Hormones bio-identiques : ce qu’elles sont, ce qui les distingue des anciennes hormones, et ce que la science établit
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Réponse express : Une hormone bio-identique est une molécule fabriquée en laboratoire dont la structure est exactement celle de l’hormone produite par l’organisme. Elle s’oppose aux molécules simplement analogues, conçues pour produire des effets voisins : progestatifs de synthèse, œstrogènes d’origine équine, éthinylestradiol de la pilule. Dans son ouvrage, la gynécologue Sheila de Liz défend l’usage de trois molécules bio-identiques, le 17-bêta-œstradiol par voie cutanée, la progestérone micronisée par voie orale, et la testostérone dans certaines situations, à l’intérieur d’une fenêtre temporelle précise qui s’ouvre à la périménopause et se referme six à dix ans après les dernières règles. Cet article restitue sa position, ses règles pratiques, et signale ce qui, dans son propos, relève de la conviction plus que de la démonstration.
Définition : « bio-identique » ne veut pas dire « naturel »
Pourquoi c'est important
Les molécules, une par une
La fenêtre d'opportunité thérapeutique
Les règles pratiques posées dans l'ouvrage
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Trois choses vérifiables sur les hormones dites bio-identiques
Premièrement, beaucoup d'hormones dites bio-identiques ont la même structure chimique que celles utilisées dans le traitement hormonal conventionnel. La distinction entre « naturel » et « synthétique » que le terme suggère ne correspond donc pas à une différence de molécule.
Deuxièmement, les dosages salivaires souvent utilisés pour personnaliser ces préparations ne reflètent pas les hormones libres circulant dans le sang, contrairement à une idée répandue.
Troisièmement, les préparations magistrales ne font pas l'objet d'une approbation par l'agence du médicament, ce qui pose des questions de pureté, de dosage et de qualité.
Source : revue publiée dans Climacteric, 2021. Ces trois éléments décrivent une pratique, ils ne sont pas des relations entre notions, et ne figurent donc pas dans le graphe de connaissances.
Définition : « bio-identique » ne veut pas dire « naturel »
C'est la confusion la plus répandue, et l'autrice la lève elle-même.
Les hormones bio-identiques sont fabriquées en laboratoire à partir de la diosgénine, une substance extraite de la racine d'igname sauvage. Sheila de Liz écrit qu'elles « restent des hormones de synthèse mais sont identiques à ce que le corps de la femme produit » (p. 173). Ce n'est pas leur origine végétale qui les définit, c'est leur structure moléculaire.
Le corollaire est important : le corps humain ne peut pas fabriquer de progestérone à partir d'igname sauvage ou de diosgénine. Seul un laboratoire en est capable. Les produits vendus en ligne sous la mention « progestérone naturelle » qui ne contiennent que de l'igname ou son précurseur ne tiennent donc pas leur promesse. L'autrice recommande de vérifier que l'emballage mentionne explicitement la progestérone, et de se méfier de préparations non soumises aux contrôles qualité pharmaceutiques (p. 178).
À l'inverse, ce que l'on appelle couramment « comprimés hormonaux » contient souvent des produits de synthèse aux effets analogues, et non des hormones humaines (p. 172).
Cette distinction est le pivot de tout le débat sur la sécurité du traitement hormonal. Sheila de Liz soutient que la plupart des grandes études qui ont alimenté la peur des hormones ont été menées avec des œstrogènes équins et des progestatifs de synthèse, et non avec de l'œstradiol transdermique et de la progestérone (p. 203). Ce point est développé dans notre article consacré à l'étude WHI.
Elle décrit aussi un effet de marché : après 2002, l'industrie a cessé d'investir dans ce domaine, ce qui explique selon elle la rareté des préparations bio-identiques disponibles. Sa formule : il existe aujourd'hui plus de fabricants de mascara que de préparations hormonales (p. 177).
Les molécules, une par une
Le 17-bêta-œstradiol (E2)
C'est l'œstrogène biologiquement le plus actif, celui que produit l'ovaire (p. 174).
L'autrice le distingue de deux molécules voisines : - L'œstriol (E3), forme la plus faible, surtout efficace sur la muqueuse vaginale, utilisé en crème ou en gel contre l'atrophie. - L'éthinylestradiol, présent dans la pilule contraceptive classique, qu'elle qualifie de « mutant de l'œstradiol ».
Exemples du livre, avec une correction. La liste p.176 cite plusieurs spécialités, mais Colpotrophine contient du promestriène, et non de l’œstriol. Les noms commerciaux ne permettent pas de déduire la molécule ni de choisir un traitement. Vérifiez la composition et la notice avec le pharmacien. Base publique des médicaments : Colpotrophine.
