Publié le 03/11/2026
Psychologie & Émotions
Anxiété : 3 semaines de cure thermale ont battu un antidépresseur. Ce que dit l’étude
D’après l’épisode du podcast BloomingYou avec le docteur Olivier Dubois, psychiatre. Il dirige les Thermes de Saujon, en Charente-Maritime, un lieu de soins ouvert en 1860 par son arrière-arrière-grand-père et aujourd’hui spécialisé dans l’anxiété, le surmenage et les troubles psychosomatiques, ces troubles où la souffrance psychique s’exprime dans le corps.
Réponse express :
Oui, un médecin peut prescrire une cure thermale pour l’anxiété, et l’Assurance maladie en rembourse une partie. Elle dure trois semaines, dont dix-huit jours de soins à l’eau thermale. À Saujon, un essai mené sur 237 patients souffrant d’anxiété généralisée a comparé trois semaines de cure à un antidépresseur de référence : huit semaines plus tard, l’anxiété avait davantage baissé dans le groupe cure. Une autre étude, sans groupe de comparaison, a suivi 70 personnes qui voulaient arrêter leurs calmants : six mois après, 4 sur 10 n’en prenaient plus du tout. Ces résultats reposent sur peu d’études, toutes cosignées par le directeur de Saujon lui-même. Ils ouvrent une piste sérieuse, pas une certitude, et rien ne s’y décide sans votre médecin.
Ce que contient la suite
La suite développe :
- 1. Définition : la quatrième porte
- 2. Le psychiatre qui s'était juré de ne jamais en parler
- 3. Pour qui ? La femme qui craque, l'homme qui sort de l'hôpital
- 4. Une matinée à Saujon : quatre soins, soixante-douze rendez-vous avec l'eau
- 5. Le lâcher-prise, ça se mesure ?
La suite compte 6 498 mots.
1. Définition : la quatrième porte
Quand on va mal dans sa tête, on frappe d'habitude à trois portes. Celle du médecin. Celle du psy. Et celle de la famille, des amis. Amal Dadolle ouvre l'épisode sur une quatrième porte, que presque personne ne pousse : la cure thermale en santé mentale. Une cure thermale est un traitement médical. Un médecin la prescrit, elle se déroule dans une station thermale, et elle associe pendant trois semaines des soins quotidiens à l'eau thermale et un suivi médical. L'Assurance maladie classe les cures en douze grandes indications, qu'elle appelle des orientations. L'une d'elles s'intitule « affections psychosomatiques ». À Saujon, c'est sous cette étiquette qu'on soigne l'anxiété, le surmenage, le stress et ce qu'ils font au corps.Cure thermale ou thalasso ?
Pour beaucoup d'entre nous, c'est la même chose. Olivier Dubois corrige tout de suite.« C'est totalement différent. La cure thermale est prise en charge par l'Assurance maladie, elle est reconnue comme ayant une vocation médicale, et elle dure trois semaines par définition. La thalasso, c'est un soin libre, non remboursé, sans vocation médicale. On y va deux, trois jours, un grand week-end, pour se détendre, pas pour soigner une maladie. »Ce que disent les textes officiels. La règle de l'Assurance maladie est précise : une cure compte dix-huit jours de traitements effectifs, répartis sur trois semaines.
2. Le psychiatre qui s'était juré de ne jamais en parler
Saujon est une petite ville à dix kilomètres de Royan. En 1860, le docteur Louis Dubois y ouvre un établissement d'hydrothérapie, le soin par l'eau. Il compte en tout et pour tout une cabine de douche et deux vestiaires, un pour les hommes, un pour les femmes. Cinq générations de Dubois se sont succédé depuis. Olivier Dubois aurait pu tout trouver naturel. Son père lui en avait beaucoup parlé. Mais à la faculté, silence complet.« Pendant douze ans de médecine, puis de formation en psychiatrie, je n'ai pas entendu parler de cure thermale. Alors je me disais : si on n'en parle pas, c'est que ce n'est pas sérieux. »Quand il reprend la suite de son père à Saujon, en 1993, il se fait une promesse : ne parler à personne de l'activité thermale. Il en rit aujourd'hui. Pendant toute sa carrière, dit-il, il n'a presque parlé que de ça. Ce qui l'a fait changer d'avis, ce sont les curistes. Il les voit revenir trois, quatre années de suite, et faire de vrais efforts pour revenir. Il voit leur état s'améliorer. Et il entend toujours la même phrase.
« Il faut parler de la cure thermale, docteur Dubois. C'est important, parce que ce n'est pas connu. Mon médecin ne connaît pas. »Il en tire deux conclusions. Ce soin semble marcher, il faut donc le défendre. Et puisque ses confrères l'ignorent, c'est à lui de le leur faire connaître.
