Réponse express : Victor Hugo et Alphonse de Lamartine, deux géants du romantisme français, ont nourri un intérêt profond et documenté pour l’Orient et l’islam. Hugo publie en 1829 Les Orientales, un recueil entièrement tourné vers cet univers ; Lamartine relate son Voyage en Orient (1835) et y exprime une admiration marquée pour la civilisation musulmane et le prophète. L’historien et arabisant Louis Blin a consacré deux ouvrages à cette dimension méconnue, Victor Hugo et l’islam et Lamartine, passeur d’Islam. Cet article s’appuie sur ces travaux pour rappeler une facette de notre histoire littéraire longtemps laissée dans l’ombre. La thèse d’un effacement délibéré, notamment sous la IIIᵉ République, est l’angle défendu ici, à distinguer des faits littéraires établis.
Imaginez qu’on vous annonce que le plus grand écrivain français de tous les temps, celui dont le portrait orne encore les murs de nos lycées, avait une fascination profonde, documentée, répétée pour l’islam et son prophète. Pas une curiosité exotique. Une fascination spirituelle. Et qu’on a soigneusement choisi de la cacher.
Pourtant, ce n’est pas une théorie du complot. C’est de l’histoire. En effet, l’historien Louis Blin a passé des années à en reconstituer les preuves, pièce par pièce, dans les marges des œuvres complètes de Victor Hugo, d’Alphonse de Lamartine et de Napoléon Bonaparte.
Au total, trois livres — Victor Hugo et l’islam (Erick Bonnier, 2023), Lamartine passeur d’islam (Erick Bonnier, 2024), ainsi que Napoléon et l’islam — forment un triptyque aussi érudit que dérangeant. Sa thèse centrale est simple : la culture française est islamo-chrétienne autant que judéo-chrétienne. Or nous avons choisi de l’oublier.
Dans cet épisode de BloomingYou, nous avons donc reçu Louis Blin, historien, orientaliste, spécialiste du monde arabe contemporain, diplomate pendant trente ans. Ce qu’il exhume n’est pas de la littérature comparée. C’est, au contraire, un miroir tendu à une époque qui a peur de se regarder dedans.
L’historien qui rouvre les livres que plus personne ne lit
Louis Blin n’est ni théologien, ni militant. Il est historien, et cette nuance compte. D’emblée, il prévient qu’il ne donne pas son avis sur Hugo, Lamartine ou Napoléon. Sa démarche consiste à rouvrir leurs œuvres, rassembler leurs écrits, replacer les propos dans leur contexte, et laisser parler les textes.
Cette démarche part d’un constat : en France, depuis une trentaine d’années, un sentiment islamophobe s’est installé, profond, diffus, quotidien. Or la politique, de son aveu, ne parvient plus à enrayer cette fracture. Alors il s’est tourné vers ce qui lui semblait être le dernier terrain commun : la culture. Les grands auteurs que tous les Français, quelles que soient leurs origines, admirent et revendiquent pour leurs.
Il a donc ouvert leurs livres. Et il y a trouvé quelque chose que personne ne lui avait dit.