîne est donc : réserve folliculaire qui s'épuise → ovulations irrégulières ou absentes → production hormonale instable → symptômes.
Et l'instabilité va dans les deux sens, ce qui explique que deux femmes du même âge puissent décrire des choses opposées :
- Trop. Pas assez de progestérone par rapport aux œstrogènes : seins tendus, syndrome prémenstruel, règles abondantes. « Comme quand on avait vingt ans. »
- Pas assez. Pas d'ovulation du tout, donc ni progestérone ni œstrogènes : des symptômes qui ressemblent déjà à la ménopause.
L'image qu'elle utilise avec ses patientes, et qui a le mérite de ne rien déformer :
« Je compare toujours ça à une voiture qui fonctionne au super, et à qui tout à coup on va demander de fonctionner au gasoil. Ça va fonctionner, mais moins bien, mais ça va caler de temps en temps. Et on va avoir cette période d'adaptation où notre organisme va s'habituer à un changement de métabolisme. »
Concepts liés : réserve folliculaire → conditionne → ovulation ; ovulation irrégulière → provoque → déséquilibre œstrogènes et progestérone ; déséquilibre hormonal → produit → symptômes variables.
4. Pourquoi les symptômes dépassent la sphère gynécologique
Sommeil coupé, humeur instable, mémoire moins fiable, douleurs articulaires, acné : ces symptômes n'ont l'air d'avoir aucun rapport entre eux.
Ce que dit le docteur Besnard-Charvet. L'explication tient dans un fait d'anatomie : il existe des récepteurs aux hormones dans tout le corps, pas seulement dans l'appareil génital.
« On sait que nous avons des récepteurs hormones partout dans le corps, dans nos intestins, dans nos doigts de pied, dans nos nerfs, dans notre cerveau. »
Et la répartition de ces récepteurs est individuelle, ce qui explique pourquoi deux femmes ne vivent pas la même périménopause.
« Certaines femmes vont avoir à la fois de l'acné et mal aux seins. Ça veut dire qu'au niveau de leur peau, elles vont avoir des récepteurs sensibles aux hormones mâles, alors que dans leur sein, elles vont avoir des récepteurs sensibles aux hormones féminines. Donc vous voyez combien c'est complexe, et on n'est même pas au début de la connaissance de tout ça. »
Elle ajoute une phrase qui vaut d'être lue deux fois, parce qu'elle est rare dans la bouche d'un médecin :
« Ça veut dire qu'on traite sans connaître réellement, en tout cas physiologiquement, comment cela fonctionne. »
Utilité pratique pour le lecteur. Décrire précisément où et quand se manifestent les symptômes n'est pas du bavardage : c'est l'information qui permet au soignant d'orienter la proposition thérapeutique. « Je suis plus sensible aux hormones mâles parce que j'ai de l'acné » est une phrase utile en consultation.
5. Ne rien prescrire est une décision de soin
C'est probablement l'idée la plus contre-intuitive de l'épisode, et la plus transposable.
Dans un de ses livres, le docteur Besnard-Charvet décrit le cas d'une patiente de quarante-trois ans dont les cycles se sont raccourcis, et écrit : « Mon choix est l'abstention thérapeutique. » Interrogée sur cette consultation, elle la rejoue à voix haute :
« Première question : est-ce que ça vous gêne ? Réponse : non, pas forcément. Est-ce que vos règles sont abondantes, hémorragiques ? Non, pas forcément. Est-ce que vous avez des symptômes avant vos règles ? Non, pas forcément. »
Puis le raisonnement :
« Peut-être que si je la surtraite, si j'essaye de lui donner quelque chose pour la faire revenir à l'état d'avant, je n'y arriverai pas. Et peut-être que ce que je vais lui donner va induire des choses qui vont la rendre encore plus inconfortable. »
Et le critère qu'elle applique, qu'elle formule comme une règle d'éthique du soin :
« Est-ce que j'apporte quelque chose à cette patiente qui est en face de moi ? Réponse oui ou réponse non. »
Ce que cela implique pour une lectrice. Repartir d'une consultation sans ordonnance n'est pas repartir les mains vides, à condition d'être repartie avec une explication. La distinction entre « rien pour vous » et « rien à faire, parce qu'il n'y a rien à corriger » tient entièrement dans le temps d'explication.
6. Les trois leviers de mode de vie, et ce qu'on peut honnêtement en dire
Ce que dit le docteur Besnard-Charvet. Trois leviers, qu'elle propose avant toute prescription : l'alimentation, l'activité physique régulière, la gestion du stress.
Le mécanisme qu'elle invoque : l'axe hypothalamo-hypophysaire-ovarien, c'est-à-dire la chaîne de commande hormonale qui va du cerveau aux ovaires. « Plus on est stressé, plus on va induire des dysfonctionnements. »
Et elle signale elle-même le niveau de preuve, sans qu'on ait à le lui demander :
« Si certains médecins m'écoutent, ils vont me dire : mais elle dit des trucs qui n'ont jamais été prouvés par des études. Alors sans doute. Par contre, on a tous des patients qui nous ont dit : j'ai eu un énorme stress, mes règles se sont arrêtées, elles ne sont jamais revenues. Donc ça, c'est du réel, c'est du vécu. Même si on n'a pas d'études randomisées pour le dire. »
Cette phrase est un exemple de ce que BloomingYou appelle une observation clinique honnête : elle est rapportée comme observation, pas comme preuve.
La distinction sport, activité physique, sédentarité
Elle corrige un raccourci fréquent, et la correction est utile :
- Le sport est une pratique orientée vers une performance ou un cadre, un club, une compétition. La course en est un.
- L'activité physique régulière est tout ce qui met le corps en mouvement : le bricolage, le jardinage, la couture, la marche.
- La rupture de la sédentarité est encore autre chose, et c'est le point clé.
