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L’entraide, l’autre loi de la jungle

  • mis à jour le jeudi 30 juillet 2020
  • 8 Min de Lecture

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Pourquoi la loi de la jungle est aussi celle de l’entraide ?

Retour sur une idée reçue

On dit que la loi de la jungle, autrement dit celle de la vie végétale et animale, c’est la loi du plus fort. Et il est vrai que les animaux se chassent les uns les autres, se disputent les territoires et les femelles, tout comme les arbres pour l’accès à la lumière du soleil.

La compétition existe bel et bien, mais elle n’est pas l’unique loi de la nature. Une autre loi coexiste, c’est celle de l’entraide.

Pablo Servigne, docteur en biologie et Gauthier Chapelle, ingénieur agronome, auteurs de « L’entraide, l’autre loi de la jungle », nous en disent plus sur cette loi méconnue de nous. Ils nous apprennent comment elle se manifeste, mais surtout en quoi elle est un pilier de la vie.

Une jungle en symbiose

Les exemples de partenariat dans la nature ne manquent pas. Ils foisonnent même. Commençons avec les arbres. Grâce à leur incroyable réseau racinaire, ils se partagent des minéraux et du sucre. Les arbres privilégient comme nous leurs enfants, mais n’oublient pas non plus leurs lointains cousins ou voisins, comme les bouleaux et les pseudotsugas (famille de conifères).

L’aulne, un arbre capable de capter l’azote, en redistribue aux arbres voisins d’une autre espèce. Toute l’énergie solaire est captée et redistribuée entre toutes les espèces.

Prenons de la hauteur. A l’échelle d’une forêt, la symbiodiversité règne. Les champignons ont des partenariats avec les arbres, les plantes avec les insectes pollinisateurs, les arbres avec quasiment tout le monde. Tout fonctionne ensemble, et chacun à son rôle. Ce n’est pas de l’anarchie, mais une organisation intelligente et équitable penser pour durer dans le temps.

Trouver le bon équipier

Du côté des animaux, de drôles de partenariats s’observent également. Les anémones fusionnent avec des escargots (elles les protègent et eux leur servent de chauffeur), loups et corbeaux vivent ensemble pour mieux survivre. N’importe quelle meute de lionnes ou de loups coopèrent ensemble pour la chasse.

Et nous alors ? Notre relation avec les chats et les chiens reposent sur la satisfaction de nos besoins respectifs. Sans nous, il n’y aurait pas de caniches ou des yorkshires. Enfin, notre corps est le lieu même d’un partenariat : les bactéries qui composent notre microbiote veillent à notre santé. En échange, elles ont le logement.

Ce qui est intéressant de prendre conscience, c’est que la loi de l’entraide s’applique à des individus qui n’ont absolument aucun patrimoine génétique commun. Pas plus que de notion d’empathie pour les escargots et les anémones. Qu’est ce qui a pu les pousser à s’associer ? Comment communiquent-ils ? Le mystère est encore total.

Mais ce n’est pas tout. Concernant les mécanismes de la sélection naturelle, on pourrait croire que seule la loi du plus fort est applicable. Seuls les plus forts, types mâles alpha, possèdent le plus de chance de plaire aux femelles et de s’accoupler. Et bien, la réalité est plus subtile.

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Les mécanismes subtils de la sélection naturelle

La sélection naturelle par le groupe

Qui du plus fort ou du plus altruiste a le plus de chance de se reproduire et d’avoir une descendance nombreuse ?

Omar Eldakar, chercheur biologiste a effectué une expérience intéressante avec deux groupes d’araignées d’eau. Dans le 1er groupe, il a regroupé 6 mâles agressifs avec 6 femelles. Le 2nde groupe était composé de 6 mâles galants et gentils avec 6 autres femelles.

Durant l’expérience, il est apparu que les mâles agressifs s’accouplaient avec les femelles sans qu’elles aient leur mot à dire. De l’autre côté, les gentlemans laissaient venir les femelles à eux ou attendaient leur aval.