3. Pour qui ? La femme qui craque, l'homme qui sort de l'hôpital
Amal Dadolle décrit une femme de cinquante ans. Un travail prenant, des adolescents à la maison, une mère qui vieillit. Elle pense à tout, pour tout le monde. Un jour, elle craque. Pour Olivier Dubois, c'est un scénario très habituel : le surmenage, l'épuisement psychologique. Il remarque qu'on le voit souvent chez des personnes qui viennent de perdre un parent dont elles s'occupaient beaucoup. Le temps redevient libre d'un coup, et c'est là qu'elles s'effondrent. L'hôpital n'est pas la bonne réponse, explique-t-il, parce qu'il ne s'agit pas d'une maladie grave ou dangereuse. Il s'agit d'une souffrance qui s'installe et qui dure.« Le corps parle. Le corps dit stop. Il dit : je me transforme, je vieillis, je fatigue. Ce n'est pas tout d'un coup le cerveau qui va leur dire : stop, t'arrêtes. Ça ne marche pas comme ça, la santé. »
Et les années qui précèdent la ménopause ?
Amal Dadolle pose la question : quand les hormones font le yo-yo, la déprime guette, et ces femmes-là, il les voit arriver à Saujon ? Oui, répond-il, la préménopause est une réalité. Mais il ajoute aussitôt tout le reste de cet âge de la vie : les enfants, le travail, les parents, la course permanente. Ce que disent les études. Les années de transition qui précèdent les dernières règles s'appellent la périménopause. En 2024, une équipe de l'University College de Londres a rassemblé dix-sept études qui ont suivi plus de 16 000 femmes dans le temps. Résultat : pendant la périménopause, le risque d'avoir des symptômes dépressifs, ou une dépression diagnostiquée, est plus élevé qu'avant. Après la ménopause, ce surcroît de risque ne se retrouve plus. Une analyse néerlandaise de 2016 va dans le même sens pour les symptômes, mais ne trouve pas de hausse nette des dépressions diagnostiquées. Le lien est donc solide pour le moral qui flanche, plus discuté pour la maladie dépressive elle-même. Pour comprendre ce qui se dérègle pendant ces années, lisez notre article sur la périménopause, quand tant de femmes se sentent mal avant leurs dernières règles.Après une hospitalisation ?
Autre portrait : un père de famille qui sort de l'hôpital après une grosse crise, assommé par ses médicaments. Peut-il venir ? Oui, à une condition : que son état se soit suffisamment amélioré.« À Saujon, on ne prend pas des patients qui ont des pathologies aiguës, dangereuses. Des dépressions sévères avec un risque suicidaire, des états d'euphorie avec une grande instabilité, un schizophrène en plein délire. On n'est pas capable de les soigner. »Quand la crise est passée, en revanche, la cure peut aider à se reconstruire, avec une protection médicale qu'on n'a pas à la maison. Olivier Dubois annonce d'ailleurs une étude pour 2027, chez des patients atteints de trouble bipolaire, qui comparera une cure faite un mois après l'hospitalisation à une cure faite plus tard. Son hypothèse : les premiers iront mieux. À ce jour, c'est une hypothèse. Qui part vraiment en cure psy ? L'image du curiste retraité, dit Olivier Dubois, vient des cures de rhumatologie. Dans une enquête de 2006 citée par un rapport de l'Assemblée nationale, toutes cures confondues, l'âge moyen était de 63 ans et 77 % des curistes étaient à la retraite, plus de trois sur quatre. À Saujon, la moyenne d'âge est de 56 ans, selon Olivier Dubois. Une étude publiée en 2023 sur 65 curistes soignés pour des troubles psychiques donne un portrait voisin : 57 femmes pour 8 hommes, âgées en moyenne de 57 ans.
4. Une matinée à Saujon : quatre soins, soixante-douze rendez-vous avec l'eau
Concrètement, que se passe-t-il ? C'est très ritualisé, répond Olivier Dubois. Chaque jour, quatre soins.- Un bain bouillonnant.
- Un massage sous l'eau.
- Un bain en piscine.
- Une douche thermale, un jet puissant envoyé sur tout le corps.