« J'ai des patientes qui font du sport, mais quand je vois la vie qu'elles ont à leur boulot, elles font du sport mais elles sont sédentaires pour autant. Donc c'est vraiment ça, ne pas rester deux heures assise sur sa chaise. »
Faire une heure de sport puis rester assise onze heures n'est pas la même chose que bouger un peu toute la journée. Les deux ne se remplacent pas.
La gestion du stress : ce qu'elle recommande, et ce que dit la recherche
Elle recommande la cohérence cardiaque, une respiration lente guidée, cinq minutes, avec une application gratuite, et cite RespiRelax.
Ce que disent les sources, y compris quand cela nuance la recommandation. Un essai randomisé publié en 2015 a comparé, chez 123 femmes en périménopause ou ménopausées ayant au moins quatre bouffées de chaleur par jour, une respiration lente guidée par appareil à un appareil témoin diffusant de la musique relaxante. Après douze semaines, le groupe respiration lente rapportait une baisse moyenne de 1,8 bouffée par jour, soit 21 %, contre 3,0 bouffées par jour, soit 35 %, dans le groupe musique. La respiration lente a donc été moins efficace que l'écoute de musique sur ce critère.
Source : Huang AJ et coll., « Device-guided slow-paced respiration for menopausal hot flushes: a randomized controlled trial », Obstetrics and Gynecology, 2015;125(5):1130-8, d'après PubMed, DOI.
Comment lire ce résultat sans le tordre. Il ne dit pas que la cohérence cardiaque ne sert à rien. Il dit qu'elle n'a pas démontré de supériorité sur les bouffées de chaleur face à un comparateur actif. Le docteur Besnard-Charvet ne la propose d'ailleurs pas pour les bouffées de chaleur, mais pour le stress et le sommeil, ce qui est une autre question et un autre critère de jugement. Nous signalons l'étude parce qu'une lectrice pourrait autrement en attendre un effet qu'elle n'a pas démontré.
7. Le traitement hormonal de la ménopause : ce que l'étude de 2002 a vraiment dit
C'est le point sur lequel l'épisode est le plus dense, et le plus utile, parce que l'histoire a été massivement simplifiée dans les deux sens.
Ce que disent les sources : l'essai de 2002
L'essai de la Women's Health Initiative a été arrêté en cours de route, le 31 mai 2002, parce que les risques observés dépassaient les bénéfices.
- Qui : 16 608 femmes ménopausées de 50 à 79 ans, utérus intact, 40 centres américains, recrutées entre 1993 et 1998.
- Quoi : œstrogènes conjugués équins associés à un progestatif, contre placebo. Suivi moyen de 5,2 ans.
- Résultats, en risque relatif : maladie coronarienne 1,29 ; cancer du sein 1,26 ; accident vasculaire cérébral 1,41 ; embolie pulmonaire 2,13. À l'inverse, cancer colorectal 0,63 et fracture de hanche 0,66.
- En chiffres absolus, pour 10 000 femmes suivies un an : 7 événements coronariens en plus, 8 accidents vasculaires cérébraux, 8 embolies pulmonaires, 8 cancers du sein, et 6 cancers colorectaux et 5 fractures de hanche en moins.
- Âge moyen des participantes à l'entrée : 63,4 ans.
Source : Rossouw JE et coll., JAMA, 2002;288(3):321-33, DOI.
Ce que dit le docteur Besnard-Charvet
Elle appelle cet essai « l'étude qui a assassiné le traitement hormonal de la ménopause », et détaille trois reproches, sur le produit et sur la population :
« Ce sont des conjugués équins, donc comme l'indique leur nom, des conjugués prévus pour les chevaux, pas du tout pour les femmes. Et on l'a donné chez des patientes de plus de soixante ans, pour la plupart hypertendues, pour la plupart en surpoids. Et on a observé ce qu'on s'attendait à observer. »
Elle raconte aussi l'effet de bord, concret, sur sa propre pratique :
« J'ai souvenir de quelques patientes qui ont appelé mon secrétariat en disant : vous direz à madame Charvet qu'on ne reviendra plus la voir parce qu'elle nous a donné un traitement dangereux qui peut nous tuer. Et dites-lui que si on fait un cancer du sein, on portera plainte. »
Et la leçon qu'elle en tire, qui dépasse largement l'hormonothérapie :
« Les études, c'est bien, il faut faire des études, mais l'interprétation compte, la population sélectionnée compte. Et tout ça n'a pas du tout été pris en compte dans la vulgarisation des résultats. »
Ce que disent les relectures, quinze ans plus tard
Deux publications de 2017 permettent de trancher entre ces deux lectures, sans donner entièrement raison à l'une ou à l'autre.
Revue Cochrane, 2017. 22 études, 43 637 femmes ; près de 70 % des données proviennent de deux essais dont celui de 2002. Environ 30 % seulement des femmes incluses avaient entre 50 et 59 ans, c'est-à-dire l'âge auquel le traitement est réellement prescrit. Aucune de ces études ne portait sur des femmes en périménopause. Dans le sous-groupe des 50 à 59 ans, le seul risque significativement augmenté était thrombo-embolique, en risque absolu inférieur à 1 pour 500. Les auteurs écrivent que les données sont insuffisantes pour juger du risque chez les femmes en périménopause et chez les femmes de moins de 50 ans.
Source : Marjoribanks J et coll., Cochrane Database of Systematic Reviews, 2017;1:CD004143, DOI.
Suivi à 18 ans, JAMA, 2017. 27 347 femmes, suivi cumulé jusqu'en décembre 2014. Mortalité toutes causes : 27,1 % sous traitement contre 27,6 % sous placebo. Aucune différence de mortalité cardiovasculaire, aucune différence de mortalité par cancer.
Source : Manson JE et coll., JAMA, 2017;318(10):927-38, DOI.
La synthèse
Un essai mené sur des femmes de 63 ans en moyenne, avec un produit peu utilisé en France, a servi à priver de traitement des femmes de 51 ans. Cela ne rend pas les risques imaginaires : ils sont réels, et l'essai les a validés. Cela veut dire que la population et le produit conditionnent le résultat, et que la généralisation était abusive.
