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Pourquoi la gentillesse est une force ?

  • mis à jour le vendredi 17 juillet 2020
  • 5 Min de Lecture

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pourquoi-la-gentillesse-est-une-force

Pourquoi faut-il réhabiliter la gentillesse ?

Trop bon trop con

Est-ce bien d’être gentil et attentionné ? La réponse vous semble évidente ? Pourtant, il y a comme un paradoxe avec cet adjectif. Quand on dit d’une personne qu’elle est gentille, cela n’est pas toujours valorisant, car cela laisse aussi entendre que ce n’est qu’une bonne poire. La gentillesse est rapprochée de la naïveté, de la bêtise ou du besoin compulsif de recevoir des compliments.

A l’opposé de la personne aimable et altruiste, on trouve le méchant et l’égoïste, qui ne sont pas des gens très sympathiques, mais à qui on reconnaît des qualités, qui forcent un certain respect. La ruse, la roublardise et un certain sens des réalités qui incitent à être souvent des profiteurs, car nous ne vivons pas dans le monde des Bisounours.

Avoir un faible pour la méchanceté gratuite, marcher sur autrui ou se faire marcher dessus telle est l’état d’esprit cynique (et dépressif) découlant de l’individualisme et de la compétitivité qui caractérisent notre société.

Examen philosophique et historique

Ce qui est plutôt ironique, comme nous l’apprend le philosophe Emmanuel Jaffelin dans son éloge de la gentillesse, c’est qu’initialement, celle-ci était une force bienveillante, certes, mais surtout virile et guerrière née avec les chevaliers de la Table Ronde.

Pourquoi a-t-on décidé d’arrêter d’être gentil et agréable ? Que s’est-il passé pour que cette force soit devenue faiblesse ? Et pourquoi, selon Emmanuel Jaffelin, la gentillesse reste une force tapie dans l’ombre et sera réhabilitée dans un futur proche ?

La gentillesse : les raisons de son déclin  

La noblesse de caractère

La gentillesse en tant que comportement est née avec les légendes arthuriennes de la Table Ronde. Les douze chevaliers avaient pour mission de punir les méchants païens et, surtout, de courir après le Graal. Mais pour que le Seigneur veuille bien faire preuve de bienveillance envers Lancelot et ses copains, ils devaient incarner ses valeurs christiques de l’amour, de la charité, de l’empathie et de l’aide à la veuve et à l’orphelin.

Leur honneur et statut de « noble chevalier » tenaient donc à ses conditions : faire actes de bonté envers tout le monde, et être très serviable envers les plus fragiles. En clair, leur mission de vie était de faire du monde un environnement bienveillant pour ses habitants.

Aujourd’hui la noblesse désigne tout autant un rang social qu’une qualité qui désigne une âme élevée. Or, c’est par la gentillesse que cette qualité se révélait, ce qui explique qu’un noble était aussi appelé un « gentilhomme ».

Ce qui reste une légende de Chrétien de Troyes reflète quand même les principes de la chevalerie du XIIème siècle, où honnêteté, amabilité et compassion étaient des valeurs louées et chantées à la cour. Mais avec le temps, les nobles ont oublié leurs valeurs, leur sourire et leur gentillesse, et comme l’a très bien résumé Emmanuel Jaffelin : « Entre Louis IX et Louis XIV, les nobles ont abandonné l’honneur pour courir après les honneurs ».

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Chacun pour soi et Dieu pour tous

Les généreux chevaliers au service du peuple ont laissé place aux courtisans égoïstes et carriéristes. Bien mal leur en a pris, les nobles ont connu la guillotine pendant la violente Révolution Française et un long déclin partout ailleurs en Europe.

Les bourgeois ont pris la main et ce qui fait désormais la valeur d’un homme ou d’une femme, ce n’est plus son cœur, mais son cerveau. Cogito ergo sum comme dirait Descartes. Mais l’avènement de la raison et de la science verra aussi naître le règne de la débrouille individuelle, des désirs égoïstes, du chacun pour soi et de Dieu pour tous.

Être quelqu’un de gentil était devenu ringard, on pouvait avoir l’air affable et chaleureux pour plaire à ses créanciers ou à ceux qui peuvent travailler à nos intérêts, mais quand elle n’a besoin de personne, l’élite se limite à une froide politesse. Car, une idée s’est glissée sous ce nouveau régime : la vraie gentillesse est devenue douteuse.

