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L’ambition d’être utile !

  • mercredi 9 novembre 2016
  • 7 Min de Lecture
L'ambition d'être utile !

Ou le rêve d’électrifier l’Afrique

Je suis fascinée et émerveillée par cette jeunesse qui a coeur d’être utile à ce monde, en nous proposant des solutions disruptives et innovantes. J’ai rencontré il y a quelques semaines Tristan, 28 ans, qui m’a parlé avec une très grande sincérité de son projet révolutionnaire et j’ai bien saisi tous les sacrifices auxquels il consent pour mener à bien ce rêve. Bloomingyou a donc naturellement envie de l’aider et de le mettre en avant….

Tristan, parle-nous de ta boite  Power:on

On est une startup visant à fournir en électricité des villages reculés du Bénin.

Pourquoi cette sensibilité pour l’écologie et pour l’Afrique ?

J’ai toujours été intéressé par ce genre de problème. C’est vrai que HEC prépare plutôt à travailler dans des grands groupes, ce que j’ai fait en année de césure. J’ai travaillé chez Coca-Cola notamment, sur des sujets liés à l’environnement. Ça m’intéressait, mais ça n’avait pas été super… Ce qui est bien à HEC, c’est qu’on peut choisir son orientation et suivre des cours sur l’entreprenariat social, l’économie sociale et solidaire, etc.

Comment t’es venue l’idée de monter ta propre entreprise ?

Quand j’ai été diplômé, je me suis dit « je vais lancer ma boîte » pour régler ce problème que j’avais découvert en stage : Total voulait vendre des panneaux solaires à des villages isolés où il n’y a pas d’électricité et où les gens utilisent des groupes électrogènes. L’idée était de montrer que ça pouvait être intéressant financièrement. Il y avait plein de projets que réalisaient les ONG, mais il n’y avait pas vraiment de modèle économique derrière. Le vrai problème c’était d’aller dans ces villages expliquer aux gens comment ça allait fonctionner, et trouver un moyen pour qu’ils puissent accéder à l’électricité.

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C’est après ça que tu t’es intéressé au problème de l’électricité ?

C’est un problème énorme ! 1,3 milliards de personnes vivent sans électricité, alors qu’ici on l’utilise sans réfléchir. Là-bas ils s’éclairent à la bougie, à la lampe à pétrole, ou à piles. La cuisine se fait au charbon et ils respirent des fumées toxiques… Je me suis dit que pour régler ce problème, il faut l’aborder d’une façon nouvelle. Il faut démontrer que ça peut être fait de façon durable et rentable, et ainsi dépasser le paradigme des ONG qui dépendent uniquement des subventions et des dons des gens. On va pouvoir aller chercher des financements beaucoup plus larges. Ces gens qui veulent changer leur vie vont forcément vouloir acheter notre électricité. Alors en plus si on est capable de leur vendre à un prix accessible, il n’y a aucune raison que ça ne se développe pas comme tout le reste s’est développé. C’est ça le pari. Quand je le dis, les gens ne croient pas que c’est possible, car pour l’instant personne ne l’a vraiment fait ! Depuis 2012 que je travaille sur ce projet, j’ai passé pas mal de temps à chercher des financements, jusqu’à ce que je réalise que tant que je n’avais rien prouvé personne n’allait m’aider. Ça fait donc un an qu’on a démarré tous seuls.

Tristan Kochoyan

On, c’est qui ?

Pour le financement, c’est ma famille et mes amis. On en est à 60.000€. J’ai eu de la chance de pouvoir compter sur eux, sinon c’était fini. Il y a Louise, ma co-fondatrice au Bénin. Et Jean, notre premier employé, qui gère le fonctionnement du réseau au quotidien dans le village. Donc quand je dis on, c’est trois personnes.

Louise vit au Bénin ? Comment l’as-tu rencontrée ?