Le docteur Besnard-Charvet arrive d'ailleurs à la même conclusion en gardant le bénéfice de l'essai :
« Cette étude a annulé le traitement hormonal de la ménopause pour tout le monde, mais elle nous permet actuellement de le redonner avec beaucoup plus de sécurité, parce qu'on sait maintenant vraiment les risques. »
Le type de progestatif compte
Elle mentionne une étude française de cohorte qu'elle appelle « l'étude trois N », menée sur des adhérentes de la Mutuelle Générale de l'Éducation Nationale.
Vérification. Il s'agit de la cohorte E3N. L'analyse publiée en 2007 a porté sur 80 377 femmes ménopausées, avec 2 354 cancers du sein invasifs survenus pendant un suivi moyen de 8,1 années postménopausiques. Comparé à l'absence de traitement, le risque relatif était de :
- 1,00 (intervalle de confiance à 95 % : 0,83 à 1,22) pour œstrogènes plus progestérone,
- 1,16 (0,94 à 1,43) pour œstrogènes plus dydrogestérone,
- 1,69 (1,50 à 1,91) pour œstrogènes plus autres progestatifs,
- 1,29 (1,02 à 1,65) pour les œstrogènes seuls.
Les auteurs ne trouvent pas de différence selon la voie d'administration des œstrogènes, orale ou transdermique.
Source : Fournier A, Berrino F, Clavel-Chapelon F, « Unequal risks for breast cancer associated with different hormone replacement therapies: results from the E3N cohort study », Breast Cancer Research and Treatment, 2007;107(1):103-11, d'après PubMed, DOI.
Précision par rapport à ce qui a été dit à l'antenne. Le docteur Besnard-Charvet attribue le bénéfice au couple « progestérone naturelle et œstrogènes locaux ». Les données d'E3N soutiennent la première moitié de cette phrase, le choix du progestatif, mais pas la seconde : cette cohorte n'a pas trouvé de différence selon la voie d'administration. C'est une nuance, pas une contradiction, et elle mérite d'être dite.
Le point aveugle qui concerne le plus les lectrices
Le traitement hormonal de la ménopause n'est pas un traitement de la périménopause. C'est ce que rappelle le docteur Besnard-Charvet : « La ménopause, oui, on peut donner des traitements hormonaux de la ménopause. Mais la périménopause, on ne peut pas. » Et c'est ce que confirme la revue Cochrane citée plus haut : aucune des études incluses ne portait sur des femmes en périménopause.
Autrement dit, la période la plus longue et la plus symptomatique est celle sur laquelle on dispose du moins de réponses. C'est le cœur du problème, et c'est ce qui explique que des femmes aillent chercher ailleurs.
8. L'homéopathie : l'état exact du dossier
BloomingYou n'est ni pour ni contre. Voici ce que contient le dossier, dans les deux sens.
Ce que disent les institutions françaises
2019. La Haute Autorité de Santé rend un avis défavorable au remboursement des médicaments homéopathiques, au motif d'une efficacité insuffisante. Source : HAS, 28 juin 2019.
2021. Le déremboursement devient total au 1er janvier. Source : info.gouv.fr, Vidal.
2021 également. Le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français, avec le Groupe d'Étude sur la Ménopause et le Vieillissement, publie ses recommandations sur les alternatives non hormonales aux bouffées de chaleur. Sont retenues comme ayant un effet significatif contre placebo : paroxétine, citalopram, escitalopram, venlafaxine, desvenlafaxine, gabapentine, prégabaline, clonidine, génistéine, ainsi que hypnose, acupuncture et yoga. Sont classées comme apparaissant inefficaces : homéopathie, vitamine E, alanine, oméga 3, phyto-œstrogènes dont le trèfle rouge et l'actée à grappes noires, huile d'onagre, et activité physique. Source : Raccah-Tebeka B, Boutet G, Plu-Bureau G, Gynécologie Obstétrique Fertilité et Sénologie, 2021;49(5):373-93, DOI.
Ce point compte : ce ne sont pas des sceptiques extérieurs, c'est le collège de sa propre spécialité.
Les trois essais que l'on cite le plus souvent
2012, Colau et coll. Positif. 108 femmes ménopausées incluses, 101 analysées, 35 centres en France, entre juin 2010 et juillet 2011. Critères d'entrée : 50 ans ou plus, ménopause depuis moins de 24 mois, au moins 5 bouffées de chaleur par jour avec retentissement réel. Un complexe homéopathique contre placebo d'aspect identique, en double aveugle, pendant 12 semaines. Score global de bouffées de chaleur : 88,2 sous traitement contre 107,2 sous placebo, p = 0,0411. À signaler : les comprimés, principe actif comme placebo, ont été préparés par les laboratoires Boiron. Source : Colau JC et coll., Drugs in R&D, 2012;12(3):107-19, DOI.
2015, Macías-Cortés et coll. Positif, puis retiré. 133 femmes en périménopause ou ménopausées, avec une dépression caractérisée d'intensité modérée à sévère, dans un hôpital public de Mexico. Trois groupes tirés au sort : homéopathie individualisée, fluoxétine, ou placebo. L'étude annonçait une supériorité de l'homéopathie sur le placebo de 5 points à l'échelle de Hamilton. Elle a été retirée par la revue PLOS ONE le 23 avril 2020, pour trois motifs : description insuffisante du traitement individualisé pour permettre la reproduction, dispositif ne permettant pas d'écarter l'effet placebo, et informations méthodologiques incomplètes. Les quatre auteurs contestent le retrait. Sources : Macías-Cortés EC et coll., PLoS One, 2015;10(3):e0118440 ; avis de rétractation, PLoS One, 23 avril 2020, DOI.
Ce que le retrait ne dit pas. Il ne dit pas que le traitement ne fonctionne pas. Il dit que cette étude ne peut plus servir d'argument. Elle sort du dossier, elle ne le renverse pas. « Retirée » ne veut pas dire « réfutée ».
