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Pourquoi faut-il prendre des risques ?

  • mardi 10 avril 2018
  • 4 Min de Lecture

« Le risque est beau », Platon

Toute civilisation a son but ultime, son saint Graal à dénicher. Pour notre société occidentale, il s’agit du confort et, surtout de la sécurité. Le « risque zéro » est l’ambition de chacun de nos gouvernements successifs, et ce, quel que soit le bord politique. Pour Anne Dufourmantelle, docteur en philosophie et psychanalyste, ce n’est pas forcément bon signe : « Comment ne pas s’interroger sur ce que devient une culture qui ne peut plus penser le risque sans en faire un acte héroïque, une pure folie, une conduite déviante ? ». Ce qui est pure folie pour Anne Dufourmantelle c’est justement de croire au « risque zéro ». Le concept même est absurde, puisque le risque fait partie du « package » de la vie. Y renoncer, c’est renoncer à vivre, et c’est là où veut en venir Anne Dufourmantelle quand elle écrit dans son Eloge du risque : « Risquer sa vie c’est peut, d’abord, ne pas mourir. » Pourquoi ? « Parce que morts, nous le sommes si souvent… […] Nous entrons dans l’ère de glaciation douce, d’anesthésie continuelle et légère avec loisirs organisés, pensées dirigées et vies en miettes, plus des objets en pagaille pour nous étourdir, empêcher l’étonnement, le pas de côté, la mise à distance effective dans l’instant. »

Il y a donc urgence à ce que nous changions de regard sur le risque, que nous le voyions comme élément essentiel de la vie et non comme un parasite à éliminer. C’est d’autant plus essentiel qu’au fond, la vie n’est qu’une suite d’invitations à la prise de risque pour s’éprouver et se trouver. Quid de la famille ?

Risquer de quitter sa famille

« On quitte amour et enfants, mais on ne quitte pas sa famille, on se perpétue entre soi, artistes ou médecins et sous des conduites appliquées, on fabrique d’éternels adolescents, de petits clones sérieusement appliqués à répliquer leurs aînés. ». Voilà un diagnostic sévère à l’endroit de ceux qui ont parfaitement répliqué le schéma parental (ou nous pourrions dire appliqué les volontés parentales) Philosophe et psychanalyste, Anne Dufourmantelle est doublement consciente de la nécessité de nous séparer, à un moment de notre vie, de notre environnement familial. C’est la condition sine qua none pour nous trouver et comprendre nos aspirations et vocations.

Étouffer ses aspirations et ses convictions intimes c’est se renier et c’est ouvrir la porte à la dépression

« Quitter sa famille, son origine, sa ville natale, le déjà-vu est l’assurance d’une familiarité sans fracture – quelle vie singulière n’est-elle pas à ce prix ? A être infidèle à ce qui vous a été non pas transmis par amour, mais ordonné psychiquement, généalogiquement, sous peine de destitution ? L’épreuve initiatique d’une seconde naissance reste toujours et plus que jamais nécessaire. Il nous faut partir, nous défaire de nos codes, nos appartenances, notre lignée. Toute œuvre est à ce prix. Et tout amour je crois. »

En premier lieu, l’amour de soi. Car étouffer ses aspirations et ses convictions intimes c’est se renier et c’est ouvrir la porte à la dépression. Vishen Lakhiani ne préconise pas autre chose en parlant de transcender le paysage culturel, autrement dit la famille. Risquer de quitter sa famille est donc un faux risque, c’est même un passage obligé semblerait-il pour accéder à une maturité apaisée, à une meilleure connaissance et conscience de soi.

Nota bene : Dans la Bible, Jésus tient ces curieux propos : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère. » En d’autres termes, il incite les jeunes gens à quitter le cocon du pater familias pour aller à la rencontre de leurs âmes.

Comment apprivoiser le risque selon Anne Dufourmantelle ?

En prenant en amitié nos peurs et nos angoisses, qui nous rendent frileux et nous empêchent d’envisager le risque. Au fond : “Pourquoi ne pas en risquer l’amitié comme on approche de nuit, certains grands animaux ? En allant d’abord, et de nuit, à sa rencontre ? Une peur ne se défait pas, elle coexiste avec une perception du monde à laquelle elle reste collée, indissolublement. […] Ce qui apparait dans nos peurs sont les morceaux épars d’un puzzle, il contient en puissance ce qui nous a hanté, déçu, ce qui nous a fait rêver, trébucher, ce qui a constitué en filigrane un monde possible pour nous. »

Ce que préconise Anne Dufourmantelle est finalement le même conseil véhiculé depuis les Grecs de l’Antiquité jusqu’aux moines zen : accueillir ce qui est. Dire oui à ce que la vie nous apporte. Des peurs comme des angoisses. « Le péril est à envisager en face ». C’est nécessaire si nous ne voulons pas rester paralysés et cloîtrés chez nous. Et si échec il y a au bout, il y a toujours un précieux enseignement ou une leçon de vie à en tirer. En tout cas, ce n’est jamais vain, car l’échec n’est pas ce que nous devrions craindre, mais l’inertie.

Comment accueillir les peurs et les angoisses ? Par l’introspection, la lecture de sages ayant étudié ces questions, ou encore l’écriture. Coucher sur le papier ses questions, ses peurs, ses désirs, ses réflexions, ses blessures, « ressemble à un désenvoûtement. »

Pour aller plus loin : Anne Dufourmantelle, « Eloge du risque », Payot & Rivages, 2014

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