Oui, elle est béninoise. J’ai choisi le Bénin parce que je l’ai découvert grâce à une association étudiante qui s’appelle « Action pour le Bénin ». Les étudiants partent l’été pour faire des missions humanitaires là-bas. En 2009 j’ai été président de cette association: on cherchait à remplacer le salarié que nous avions sur place et qui était parti, et j’ai embauché Louise. Le courant est super bien passé ! Quelques années plus tard, avec mon projet, j’ai pensé au Bénin car c’était un pays que je connaissais bien, super accueillant et safe, et que j’avais des contacts sur place. J’en ai parlé à Louise : le projet l’a intéressée et de fil en aiguille elle est devenue ma co-fondatrice au Bénin.

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Vous avez commencé votre projet dans un village. C’est Louise qui a trouvé le village, Igbérè ?

On avait deux critères :  équiper environ 100 foyers, et très loin du réseau national d’électricité, parce que l’idée est de s’adresser à des gens qui ont très peu de chance de l’avoir, même à long terme. C’était un village que Louise connaissait déjà, parce qu’elle avait travaillé là-bas avec une ONG qui lutte contre l’excision.

Quels furent les enjeux et les difficultés sur place ?

On a commencé à étudier le village en 2014. On ne voulait pas faire n’importe quoi, parce que l’électricité est un service public et on a voulu présenter le projet à toutes les autorités pour être sûr que ce qu’on faisait était OK. On est allé voir le maire, le délégué du village élu, le ministère à Cotonou. On a démarré les travaux en mai 2015. Comme c’est un village complètement isolé, on a dû tout faire de A à Z car le réseau national n’arrive pas jusque là. Il a fallu construire une petite centrale qui produit l’électricité, et un réseau qui va brancher tous les gens qui en font la demande. Le village compte 150 foyers. Avec nos fonds on pouvait en électrifier 100. Mais à terme l’idée est d’avoir une centrale qui produise de l’électricité solaire, propre et pas très chère, 24h/24.

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Comment fais-tu pour rentabiliser ce système ?

La clé, c’est de vendre l’électricité : on devient le fournisseur d’électricité là-bas. Avant les gens n’avaient pas l’électricité chez eux mais ils utilisaient des piles électriques pour les lampes torches, ils achetaient des bougies, du carburant… donc ils avaient quand même un budget énergie. L’idée c’est de remplacer ces dépenses-là en installant l’électricité chez les gens. Notre argument principal, c’est le prix. C’est plus pratique, c’est de meilleure qualité… mais l’argument qu’on met vraiment en avant, parce qu’on s’adresse à des gens qui vivent avec moins de 2$ par jour c’est « vous allez faire des économies » ! Des économies ? Oui, parce qu’avant qu’on arrive dans le village, pour charger un téléphone par exemple, il fallait soit aller à la ville, c’est à 1h de piste à moto, soit quelqu’un dans le village qui avait un groupe à essence faisait payer la charge 30 centimes. Donc nous on leur a dit : « avant, vous payiez 200 francs CFA (30 centimes d’euros) pour charger un portable, aujourd’hui vous allez avoir 5h de lumière chez vous et une charge de téléphone portable pour 90 francs CFA, c’est-à-dire moins de la moitié ! »

Comment réussis-tu à te faire payer ?

Souvent les problèmes des projets passés, c’est qu’à la fin du mois si la personne n’avait pas l’argent on ne pouvait rien faire. Ce qu’on fait nous, ce sont des forfaits prépayés. Ça nous permet de présenter ça de façon très claire : on ne parle pas de kW/h, mais de « forfait lumière », « forfait télé », ou « forfait frigo ». Ça nous permet de faire des forfaits bloqués, un peu comme sur un téléphone. Une fois que le forfait est fini, ça coupe automatiquement sans avoir besoin de quelqu’un pour relever les compteurs tout le temps, et on peut réactiver la ligne simplement en envoyant un sms.

Donc tu n’as pas de problème d’impayé ?

Non, et c’est pour ça que notre modèle peut fonctionner.

l'électricité en Afrique

Quels sont les premiers retours ?