2018, Heudel et coll. Sans différence démontrée. L'essai de phase 3 le plus large sur ce sujet en France. 299 femmes incluses, 138 tirées au sort : 65 sous traitement, 73 sous placebo. Cancer du sein localisé, sous hormonothérapie adjuvante, avec bouffées de chaleur modérées à sévères. Critère principal décidé à l'avance : baisse du score de bouffées de chaleur à 4 semaines. Baisse de 2,9 points sous traitement, 2,5 points sous placebo, p = 0,756.
Comment lire ces trois chiffres, en trois temps. Un, les deux groupes vont mieux : la baisse est réelle des deux côtés. Deux, l'écart entre eux est de 0,4 point. Trois, « non significatif » veut dire qu'un écart de cette taille, sur ce nombre de femmes, arrive couramment par simple hasard. C'est comme lancer une pièce vingt fois et obtenir onze fois pile : on n'en conclut pas que la pièce est truquée. L'essai ne prouve donc pas que le produit ne marche pas, il ne parvient pas à montrer qu'il marche.
Limites de cet essai, à dire aussi. Quatre semaines seulement, c'est court. Le produit était fixe, identique pour toutes, alors que la prescription en cabinet est individualisée. Et 138 femmes ont été tirées au sort sur 299 prévues. À noter dans l'autre sens : le score a baissé chez 75 % des femmes du groupe traitement et 68 % du groupe placebo, avec un impact positif rapporté sur la qualité de vie. Source : Heudel PE et coll., Supportive Care in Cancer, 2018;27(5):1879-89, DOI.
Les études plus anciennes qu'elle cite
Le docteur Besnard-Charvet mentionne « l'étude de Jacobs et de Thompson », en précisant que les premiers travaux sur l'homéopathie et les bouffées de chaleur ont été menés chez des femmes atteintes de cancer du sein. Vérification :
- Jacobs J et coll., 2005. Essai randomisé en double aveugle contre placebo, chez des femmes ayant un antécédent de cancer du sein. Pas de différence significative sur le critère principal, le score de sévérité des bouffées de chaleur. Une amélioration statistiquement significative du score de santé générale a été observée dans les deux groupes homéopathie à un an. Les auteurs signalent eux-mêmes que la taille de l'échantillon interdit toute conclusion ferme. D'après PubMed, DOI.
- Thompson EA et Reilly D, 2003. 45 patientes, dont 40 ont terminé l'étude. Il s'agit d'une étude observationnelle prospective, sans groupe placebo. Les auteurs concluent eux-mêmes qu'un essai contrôlé contre placebo serait l'étape suivante. D'après PubMed, DOI.
Ces deux références vont donc moins loin que ce que leur seule citation laisse entendre : la première est négative sur son critère principal, la seconde n'a pas de comparateur.
Son désaccord avec les recommandations, tel qu'elle le formule
Elle précise qu'elle est membre du collège, et que les membres du groupe d'étude sur la ménopause sont « plus que respectables, plus que compétents ». Son reproche porte sur la formulation :
« La formulation aurait dû être : l'homéopathie nous paraît, à nous membres du GEMVI, inefficace, malgré une étude qui a montré dans ce cadre-là qu'elle était efficace versus placebo. »
Et elle pointe une asymétrie qu'il faut regarder en face :
« Parce qu'en acupuncture, on a très peu d'études aussi. »
C'est un argument recevable et vérifiable : les mêmes recommandations retiennent l'acupuncture comme efficace tout en classant l'homéopathie comme inefficace. La question du nombre d'essais nécessaires pour changer d'avis n'a pas de réponse consensuelle.
Le contre-argument qu'elle rapporte, et sa réponse
« Des chirurgiens me disent : mais en fait, c'est pas possible, parce qu'il n'y a pas de molécule dedans, donc ça ne peut pas marcher. C'est-à-dire qu'ils ne lisent même pas l'étude. Ils regardent la conclusion et ils disent : la conclusion n'est pas possible puisque de toute façon il n'y a rien dedans. »
Sa position sur le mécanisme, qu'elle présente explicitement comme une conviction et non comme un fait établi :
« Ça ne fonctionne pas selon un mode moléculaire, c'est plutôt informationnel. On est clairement dans la physique et pas du tout dans la chimie. »
Statut de cette affirmation. C'est une hypothèse. Elle n'est pas démontrée, et l'article ne la présente pas autrement. Le docteur Besnard-Charvet ne prétend d'ailleurs pas le contraire : « pour ce qu'on en sait ».
Les limites qu'elle pose elle-même
C'est le passage le plus important de cette section, et il vient d'elle :
« Il y a des homéopathes purs et durs qui sont persuadés que l'homéopathie traite tout, ce qui est complètement faux. »
« L'homéopathie a une place dès qu'on est dans la physiologie, dès qu'on veut réguler quelque chose, mais elle ne traitera pas une pathologie évolutive grave. »
Et sur le cancer, sans ambiguïté :
« Il ne faut pas dire à la patiente : on va traiter votre cancer avec des granules homéopathiques. Ce qui est faux. »
Ce que dit le cadre officiel. Les soins de support en oncologie, définis par l'instruction ministérielle de 2017 et le référentiel de l'Institut National du Cancer, accompagnent les traitements du cancer ; ils ne s'y substituent jamais. Et une étude publiée en 2018 dans JAMA Oncology a montré que le recours aux médecines complémentaires était associé à un refus plus fréquent des traitements conventionnels, et à une moindre survie chez des patients porteurs de cancers curables. Source : Johnson SB et coll., JAMA Oncology, 2018;4(10):1375-81, DOI.
Cette donnée ne contredit pas ce qu'elle dit. Elle explique pourquoi la phrase « accompagner n'est pas traiter » n'est pas une précaution de langage, mais une question de survie.
