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Comment le yoga a conquis le monde?

  • mis à jour le mercredi 17 juillet 2019
  • 8 Min de Lecture

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Pourquoi aimons-nous faire du yoga ?

Il y a 2,5 millions de personnes qui pratiquent le yoga en France, et ils sont près de 300 millions dans le monde. Cette pratique venue de l’Inde ne connaît pas les frontières. Son succès mondial, surtout occidental, repose sur les études scientifiques qui ont prouvé à de nombreuses reprises les bénéfices du yoga sur notre santé physique et psycho-émotionnelle.

La santé n’explique pas tout. Le yoga que l’on décrit comme une pratique indienne de 5000 ans apporte un charme ancien, presque mystique d’une authenticité qui manque cruellement dans l’Occident standardisé et high-tech.

Par ailleurs, Le yoga, peut aussi satisfaire une quête de la perfection du corps. Il est alors vécu comme un sport qui ne porte pas son nom, où toute la pratique consiste à enchaîner des postures toutes aussi acrobatiques les unes que les autres.

L’enquête de Marie Kock

Le yoga c’est donc beaucoup de choses à la fois. Un outil thérapeutique, un sport, un moment spirituel. Toutes ces différentes intentions découlent pourtant d’un unique discours sur les origines du yoga. Ce qui a titillé l’attention d’une journaliste et professeure de yoga, Marie Kock, qui a décidé d’enquêter sur le monde du yoga, ses yogis, son Histoire et surtout sa stratégie de conquête pour comprendre comment il a pu conquérir le monde.

Nous vous présentons ici quelques éléments de réponses. Commençons par le début, avec les origines du yoga en nous posant la question : le yoga que nous pratiquons est il bien celui pratiqué il y a 5000 ans ?

Les vraies origines du yoga

Le yoga il y a 5000 ans

Il y a 5000 ans, le yoga était une école de philosophie méditative parmi beaucoup d’autres qui proposait une méthode pour parvenir à percer Maya (la grande illusion) pour ne faire qu’un avec le monde et le divin. On traduit le yoga par « union »,  l’origine du mot provient en fait du sanskrit « jug » qui vient de « joug », l’instrument qui impose à deux animaux de marcher d’un pas uni. On retrouve l’idée de l’union, et si ce mot convient pour décrire le yoga, c’est parce que le chemin pour accéder à l’union avec le Grand Tout est long et inconfortable.

Si le chemin est difficile, ce n’est pas à cause de l’effort physique dû à l’enchaînement des postures, mais à celui de l’effort mental. D’ailleurs les postures de yoga n’existaient tout simplement pas au tout début du yoga. A l’exception de la posture assise pensée spécialement pour méditer. Le yoga physique apparaîtra bien plus tard, au XVème siècle. D’autres apparaîtront au fil des siècles. La célèbre posture du « chien tête en bas » date du XVIIIème siècle. Des postures que l’on ne pouvait réaliser qu’après avoir déjà fait un long travail méditatif sur soi.

Le yoga n’est pas donc une discipline figée dans le marbre depuis 5000 ans, c’est une pratique qui a évolué. La forme qui nous est parvenue aujourd’hui nous vient des années 1920.

1924, la naissance du yoga moderne

Le yoga tel que nous le connaissons date de 1924 et a été pensé par Tirumalai Krishnamacharya. Son but est de faire un yoga spécialement pensé pour les besoins des Occidentaux en développant une série de postures accessibles à tous. Il n’y aura pas besoin d’aller passer dix ans à méditer au fond d’une grotte pour pouvoir les réaliser.

Cette approche démocratise donc le yoga, et c’est ce qui le révolutionne. De l’école de Krishnamacharya, sortiront les plus célèbres gourous qui iront apporter un yoga « sur-mesure » aux Occidentaux assoiffés de spiritualité et d’exotisme.

Mais pourquoi Krishnamacharya s’est-il intéressé au sort des Occidentaux ? Parce que le yoga, exigeante discipline, n’intéressait plus grand monde en Inde depuis un bout de temps. L’idée était de faire renaître le yoga de ses cendres, ailleurs que sur ses terres d’origine.

Le yoga à la conquête de l’ouest

Le rêve américain

Si les gourous privilégient les Etats-Unis c’est pour une raison historique qui coule de source : c’est le seul pays occidental à ne pas être un pays colonisateur. Le premier gourou à promouvoir le yoga est Swami Vivekananda à l’occasion de l’Exposition Universelle de Chicago de 1893 où devant un public conquis il évoque une vision du yoga comme une philosophie spirituelle, universelle et tolérante. Donc compatible avec les valeurs de l’Occident. La tolérance affichée de ce gourou aux airs de Majesté impactera les mémoires.