5. Le lâcher-prise, ça se mesure ?
On répète aux personnes anxieuses de lâcher prise. Saujon dit y parvenir. Comment ? Olivier Dubois commence par décrire le piège. Vous êtes pris dans des pensées, des craintes, des ruminations. Vous dormez mal, vous vous réveillez épuisé, vous vous concentrez moins bien. Vous faites de petites erreurs, au travail on vous fait des remarques. Tout s'accumule, et vous n'en voyez pas le bout. Votre médecin vous donne un médicament pour dormir, mais il vous fatigue le matin. Votre psychothérapeute vous écoute, et c'est très bien, mais quelque chose de physique, plus fort que tout, vous prend aux tripes et vous réveille la nuit. À Saujon, le travail commence dès la première consultation. On demande aux curistes de lâcher un peu leur téléphone, de parler à des gens qu'ils ne connaissent pas, de dire leurs soucis aux soignants. Puis l'eau fait le reste.« Quand on vous dit : détendez-vous, ce n'est pas forcément facile. Là, c'est : mettez-vous dans la baignoire, laissez-vous aller au massage. Et au bout de trois, quatre, cinq jours, vous allez vous sentir détendu, relâché. »Ce relâchement, l'équipe le mesure. Chaque jour, après les soins, les curistes remplissent un court questionnaire. Dans la petite étude pilote menée à Saujon en 2017, il comptait quatre cases, de « je n'ai pas du tout ressenti de détente » jusqu'à « j'ai ressenti une détente globale au point de m'endormir pendant les soins ». La cure de dix-huit jours est découpée en deux moitiés de neuf jours. Selon Olivier Dubois, les curistes qui atteignent ce relâchement au moins sept jours sur neuf vont mieux de plus de 40 % quatre mois après la cure. Ce que dit la recherche publiée. Le seul article scientifique que nous avons retrouvé sur ce sujet date de 2023. Il porte sur 65 curistes soignés pour des troubles psychiques, suivis pendant leurs trois semaines. Leur niveau de lâcher-prise a augmenté pendant la cure, et plus il était élevé, plus l'anxiété, l'humeur et le sommeil s'amélioraient. Les auteurs parlent eux-mêmes de résultats préliminaires. Il n'y avait pas de groupe de comparaison. Et un lien n'est pas une cause : il se peut aussi que les personnes qui allaient déjà mieux se soient plus facilement détendues. Le chiffre de 40 % cité à l'antenne vient de données de Saujon que nous n'avons pas pu lire dans une publication. Un confrère de Saujon, le psychiatre Kay Borowsky, résume le problème dans le livre qu'Élisabeth Bourguinat a consacré à l'histoire des Thermes : on conseille aux anxieux de lâcher prise sans leur dire comment faire. La cure, selon lui, leur offre une relaxation qui dure trois semaines.
6. Pourquoi soigner le corps quand c'est la tête qui va mal
Parce que la tête parle au corps, répond Olivier Dubois, en permanence. Le stress et l'angoisse donnent des douleurs au ventre, une fatigue qui ne passe pas. Parfois, ils vont jusqu'à des tremblements, des nausées, une marche qui se dérègle. Les médecins appellent cela somatiser. Le chemin marche aussi dans l'autre sens. La peau, explique-t-il, est couverte de terminaisons nerveuses qui renseignent le cerveau. Quand on la baigne, qu'on la masse, qu'on la douche, on envoie au cerveau un message de détente. L'eau, le massage, le lien humain avec le soignant forment comme un langage qui dit au cerveau : détends-toi. Dans à peu près trois cas sur quatre, dit-il, le cerveau suit. Une précision. À l'antenne, Olivier Dubois avance qu'un tiers des connexions du cerveau aboutissent à la peau. Nous n'avons trouvé aucune mesure publiée qui donne ce chiffre. Retenez l'image, un soin de la peau parle au système nerveux, plutôt que la proportion. Ce que les chercheurs avancent. L'équipe de l'étude sur les calmants, publiée en 2016, recense quelques pistes, encore peu étudiées : une baisse du cortisol, l'hormone du stress, mesurée dans la salive après un bain ; une baisse de l'activité du système nerveux sympathique, celui qui met le corps en alerte, après un bain de pieds chaud. Aucune de ces pistes ne suffit à expliquer l'effet d'une cure. Le biostatisticien qui a encadré la méthode de l'essai de Saujon, le professeur Roger Salamon, le reconnaît dans le livre d'Élisabeth Bourguinat : ce qui a été testé, c'est la cure entière, l'eau, les soins, les médecins, l'accueil, sans pouvoir dire ce qui pèse le plus.Le genou d'Olivier Dubois
Pour faire comprendre ce lien entre la peur et le symptôme, Olivier Dubois raconte une histoire personnelle. Un accident de sport, une lésion du cartilage du genou, une inflammation qui dure six à huit mois. Des médecins, beaucoup de médecins, qui lui disent tous la même chose : ménage ton genou, sinon tu auras de l'arthrose à cinquante ans. Alors il court de moins en moins. Et il a de plus en plus mal. Quatre ou cinq ans plus tard, un ami l'envoie voir un médecin du sport à Bordeaux. Une demi-heure de consultation, beaucoup de questions. Et cette réponse : je ne comprends pas pourquoi vous ne courez pas. Si ça s'enflamme, prenez un anti-inflammatoire trois ou quatre jours, et continuez. Votre genou ne va pas se dégrader.« Je suis sorti de son cabinet. C'était en 2006 ou 2007, il y a vingt ans. Je n'ai plus jamais eu mal au genou. »Que s'était-il passé ? Il avait peur. Sur un terrain de sport, il écoutait son genou, il guettait la douleur, et la douleur finissait par venir. Il compare cela au mauvais dormeur qui monte se coucher en sachant qu'il va mal dormir, et qui, du coup, dort mal. Ce que dit la recherche. Les spécialistes de la douleur ont un nom pour ce piège : le modèle peur-évitement. La peur d'avoir mal pousse à éviter le mouvement et à surveiller le moindre signal du corps, ce qui entretient la douleur au lieu de l'éteindre. Ce modèle, proposé dans les années 1980, a depuis été conforté par de nombreuses études sur les douleurs chroniques des muscles et du dos. Sur ce sujet, lisez aussi à quoi servent les symptômes et comment soulager la douleur chronique sans tout miser sur les médicaments.