9. Pourquoi ces thérapies sont si difficiles à évaluer
L'épisode s'arrête sur un cas concret, tiré de son propre livre : deux études sur l'acupuncture et les bouffées de chaleur, sérieuses toutes les deux, avec des conclusions opposées.
| Vincent et coll., 2007 | Zaborowska et coll., 2007 | |
|---|---|---|
| Participantes | 103 femmes tirées au sort | 102 femmes ménopausées |
| Comparaison | vraie acupuncture contre fausse acupuncture : on pique dans les deux groupes | vraie acupuncture contre patch placebo posé sur la peau |
| La femme sait-elle ce qu'elle reçoit ? | Non | Oui |
| Résultat | Aucune différence | L'acupuncture l'emporte |
Sources : Vincent A et coll., Menopause, 2007;14(1):45-52, DOI ; Zaborowska E et coll., Climacteric, 2007;10(1):38-45, DOI.
Ce que cela montre. Ce n'est pas le traitement qui a changé entre les deux essais, c'est la comparaison. Dans le premier, tout ce qui entoure le geste, le rendez-vous, la séance, l'attention du praticien, est identique dans les deux groupes : seul l'endroit où l'on pique varie. Dans le second, un groupe reçoit des aiguilles et du temps, l'autre un autocollant. Le choix du comparateur décide de la réponse.
Ce que dit le docteur Besnard-Charvet, et c'est une objection méthodologique de fond :
« Ce qui est difficile dans nos pratiques, c'est de reproduire les études, parce que les études sont aussi dépendantes du praticien. J'ai toujours été assez scotchée de voir que dans nos études en médecine classique, on se fout du praticien. On ne juge pas le praticien. »
Elle donne un exemple qui parle à tout le monde : un oncologue qui annonce « une petite chimio, vous aurez peu d'effets secondaires » et un autre qui annonce « une grosse chimio », avec le même produit. « L'effet nocebo et l'effet placebo sont aussi dépendants du vecteur du médicament. Et le vecteur, c'est nous. »
Ce que cela ne résout pas, et qu'il faut dire. Si l'effet dépend du praticien, il devient impossible de séparer ce qui vient du traitement de ce qui vient de la relation. C'est exactement ce que l'essai randomisé cherche à faire. La difficulté est réelle, mais elle est un problème à résoudre, pas une dispense de le résoudre.
10. L'effet placebo a une forme, et cette forme est testable
C'est peut-être l'outil le plus directement utilisable de l'épisode, pour n'importe quel produit, complément ou traitement.
« L'effet placebo, c'est un effet en cloche. Donc ça marche très vite et ça retombe. Et c'est pour ça que quand on fait des études randomisées versus placebo, un médicament qui va avoir un effet peu boosté au début mais qui, dans la durée, va tenir, on pourra dire qu'il n'est pas placebo. » Dr Christelle Besnard-Charvet
Et le protocole qu'elle donne à ses patientes :
« Vous prenez le complément alimentaire et vous l'arrêtez. Vous voyez ce qui se passe, vous le reprenez, vous vous faites des essais. »
Statut de cette règle. C'est une heuristique clinique, pas un critère de démonstration. Un effet qui dure peut aussi venir de l'évolution naturelle des symptômes, et un effet qui retombe peut venir d'une lassitude. Elle reste utile à une échelle individuelle, pour décider si l'on continue de dépenser quatre-vingts euros par mois.
11. Les compléments alimentaires : l'argument économique
Interrogée sur ce qui est vendu aux femmes et ne sert à rien, sa réponse en une phrase, dans la séquence finale de l'épisode, est : « Certains compléments alimentaires. »
Développée, sa position est plus nuancée, et plus intéressante :
« Je ne pense pas qu'il y ait des choses qui ne marchent pas. Je pense qu'il y a beaucoup de marketing. »
Le problème qu'elle pointe est un problème d'information, pas de principe :
- On ne sait pas comment une personne donnée va métaboliser le complément.
- On ne sait pas si elle manque de zinc ou de cuivre, faute de dosages disponibles, et les dosages existants coûtent cher.
- Même en rétablissant un taux, on ignore ce qui se passe au niveau des récepteurs.
Et la question qu'elle se pose, qu'elle formule comme une question d'éthique :
« Est-ce que je me sens éthique si je conseille un complément alimentaire juste parce que le laboratoire m'a dit qu'on a fait des études fondamentales, et que ça coûte quatre-vingts euros par mois ? »
Repère utile. Une étude fondamentale, menée sur des cellules ou chez l'animal, dit qu'un mécanisme est plausible. Elle ne dit pas qu'un produit fonctionne chez une personne. Entre les deux, il manque l'essai clinique.
12. Vingt minutes : le facteur structurel dont personne ne parle
Interrogée sur la durée d'une consultation de gynécologie :
« Nos consultations sont minutées. Je n'ai jamais dépassé vingt minutes. » « En vingt minutes, on n'a rien le temps de faire. »
Pourquoi c'est un problème de connaissance et pas seulement de confort. Tout ce qui précède, décrire ses symptômes, distinguer ce qui gêne de ce qui ne gêne pas, comprendre pourquoi on ne prescrit rien, peser une balance bénéfice risque, demande du temps de parole. Vingt minutes incluant un examen clinique ne le permettent pas.
Elle ajoute une remarque sur l'examen lui-même, qui est une information utile pour toute lectrice :
« Mesdames, la mise en place du spéculum, le toucher vaginal ne doit jamais être une obligation. Il faut en discuter. Et tout cet espace qu'on pourrait gagner sur l'examen qui ne sert à rien, on pourrait le mettre à une discussion ouverte. »
Sa proposition d'organisation. Confier une part de la gynécologie physiologique aux sages-femmes, en réseau avec les gynécologues, sur le modèle des infirmières de pratique avancée en cancérologie : « Les sages-femmes ont dans leur formation la physiologie. Nous, médecins, on est formés pour la pathologie. » C'est une proposition, présentée comme telle, pas une mesure existante.