Les valeurs cibles décrites (p. 177) : au cours d'un cycle normal, le 17-bêta-œstradiol varie de 30 à 530 pg/dl. Chez beaucoup de femmes ménopausées symptomatiques, l'autrice observe un taux inférieur à 5 pg/ml, à peine détectable. L'objectif qu'elle vise avec l'œstradiol transdermique se situe entre 35 et 70 pg/ml, soit le niveau du début de cycle : bas, mais normal.
Réserve BloomingYou. Ce passage du livre mélange deux unités dans un même paragraphe, pg/dl pour la première fourchette et pg/ml pour les deux autres. Ces valeurs ne sont donc pas comparables en l'état. Nous les restituons telles quelles, en signalant l'incohérence : seul un laboratoire d'analyses, avec ses propres unités et valeurs de référence, permet d'interpréter un résultat.
Sa pratique : commencer par une à deux pressions de gel le matin sur l'avant-bras, puis réévaluer six à huit semaines plus tard.
Contre-indications absolues indiquées : cancer du sein, antécédent ou suspicion ; cancer œstrogéno-dépendant ou suspicion (p. 176).
La progestérone micronisée
La progestérone micronisée est utilisée dans des médicaments dont la composition, les indications et les voies d’administration sont précisées par la notice. L’image de l’emballage employée dans le livre p.178 ne doit pas être prise comme une définition technique ni comme une garantie de biodisponibilité parfaite. Exemple de notice française.
Exemples cités : Estima 100 ou 200 mg, Utrogestan 100 mg, remboursés à 65 % (p. 179).
En cas de maladie du foie : signalez-la au prescripteur. La phrase du livre présentant la voie vaginale comme « sans danger » ne constitue pas une garantie de sécurité. La voie, les contre-indications et les précautions doivent être vérifiées pour le médicament prescrit dans sa notice officielle.
Sa pratique : en cas de signes de manque de progestérone (SPM, troubles du sommeil, articulations gonflées en seconde partie de cycle, irritabilité le soir), une capsule de 100 mg juste avant le coucher (p. 179 à 180).
La présence de l’utérus change la prescription. Dans un traitement hormonal général, un progestatif protège l’endomètre de l’action de l’œstrogène. Après une hystérectomie totale, un œstrogène seul est généralement proposé, sous réserve de situations particulières. La formule du livre p.180 ne s’applique donc pas à toutes les femmes ni à tous les traitements locaux. NICE, section 1.8.
Une mise en garde qu'elle adresse à un courant précis. Elle décrit, dans le milieu de la médecine alternative, des groupes qui attribuent à la seule progestérone la capacité de traiter l'ensemble des troubles de la ménopause et une protection contre l'ostéoporose supérieure à celle de l'œstrogène. Elle écrit que cela ne correspond pas à l'état des connaissances. Elle rappelle aussi que la progestérone n'est pas suffisamment absorbée par la peau, ce qui disqualifie les crèmes à la progestérone (p. 180, 186).
La testostérone
Le livre associe la testostérone à plusieurs dimensions de la santé féminine (p.31–32 et181). Cela ne permet pas de diagnostiquer une carence à partir de fatigue, de douleurs ou de difficultés de concentration, ni de proposer une supplémentation pour le bien-être général. L’Endocrine Society déconseille cet usage général.
C'est aussi le sujet le plus mal documenté des trois, et l'autrice le dit clairement. Elle rapporte n'avoir pas trouvé, dans les bases de données internationales, d'explication à l'existence de deux valeurs « normales » de testostérone chez la femme selon l'âge (p. 181).
Le cadre clinique est plus précis que « faible libido ». Le consensus international de 2019 retient comme indication étayée un trouble du désir sexuel hypoactif chez certaines femmes ménopausées, après évaluation clinique. Il ne recommande pas la testostérone pour toute baisse de désir ou pour améliorer l’énergie. Consensus international. La décision, le dosage et la surveillance relèvent d’un professionnel compétent.
Situation française décrite dans le livre : il n'existe pas de préparation avec indication chez la femme. L'Androgel est mentionné, sans indication féminine en France, ce qui implique une prescription hors AMM, expliquée en détail à la patiente et mentionnée sur l'ordonnance, sans prise en charge automatique (p. 183 à 184).