7. Trois semaines de cure contre un antidépresseur : l'étude qui a convaincu Sainte-Anne
Au début des années 2000, une menace plane déjà sur le thermalisme : le dérembourser. Un rapport remis en 2000 par un inspecteur général des affaires sociales, Pierre Deloménie, prévient que la prise en charge des cures ne pourra plus durer sans une vraie évaluation de leur intérêt. Olivier Dubois vient de coordonner un livre collectif chez Masson, Thermalisme, hydrothérapie et psychiatrie, où l'on trouve un chapitre du psychiatre Christophe André. Ses coauteurs universitaires le lui disent : il faudrait prouver. Ce sont eux qui choisissent la méthode. On ne peut pas donner une fausse cure à des patients, comme on donne un faux comprimé. Alors on comparera la cure au médicament de référence d'une maladie précise, l'anxiété généralisée. L'anxiété généralisée, c'est une inquiétude qui ne vous lâche pas. Elle dure au moins six mois et elle gâche la vie : elle empêche de travailler ou provoque des arrêts de travail à répétition. Elle mêle une anxiété dans la tête et une anxiété dans le corps, avec de l'irritabilité, de la fatigue, des douleurs, des troubles du sommeil et de la concentration.Comment l'étude a été construite
Elle a lieu en 2005 et 2006, dans quatre stations : Saujon, Bagnères-de-Bigorre, Néris-les-Bains et Ussat-les-Bains. 237 patients y participent. On les tire au sort, comme à pile ou face. 117 partent en cure pendant trois semaines. 120 prennent un antidépresseur autorisé dans cette maladie, la paroxétine, pendant huit semaines. Deux précautions comptent. Pour éviter l'effet « trois semaines de vacances au soleil », tous les curistes habitent près de la station : ils viennent aux soins le matin et rentrent chez eux ou au travail. Et pour que personne ne se sente lésé par le tirage au sort, chacun pourra recevoir l'autre traitement ensuite, si besoin. Un médecin indépendant, recruté hors des stations, mesure l'anxiété de tous.Ce que l'étude a trouvé, expliqué simplement
Pour mesurer l'anxiété, ce médecin utilise une grille de questions bien connue des psychiatres, l'échelle de Hamilton. Plus le score est élevé, plus l'anxiété est forte. Au départ, les patients avaient autour de 24 points.- Huit semaines plus tard, le groupe cure avait perdu 12 points en moyenne. À peu près la moitié de son anxiété.
- Le groupe médicament en avait perdu 8,7.
- Sur 100 curistes, 19 n'avaient presque plus de symptômes. Sur 100 patients sous médicament, 7.
Les limites qu'il faut connaître
- Les patients savaient s'ils étaient en cure ou sous médicament. Impossible de faire autrement : on ne prend pas une douche thermale à son insu. Le médecin évaluateur, lui, ne devait pas le savoir.
- C'est un seul essai, sur une seule maladie, l'anxiété généralisée. Dans nos recherches, nous n'avons pas trouvé d'autre essai de ce type.
- Il a été coordonné par Olivier Dubois et financé par le CNETh, qui représente les établissements thermaux. Un conseil scientifique d'universitaires l'a encadré, et il a été publié en 2010 dans une revue internationale, Complementary Therapies in Medicine.