Pardonner ou s’excuser, être bienveillant et sincère, rendre service à l’autre n’est plus considéré comme un acte noble et fort, mais comme un témoignage de faiblesse, voire une manœuvre d’escroc. Voilà grosso modo les origines et la « chute » de la gentillesse.

Mais si chute il y a eu, la gentillesse n’en est pas morte pour autant.

La gentillesse : une force douce et légère  

Stature et grâce

Parce qu’elle nous incite à faire bien, elle forge notre sociabilité et nous rend meilleur, la gentillesse est incontestablement une force. En acceptant de rendre service à l’autre pour un temps donné, on se détache de notre petite personne, et comme le disait Eilleen Caddy, on gagne en stature et en grâce.

De plus nous avions vu que cesser d’écouter son ego nous permettait d’être heureux plus longtemps. C’est pour ces raisons qu’Emmanuel Jaffelin qualifie la gentillesse de vertu chaude et caressante. Elle fait du bien à celui à qui nous rendons service, mais elle nous fait du bien également.

Quand on fait preuve de gentillesse en aidant une petite dame âgée à trouver un pot de confiture au supermarché, un touriste perdu, un ami en manque de confiance de soi, leurs remerciements adressés avec un sourire chaleureux et discret vous réchauffent le cœur. C’est plus qu’un simple ressenti. De nombreuses études scientifiques ont pu certifier que les actes de gentillesse libéraient de l’ocytocine et de la sérotonine, deux hormones de bien-être.

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Le pouvoir sans le fardeau

Cette force chaude et caressante est également légère par la liberté qu’elle nous accorde. On ne peut pas être tout le temps gentil et de bonne humeur car on ne peut pas être toujours au top. Il savoir dire non aux sollicitations, être à l’écoute de ses propres besoins. Ce n’est pas faire preuve d’égoïsme mais de bon sens. Le philosophe vise donc juste quand il précise que

« la gentillesse n’est pas un devoir moral, mais un pouvoir moral ».

Je rends service parce que je le veux, pas parce que je le dois. Je n’ai pas peur de décevoir qui que ce soit, il n’y a aucune gêne ou culpabilité. C’est cela la grande différence entre la gentillesse naturelle et sa jumelle excessive qui nous fait dire oui à tout.

Le devoir gêne car c’est une forme de pression où l’on s’interdit de décevoir ou d’échouer, or mon pouvoir de gentillesse je l’utilise si j’ai l’impression qu’il va être effectif et à mon bon plaisir.

Un pouvoir aussi séduisant ne pouvait pas mourir, et Emmanuel Jaffelin voit d’ailleurs dans notre actualité et nos besoins collectifs des preuves que la gentillesse et la douceur qui la caractérise, sont des valeurs d’avenir.

La gentillesse : un pouvoir qui a de l’avenir  

L’agressivité ne paie plus

Pour notre docteur en philosophie, nous vivons à la charnière de deux époques dans beaucoup de domaine, dont la santé, les énergies et les relations internationales. Chacun de ses domaines repose sur une force brute et efficace, qui a vu apparaitre à terme une force douce.

La médecine conventionnelle a vu naitre les médecines douces, les énergies douces (éoliennes et solaires) signent la fin des énergies dures à long terme (fossile, charbon, pétrole), et le softpower s’avère plus efficace que le hardpower.

Dans un monde multilatéral, tisser des liens et influencer les autres pays par votre mode de vie attirant est beaucoup plus efficace que sortir votre arsenal nucléaire et vouloir marcher sur les pieds de tout le monde.

Oser la douceur d’être

Par ces quelques exemples, nous voyons que douceur et délicatesse ne sont pas faiblesses, et l’avenir semble pencher en sa faveur. Espérons-le du moins, et à titre individuel, soyons inspirés pour formuler et entretenir « une morale-papillon qui aspire à refonder l’humanisme par la caresse et l’impression plutôt que par le stress et l’oppression ».

Source : Emmanuel Jaffelin, « Petit éloge de la gentillesse », Editions François Bourin, Paris, 2015
écrit par

Amal Dadolle

Relations interpersonnelles

Savoir être

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