13. Les perturbateurs endocriniens : l'angle mort des études
Interrogée sur ce qu'elle ne sait toujours pas après des décennies de pratique, sa réponse est :
« Je ne sais rien. Je ne sais rien sur la périménopause. Je ne sais pas pourquoi chez certaines femmes ça arrive plus tôt que chez d'autres. Je ne sais pas pourquoi certaines femmes sont symptomatiques et pas d'autres. »
Elle précise avoir cherché avant l'enregistrement s'il existait des travaux récents sur la physiologie de la périménopause, y compris en recherche fondamentale, et avoir trouvé « très très peu de choses ».
Et elle formule une hypothèse qui mérite d'être notée comme hypothèse :
« On oublie les perturbateurs endocriniens. Notre environnement nous a déréglé nos hormones depuis qu'on naît fœtus dans le ventre de nos mamans. Donc même si j'avais su des choses sur la périménopause il y a trente ans, les femmes qui vivent leur périménopause maintenant sont dans un environnement qui aggrave ces dérèglements hormonaux, très probablement. Il faudrait aussi prendre en compte l'environnement, ce qui n'est actuellement pas du tout fait dans nos études, qui sont très médicalo-centrées. »
Statut. Hypothèse de travail, formulée avec « très probablement » par celle qui l'énonce. Elle est cohérente avec l'état de la littérature sur les perturbateurs endocriniens, mais l'épisode ne présente aucune donnée permettant de l'établir pour la périménopause en particulier. Nous ne la transformons pas en fait.
14. Santé genrée et errance : la douleur sans diagnostic
Le passage le plus vif de l'épisode porte sur les femmes qui souffrent sans étiquette.
« C'est très bien de faire un diagnostic d'endométriose, il faut le faire le plus tôt possible, il faut traiter les femmes. Sauf qu'aucun traitement ne guérit l'endométriose. Et qu'on se retrouve avec des femmes qui n'ont, je mets des guillemets, que des règles douloureuses, sans endométriose, et à qui on dit : va bosser, tu te plains de quoi, tu n'as pas d'endométriose, donc tant pis, fais avec. »
« Une douleur, c'est un ressenti. Et vous pouvez avoir une douleur majeure alors que vous n'avez pas d'endométriose. Et pour autant, vous devez intéresser le corps médical. »
Le mécanisme qu'elle décrit. Le diagnostic sert de clé d'accès à la prise en charge. Sans diagnostic de pathologie, la plainte est reclassée en « bobologie », et la patiente cesse d'être un sujet médical. Ce n'est pas un problème de compétence, c'est un problème de seuil.
15. Un point où nos sources et l'invitée ne disent pas exactement la même chose
Le docteur Besnard-Charvet indique qu'elle n'a plus le droit de faire figurer la mention d'homéopathe :
« Le Conseil de l'ordre nous interdit maintenant de le dire. On ne peut plus le mettre sur nos plaques. Le diplôme d'homéopathe maintenant n'est plus reconnu par le Conseil de l'ordre. »
Et elle relève une asymétrie :
« Quelqu'un qui va être thérapeute a le droit de dire qu'il a fait une formation d'homéopathie, et pas moi. Et on me parle de sécuriser le parcours du patient. Je trouve que ça n'a pas de sens. »
Ce que nous avons vérifié. Le 3 octobre 2019, le Conseil national de l'Ordre des médecins a décidé de fermer l'accès au titre d'orientation « homéopathie » pour les nouveaux demandeurs, mettant fin au régime dérogatoire en vigueur depuis 1984 qui n'exigeait que 300 heures de formation. D'après la presse professionnelle, la décision n'était pas rétroactive : les médecins ayant obtenu le titre avant cette date pouvaient le conserver sur leurs plaques et ordonnances. En parallèle, plusieurs facultés de médecine ont suspendu leur diplôme universitaire d'homéopathie, dont Lille dès 2018. Sources : Egora, « L'Ordre ferme l'accès au titre homéopathie » ; Le Quotidien du Médecin, 3 octobre 2019 ; Le Moniteur des pharmacies, faculté de Lille.
Nous ne tranchons pas. Notre vérification porte sur la décision nationale et sur son caractère non rétroactif tel que rapporté par la presse professionnelle. Elle ne permet pas de statuer sur la situation individuelle du docteur Besnard-Charvet, ni sur les instructions que son conseil départemental a pu lui donner. Le constat qu'elle formule sur l'asymétrie entre médecins et thérapeutes non médecins, lui, n'est pas contesté par nos sources.
Une vérification de chiffre, parce qu'il circule beaucoup
Elle avance qu'il existe « dix mille publications sur PubMed sur l'efficacité de l'homéopathie ».
Vérification, au 15 septembre 2026. Une recherche sur le terme « homeopathy » dans PubMed renvoie environ 7 200 références. Ce total inclut tous les types de documents, éditoriaux, lettres, commentaires et articles historiques compris, et ne se limite donc pas aux études d'efficacité. Le nombre d'essais cliniques est très inférieur. L'ordre de grandeur annoncé est donc surestimé, et le périmètre annoncé plus large que la réalité. Nous le signalons parce qu'un chiffre rond circule facilement. Source : recherche PubMed sur le terme « homeopathy », consultée le 15 septembre 2026.
Applications pratiques
Ce que ce que l'épisode permet de faire, concrètement. Aucun de ces points ne remplace un avis médical.
1. Tenir un relevé avant la consultation. Noter pendant deux cycles : longueur des cycles, abondance, ce qui gêne vraiment, le moment de la journée où les symptômes surviennent. C'est l'information qui manque le plus souvent en vingt minutes, et c'est vous qui l'avez.
2. Distinguer « gênant » et « anormal ». La question que pose le docteur Besnard-Charvet, « est-ce que ça vous gêne », n'est pas une manière d'éconduire. C'est le critère qui décide s'il y a quelque chose à traiter. Un cycle raccourci qui ne gêne pas ne demande pas de traitement.
3. Demander l'ordre de grandeur. Si on vous répond « ça va passer », la question utile est : combien de temps, et sur quoi vous fondez-vous. La réponse honnête, pour l'instant, est qu'on ne sait pas prédire au cas par cas, et que la médiane observée dans SWAN est de plus de sept ans.