8. Somnifères, calmants : arrêter, oui, mais jamais seul
Beaucoup de gens prennent des somnifères ou des calmants depuis des années sans réussir à arrêter. Amal Dadolle le dit sans détour : sur le long terme, ces médicaments ne règlent pas le problème de fond. Olivier Dubois décrit deux pièges. Le premier est psychologique : j'avais des angoisses, j'ai pris le médicament, je vais mieux, donc si je l'arrête je vais retomber. Ce qui est souvent faux, dit-il. Le second est physique : si on arrête trop vite, des symptômes reviennent, et on se persuade qu'on en a besoin. Mais il refuse d'opposer la cure aux médicaments.« Je prescris des médicaments très régulièrement, et parfois c'est très utile. Je ne crache absolument pas sur les médicaments, qui sont plus simples et plus pratiques qu'une cure, ou même qu'une psychothérapie. Mais il faut parfois se poser la question : pourquoi j'ai fait cette dépression, et comment je peux éviter d'en refaire ? »De quels médicaments parle-t-on ? Des benzodiazépines et de leurs cousins, prescrits contre l'anxiété ou l'insomnie. Les plus connus s'appellent Valium, Lexomil, Témesta ou Xanax. Selon l'Agence nationale de sécurité du médicament, plus de 9 millions de Français ont été traités par une benzodiazépine en 2024. L'agence rappelle que ces traitements doivent rester courts : quelques jours à trois semaines pour un somnifère, pas plus de douze semaines contre l'anxiété. Elle cite parmi leurs risques la dépendance, les chutes, les troubles de la mémoire, la somnolence et le danger au volant.
Le programme de sevrage et ses résultats
À l'antenne, Olivier Dubois parle du programme « SPECT ». Son nom exact est SPECTh, pour sevrage de psychotropes par éducation psychothérapeutique en cure thermale. L'étude a eu lieu entre 2010 et 2011 dans les mêmes quatre stations, et elle a été publiée en 2016. Elle a suivi 70 personnes qui prenaient ces médicaments depuis longtemps, huit sur dix depuis plus de trois ans. Pendant leurs trois semaines de cure, elles avaient en plus des ateliers en petits groupes pour comprendre l'anxiété, le médicament et les étapes de l'arrêt, et des entretiens de thérapie cognitive et comportementale.- Six mois plus tard, 29 personnes sur 70 ne prenaient plus du tout de benzodiazépine. À peu près 4 sur 10.
- En additionnant les doses de tous ceux qui ont été revus à six mois, la consommation avait baissé des trois quarts.
- 17 % des participants n'avaient connu aucune amélioration.
Et les antidouleurs ?
Antalgiques aussi, répond-il. Il cite une enquête qu'il a menée auprès de 634 de ses curistes, à qui l'on demandait ce que la cure avait amélioré.- 75 % disent que la cure a réduit leur anxiété.
- Deux sur trois, qu'elle a réduit leur douleur.
- 52 % se sentent plus dynamiques.
- 51 % dorment mieux.
- La moitié ont pu réduire leurs médicaments pendant la cure.
9. « Pourquoi mon médecin ne m'en a pas parlé ? »
Un jour, une patiente l'a interpellé. Il s'est demandé ce qu'il avait fait de mal.« J'ai perdu dix-sept ans à chercher des traitements qui marchaient, et rien ne marchait. C'est moi qui, en regardant sur Internet, ai trouvé la cure thermale. Pourquoi mon médecin ne m'en a pas parlé ? »Sa réponse tient en une phrase : on ne l'enseigne pas. Comment accorder du crédit à un soin dont personne ne vous a parlé pendant vos études ? Lui-même, qui avait pourtant baigné dedans enfant, n'y croyait pas. Quand on est jeune, explique-t-il, on fait confiance aux enseignants, on pense qu'ils savent tout. Et ses enseignants n'avaient pas d'avis. La cure thermale faisait vieillot. Il voit une seconde raison, qui excuse un peu les universitaires. Quand un nouveau médicament sort, on le teste dans les grands services hospitaliers de Paris, Bordeaux ou Lyon. Le professeur l'a essayé sur ses malades, il peut en parler avec autorité. Les curistes, eux, il ne les voit jamais. Les stations thermales sont loin des centres universitaires. Amal Dadolle cite un chiffre : 80 % des médecins seraient indifférents à la médecine thermale, 10 % favorables, 10 % hostiles. D'où vient-il ? D'après Élisabeth Bourguinat, c'est un chiffre du président du syndicat des médecins thermaux, cité dans un rapport d'information de l'Assemblée nationale de juin 2016. Ce même rapport proposait de revaloriser l'enseignement du thermalisme pendant les études de médecine. Ce qui inquiète le plus Olivier Dubois, ce sont les indifférents, parce qu'ils ne connaissent pas. Il rappelle que la médecine thermale coûte peu à l'Assurance maladie : environ 220 millions d'euros, soit 0,1 % des dépenses de santé, selon les chiffres qu'il avance. La dérembourser ne comblerait pas le déficit, dit-il, et ferait disparaître un des derniers lieux où l'on a du temps pour les malades.
