Un traitement hormonal peut-il soulager la ménopause sans faire courir des risques disproportionnés ? Dans Ménopause contrôle, la gynécologue Sheila de Liz revient sur le choc provoqué par l’étude américaine WHI. Elle invite à rouvrir une discussion souvent chargée de peur. Pour y voir clair, il faut distinguer les résultats de l’étude, leur interprétation et ce qu’ils permettent de décider aujourd’hui.
Ce que WHI comparait réellement
La Women’s Health Initiative comprenait deux essais distincts. Des femmes ayant leur utérus recevaient une association d’œstrogènes équins conjugués et d’acétate de médroxyprogestérone, ou un placebo. Des femmes ayant subi une hystérectomie recevaient les œstrogènes équins seuls, ou un placebo. Ces traitements étaient administrés par voie orale.
Ces précisions comptent : « prendre des hormones » ne désigne pas un produit unique. Molécule, association, voie d’administration et situation de la femme doivent être nommées avant de comparer les résultats.
En 2002, des risques réels et des bénéfices mesurés
Le premier essai concernait 16 608 femmes âgées de 50 à 79 ans. Après un suivi moyen de 5,2 ans, les auteurs rapportaient, pour 10 000 femmes suivies pendant un an, environ 8 cancers du sein invasifs, 7 événements coronariens, 8 AVC et 8 embolies pulmonaires supplémentaires dans le groupe traité. Ils observaient aussi environ 6 cancers colorectaux et 5 fractures de hanche en moins. Ces résultats ont conduit à interrompre cet essai : dans ce cadre, le bilan global n’était pas favorable à une utilisation destinée à prévenir l’apparition de maladies chroniques.
Ce sont des différences entre groupes, exprimées en événements par durée de suivi. Elles ne constituent ni la probabilité personnelle d’une lectrice ni une liste à additionner pour calculer son risque. Publication originale de 2002.
En 2004, les œstrogènes seuls n’ont pas donné le même résultat
Le second essai portait sur 10 739 femmes ayant subi une hystérectomie, suivies en moyenne 6,8 ans. Il retrouvait moins de fractures de hanche, mais davantage d’AVC : environ 12 supplémentaires pour 10 000 femmes suivies pendant un an. La diminution observée des cancers du sein n’était pas statistiquement concluante dans cette première publication. Publication originale de 2004.
Les deux essais n’opposaient donc pas directement, chez des femmes comparables, un traitement avec progestatif à un traitement sans progestatif. On ne peut pas attribuer toute la différence à cette seule molécule. Chaque essai comparait son traitement à son propre placebo, dans une population différente.
Risque relatif et risque absolu : deux façons de lire un chiffre
Un pourcentage isolé peut inquiéter sans permettre de choisir. Il faut connaître le risque de départ, l’événement considéré et la durée.
Exemple fictif pour comprendre le calcul : si un événement touche 4 femmes sur 1 000 pendant une période donnée, une hausse relative de 25 % correspond à 5 femmes sur 1 000 pendant cette même période. La hausse absolue est d’un cas sur 1 000. Cet exemple ne décrit aucun traitement précis ; il montre pourquoi les deux façons d’exprimer un risque doivent être présentées ensemble.
Lorsqu’un chiffre vous est donné, demandez : « Combien de femmes sont concernées avec et sans ce traitement, sur combien d’années, et dans une situation proche de la mienne ? » Comparer un risque de cancer du sein à un risque de cancer du poumon dans une autre population ne répondrait pas à cette question.
L’âge et le moment où l’on commence comptent aussi
Dans sa position de 2022, la North American Menopause Society estime que le rapport bénéfices-risques est généralement favorable pour traiter des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes gênantes et prévenir la perte osseuse chez les femmes de moins de 60 ans ou à moins de dix ans du début de la ménopause, sans contre-indication. Une initiation plus tardive présente généralement un rapport moins favorable en raison de risques absolus plus élevés, notamment cardiovasculaires, thromboemboliques et de démence.
Ce repère ne signifie pas qu’une porte se ferme automatiquement à une date précise. Commencer un traitement et poursuivre un traitement déjà suivi sont deux discussions différentes. La décision et sa réévaluation restent individuelles. Position NAMS de 2022.
Ce que le livre de Sheila de Liz apporte, et ce qu’il faut discuter
Le livre a le mérite de remettre les symptômes et la possibilité d’un traitement au centre de la conversation. Une femme qui souffre n’a pas à se contenter d’un « c’est normal à votre âge ». Comprendre l’histoire de WHI aide aussi à demander sur quels résultats repose une recommandation.
Mais certaines formulations du livre demandent une correction. Contrairement au passage consacré à l’essai de 2004, la publication originale ne rapporte pas une diminution des AVC. Et la comparaison des deux essais ne suffit pas à démontrer que le progestatif serait l’unique cause des risques observés. Nous distinguons donc le plaidoyer de l’autrice de ce que les essais établissent.
L’estradiol et la progestérone micronisée ne sont pas l’association testée en 2002. Cette différence justifie de regarder leurs propres données ; elle ne démontre pas qu’ils sont dépourvus de risque. Pour comprendre les produits proposés, poursuivez avec notre dossier Hormones bio-identiques : molécules, usages et limites des promesses.
Au rendez-vous, passer de la peur à une comparaison utile
- L’objectif : quels symptômes souhaitons-nous soulager, et quelle amélioration serait significative pour moi ?
- Le traitement précis : quelles molécules, quelle voie et pourquoi cette association dans ma situation ?
- Mes antécédents : qu’est-ce qui change l’évaluation de mes bénéfices et de mes risques ?
- Les alternatives : que pouvons-nous envisager si je ne souhaite pas ou ne peux pas prendre ce traitement ?
- Le suivi : quand réévaluer le résultat, la tolérance et la poursuite du traitement ?
Vous pouvez demander une explication supplémentaire ou un autre avis si ces points restent obscurs. Le but est de comprendre une décision qui vous concerne, sans modifier seule une prescription.
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Sources et lectures
- Sheila de Liz, Ménopause contrôle, Marabout, traduction française 2025, p. 195 à 201 et 209 à 210. Son interprétation est confrontée ici aux publications originales.
- Rossouw et coll., JAMA, 2002, 288(3), 321 à 333. DOI : 10.1001/jama.288.3.321.
- WHI Steering Committee, JAMA, 2004, 291(14), 1701 à 1712. DOI : 10.1001/jama.291.14.1701.
- NAMS, position sur le traitement hormonal, Menopause, 2022, 29(7), 767 à 794. DOI : 10.1097/GME.0000000000002028.
Mise à jour du 20 septembre 2026 : correction du sens du résultat sur les AVC dans l’essai de 2004, précision des durées et des limites de comparaison. Information générale, à mettre en perspective avec votre situation lors d’une consultation.