Résultat des courses ? Oui, au début ce sont les agresseurs qui ont fait le plus de petits. Mais, leur agressivité ne se limitait pas à sauter sur les femelles, ils leur disputaient aussi la nourriture. Stressées et mal nourries, elles réduisirent de facto le nombre d’œufs pondus. Du côté des gentlemans, leurs femelles plus sereines pondirent deux fois plus d’œufs que leurs consœurs. A long terme, ce sont donc les gentlemans qui se sont le mieux reproduits.

Vivre dans un monde ultra compétitif fait ainsi baisser le taux démographique. Mais pas que, on aboutit également à une récession économique.

La compétition tue la productivité

Pour son expérience avec les araignées d’eau, Omar Elkadar s’est inspiré de l’expérience menée avec des poules dans les années 1990, par William Muir, biologiste.

Son enjeu était de discerner quel caractère contribuait à une meilleure productivité. Le premier groupe regroupaient donc les poules les plus fortes et les plus productives de chaque cage, les guerrières.

Le 2nd groupe comprenait les poules des cages les plus productives, les bonnes copines qui travaillent le mieux ensemble. Les premières années ont vu le groupe des guerrières supplanter le groupe des bonnes copines.

Mais au bout de 6 générations, les poules sanguinaires se volaient dans les plumes, se blessaient à coup de bec et faisaient chuter la production d’œuf. A l’inverse, en 6 générations, les bonnes copines ont augmenté leur production d’œuf de + 160 %. Ne dit-on pas que seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ?

David Wilson, biologiste évolutionniste à l’Université de Binghamton résume l’équilibre loi du plus fort et loi de l’entraide ainsi :

l’égoïsme supplante l’altruisme au sein des groupes. Mais les groupes altruistes supplantent les groupes égoïstes. Tout le reste n’est que commentaires.

Qu’en est-il pour nous les humains ? Pour nous, la loi de l’entraide atteint des niveaux exceptionnels. Nous vivons dans des groupes-Nations de millions de gens. La loi de l’entraide est profondément ancrée dans notre mémoire. En fait, il se pourrait bien que cela soit cette loi qui explique comment nous sommes passés de l’animal à l’humain.

Ce que l’humanité doit à la loi de l’entraide

L’union fait la force

Que pouvons-nous faire, seul, face à un ours, un loup ou un tigre énorme ? Pas grand-chose. Ce n’est qu’ensemble que nous avons survécu. Notre force a été notre collectif. Pourquoi nous sommes nous rassemblés ? Pas uniquement pour chasser mais également et surtout pour protéger nos petits.

Pour qu’un nourrisson devienne un adulte complet, il faut attendre 20 ans au moins. Notre maturité est longue, trop longue par rapport aux petits des autres espèces animales où beaucoup sont fonctionnels en 2 ans. Selon l’anthropologue Sarah Blafer Hrdy, c’est cette immaturité qui a poussé les premiers hommes à développer des stratégies collectives pour protéger les petits.

En parallèle, les bébés complétement dépendants des adultes, ont commencé à développer des capacités psychologiques incroyables. Ils reconnaissaient l’état émotionnel et mental des adultes, et avaient développé des stratégies pour déclencher une réaction de sollicitude.

Les mécanismes de l’entraide chez l’homme

Pour notre survie et celle de notre fragile progéniture, il a donc fallu apprendre à vivre ensemble. Pour que le groupe fasse corps et que l’union persiste, 3 conditions non négociables doivent être réunies : la confiance, la sécurité et l’égalité . Si à l’intérieur d’un clan, on se dispute les ressources ou les femmes, c’est la mort de tout le monde en 2 semaines.

C’est l’un des grands principes de la loi de l’entraide : elle prend toute sa puissance quand les individus (hommes, animaux, végétaux) vivent en milieu hostile. Or, 90 % de l’histoire de l’humanité s’est déroulée dans un milieu hostile.

Pour que l’entraide subsiste dans le groupe, l’homme a développé 3 types de mécanisme :

  • La réciprocité.

C’est le principe du don et du contre-don. Faire des cadeaux crée des amis.

  • La réputation, que nous pourrions également appelée la reconnaissance sociale.

C’est particulièrement présent en chacun d’entre nous. Dans notre structure cérébrale, une zone appelée le striatum est entièrement dévolue à notre survie et reproduction. Il agit au moyen de 5 leviers, dont la recherche de reconnaissance sociale, ou de bonne réputation.