« L'hôpital n'est pas humanisant, il est technique. La médecine de ville est une médecine de vitesse. En médecine spécialisée, vous avez des rendez-vous à six mois. Elle est où, la médecine humaine ? »Ceux qui vont vers les médecines parallèles, dit-il, cherchent précisément des soignants qui ont du temps, qui écoutent et qui rassurent. Ce que la relation de soin produit à elle seule, nous l'avons exploré dans ce qui soigne avant même la technique.
10. Concrètement : partir en cure, mode d'emploi
Vous dormez mal, vous angoissez, vous êtes à bout. Que faire demain matin ? Voici les étapes, telles que les décrit l'Assurance maladie.- Consultez votre médecin. La cure doit être prescrite.
- Votre médecin remplit le questionnaire de prise en charge. Il y indique l'orientation, affections psychosomatiques, et le nom de la station. À l'antenne, Olivier Dubois hésitait sur la couleur du formulaire : c'est ce questionnaire qui compte.
- Vous remplissez une déclaration de ressources, qui sert pour le remboursement du transport et du logement.
- Vous envoyez le tout à votre caisse d'assurance maladie, avant la cure. L'accord vaut pour l'année civile en cours. S'il est donné au dernier trimestre, il couvre aussi le premier trimestre de l'année suivante. Selon Olivier Dubois, la Sécurité sociale accepte presque toujours.
- Vous réservez vos dates auprès de la station, puis un logement à proximité. Sur place, les soins ont lieu six jours sur sept et un médecin vous voit chaque semaine.
Combien ça coûte vraiment ?
L'Assurance maladie rembourse le forfait de soins thermaux à 65 % et le forfait de surveillance médicale à 70 %. Le transport et le logement ne sont remboursés que sous conditions de ressources, et en partie seulement. Le reste à charge n'est donc pas nul. Olivier Dubois l'estime à environ 1 500 euros en moyenne, toutes cures confondues, transport, hébergement et soins non remboursés compris.« Trois semaines, je ne peux pas »
Amal Dadolle pense à la mère seule qui travaille. Partir trois semaines, laisser les enfants, c'est souvent impossible. Olivier Dubois dit avoir entendu cette phrase très souvent. Saujon a donc lancé une cure de dix jours, non remboursée, où les soins sont doublés pour en garder presque autant qu'en trois semaines. Selon lui, comme on paie deux fois moins de logement, la facture finale n'est pas beaucoup plus lourde. En septembre 2026, les Thermes en ont annoncé une version pour les jeunes et les adolescents, à 800 euros les dix jours, plus 60 euros pour deux rendez-vous médicaux. Pour les adultes, demandez les conditions du moment directement aux Thermes.Comment en parler à son médecin ?
Amal Dadolle pose la question que beaucoup se posent : comment présenter cela à un médecin qui n'y connaît rien ? Olivier Dubois se veut rassurant. Votre médecin vous connaît. Si vous le voyez depuis des mois pour la fatigue, l'angoisse, les nuits blanches, il est souvent à court d'idées. Quand vous lui direz que vous aimeriez essayer une cure, qu'une amie en est revenue contente, il y a de bonnes chances qu'il réponde : pourquoi pas ? Pour l'aider à décider, vous pouvez lui apporter la référence de l'essai de 2010, citée en bas de cet article.11. Saujon-les-Fous : ce qu'un surnom dit de la santé mentale
Dans les années 1960, se souvient Pascal Ferchaud, maire de Saujon quand Élisabeth Bourguinat l'a interrogé, on ne disait pas Saujon. On disait Saujon-les-Fous. La faute aux cliniques psychiatriques, qui accueillaient alors des malades très lourds, plus nombreux que les curistes. Olivier Dubois s'en souvient très bien. Un jour, au restaurant, il s'amusait avec des copains. Le serveur lui a lancé : « Vous, vous devriez vous faire soigner à Saujon ! » Cette image est fausse, dit-il, et aujourd'hui plus que jamais. Ceux qu'on soigne à Saujon sont bien plus souvent des personnes épuisées, stressées depuis longtemps, traumatisées, en burn-out. Des gens comme vous et moi.« On est malade parfois temporairement. Le trouble psychique est rarement un trouble irréversible. »Il l'a confié à Amal Dadolle : il sera sans doute le dernier psychiatre de la famille. Ce qu'il veut transmettre tient en un mot, l'humanisme. Son père était très optimiste sur ces maladies. Lui ne l'était pas au départ. Il le confirme aujourd'hui : beaucoup de personnes s'en sortent, et cela vaut la peine de se soigner. Amal Dadolle lui demande pourquoi ce message circule si peu, alors que la plupart des dépressions se soignent et guérissent. Il ne l'a jamais entendu dans un cours de psychiatrie, répond-il. Les universitaires sont des gens très sérieux, peut-être trop, et ils voient peut-être moins de malades que les médecins libéraux. Il cite Boris Cyrulnik, qui lui avait dit un jour que les progrès en médecine viennent du terrain. Quand on suit des patients trois, quatre, cinq ans, ajoute-t-il, on voit que 95 % finissent par guérir, parfois vite, parfois lentement. Ce chiffre est celui de son expérience de clinicien, pas celui d'une étude publiée. Il dit l'essentiel de son message : il faut garder espoir. Amal Dadolle conclut l'épisode sur ce qu'il répète depuis plus de trente ans. Sortir d'une dépression n'a rien à voir avec un manque de volonté, et l'espoir fait partie du soin. Si vous traversez une période très sombre, parlez-en à votre médecin. Vous pouvez aussi appeler le 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit, jour et nuit.