C’est là l’une des clés du succès du yoga : s’il a su si bien se faire adopter par l’Occident, c’est parce qu’il a su adapter son récit aux nouveaux besoins spirituels des Occidentaux.

La loi de l’offre et de la demande

Si en Inde, le yoga périclite, en Occident la religion chrétienne est mise à mal par la science qui va s’accaparer la notion de Vérité, forte de ces nombreuses avancées révolutionnaires. En se détachant drastiquement de la vision du monde de la Bible, des positions philosophiques, morales et sociales inédites vont immerger. Le discours religieux va en pâtir auprès d’une grande partie de la population. Il n’y aura plus que les terribles guerres du XXème siècle pour redonner un peu de souffle à l’Eglise.

Face au dogme passéiste du Christianisme, la pensée philosophique universelle du Yoga, que l’on pense vieille de 5000 ans, séduit. Aux Etats-Unis, le gourou Yogananda va même entériner l’idée que le yoga est pour tout le monde. Le yoga peut effectivement se pratiquer en plus de sa religion, ou se substituer à elle si nous n’en avons pas. Une tolérance décontractée qui va séduire de nombreuses personnes.

Jésus super-Yogi

Par ailleurs, Yogananda va établir une connexion entre le yoga et Jésus. Il va s’appuyer sur une idée que Jésus aurait effectué un voyage initiatique en Inde pour recevoir son enseignement qui lui permettra de devenir le Christ. Dans ses bagages, il repartira avec la philosophie du yoga. Là est la force de Yogananda : à l’exotisme ancestral du yoga, il rajoute des notions familières aux Occidentaux en leur proposant une vision inédite et rafraîchissante de leur propre religion.

Si une philosophie spirituelle porteuse de sens peut séduire un certain public, pour attirer le plus grand nombre, il est nécessaire que le yoga soit incarné et surtout vu. Quoi de mieux que de séduire Hollywood et ses stars ?

Viser les étoiles

Gourou et génie de la communication, Bikram Choudhury, arrive en 1973 aux USA dans l’idée d’enseigner le yoga à des stars hollywoodiennes pour mieux le faire connaître. Il y arrivera : Madonna, Demi Moore, Lady Gaga, George Clooney, puis suivront des athlètes et des sportifs connus, qui seront les meilleurs représentants du yoga.

Ceux qui aideront également le yoga à se diffuser sont les Beatles. En 1968, ils partent à Rishikesh, la ville de leur gourou Maharishi Mahesh où ils restent dans son ashram pendant quelques jours. Ce court séjour des Beatles sera suivi de beaucoup d’autres de la part d’Occidentaux férus de musique ou de yoga. Par cette attractivité, Rishikesh entre dans la notoriété et devient l’équivalent de la Ville Sainte du yoga.

Rishikesh, la capitale-Disney du yoga

La boucle est bouclée. Après avoir conquis l’Ouest, le yoga revient en Inde avec un foyer officiel, Rishikesh. Dans les années 1980, la ville bâtit des structures destinées aux touristes, aménagées de façon « authentique » pour leur plaire et gérées par des gourous, dont certains revenus d’Occident.

Ainsi les touristes deviendront à partir de ce moment-là l’élément central de l’économie de la ville. La ville sera soutenue par l’Etat qui lancera une campagne de communication sur le passé de Rishikesh pour la présenter comme la « ville du yoga » où y réside tous ses « secrets et savoirs ancestraux ». Depuis 2015, la ville est baptisée capitale mondiale du yoga.

En parallèle des touristes, des apprentis-yogis ou futurs professeurs de yoga venus des 4 coins de monde affluent à Rishikesh pour apprendre le yoga « traditionnel » sur plusieurs semaines ou jours via un « teacher trainings ». Repartir avec un label « Made in India » est la garantie de la pureté de votre yoga.

A ce stade, on comprend que le succès du yoga repose en grande partie sur les capacités d’analyse et d’intelligence de situation des différents gourous. Ce qui n’est pas allé sans un certain opportunisme de certains d’entre eux.