4. Séparer sport, activité physique et sédentarité. Ajouter du mouvement dans la journée est un objectif distinct de faire une séance de sport. Les deux se cumulent, ils ne se remplacent pas.
5. Savoir que l'examen gynécologique se discute. Le spéculum et le toucher vaginal ne sont pas une obligation automatique. Le temps ainsi libéré peut aller à la discussion.
6. Tester un produit plutôt que le croire. Arrêter, observer, reprendre. Un effet qui monte vite et retombe ressemble à un effet placebo. Un effet qui tient dans la durée mérite qu'on continue. Ce test vaut à l'échelle d'une personne, pas comme preuve.
7. Si vous vous tournez vers l'homéopathie. Le docteur Besnard-Charvet rappelle deux bornes : elle situe son intérêt dans la régulation du fonctionnement physiologique, et affirme qu'elle ne traite pas une pathologie évolutive grave. Ne jamais l'utiliser en remplacement d'un traitement d'une maladie grave. Écarter d'abord les autres causes d'une bouffée de chaleur, notamment thyroïdiennes et tensionnelles, ce qui suppose un avis médical.
8. En contexte de cancer. Les soins de support accompagnent les traitements, ils ne s'y substituent pas. Toute proposition présentée comme une alternative aux traitements du cancer doit alerter.
Ce que dit la recherche : synthèse honnête
Ce qui fait consensus. Les symptômes vasomoteurs durent bien plus longtemps que ce qui est communément annoncé, avec une médiane de 7,4 ans dans la cohorte SWAN. Le traitement hormonal de la ménopause reste efficace sur les symptômes de la ménopause, avec des risques réels dont l'ampleur dépend de l'âge, du produit et du profil cardiovasculaire. Le choix du progestatif modifie le risque de cancer du sein associé.
Ce qui est en débat. L'évaluation des thérapies dont l'effet dépend du praticien et de la relation de soin. Le choix du comparateur, placebo inerte ou comparateur actif, change les conclusions, comme le montrent les deux essais d'acupuncture. Il n'existe pas de consensus sur le nombre d'essais positifs nécessaires pour modifier une recommandation.
Ce qui n'est pas démontré. L'efficacité de l'homéopathie sur les bouffées de chaleur, selon les recommandations 2021 du collège des gynécologues et selon l'avis 2019 de la Haute Autorité de Santé. Un essai français de 2012 est positif, un essai français plus large de 2018 ne montre pas de différence significative, et un essai mexicain de 2015 favorable a été retiré en 2020. « Non démontré » ne veut pas dire « démontré inefficace », et un essai positif isolé ne suffit pas à établir une efficacité.
Ce qu'on ne sait pas. La physiologie fine de la périménopause. Pourquoi certaines femmes sont symptomatiques et d'autres non. Pourquoi la ménopause survient plus tôt chez certaines. Ce que les perturbateurs endocriniens modifient dans cette transition. Et surtout : la périménopause est la période la moins étudiée, y compris dans les essais sur le traitement hormonal, où la revue Cochrane 2017 relève qu'aucune étude incluse ne portait sur des femmes en périménopause.
À retenir
- La périménopause est la transition avant l'arrêt des règles. La ménopause ne se diagnostique qu'un an après, rétrospectivement.
- Chez les femmes qui en ont fréquemment, les bouffées de chaleur durent en médiane 7,4 ans, et plus de 11,8 ans quand elles commencent avant l'arrêt des règles.
- Le mécanisme : une réserve folliculaire qui s'épuise, des ovulations irrégulières, des hormones instables, en trop ou en trop peu selon les cycles.
- Les symptômes dépassent la sphère gynécologique parce qu'il existe des récepteurs hormonaux dans tout le corps.
- Ne rien prescrire peut être la bonne décision, à condition d'être accompagné d'une explication.
- Le traitement hormonal de la ménopause n'est pas un traitement de la périménopause, et les essais disponibles ne portent pas sur cette période.
- L'essai de 2002 a été mené sur des femmes de 63 ans en moyenne, avec un produit peu utilisé en France. Il a validé des risques réels ; sa généralisation à des femmes de 51 ans était abusive.
- Sur l'homéopathie, le dossier contient un essai positif, un essai plus large sans différence démontrée, un essai retiré, et un avis institutionnel défavorable. Le désaccord porte moins sur les faits que sur ce qu'on en conclut.
- L'effet placebo monte vite et retombe. Un effet qui tient dans la durée est un signal différent.
- La durée de consultation, vingt minutes, est un facteur structurel de l'errance, pas un détail d'organisation.
Pour aller plus loin
L'épisode complet. Conversation avec le docteur Christelle Besnard-Charvet, podcast BloomingYou, Mieux-être corps et esprit.
La table ronde du 5 novembre 2026, Palais des Congrès de Paris, journée sur la santé des femmes organisée par BloomingYou avec Médoucine. Le docteur Besnard-Charvet y interviendra.
Ses livres. Homéopathie en gynécologie et Homéopathie et périménopause (2015), destinés aux professionnels de santé ; Pratiques homéopathiques en gynécologie obstétrique, avec le docteur Antoine Demonceaux (Elsevier, 2019) ; Plus forts contre le cancer, avec la journaliste santé Frédérique Odasso (Robert Laffont, 2020), destiné au grand public.
Son association. Elle préside le Centre Ressource Lyon, association bénévole d'accompagnement global des personnes atteintes de cancer.
Sur BloomingYou. Le parcours Périménopause et ménopause rassemble nos repères. Dans le même dossier : pourquoi tant de femmes se sentent mal cinq à dix ans avant leurs dernières règles ; ce que l'étude WHI comparait réellement ; ce que sont les hormones bio-identiques ; les solutions naturelles selon vos symptômes ; sécheresse, douleurs et fuites urinaires à la ménopause. Pour élargir : pourquoi la médecine néglige la santé des femmes ; ce que dit la science de l'homéopathie ; comment se protéger des perturbateurs endocriniens.