Applications pratiques
Si votre anxiété dure depuis des mois malgré un traitement ou une psychothérapie, demandez à votre médecin si une cure en orientation affections psychosomatiques a du sens pour vous. L'essai comparatif publié porte sur l'anxiété généralisée. Si vous prenez un calmant ou un somnifère depuis longtemps, parlez de l'arrêt avec votre médecin. La cure peut servir de cadre à cet arrêt, mais la baisse se fait par paliers, jamais d'un coup. Si vous dormez mal, commencez par la thérapie cognitive et comportementale de l'insomnie, le traitement recommandé en premier. Pour savoir par où commencer, notre parcours Je dors mal vous aide à croiser vos situations. Si vous partez, jouez le jeu que demande Olivier Dubois : lâchez un peu le téléphone, parlez aux autres curistes, dites vos soucis aux soignants. Si vous ne pouvez pas partir, gardez l'idée qui traverse tout l'épisode. Le corps peut être une porte d'entrée vers l'apaisement. D'autres approches qui passent par lui, comme l'activité physique ou la cohérence cardiaque, ont été étudiées contre le stress. Nous les avons explorées dans stress chronique : quand votre cerveau dit pause.Ce que dit la recherche : synthèse
Ces niveaux suivent l'échelle de preuve BloomingYou. Comment les lire →
À retenir
- La cure thermale est un traitement médical prescrit et en partie remboursé. La thalasso n'en est pas un.
- L'orientation « affections psychosomatiques » concerne l'anxiété, le surmenage et le stress. Elle exclut les crises aiguës et dangereuses.
- Dans un essai sur 237 patients, trois semaines de cure ont fait mieux qu'un antidépresseur contre l'anxiété généralisée, à huit semaines. Un essai, qui reste à confirmer.
- Dans une étude sans comparaison, 4 personnes sur 10 avaient arrêté leurs calmants six mois après la cure. L'arrêt se fait toujours progressivement, avec un médecin.
- Le lâcher-prise semble lié à l'amélioration. Un lien, pas encore une preuve.
- Pour partir, il faut une prescription, le questionnaire de prise en charge et l'accord de sa caisse. Le reste à charge n'est pas nul.
Vos questions
La cure thermale est-elle remboursée pour l'anxiété ?
Oui, en partie, quand elle est prescrite en orientation affections psychosomatiques et acceptée par votre caisse. Les soins sont remboursés à 65 %, la surveillance médicale à 70 %. Le transport et le logement le sont sous conditions de ressources.Quelle différence entre une cure thermale et une thalasso ?
La cure thermale est un soin médical de trois semaines, prescrit et en partie remboursé. La thalasso est un séjour de détente de quelques jours, à vos frais, sans vocation médicale.Combien de temps dure une cure psy ?
Trois semaines, dont dix-huit jours de soins effectifs, condition du remboursement. Saujon propose aussi une cure de dix jours, non remboursée.Une cure peut-elle remplacer un antidépresseur ?
Pas de votre propre chef. L'essai comparatif publié porte sur l'anxiété généralisée et sur huit semaines. Toute décision sur un traitement se prend avec votre médecin, et un traitement ne s'arrête jamais brutalement.La cure aide-t-elle à arrêter les somnifères ?
Une étude de 2016 sur 70 personnes le suggère : six mois après, 4 sur 10 avaient tout arrêté. Elle n'avait pas de groupe de comparaison. Le stage de sevrage de Saujon est pris en charge pour moitié par l'Assurance maladie, selon l'établissement.Qui ne peut pas partir en cure psy ?