La présentation rassurante du livre p.182–183 ne supprime pas la possibilité d’effets indésirables. Une prescription de testostérone nécessite une surveillance ; l’apparition d’acné, de pilosité inhabituelle ou d’autres changements doit être signalée au prescripteur. Recommandations de l’Endocrine Society.
La DHEA : la réponse est non, pour l'instant
La DHEA est une hormone précurseur, qui peut donner soit de l'œstrogène soit de la testostérone. On ne peut pas décider ni prévoir laquelle sera produite après une prise orale (p. 185).
Sheila de Liz écrit que des effets positifs ont été démontrés sur le système immunitaire au niveau moléculaire, mais que les données manquent pour établir un bénéfice réel. Sa réponse à la question « la recommandez-vous ? » : pas sans réserve, les résultats ne la convainquent pas suffisamment.
Elle rappelle la position de l'Afssaps citée dans le livre, agence française du médicament remplacée par l'ANSM en 2012 : la prescription de DHEA est déconseillée dans la lutte contre les effets du vieillissement, quels que soient l'âge et le sexe ; un dosage bas ne suffit pas à justifier un traitement ; et chez la femme ménopausée, la DHEA ne doit pas être associée à un traitement œstroprogestatif (p. 185 à 186).
La fenêtre d'opportunité thérapeutique
C'est la notion la plus opérationnelle du chapitre.
Le repère décrit par l’autrice. Sheila de Liz situe une fenêtre d’initiation entre la périménopause et six à dix ans après les dernières règles (p.187,190). Cette présentation du livre n’est pas une date limite personnelle ni une indication à traiter systématiquement.
Les bornes de six ou dix ans proposées p.190 expriment la pratique de l’autrice. La décision actuelle repose sur les symptômes, l’âge, le temps écoulé, les antécédents et les risques individuels. Un diabète ou une hypertension ne permettent pas, à eux seuls, de conclure ici que toute option est interdite. Demandez une évaluation adaptée.
Pourquoi elle se referme. Passé ce délai, l'autrice indique que le risque de thrombose, d'infarctus et d'AVC augmente en raison des dommages vasculaires liés à l'âge. Lors des premières prises d'œstrogènes, des plaques d'athérome jusque-là fixées aux parois vasculaires peuvent se détacher et provoquer une embolie ou un AVC (p. 190, 202).
Le raisonnement sous-jacent. Sheila de Liz décrit une chronologie en quatre temps : préménopause, où d'éventuels dommages restent subcliniques et bien compensés ; périménopause, où apparaissent les premiers troubles cliniques et où « les chemins se séparent » ; ménopause, où les maladies deviennent visibles ; sénescence, dix ans après, où elles limitent l'autonomie (p. 188 à 189).
Le repère pratique qu'elle donne : dès que les règles deviennent irrégulières et s'accompagnent de symptômes comme des troubles du sommeil, la question se pose. En cas de bouffées de chaleur après l'arrêt des règles, elle considère qu'il est grand temps (p. 189 à 190).
Les règles pratiques posées dans l'ouvrage
L'œstrogène s'applique par voie cutanée. Seule la progestérone se prend par voie orale, la peau n'absorbant pas suffisamment cette dernière. Éviter les crèmes à la progestérone (p. 186).
Le suivi est obligatoire. Contrôle des taux par prise de sang, consultations tous les trois mois au début, puis tous les six mois (p. 186).
Pas de traitement en cas de cancer du sein hormono-dépendant, actuel ou passé. La prise en charge est alors symptomatique, sans hormone (p. 186).
Pas de traitement en cas d'antécédent cardiovasculaire : infarctus, AVC, hypertension difficile à contrôler (p. 186).
Ne pas commencer trop tard. En présence d'une maladie déjà installée comme un diabète ou une hypertension, l'autrice considère qu'il ne faudrait plus initier un traitement (p. 187).
Protéger l’endomètre quand cela est nécessaire. La formule de l’autrice p.180 doit être replacée dans le contexte de la présence de l’utérus et du type de traitement, expliqué plus haut.
Réévaluer à six à huit semaines après toute initiation ou ajustement (p. 177, 180, 184).
Ce que dit la recherche, et ce que ce texte ne tranche pas
Cette section est indispensable, parce que le chapitre mêle des éléments de nature très différente.
Ce qui est factuel et vérifiable. La distinction entre molécules bio-identiques et analogues de synthèse. L'origine de la diosgénine. L'impossibilité pour l'organisme de convertir l'igname en progestérone. La faible absorption cutanée de la progestérone. Les noms de spécialités et leurs conditions de remboursement en France, sous réserve d'évolution des autorisations et des taux. La position citée de l'Endocrine Society sur la testostérone. La position citée de l'agence française sur la DHEA.