Les gens en demandent plus ! Mon projet à la base est solaire, parce que c’est une évidence d’utiliser l’énergie solaire dans ces régions-là… Avec des batteries pour la nuit, et un groupe électrogène qu’on garde en solution de secours. Mais ça coûte environ 200.000€. Donc on a commencé avec seulement un groupe électrogène pour avancer, commencer à faire la démonstration du fonctionnement et tester notre modèle. On allume le groupe la nuit seulement, de 19h à minuit, quand a lieu la majorité des consommations. Ça fait un an que ça tourne, et un an qu’on ne perd pas d’argent. Les forfaits achetés suffisent à payer le carburant et la maintenance. Ça montre qu’il y a une demande locale. Il y a même des entrepreneurs dans le village qui commencent à vouloir développer leur propre business, acheter un équipement électrique et pouvoir le monétiser ou installer un poste de soudure. Ce ne sont pas les idées qui leur manquent, juste les moyens de les réaliser. Ce sont les petites entreprises qui se créent dans le village qui vont tirer la consommation vers le haut. On crée du développement dans la région ! Alors si on passe en solaire 24h/24 on va pouvoir décupler les consommations, sachant qu’au Bénin il y a au moins 200 autres villages dans la même situation.

J’adore la conclusion du mail que tu nous as envoyé : « si l’aventure de Power:on vous parle je serais très heureux de vous rencontrer et de vous raconter comment et pourquoi on va y arriver ! »

C’est très optimiste ! C’est un acte de foi en réalité ! Ça fait 4 ans que je me suis lancé et que je ne me paie pas. L’ambition est de commencer petit pour devenir gros. On a vu qu’il y a une réelle demande. Si on arrive à montrer qu’on est rentable et que ça fonctionne, je peux en faire des dizaines !


mignonne

Comment on peut t’aider ?

Simplement en en parlant ! Pour l’instant les investisseurs regardent notre projet de loin et on a du mal à lever les fonds. Donc pour les rassurer il faudrait qu’on passe en solaire et qu’on leur montre qu’il faut y aller parce que si ce n’est pas nous ce sera quelqu’un d’autre. Pour moi ça ne fait aucun doute qu’un jour ces gens-là auront l’électricité et qu’ils vont consommer. Pour moi, le risque c’est de ne pas y aller ! L’idée c’est de faire un financement participatif. C’est un projet qui parle aux gens : ok, ce n’est pas une ONG, c’est faire un don pour une startup, mais une startup un peu spéciale. On est à la croisée de l’humanitaire et de l’entreprise!

Pourquoi as-tu choisi de travailler dans le secteur de l’économie solidaire ?  

C’est plus un état d’esprit… j’ai l’ambition d’être utile.

Un jour j’aimerais pouvoir gagner ma vie aussi, mais dans l’immédiat je trouve que l’argent ne fait pas le bonheur. Les gens qui gagnent autant n’ont pas de vie ! J’ai des amis qui ont arrêté parce qu’ils étaient en burn-out complet, même le week-end ils bossent, ils finissent le soir à 23h… Moi, ça ne m’intéresse pas. Et puis l’argent ne fait pas le bonheur. Quand on voit que Donald Trump est multi milliardaire… Ce mec-là n’est pas heureux dans sa vie, ça se voit ! (rires)

Merci Tristan !

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écrit par

Amal

Portraits & Interviews

1 commentaire
  • Répondre Tristan Kochoyan
    • jeudi 10 novembre 2016
    • 18 h 52 min

    Merci pour cette belle rencontre et cette super interview !

    On était encore à ce moment là à mille lieues d’imaginer que Trump serait vraiment président…
    Nous devons, aujourd’hui plus que jamais, nous engager pour de belles causes et partager notre énergie positive. C’est comme ça qu’on changera le monde. Merci BloomingYou 🙂

    Plus à ce sujet ici : https://medium.com/@tristan.ko/trump-n%C3%A9teindra-pas-ma-flamme-19290c769e9a#.5wznacnix

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