Sources
Durée et description de la transition
- Avis NE, Crawford SL, Greendale G et coll. Duration of menopausal vasomotor symptoms over the menopause transition. JAMA Internal Medicine 2015;175(4):531-9. D'après PubMed, DOI
Traitement hormonal de la ménopause
- Rossouw JE, Anderson GL, Prentice RL et coll. Risks and benefits of estrogen plus progestin in healthy postmenopausal women: principal results from the Women's Health Initiative randomized controlled trial. JAMA 2002;288(3):321-33. DOI
- Marjoribanks J, Farquhar C, Roberts H, Lethaby A, Lee J. Long-term hormone therapy for perimenopausal and postmenopausal women. Cochrane Database of Systematic Reviews 2017;1:CD004143. DOI
- Manson JE, Aragaki AK, Rossouw JE et coll. Menopausal hormone therapy and long-term all-cause and cause-specific mortality. JAMA 2017;318(10):927-38. DOI
- Fournier A, Berrino F, Clavel-Chapelon F. Unequal risks for breast cancer associated with different hormone replacement therapies: results from the E3N cohort study. Breast Cancer Research and Treatment 2007;107(1):103-11. D'après PubMed, DOI
Recommandations et décisions institutionnelles
- Raccah-Tebeka B, Boutet G, Plu-Bureau G. Alternatives non hormonales des bouffées de chaleur. Recommandations pour la pratique clinique du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français et du Groupe d'Étude sur la Ménopause et le Vieillissement. Gynécologie Obstétrique Fertilité et Sénologie 2021;49(5):373-93. DOI
- Haute Autorité de Santé, Médicaments homéopathiques : une efficacité insuffisante pour être proposés au remboursement, 28 juin 2019
- Déremboursement des médicaments homéopathiques, info.gouv.fr
- Déremboursement des spécialités homéopathiques en 2021, Vidal
- L'Ordre ferme l'accès au titre « homéopathie », Egora, octobre 2019
- Homéopathie : l'Ordre décide de suspendre la situation dérogatoire du droit au titre, Le Quotidien du Médecin, 3 octobre 2019
- Homéopathie : fin du diplôme universitaire à la faculté de médecine de Lille, Le Moniteur des pharmacies, 2018
Essais sur l'homéopathie et les symptômes de la ménopause
- Colau JC, Vincent S, Marijnen P, Allaert FA. Efficacy of a non-hormonal treatment, BRN-01, on menopausal hot flashes: a multicenter, randomized, double-blind, placebo-controlled trial. Drugs in R&D 2012;12(3):107-19. DOI
- Macías-Cortés EC, Llanes-González L, Aguilar-Faisal L, Asbun-Bojalil J. Individualized homeopathic treatment and fluoxetine for moderate to severe depression in peri- and postmenopausal women (HOMDEP-MENOP study). PLoS One 2015;10(3):e0118440. Rétractation : PLoS One, 23 avril 2020, DOI
- Heudel PE, Van Praagh-Doreau I, Duvert B et coll. Does a homeopathic medicine reduce hot flushes induced by adjuvant endocrine therapy in localized breast cancer patients? A multicenter randomized placebo-controlled phase III trial. Supportive Care in Cancer 2018;27(5):1879-89. DOI
- Jacobs J, Herman P, Heron K, Olsen S, Vaughters L. Homeopathy for menopausal symptoms in breast cancer survivors: a preliminary randomized controlled trial. Journal of Alternative and Complementary Medicine 2005;11(1):21-7. D'après PubMed, DOI
- Thompson EA, Reilly D. The homeopathic approach to the treatment of symptoms of oestrogen withdrawal in breast cancer patients. A prospective observational study. Homeopathy 2003;92(3):131-4. D'après PubMed, DOI
Méthode d'évaluation et comparateurs
- Vincent A, Barton DL, Mandrekar JN et coll. Acupuncture for hot flashes: a randomized, sham-controlled clinical study. Menopause 2007;14(1):45-52. DOI
- Zaborowska E, Brynhildsen J, Damberg S et coll. Effects of acupuncture, applied relaxation, estrogens and placebo on hot flushes in postmenopausal women. Climacteric 2007;10(1):38-45. DOI
- Huang AJ, Phillips S, Schembri M, Vittinghoff E, Grady D. Device-guided slow-paced respiration for menopausal hot flushes: a randomized controlled trial. Obstetrics and Gynecology 2015;125(5):1130-8. D'après PubMed, DOI
Médecines complémentaires et cancer
- Johnson SB, Park HS, Gross CP, Yu JB. Complementary Medicine, Refusal of Conventional Cancer Therapy, and Survival Among Patients With Curable Cancers. JAMA Oncology 2018;4(10):1375-81. DOI
- Les soins oncologiques de support, ONCORIF, instruction DGOS/R3/INCa/2017/62 du 23 février 2017
- Référentiel soins oncologiques de support, Institut National du Cancer
Source primaire de l'article
- Retranscription intégrale de l'épisode BloomingYou avec le docteur Christelle Besnard-Charvet, enregistré en 2026. Toutes les citations attribuées au docteur Besnard-Charvet en proviennent.
Cet article a une vocation d'information. Il ne constitue ni un diagnostic, ni une prescription, ni un avis médical personnalisé. Toute décision concernant un traitement se prend avec un professionnel de santé. BloomingYou ne promet aucune guérison.
0 / 5. 0
La suite de cet article est réservée aux inscrits
Créez votre compte gratuit pour continuer. Trois articles complets offerts chaque mois.
Envie de tout lire, sans limite ? Découvrir l'abonnement
Nutrition & microbiote
Ménopause : mieux manger quand la fatigue complique les repas
Santé physique
Sécheresse vaginale, douleurs, fuites urinaires : le syndrome génito-urinaire de la ménopause, et ce qui se traite vraiment
Santé physique
Périménopause : pourquoi tant de femmes se sentent mal cinq à dix ans avant leurs dernières règles
Publié le 30/09/2026