Ce qui relève d'une position clinique argumentée. L'existence d'une fenêtre d'opportunité thérapeutique et ses bornes de six à dix ans. Le raisonnement est cohérent et largement discuté dans la littérature sur la ménopause, mais le livre écrit « de nombreuses études, trop pour les énumérer ici » sans les nommer (p. 187). Les bornes chiffrées doivent donc être lues comme des repères de pratique, non comme des seuils démontrés.
Ce qui est une affirmation trop forte pour être reprise telle quelle. L'autrice écrit que les hormones bio-identiques ont peu d'effets secondaires, « je suis même tentée de dire aucun » (p. 173). Cette formulation dépasse ce que le reste de son propre texte soutient, puisqu'elle énonce ensuite quatre contre-indications absolues et un protocole de surveillance régulière. Nous la signalons comme une figure de style, pas comme une donnée.
Ce qui doit être manié avec précaution. Le livre indique que commencer une substitution à la périménopause permet d'éviter les troubles vaginaux, l'incontinence, les maladies cardiovasculaires, l'ostéoporose et la démence (p. 187). Le niveau de preuve n'est pas le même pour chacun de ces bénéfices. La prévention de la démence par le traitement hormonal, en particulier, est une question ouverte et controversée. BloomingYou ne reprend pas cette liste comme un acquis.
Un argument qui n'en est pas un. À la question « existe-t-il des études à long terme ? », l'autrice répond que « la plus longue étude à long terme au monde sur les hormones naturelles » est l'évolution elle-même (p. 174). C'est une image, pas une réponse méthodologique. Le fait qu'une molécule soit identique à une molécule endogène ne préjuge ni de la sécurité d'un dosage, ni de celle d'une voie d'administration, ni de celle d'une durée de traitement.
Portée de cette lecture. Cet article présente le livre et confronte plusieurs points aux notices françaises, à NICE et aux recommandations de l’Endocrine Society. Ces corrections ciblées ne constituent pas une revue exhaustive de tous les traitements. Pour organiser vos questions et vos possibilités d’action, retrouvez le parcours périménopause et ménopause.
À retenir
Bio-identique désigne une structure moléculaire identique à l'hormone humaine, pas une origine naturelle. Ces hormones sont bien fabriquées en laboratoire.
L'igname sauvage ne se transforme pas en progestérone dans le corps. Seul un laboratoire peut opérer cette conversion.
Trois molécules structurent le propos : 17-bêta-œstradiol par voie cutanée, progestérone micronisée par voie orale, testostérone dans des situations précises.
Une crème achetée en ligne ne doit pas remplacer la protection de l’endomètre prescrite par votre médecin.
La présence de l’utérus et le type de traitement déterminent la nécessité d’un progestatif.
Les bornes temporelles du livre ne remplacent pas l’évaluation individuelle des bénéfices et risques.
La DHEA n'est pas recommandée en l'état des données citées.
Un traitement hormonal implique des contre-indications, un bilan et un suivi régulier. Ce n'est jamais un produit de confort.
Sources
Dr Sheila de Liz, Ménopause contrôle, traduit de l'allemand par Sabine Wickaert, Marabout (Hachette Livre), 2025. Édition originale : Women on Fire, Rowohlt Verlag, Hambourg, 2020. Pages mobilisées : 23 à 32 (les trois hormones), 171 à 186 (chapitre 5, « Les hormones bio-identiques à la rescousse », p. 171 à 266 : sous-sections définition, œstradiol, progestérone, testostérone, DHEA, règles pratiques), 187 à 190 (fenêtre d'opportunité thérapeutique), 202 à 203 (nature des molécules étudiées).
Références citées par l'autrice et mobilisées dans ce chapitre : Wierman M. E. et al., Androgen Therapy in Women: A Reappraisal. An Endocrine Society Clinical Practice Guideline ; Fournier A., Berrino F., Clavel-Chapelon F., cohorte E3N, Breast Cancer Res Treat, 2008 ; Rosano G. M. et al., « Natural progesterone, but not medroxyprogesterone acetate, enhances the beneficial effect of estrogen on exercise-induced myocardial ischemia in postmenopausal women », J Am Coll Cardiol, 2000.
Cet article est un contenu d'information. Il ne remplace pas une consultation médicale et ne constitue ni un diagnostic, ni une prescription. Les noms de spécialités, leurs indications et leurs conditions de remboursement peuvent avoir évolué depuis la publication de l'ouvrage.
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