Selon Olivier Dubois, les personnes en crise aiguë : dépression sévère avec un risque suicidaire, épisode d'exaltation avec une grande instabilité, délire. La cure peut venir après, une fois l'état amélioré.La cure améliore-t-elle le sommeil ?
La moitié des curistes interrogés à Saujon disent mieux dormir. Mais dans l'essai randomisé publié en 2026, ajouter une cure à une thérapie de l'insomnie en ligne n'a pas fait de différence nette. Pour l'insomnie, la thérapie cognitive et comportementale reste la première option.Pour aller plus loin
L'épisode complet. La conversation entière entre Amal Dadolle et Olivier Dubois, sur YouTube et sur votre application de podcasts. Son livre. Olivier Dubois, Thermalisme, voie de guérison naturelle. Stress, sommeil, fatigue, dépression, burn-out… Une alternative aux médicaments, Flammarion, 2018. Sur BloomingYou. Se sevrer des somnifères et des anxiolytiques, l'invasion des psychotropes, se remettre d'un burn-out, combien de temps dure la périménopause, et toute notre rubrique Apaiser stress et anxiété.Sources
L'épisode et les documents des Thermes- Entretien d'Amal Dadolle avec le docteur Olivier Dubois, podcast BloomingYou, enregistré le 13 octobre 2026.
- Élisabeth Bourguinat, Les Thermes de Saujon : 160 ans d'une histoire médicale et entrepreneuriale, chapitres I et III.
- Les Thermes de Saujon, communiqués de presse de mars 2026 (modernisation du thermalisme), avril 2026 (sevrage des benzodiazépines) et septembre 2026 (Cure psy de 10 jours pour les jeunes).
- Dubois O, Salamon R, Germain C, Poirier MF, Vaugeois C, Banwarth B, Mouaffak F, Galinowski A, Olié JP. Balneotherapy versus paroxetine in the treatment of generalized anxiety disorder. Complementary Therapies in Medicine, 2010;18(1):1-7. doi:10.1016/j.ctim.2009.11.003
- De Maricourt P, Gorwood P, Hergueta T, et al., Dubois O. Balneotherapy together with a psychoeducation program for benzodiazepine withdrawal: a feasibility study. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2016. doi:10.1155/2016/8961709
- Vion-Dury J, Micoulaud-Franchi JA, Grousset B, Kanny G, Dubois O. Psychosomatic states and their correlation with letting-go. International Journal of Biometeorology, 2023;67(10):1643-1650. doi:10.1007/s00484-023-02526-z
- Lenoir J, et al., Dubois O, Micoulaud-Franchi JA. Digital cognitive behavioural therapy for insomnia delivered within a crenotherapy setting: a multicentre proof-of-concept randomised controlled trial. Journal of Clinical Medicine, 2026;15(6). doi:10.3390/jcm15062176
- García-López H, et al. Effectiveness of balneotherapy in reducing pain, disability, and depression in patients with fibromyalgia syndrome: a systematic review with meta-analysis. International Journal of Biometeorology, 2024;68(10):1935-1951. doi:10.1007/s00484-024-02732-3
- Badawy Y, Spector A, Li Z, Desai R. The risk of depression in the menopausal stages: a systematic review and meta-analysis. Journal of Affective Disorders, 2024;357:126-133. doi:10.1016/j.jad.2024.04.041
- de Kruif M, Spijker AT, Molendijk ML. Depression during the perimenopause: a meta-analysis. Journal of Affective Disorders, 2016;206:174-180. doi:10.1016/j.jad.2016.07.040
- Vlaeyen JWS, Linton SJ. Fear-avoidance and its consequences in chronic musculoskeletal pain: a state of the art. Pain, 2000;85(3):317-332. doi:10.1016/S0304-3959(99)00242-0
- Assurance Maladie, « Effectuer une cure thermale : formalités et prise en charge », ameli.fr.
- ANSM, campagne sur le bon usage des médicaments de l'anxiété et de l'insomnie, publiée le 10 avril 2025, ansm.sante.fr.
- Haute Autorité de santé, « Arrêt des benzodiazépines et médicaments apparentés : démarche du médecin traitant en ambulatoire », fiche mémo, juin 2015, has-sante.fr.
- Assemblée nationale, rapport d'information n° 3811 de Dominique Dord et Jeanine Dubié sur l'évaluation du soutien public au thermalisme, 8 juin 2016, assemblee-nationale.fr.
- Santé.fr, « Le numéro national de prévention du suicide », sante.fr.
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Publié le 06/03/2019, mis à jour le 30/10/2026