  • La récompense et la punition.

Le mécanisme est simple, il s’agit de punir les comportements antisociaux et de récompenser les altruistes. Dans les tribus d’Homo Sapiens, l’égoïste ou le fauteur de troubles était remis dans le droit chemin à coups de massue. Ou tout simplement banni.

Il est intéressant de constater l’étonnante synchronicité entre ces découvertes sur la loi d’entraide et la soif de sens et de lien de nos sociétés modernes d’aujourd’hui, qui touchent autant les individus que les entreprises. Cette synchronicité nous confirme notre besoin (urgent) de repenser le monde.

Du besoin de repenser le monde

Les mythes assassins

Pour Gauthier Chapelle et Pablo Servigne, il est urgent de (re)connaître l’importance de l’entraide à l’échelle politique et sociale. Pourquoi ? Parce que le monde réel n’est que le reflet de nos croyances intérieures.

Or, les deux auteurs mettent l’accent sur deux mythes culturels qui ont contribué à biaiser notre vision de la nature et de l’être humain. Le premier mythe est que la nature est un champ hostile et de guerre perpétuel. Et le second mythe est que nous devons sortir de cette guerre, au risque de rester à l’état « d’homme animal ». Ainsi, pour ne pas rester dans le chaos de la loi de la jungle, la civilisation occidentale a mis l’accent sur l’ordre et la rationalité.

Dans notre imaginaire collectif, l’entraide est donc une aptitude qui découle de notre supériorité intellectuelle, elle est uniquement humaine, et jamais liée à un ordre naturelle. Nous  voyons aujourd’hui que cette opposition entre nature et culture n’a pas lieu d’être; grâce aux travaux des biologistes, mais également ceux des chercheurs en épigénétique.

Voilà nos mythes sacrés du monde moderne.

Les malheurs de John Locke et Thomas Hobbes

Pour expliquer la puissance de cet imaginaire, le philosophe Jean-Claude Michéa nous invite à comprendre le contexte dans lequel cette pensée s’est construite. Elle date du 17e siècle, avec les philosophes britanniques John Locke et Thomas Hobbes. Les deux hommes ont vécu pendant les guerres de religion. Désespérés de voir leurs contemporains s’entretuer, ils se sont dit que les gens étaient irrécupérables.

Notre rationalité se limitant à nos propres intérêts et préférences singulières. Alors, les philosophes ont condamné l’homme, en en faisant un être fondamentalement mauvais.

Tout le défi est alors d’imaginer un contexte conciliant notre nature instinctivement égoïste et compétitive avec la paix sociale. Ils ont pensé que seule une organisation puissante comme l’Etat pouvait contenir notre nature sauvage, et que le Marché (dénué de toute idéologie religieuse) serait la bulle où notre nature égoïste se déchainerait sans en venir au sang.

On peut comprendre le point de vue de Locke et de Hobbes. Regarder une chaîne d’informations en continu toute la journée nous donnerait envie de les croire.

Et pourtant, une vision du monde plus conforme à la réalité serait de voir la vie comme étant composée de deux forces équilibrées : le yin (coopération) et le yang (compétition). Et loin d’être en guerre l’une contre l’autre, ces deux forces se complètent.

La danse du yin et yang, la véritable loi de la jungle

Pour résumer, le monde du vivant est plein de surprise. La première surprise étant l’absence d’anarchie et de non-sens. Riche et complexe, ni angélique ni cruelle, la nature est étonnamment équilibrée et juste. Non dans le sens de justice mais de justesse, celle de deux forces opposées et équilibrées.

C’est la loi du yin et du yang. Quand vous observez de près le symbole du yin et du yang, ce n’est pas une ligne droite qui sépare les opposés, mais un mouvement d’enlacement. Les forces opposées n’entrent pas en concurrence, elles dansent ensemble.

Ces derniers siècles ont été sous l’emprise de la loi du plus fort. Pour respecter l’équilibre du monde du vivant dont nous faisons partie, et survivre encore et toujours, il est temps de refaire une place à l’entraide.

Source : Pablo Servigne & Gauthier Chapelle, « L’entraide, l’autre loi de la jungle », éditions Les Liens qui Libèrent, 2017
écrit par

La rédaction

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