Le côté obscur du yoga

Un juteux business

Baba Ramdev, gourou controversé (il a notamment assimilé l’homosexualité à une maladie) a créé en 2006 le Patanjali Yogpeeth, l’un des plus grands instituts de yoga en Inde. Comme le décrit Marion Kock : « sur 500 hectares s’étalent deux campus de yoga et d’ayurveda, des salles immenses pour la pratique du yoga et de la méditation et l’organisation de conférences. De grands jardins thérapeutiques pour nettoyer les toxines du corps et du mental, un immense laboratoire alimentaire. Il a sa marque Ramdev qui commercialise des produits manufacturés ayurvédiques certifiés 100 % naturels, plus de 800 produits qui vont du dentifrice à la crème antirides en passant par le ghee. »

Aussi, a côté de l’arnaque commerciale, on trouve également l’arnaque intellectuelle qui fait du yoga le chemin du bonheur et la réponse au mystère de la vie.

L’arnaque intellectuelle

Notre besoin de spiritualité n’est pas éteint. Dieu, les Mystères de la mort, du secret de la vie, de la longévité, sont des questions dont nous chercherons toujours des réponses. L’une d’entre elles vient de Deepak Chopra, médecin de formation et défenseur de l’ayurvéda qui a fondé un centre dédié à la médecine traditionnelle indienne.

Pour accéder aux mystères de l’univers et du bonheur, Deepak Chopra prône un yoga méditatif. Et pour justifier son argument, il n’hésite pas à piocher des arguments dans des sources variées : la physique quantique, la neurologie, les spiritualités du monde entier, les mantras en sanskrit, la philosophie indienne, les rituels chamaniques, le psychologisme, les pouvoirs de l’aura et du mental. Une grande salade spirituelle garnie de références scientifiques pour lui donner des arguments d’autorité. Ainsi Bien que son discours ne manque pas d’intérêt, il suffit de prendre un peu de recul pour en sentir la légèreté.

Pour revenir à notre yoga moderne, les discours des gourous ont été si ouverts et souples pour promouvoir le yoga moderne, qu’il règne aujourd’hui une confusion : le yoga est-il une pratique du corps ou de l’esprit ?

De la méditation au sport

1,2…3 yogas ?

« Deux courants informels ont cours aujourd’hui : l’un pour qui le yoga est une discipline corporelle pouvant mener éventuellement à une sorte de mystique, et l’autre qui l’envisage d’abord comme une philosophie, dont la pratique physique n’est qu’un aspect secondaire. » On peut même rajouter un troisième courant : celui du yoga pour être « bien gaulé » et où la connexion à Soi n’est même plus envisagé.

L’ironie de l’histoire est que les premiers deux courants se revendiquent du même texte : les Yoga Sutras de Patanjali. « Un texte qui a toujours défini le but du yoga comme l’arrêt des fluctuations du mental, dont le but est de permettre d’accéder à l’union avec l’Absolu et de pouvoir s’abandonner à Dieu. En se focalisant sur la discipline du corps, dans l’espoir qu’elle entraîne celle de l’esprit, le yoga moderne a pu séduire une population plus large et hétérogène. ».

En effet, un des sutras du texte justifie en particulier le dépassement corporel : « l’ardeur au travail, l’étude de soi et l’abandon du fruit de ses actes constituent le yoga de l’action quotidienne. C’est cette ardeur au travail qui a parfois semé la confusion (bien qu’elle ne désignait pas spécifiquement une pratique physique). »

Toutefois, pour Marie Kock, il est presque évident que le yoga ne restera pas sur ces deux courants et continuera encore à évoluer :

Pourquoi le yoga continuera à évoluer ?

« Si l’on peut certes regretter la phase de marchandisation qu’il traverse, rien ne permet de dire que cette forme-là est moins valable qu’une autre, qu’elle est un dévoiement d’une discipline qui, n’en déplaise à notre appétit de tradition, n’a jamais été pensée à l’origine pour notre siècle ni pour notre monde. En revanche, rechercher à tout prix une authenticité dans le yoga peut être un symptôme du monde trop riche dans lequel nous vivons. »

Car la raison première, pour Marie Kock, du succès du yoga reste cette quête d’authenticité que l’on va rechercher dans une discipline investie d’un passé mystérieux et lointain. Or, comme l’a appris la journaliste :

cette enquête m’a permis de comprendre que l’authenticité n’est pas une question d’antériorité ni de caution historique.

L’authenticité c’est d’abord une manière d’être, et cela c’est atemporel. Comme le yoga nous l’enseigne par ses textes et par son histoire.

Source : Marie Kock, « Yoga, une histoire-monde », éditions La Découverte, 2019
écrit par

Camille

Époque

Société

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